‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 52 sur 75 · Malgré leur attachement au squelette de la · texte numérisé non relu

Malgré leur attachement au squelette de la

(1) Hist. 5, 5.

ET judaïsme. 265

Loi, ils avaient tellement dégénéré; Timmoralité avait fait parmi eux de si effrayants progrès qu'il n*y avait plus rien dans la nation qui pût faire contrepoids à la mauvaise administration des gouverneurs Romains et soutenir Tordre social ébranlé dans ses fondements. Comme il n'y avait ni noblesse, ni bourgeoisie proprement dite, ni distinction entre les classes de la société, les Pharisiens ou, ce qui revient au même, le clergé conduisait le peuple. Ces guides-là étaient euxmêmes divisés maintenant: les uns, convaincus que la domination des étrangers et les impôts qu'ils levaient, étaient contraires à la Loi, étaient dévoués de cœur et d'àme aux Zélateurs : les autres préféraient la paix et la sécurité et prêchaient, par conséquent, la soumission. Le Pontificat était devenu vénal et cinq familles rivales se le disputaient par tous les moyens de corruption. Le Grand-Prêtre, certain du peu de durée de sa puissance, se hâtait de l'exploiter pour lui et pour les seins. Des corps-francs, composés des zélateurs les plus ardents, semèrent partout la désolation et la mort, « en se disant armés pour la défense de la Loi et autorisés à piller et à tuer comme partisans de Rome tous ceux qui ne se rangeaient pas sous l'étendard de la rébellion. Les plus vils et les plus redoutés de tous étaient les Sicaires, qui, cachant le poignard sous les vêtements, frappaient leurs victimes jusque sur les places publiques, et restaient cependant presque toujours inconnus (i). Manabem et Eléazar, petits-fils de Judas de-GauIon, les organisèrent plus tard en bandes de zélateurs. Les meurtres étaient devenus si fréquents que les Docteurs de la Loi abolirent le sacrifice que devait offrir celui qui avait versé le sang innocent (2) ; il fut impossible

(l)Jos. bell.Jud. 2,1s, 3.

m Sou. 47. a. Grau. 3SK).

(l'immoler une victime pour chaque homme tué: profaner le temple était un crime plus grave que le meurtre (i).

230. — L*attente du libérateur promis était si générale, si vive que le peuple suivait aveuglément le premier factieux venu, qui se donnait pour un prophète,, pour le précurseur du Messie ou le Messie lui-même. Ces hommes-là n'étaient cependant pas tous des imposteurs ; mais pris du vertige qui troublait alors tant de têtes, ils s'imaginaient être les instruments du Ciel et étaient les premiers à croire aux prodiges que Dieu allait accomplir par eux. Tel fut Theudas, qui déjà vers l'an 45 ap. J.-C. entraîna à sa suite une foule immense jusque sur les bords du Jourdain, qui devait s'ouvrir à sa voix et lui livrer passage (2). L'an 55, sous Néron, un nouveau prophète vint de l'Egypte pour renverser la domination Romaine, et conduisit les nombreux partisans qui s'étaient joints à lui, sur la montagne des Olives, où ils verraient, disait-il, s'écrouler les murs de la ville Sainte (3). Sous Tadministration de Festus, parut un prophète, — Josèphe dit un imposteur — qui attira dans le désert une foule innombrable à qui il promettait la délivrance (4). Le temple brûlait déjà, quand 6000 hommes, séduits, par la même promesse suivirent un de ces faux prophètes, dans un passage couvert voisin du temple, oii ils périrent tous dans les flammes.

^1. — Le signal de la guerre fut donné, et le drapeau de la révolte arboré, quand Eléazar, le chef de la garde du temple, persuada aux prêtres qui y officiaient de refuser les présents de l'empereur et les victimes

(1) Joma. 33. a.

(2) Jos. Arch. 20, 5, i.

(3) Jos. B. Jad. 2, i3, 5.

{A) Arch. 20, 8, 10.

