PAGANJSUE
elles-mêmes purent prendre part en se plaçant au même rang que leurs maîtresses (i).
73. — Diane était une divinité commune aux races latines ; Servius Tullius, pour affermir Falliance des peuples latins, avait attaché le culte de cette divinité au mont Aventin ; son nom (Dia iana) appartenait à la vieille langue latine. Les esclaves, dont elle était la protectrice, célébraient sa fête au mois d*Août. Si réellement, comme le pense Tite-Live, elle a été identifiée avec Artbémis d*Ephèse, son image doit avoir été semblable à celle de cette dernière, et il est possible, qu'elle fut connue ^ à Rome par l'intermédiaire des Phocéens de Marseille (2). Elle avait dans la rue patricienne un temple où aucun homme ne pouvait mettre le pied. Son culte était à Rome généralement moins important que celui des autres déesses, mais dans la ville d'Aricie, Tune des plus anciennes du pays latin, il était plus recherché et plus significatif; on la prenait là pour Artbémis Taurique, et l'on disait qu'Oreste avait enlevé son image en Tauride et l'avait apportée à Aricie ; c*est donc là que les femmes romaines se rendaient couronnées de fleurs et portant des flambeaux allumés pour suspendre leurs ex-voto dans le bois sacré de la déesse. La manière dont on y acquérait le sacerdoce indique certainement qu'il y avait là jadis des sacrifices humains ; le prêtre ou roi du bois, rex nemorensis^ comme on l'appelait, était toujours un esclave fugitif qui avaitconquis cette dignité à la pointe de son épée, mais qui, à son tour, devait s'attendre tous les jours à vaincre un assaillant désirant posséder la place ou à mourir de sa main. On raconte (|ue sous l'Empire, le prêtre était en possession de sa
(OHut CaniiU 33. Macrob. Sat. 1,11.
(2) Dio!tys. Hal. 4, â6. Liv. 1, 45. Strab 4, p 180.
ET JLIUISME. 75
place depuis longtemps et que Calligula suborna un homme plus fort qui dut aller l'attaquer (t). Du reste Diane ne fut nullement déesse de la lune ; il y avait, au contraire, un divinité lunaire spéciale, Luna^ qui avait un temple sur le mont Âventin et un autre sur le Palatin, mais plus tard, l'influence grecque se fit aussi sentir au point qu'Horace, dans son poème séculaire, invoqua le soleil et la lune, Apollon et Diane, dont les rapports comme frère et sœur n'étaient point connus des Romains.
74. — Le culte de Vénus était venu à Rome avec la famille Julienne, originaire d'Albe, et, dans le premier temps de l'Etat romain, il était pratiqué en partie par cette famille, en partie par les Plébéiens. Dans les chants des Saliens il n'en est point question (2). C'était une vieille divinité latine des jardins, en sorte que Naevius disait < Vénus » au lieu de fruit des jardins, et qu'on la confondait avec Flore. Or, à Rome, et l'on ne sait guère pourquoi, on prenait Vénus pour Aphrodite, et comme les Romains prétendaient descendre d'Ascanius, fils d'Enée, elle devint mère du peuple romain. Dans le système théologique des Romains, on rencontre fréquemment de petites divinités anciennes, perdant leur indépendance, se fusionnant avec de plus grandes et en devenant de simples attributs ; c'est ainsi que Cloacîna, Hurcia, Cal va, Libentia furent réunies avec Vénus. Il faut y ajouter que, dans la deuxième guerre punique, la Vénus Erycinienne qui n'était au fond qu'une Astarté de Phénicie, honorée par un culte infâme, obtint un temple à Rome sur le Capitole en 218 et qu'elle y fut naturalisée (3).
(i)Ovid.Fast 3,S71sq.
(â) Varro 1.1. Plin. H. N. 19, 4, 19.
(3) Cic. Verr. 2, 8. Hor. Od. 1, 2, 33.
En 183, on lui en construisit un autre à la porte Colline, par suite d*un vœu qu'on avait fait en temps de guerre. Ce fut ici que les courtisanes célébraient une fête de leur métier en offrant à la déesse de Tencens, du cresson, des branches de myrte et des couronnes de rose, afin d'obtenir par sa faveur de bons bénéfices. Cependant vers Tan 297, Fabius Gurgès construisit un temple de Vénus avec le produit des amendes imposées à des femmes impudiques (i). Un autre fut érigé à Vénus Verticondia, en l'an 114, lorsque trois vestales à la fois avaient été convaincues d'impudicité (2). Plus tard on y ajouta des templesà Vénus Génitrix, (c'est-à-dire mère des Romains) et à Vénus Victrix. Mais en général, le culte de cette déesse était plutôt une affaire privée qu'une affaire d'Etat ; elle n'avait ni Cêtes ni sacrifices publics et généraux.
7S. — Il n'est point facile de dire ce qu'étaient Liber et Libéra. On sait qu'un vieux dieu champêtre des Romains portait le nom de Liber, et l'on pensait que ce nom était une allusion à la liberté de langage, qu'on se permettait à sa fête ; mais lorsque on l'identifia à Rome avec le Bacchus grec, on prétendit que comme le dieu du vin, il délivrait l'âme des soucis (5). Mais il résulte des cérémonies usitées à sa fête qu'il n'était pas spécialement dieu du vin, mais de l'abondance champêtre. Dans les campagnes, on promenait un grand phallus sur un chariot : on l'exposait dans les carrefours et plus tard aussi dans la ville. A Lavinium on consacrait un mois entier à la fête de ce dieu et à chaque jour, pendant la promenade du phallus on n'entendait que des propos graveleux ;
(i)Uv. 10, 5i.
(â) Val. Max. 8, 15, 12. Jul. 0bseqoens97.
(3) Sen. de tranq. anim. 15, 15.
ET judaïsme. 77
la longue fête se terminait par le couronnement du phallus par la plus honorable matrone (i). A Rome» lors des Libëralies, on offrait des gâteaux chauds et trempés dans le miel à Liber, qui passait pour l'inventeur du miel ; des femmes couronnées de lierre et assises dans les rues, les vendaient et les brûlaient aussitôt, en guise de sacrifice offert par l'acheteur, sur un petit four dont elles étaient munies à cet effet (2). L'usage de donner aux adolescents, à l'occasion de cette fête, la toge virile indique probablement que la force générative et la virilité étaient des attributs de ce dieu. Libéra, dont on ne sait que fort peu de chose, parait avoir passé pour la femme de Liber, c'est pourquoi Ovide la nomme Ariane (5). On l'identifiait aussi avec Proserpine Cora, et avec la Libitina romaine.
76. — Les Romains avaient un dieu des enfers. Dis (c'est-à-dire le riche par rapport aux richesses renfermées dans l'intérieur de la terre), qu'ils plaçaient sur le même rang que Pluton, mais dont on ne connaît point de détails. Le dieu Consus, qu'on invoquait lors des grands jeux du Cirque devant un autel souterrain, était probablement le même personnage que Dis. Près de Tautel de Saturne, il y avait un sanctuaire de Dis où Ton offrait des poupées d'argile en sacrifice expiatoire pour soi et pour les siens; car Hercule, disait-on, avait appris aux Pélasges à offrir de telles figurines, à la place de sacrifices humains (4). Mais Dis avait encore, comme Consus, avec Proserpine, un autel souterrain sur le Terentum, partie du Champ de Mars, qu'on découvrait à l'occasion des fêtes et qu'on recouvrait ensuite de terre. A de longs intervalles et
(1) Varr. ap. Aug. C. D. 7, 21.
(3) Varro L. L. 6, U.
(3) Ovid. Fast. 3, 512.
(4)llacrob. Sat.1,11.
PAGANISME, ETC. T. Ul. 4
plus tard de siècle en siècle, on célébrait ici des fêtes séculaires qui étaient réellement des solennités funèbres, maisqui avaientdéjà perdu leursignification quand Auguste les fit renouveler, Tan 14 av. J.-C. Il y avait sur le Comitium une fosse appelée Mundus, c'est-à-dire Orcus, qui était consacrée à Dis et à Proserpine ; on prétendait que sur un ordre de Romulus elle avait été creusée par des hommes étrusques, qu'on y jetait alors les prémices de tous les besoins de la vie et des mottes de terre tirées des différentes contrées d*oii étaient venus les hommes composant la suite de ce roi ; cette fosse était fermée avec la pierre des m&nes (Lapis Manalis), et on la découvrait tous les ans en Août, Octobre et Novembre pendant un jour; par cet acte on ouvrait pour ainsi dire les portes du royaume des ombres et Ton n'entreprenait rien d'important pendant ces trois jours néfastes (i).
77. — Proserpine, nom que les Romains ont pris du mot grec c Perse phone », ne fut pas réellement reine des enfers, n'avait point de culte indépendant et passait plutôt pour Libitina dont les savants romains, mus par des raisons étymologiques, firent une Aphrodite, c'est pourquoi Plutarque la compare à l'Aphrodite des tombeaux de Delphes (2). Dans son temple on déposait tout ce qui était nécessaire aux funérailles des morts; en vertu d'une loi de Servius Tullius, on devait y payer une pièce d'argent pour chaque personne décédée. Même le lit mortuaire sur lequel on brûlait le cadavre, s'appelait Libitina (s), et les poètes se servaient de ce terme pour désigner la mort. Sous la royauté, on avait sacrifié des garçons à
(I) Miicrob Sat. 1, 16. Varro. ib.