ET judaïsme. 267

éds Gentils. La majeure partie de la population des villes de la Galilée et de la Judée, redoutant de plus grands maux, était disposée à subir la domination des Romains; mais, se trouvant sans chef, sans organisation, elle craignait d'intervenir activement dans la lutte ; les zélateurs au contraire, maîtres des campagnes, attiraient à eux ceux qui n'avaient rien à perdre; leur énergie effraya les timides amis de la paix et entraîna ceux qui hésitaient encore,

222. — Après la défaite deGallus, leSanhédrin réus* sit à tenir les zélateurs en respect et à organiser la résis-» tance. Mais bientôt après triomphèrent les « champions de Jéhova, de la loi et de la liberté, » et le règne de la terreur commença. Les hommes les plus distingués fu^ rent livrés au supplice, comme traîtres ou suspects de trahison ou favorables à la domination romaine. Les écrits des Rabbins conservent le souvenir d'une réunion de Scribes, tenue alors dans la maison d'Eléazar, chef des zélateurs. Les Schammaïtes qui y prédominaient, firent décréter, contre l'avis des Hilîélites, que désormais aucun juif ne pouvait plus acheter des Gentils ni vin, ni huile, ni pain ni tout autre comestible. 11 était défendu d'apprendre une langue païenne, d'ajouter foi au témoignage d'un Gentil, d'accepter de lui des présents pour le temple et de converser avec la jeunesse païenne de l'un et l'autre sexe. Eléazar avait entouré sa maison de zélateurs qui avaient ordre de laisser entrer tout le monde, et de ne laisser sortir personne. Quelques Hillélites refusèrent de ratifier ce décret, et périrent — probablement de la main des zélateurs. C'est alors aussi, dit Josèphe, que les Juifs de la Syrie refusèrent de se servir de l'huile des Païens (i). Ce jour des c dix-huit décrets, » fut

(l)BeU.Jud.2,2f,2;7,3, 1.

ri^gardé plus tard par les Hillélites comme un jour de malheur; les décisions ne furent cependant jamais rapportées, comme < ayant été scellées de sang (t). •

223. — Les Schammaites donnaient la main aux zélateurs ; ceux-ci ne faisaient même que mettre en pratique les principes des premiers. S'ils observaient» selon Josèphe (s), très-rigoureusement le sabliat, ib n'avaient cependant pas les scrupules des Machabées, puisqu'ils attaquèrent un jour de sabbat les Romains. On reconnaît en cela la trace des théories des Schammaites qui défendant de faire l'aumône ce jour-là, même lorsqu'il s*agissait de doter un orphelin ou de faire prier pour la guéri son d'un malade, permettaient, ordonnaient même de faire une attaque, de commencer ou de pousser le siège d'une ville (s). Du temps de Pompée, les choses s'étaient passées d'une tout autre manière; le général romain ne se rendit maître de la ville, que parce que les Juifs négligeaient, au sabbat, les travaux de la défense.

224. — On ne saurait refuser son admiration à la constance, au dévouement, à la bravoure, avec lesquels ce peuple entreprit et soutint une lutte inégale contre la puissance qui avait subjugué le monde. Les Juifs n'avaient ni armée disciplinée, ni provisions pour une longue guerre, ni chefs expérimentés. L'unité manqua à l'entreprise ; les forces vitales s'éparpillèrent dans l'isolement et dans des tentatives irréfléchies et les plus redoutables alliés des Romains furent les partis. Ceux qui voulaient prendre part à la lutte s'étaient, après le désarmement de la Galilée, réunis à Jérusalem et les zélateurs avaient mis à la place du Grand-Prêtre nommé par Agrippa, Simon,

(1) Jeruschalmi chez Grâtz. p. 558.

(2) B. Jud. 2, 19, 2.

(5) Les pass. chez Grâtz, p. 545.

rude tailleur de pierres, désigné par le sort. Les plus modérés des citoyens, conduits par Ananus, en étaient donc venus aux mains avec les zélateurs, renforcés par les Iduméens : le sang avait coulé par torrents : des milliers de cadavres jonchaient les rues et les jphefs du parti delà bourgeoisie, qui succomba, furent livrés au supplice. Quatre partis continuèrent à s*entredéchirer avec fureur : c*é talent les zélateurs de Jéru* salem, conduits par Eléazar, les zélateurs de Galilée, commandés par Jean de Giscala, les Simoniens avec les Sicaires, et enfin les Iduméens. Les Romains, occupés ailleurs, eurent Fhabileté d'abandonner Jérusalem trois ans durant à ces partis, qui s'exterminant mutuellement et dévorant les provisions amassées dans la ville, faisaient, on ne peut mieux, les affaires de leurs ennemis.