(:2) Plut. Quaest. Rom 23.
(5)Pnn. H. N.37. 5, 11.
Mania, déesse des morts, pour assurer le salut des familles, parce que, selon un oracle d'Apollon, • les têtes devaient être offertes pour des têtes; » sous la République on se contentait d'offrir des têtes de pavots et d'ail, et, pour détourner un danger menaçant la famille, on suspendait des images de Mania aux portes des maisons (i). Il faut encore compter dans le cycle de ces divinités, Naenia, la plainte funèbre personnifiée, et Viduus, le dieu qui enlevait l'âme du corps.
78. — Les Romains doués d'un esprit sec mais pratique allaient bien plus loin, dans la fabrication des dieux, que les Grecs, si riches d'imagination; peu à peu ils inventaient des dieux pour chaque situation et pour chaque occupation de la vie; ils adjoignirent aux dieux principa^ux auxquels ils avaient assigné une sphère déterminée telle que la naissance, le mariage, l'agriculture, une foule de divinités spéciales et subordonnées, qui ne représentaient pas même un acte particulier, mais seulement une circonstance accessoire, insignifiante de cet acte ou un fait amené par le hasard. Il est possible que beaucoup d'entre elles doivent leur existence aux surnoms qu'on donnait aux dieux indépendants. Il faut y ajouter encore une grande quantité d'êtres allégoriques auxquels on avait consacré des temples et des chapelles.
79. — Terminus, le dieu des limites, avait sa pierre dans le temple de Jupiter du Capitole, et la fête des Terminalies accompagnée de sacrifices non sanglants, était dédiée à la paix avec les voisins. Sylvanus, dieu des forêts, était en même temps le gardien des frontières; il chassait les loups, mais il était aussi un lutin, menaçant les accouchées; une femme, qui venait de met-
(1) Macrob. Sat. 1, 7.
tre un enfant au monde, n*avait pas moins de trois dieux tutélaires particuliers contre les malheurs suscités par Sylvanus : Intercidona, Pilumnus et Deverra ; on leur préparait un lit dans l'Atrium, où reposait Taccouchée (i). Vaticanus, avait soin du premier cri du nouyeau-né. Si, d*après Tusage romain on posait Tenfant sur le sol, le père le ramassait; s'il ne le faisait pas, il répudiait Tenfant qui était alors tué ou exposé. Il y avait donc une déesse, Levana, qui présidait à Tacceptation de l'enfant (s). Cunina, déesse du berceau, Statilinus, Edusa, Potina, Paventîa, Fabilinus, Catius s'occupaient des premières périodes de la vie de l'enfant, de sa nourriture, de son langage. Un temple était consacré à Juventas, déesse de la jeunesse et en cas de mauvais signe on lui arrangeait un Lectisternium. Aussi Orbona, déesse des orphelins, avait -son sanctuaire. On invoquait la déesse des fièvres, qui possédait deux temples, afin qu'elle détournât cette maladie. Pietas, Pax, Bonus, Eventus, Spes, Quies, Pudicitia, Honor, Virtus, Fides avaient des temples ou des chapelles; CoQcordia surtout était richement dotée de sanctuaires.
80, — En outre, Rome était abondamment pourvue de divinités, dont la signification primitive était obscurcie ou défigurée par le temps, ou qui , malgré l'importance du culte, manquaient de développements plastiques et mythologiques, ou bien qui, peu importantes par ellesmêmes, étaient rarenient mentionnées. C'est ainsi qu'on célébrait le 15 Mars, sur (es bords du Tibre, la fête d'Anna Pérenna, qui avait aussi un bois sacré. Sous des tentes ou dans des berceaux de feuillage placés en plein air, on se livrait è une jgaité effrénée et à de riches fes-
(1) Varr. ap. Aug. G. D. 9, 9-
(2) Gell. 16, 17. Aug. G. D. 4, 8.
tins, assaisonnés par des chansons et des plaisanteries obscènes ; on lui sacrifiait pour obtenir une heureuse année (f); mais on savait si peu qui elle était» qu'on en faisait même la sœur de Didon de CaHhage. La fable de Leucothée était attribuée à Mater Matuta, déesse latine de Taube et de la navigation. Les femmes romaines célébraient en son honneur, la fête des Hatralies (c*est-à-dire la fête de la mère) ; l'entrée du temple était interdite aux esclaves femelles et on n*en introduisait qu'une seule (par rapport à la fable d'Ino), qu'on en expulsait ensuite à coup de verges. La punition des servantes, parait-il, était placée sous sa surveillance (2). A répoque d'Ovide déjà, personne, à ce qu'on croit, ne connaissait de détails sur Stata Mater, dont l'image était placée sur le Forum et pour laquelle on allumait des feux la nuit et en plein air (s). Il en était de même quant à la déesse Vacuna, particulièrement honorée chez les Sabins; Ovide dit seulement, qu'on était assis ou debout devant le foyer sacré de cette déesse quand on célébrait sa fête (4). Par contre, la déesse Laverna, qui avait un autel et un bois à Rome, était très-connue des voleurs etdes trompeurs, qui l'invoquaient comme protectrice de leurs entreprises. € Belle Laverna » c'est ainsi qu'Horace fait prier un d'entre eux, « accorde-moi le don de tromper, de paraître juste et pur; enveloppe mes forfaits de ténèbres et mes tromperies de nuages (5). •
81. — La religion romaine était surabondamment pourvue de divinités de jardins et de bergers. C'est à Déa Dia, peu connue du reste, qui avait un bois et un
(1) Ovid Fast. 3,535 sq. Macrob. Sat. 1J2.
(2) Plut. Quaest. Bom. IT.Camill. 3. Ovid. Fast. 6, 469 sqq. (5)Hor.Ep. % 2, 180. Golum. 2, 2, p. 57.
(4) Fast 6, 505.
(5>Epp. 1, 10,60.
autel aux environs de Rome, que les frères Arvaliens célébraient un culte qui la fait reconnaître comme protectrice des fruits de la terre. La divinité pastorale Paies, ainsi nommée du mot paille était si peu connue des Romains,qu'ils ne connaissaient même pas son sexe; le 21 Avril on célébrait en son ^honneur la fameuse fête des Palibies (i). On demandait à la divinité la protection et la prospérité pour les troupeaux et pour les animaux domestiques. Les sacrifices devaient donc être non sanglants; car il y aurait eu contradiction à tuer des animaux tout en priant pour leur conservation. En même temps on procédait à de grandes cérémonies de purification : les pasteurs et le bétail sautaient au-dessus de foin et de paille allumée, et on se faisait asperger d'eau; dans la ville même, le sang du cheval d'Octobre et les cendres du veau qu'on avait tiré du ventre de la vache sacrifiée et brûlée lors de la fête des Forcidies étaient employés à la purification du peuple.
82. — Le culte de Flore était très-ancien à Rome ; Tatius déjà, disait-on, lui dédia un autel et Numa installa pour elle un Flamine ; en 239 av. J.-C. on lui bâtit un temple avec le produit des amendes et des jeux annuels furent institués par suite d'une mauvaise récolte. Cette fête était au plus haut degré licencieuse et choquante ; ordinairement les courtisanes qui y jouaient le rôle d'actrices déposaient leurs vêtements, continuaient leurs jeux toutes nues et tantôt couraient après des lièvres et des chevreuils, tantôt combattaient comme des gladiateurs (s). C'est là probablement l'origine de la fable que Flore a été une courtisane qui,
(1) Ovid. Fast. 4, 721sq. Mn. 2, 3£5. Georg. 3 1.
(2) Ovid. Fast.5, 185-575 Plin. H.N. 18, 29 ;50, 3. Juvtnal. 6, 249, avec la scolie.
après avoir amassé une grande fortune institua le peuple pour son héritier et assigna la somme nécessaire pour la célébration des jeux appelés, d'après elle, jeux floraux, mais que le Sénat, pour donner un bel airà une chose honteuse inventa le conte que Flore était la déesse des fleurs (i). Une tradition toute semblable se rattachait à Âcca Larentia ; les uns expliquaient la fête funèbre qui avait lieu tous les ans sur son tombeau en disant qu'elle avait été la nourrice de Romulus, tandis que d'autres soutenaient qu'elle avait été une riche courtisane qui, à sa mort, avait donné le Champ-de- Hars au peuple romain et que celui-ci en retour lui avait accordé le culte qu'on lui rendait (2).