225. — Quand enfin, ceux-ci, commandés par Tite, emportaient la ville pas à pas, il y eut une lutte d'extermination. Le calcul de Josèphe qui évalue à un million le nombre de ceux qui périrent par le glaive et la faim dans toute la durée du siège, n*est peut-être pas trop certain; mais il est au moins incontestable qu'une grande partie de la population de la Galilée et de la Judée que les fêtes de laPâque avaient, pour son malheur, réunie dans la ville immédiatement avant l'ouverture du siège, fut détruite. Les zélateurs faits prisonniers fu-« rent livrés au supplice et les plus jeunes captifs réservés pour le triomphe. Les autres furent ou envoyés aux mines de l'Egypte, vendus comme esclaves, ou partagés entre les provinces de l'empire pour combattre comme gladiateurs ou contre les bêtes féroces. Le nombre de ceux qui furent vendus durant toute la guerre, est évalué à 90,000; deux mille cinq cents Juifs s'entretuèrent en un seul, jour dans les jeux publics que Tite donna à Césarée. — La table d'or, le candélabre

PAGANISME, ETC. T. IV. tt

les vases du temple, le rouleau de la loi ornèrent le triomphe que Rome décerna au vainqueur.

226. — Lies zélateurs continuèrent cependant une lutte désespérée, quand Jérusalem et le temple étaient déjà en ruines. En Palestine le drame finit, deux ans après la prise de la capitale, par le suicide de la garni* son de Masada ; une poignée de sicaires, qui avaient pu se réfugier en Egypte, tentèrent d*y organiser une nouvelle révolte. Mais les Juifs eux-mêmes en livrèrent aux Romains six cents, qui tous endurèrent le plus cruel supplice plutôt que de reconnaître l'autorité de l'Empereur (i). C'est alors que Vespasîen fit fermer le temple d'Onias à Héliopolis et cette même mesure priva les Juifs du dernier centre religieux : les présents de ce sanctuaire furent portés dans le trésor impérial. Le zélateur Jonathan annonça des prodiges et provoqua dans la Cyrénaïque une révolte qui fut bientôt étouffée dans le sang. Lui-même fut brûlé vif à Rome.

227. — Israël était désormais c sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans autel, sans éphod et sans temple. » Le culte divin, inséparablement lié au temple, était devenu impossible. Car les Rabbins enseignaient unanimement que depuis la dédicace du temple de Salomon, le culte privé était contraire à la Loi : plus tard aussi, des Docteurs célèbres avaient enseigné qu'il fallait exterminer celui qui osait oflrir un sacrifice en dehors du temple (2). Les plus timorés allaient jusqu^à condamner la coutume, existant dans quelques familles, de manger la veille de Pàque de la chair rôtie, en mémoire du banquet sacré ordonné jadis pour ce jour.

(i)Jo8. B.Jad.7,10,1-4.

(3) Les témoignuges dans le traité de Friedmaim et de Giitz : Tbeolog. Jahrbûcber de Baur et de ZeUer, 1848, p. 544.

ET judaïsme. 271

— On résolut donc de remplacer par la prière les sa* crifices devenus impossibles : la littérature talmudique appliqua à la prière les dénominations empruntées aux sacrifices. L*étude, Tinterprétation des prescriptions relatives au temple et aux sacrifices, compensaient surtout rinterruption du culte, qui allait d'ailleurs être prochainement rétabli. Car peuple et Scribes s'abandonnaient à la douce confiance de voir bientôt le temple sortir miraculeusement de ses ruines. Dieu ne pouvait pas laisser toujours dans cet état Tunique sanctuaire qu'il avait sur la terre ; il n'en avait permis la destruction que pour le relever avec une rapidité prodigieuse et faire briller ainsi sa puissance et sa gloire d'un nouvel éclat; pour justifier son peuple fidèle aux yeux du monde païen. Les Juifs attendaient, pour ainsi dire, de minute en minute la restauration du temple. Moïse et Marie n'avaient-ils pas dit, dans leur chant de triomphe, que la montagne du temple est l'héritage où Dieu a établi sa demeure, oîi sa main a préparé le sanctuaire (i) ; cette main ne le relèveraitelle pas? Elle le devait, disaient les Juifs: car immédiatement après le texte sacré dit: < Le Seigneur régnera dans l'éternité et au-delà. »

228. — Ainsi, défense fut faite au prêtre de boire du vin, le jour où il aurait dû, d'après les règlements existants, officier dans le temple \'è) ; car le prodige de la restauration pouvait arriver ce jour-là même et alors la loi exigeait que le prêtre fût à jeun. Les prosélytes devaient déposer une somme, destinée à l'achat de la victime qui serait immolée dans le temple restauré. Plus tard, et après une longue et infructueuse attente, on s'habitua en quelque sorte à la situation et l'on

(t)Exod.i5, 17.