83. — Vertumnus, vieux dieu latin, représentant primitivement le changement des saisons, devint peu à peu un dieu des semailles, des champs et des vergers; il recevait des jardiniers les prémices des fruits et avait, à Rome, un temple, une statue et une fête, les Vertumnalies, qu'on célébrait au mois d'Octobre. La signification féminine, Pomone, dont le mythe a fait son épouse, possédait un Flamine particulier, le moins important parmi le quinze prêtres de ce nom (3). Dans tous les champs, jardins et vignobles, on rencontrait, comme dieu tutélaire, Priape le rouge, peint en vermillon et muni d'un puissant phallus ; on lui ofl'rait du lait, du miel, des gâteaux et même des boucs et des ânes (4). Les Romains l'avaient reçu de la Grèce, mais il y avait un vieux dieu ithyphallique romain qui lui était entièrement semblable, Hutinus-Tutunus ou Fascinus, et comme la foi en la force protectrice et défensive du
(1) Lact. 1, 20. Arnob. 3,23 où au lieu de genetnx il faut lireévideniment meretrix, Miouc. Fel. 25.
(2) Varr. 6, 23. Macrob.Sat. 1, 10. Ovid, Fast. 5, 57. Gell. 6, 7.
(3) Ovid. Met.i4,64i.Propers.4,2,61.Varr 5,46,74.
(4) Ovid. Fast. i,391 ;4i6.Serv. Georg 2,84.
membre viril avait jeté de profQndes racines chez les Romains, son image ou du moins le simple membre, (Fascinum) était placé partout et son culte pratiqué avec soin. On le croyait assez fort pour mettre en fuite des armées entières, par une terreur subite et panique; on disait, par exemple, qu'il avait chassé de Rome Tarmée d*Aiinibal (i). II -passait pour particulièrement eflScace contre les mauvais sorts et Teffet magique de Tenvie et de la jalousie. C'est pourquoi on avait placé dans la cour et même sur le foyer des habitations, le membre colossal de Tutunus, et les nouveaux mariés, à leur entrée dans la maison de l'époux, devaient s'y asseoir (2). Même les Vestales étaient obligées de vénérer ce dieu, puisqu'il était compté au nombre des protecteurs de Rome ; son membre viril était attaché au char du triomphateur ; on en avait besoin pour la protection des petits enfants, et les matrones voilées avaient l'habitude de lui offrir des sacrifices dans son temple de Rome (3).
84. — On connaissait aussi à Rome les divinités fatales, qui disposaient de la naissance et de la mort ; cependant dans les âges religieux, les Romains n'étaient généralement pas fatalistes, et le culte des astres, qui conduit le plus souvent au fatalisme, était exclu de leur religion. Néanmoins, le septième jour de la naissance d'un enfant, on invoquait Fata Scribunda, c'est-à-dire, les divinités sans nom, qui déterminaient d'avance la destinée future de l'enfant. La Parque — dans les temps anciens les Romains n'en connaissaient probablement qu'une — a, selon Yarron, son nom de
(1) Varr. ap. Nonium p. 47.
(2) Aug. G. D. 6, 9. Arnob. 417. Lact. 1, 20. Gomp. Pîtture d'Ercolano, III, sav. 26. p. 178 sq. Anliq. Hercul. ^ronzi) 11, p. 372, Sav. 9i Panofka, TerracoU. p. 67; 106.
(3; PUn. H. N. 28, 4. 7. Fest. p. 103; 172.
ET judaïsme. 85
la naissance (i) et était primitivement une accou* cheuse ; mais on lui opposait aussi une Morta. Pour réunir trois Parques, comme les Grecs, on comptait d'abord comme telles Nona, Décima, deux déesses de la naissance, nommées ainsi d'après le nombre des mois de la grossesse, et Horta,Ia Parque delà mort, ou bien, on se servait des noms grecs des Parques, Clotho, Lachesis et Atropos (2). La place des divinités fatales était réellement remplie chez les Romains par. Fortuna, déesse mobile et capricieuse, mais facile à attendrir et dévouée à la ville éternelle, avec une fidélité inouïe.
85. — Il y avait encore une Mana-Géméta, c'est-àdire une bonne déesse de la naissance, à laquelle on sacrifiait déjeunes chiens (3) en lui demandant que personne ne devint mane dans la maison. Carmenta paraît avoir eu une signification semblable, qui n'était cependant pas particulièrement déterminée; aucun objet de cuir ne pouvait être introduit dans son sanctuaire ; lors d'une dissension du Sénat et des femmes, on institua pour elle deux sacrifices dont un pour les garçons et l'autre pour les filles. Mais on avait aussi .érigé, pour prévenir les naissances malheureuses, des autels pour deux Carmenta, qui, par rapport à la position de l'enfant dans le sein de la mère étaient appelées Antèvorta ou Prorsa et Postvorta (4). Les femmes enceintes appelaient aussi à leur secours pour Taccouchement, Egérie, la nymphe conseillère de Numa, adorée à Rome sur le montÂventin.