(2) Friedmanu eu Orient. 1849, p. 2M9-

plaça la merveilleuse réparation du temple dans une période messianique plus reculée; alors seulement, les Docteurs de la Loi permirent à ceux qui étaient de race sacerdotale, de boire du vin ce jour-là. Des ascètes juifs, qui se rappelaient la signification que la chair et le vin avaient dans la liturgie, s*en interdirent l'usage depuis la ruine de Jérusalem et du temple. « Mangerions-nous, disaient-ils, la chair qui servait jadis aux sacrifices maintenant interrompus? Boirionsnous du vin employé pour les anciennes libations, qu*on ne peut plus répandre (i)? > Leurs jeûnes étaient en même temps un deuil, à cause de la situation déplorable de la nation ; car les Romains^ pour montrer que leur Dieu avait vaincu le Dieu des Juifs avaient forcé ceux-ci de payer au Jupiter du Capitole les deux drachmes qu'ils offraient jadis au temple de Jérusalem. Cet impôt était exigé avec la dernière rigueur ; Suétone vit un vieillard nonagénaire, soumis à un impudent examen pour savoir s'il était circoncis ou non.

229. — La Palestine n'était cependant pas encore dépeuplée: un grand nombre de Juifs, favorables aux Romains avaient conservé leurs possessions ; d'autre3 furent délivrés de l'esclavage, et revinrent à la terre des aïeux ou se hasardèrent à quitter les cavernes, les bois, les déserts où ils s'étaient cachés ; de vastes territoires, surtout à l'est du Jourdain, n'avaient pas été troublés par la guerre. Samnia, Césarée sur les bords de la mer, Tibériade et Sephoris en Galilée virent fleurir la science de la Loi : Jamnia surtout, avec son école renommée plus qu'aucune autre, devint comme Jérusalem l'avait été, le centre de la religion et de la nation et posséda un Sanhédrin, à la tète duquel se trouvait un « Rabbau, » docteur universel, ou pa-

^1)Jos. B. Jud 7, 6; 6.

triarche. Les lévites et les prêtres, qui avaient perdu toute influence, espéraient obstinément de voir bientôt le temple et le culte rétablis dans leur ancienne splendeur. Quelques familles conservaient d'incertaines traditions d'une parenté qui les rattachait à Aaron; mais il n'était plus question d'un corps de prêtres. On vit, au contraire, fleurir le Rabbinisme, héritier des traditions des Pharisiens et des Scribes et personnification des tendances religieuses et intellectuelles de la nation. Cette oligarchie de savants, unis par un esprit de corps très-développé, par l'identité de principes et d'intérêts, et dirigeant les consciences en qualités de théologiens et de juristes, remplaçait aux yeux du peuple, les anciennes institutions désormais en ruines. Elle conserva avec un soin inquiet la momie de la Loi, dont les parties les plus importantes ne pouvaient plus recevoir d'application: les prescriptions, relatives à la propriété territoriale, aux cérémonies du culte, àla justice criminelle, désormais presque sans but, furent épluchées et délayées dans une casuistique de plus en plus volumineuse. La Loi, rapprochée de la situation actuelle du peuple, ressemblait à un organisme jadis vivant, mais dont les parties, violemment séparées, ne peuvent plus se rejoindre; l'art rabbinique n'en faisait cependant que plus d'efforts pour inspirer à ce squelette une vie factice: il l'enferma, pour ainsi dire, dans un étui d'interprétations et de prescriptions nouvelles, de décisions applicables à des cas hypothétiques. Là, où les mœurs et la vie s'étaient élevées au-dessus de l'étroite enceinte de la Loi, on vit l'école employertoute sa subtilité pour les faire concorder, ne fût-ce qu'en apparence, avec la lettre de la Loi.

230, — L'esprit de rébellion n'était cependant pas étoufi'é, et quarante ans après, surgirent de nouvelles et de sanglantes guerres. Les révoltes des Juifs dans la

Cyrénaïque, en Egypte et en Chypre, n'étant pas im^ médiatement dirigées contre les Romains, ne s'expliquent que par la haine que ce peuple portait aux Gen* tils. Les jnouvements de la Mésopotamie, au contraire, étaient inspirés par le désir de secouer le joug que Trajan leur avait imposé et se rattachaient peut-être, comme on TaflSrme de nos jours, à un vaste plan. Il serait toutefois difficile d'indiquer quel en fut le bui politique, x>u même d'assigner un autre mobile que la vengeance. Les Juifs, dit Dion Cassius, s'étaient soulevés de concert dans toutes les parties de l'empire : beaucoup de peuples, trompés par l'appât du gain s'étaient joints à eux et le monde entier a été en émoi (i). Le même historien dit que les Juifs traitèrent avec une barbarie inouïe les Grecs tombés entre leurs mains, et qu'ils forcèrent Grecs et Romains à combattre dans le cirque les uns contre les autres, ou contre les bêtes sauvages. Enfin, ils furent défaits partout (en 117, la dernière année de Trajan.) On les chassa de Chypre, où ils avaient détruit la ville de Salamine, après l'avoir inondée de sang; la peine de mort fut décrétée contre le Juif qui mettrait le pied dans l'ile.

231. — La Palestine ne se souleva que plus tard, lorsqu'en 131, l'empereur interdit la circoncision et entreprit de construire sur l'emplacement de Jérusalem, une ville toute païenne nommée ^lia Capitolina, et un temple de Jupiter sur le mont Moria (2). Ces deux mesures étaient, on ne peut plus propres à pousser les Juifs au désespoir ; le décret relatif à la circoncision avait évidemment pour but de détruire le mur de séparation qui existait entre eux et les Gentils, et de fusionner les deux peuples. La construction d'une cité

(l)Dion. Cass. 68, 32.

(S) EuMb. H. N. 4, â.

ET judaïsme. 275

païenne avec un nom étranger, semblait rendre à tout jamais impossible le rétablissement de la ville sainte et du temple et livrer à l'étranger le lieu, qui était la propriété inaliénable du peuple de Dieu. Soudain retentit la nouvelle de Tavènement du Messie si longtemps attendu et armé maintenant, comme les Juifs se Tétaient toujours représenté, du glaive qui devait exterminer les Romains. Il prit, ou ses partisans lui donnèrent le nom de Bar-Chochba, c*est-^-dire fils de Fér toile; on lui appliqua Tancienne prophétie: une étoile sortira de Jacob, un sceptre, s'élevant d'Israël, broiera les princes des Moabites, etc. (i). Rabbi Akiba, € autre Moïse, » la grande lumière d'Israël et qui, s'il en faut croire les Rabbins des âges suivants, avait $4000 disciples, déclara «solennellement devant le Sanhédrin, que Bar-Chochba était le Messie. Un seul contradicteur, le Rabbin Jochanan, se leva et lui dit: < Akiba, l'herbe aura poussé de la mâchoire, et le fils de David ne sera pas encore venu. 9 S. Jérôme nous rapporte que Bar-Chochba jeta du feu par la bouche, remplie d'étoupe, secrètement allumée (2). En tout cas, il n'avait plus besoin de ces charlataneries, après la déclaration d' Akiba. Il fut sacré et couronné à Bitther, ville forte; la population Juive prit les armes etsc rangea sous son étendard. Les Juifs, paraît-il, s'emparèrent en peu de temps de Jérusalem, c'est-à-dire du camp retranché de la garnison ennemie ; car les Romains durent en faire le siège, et après l'avoir emportée d'assaut, en 134, ils la détruisirent de fond en comble, de manière à ce qu'il ne resta plus pierre sur pierre. Enfin, après trois ans de carnage, les Romains se virent maîtres de Bitther. On ignore ce que devint Bar-Chochba, ou Bar-Casiba (fils du men-

(l)Nuin.24, 17-i9.

(2) Apol. 2. adv. Ruf.

songe), comme l'appelaient maintenant ses dupes : lé vieil Akiba, fait prisonnier, fut livré au dernier supplice. Tout le pays fut dévaste et mille bourgades, cin-^ quante villes fortes avec 480 synagogues détruiteSé Cette seconde conquête doit avoir été, pour le sol, bien plus désastreuse que la première; car la Palestine ne s*est plus relevée. On fait monter à 580,000 le nombre de ceux qui furent tués dans la lutte et il en périt bien plus par la faim, les maladies et le feu. Les cap^ tifs furent traînés sous les térébinthes d*Hébron ; les peuples voisins, accourus à cette vente d*hommes, en purent acheter quatre pour un muid d'orge, ou un seul pour un cheval. Quelques-uns furent conduits en Egypte et même en Espagne, Enfin, une taille personnelle, très-onéreuse fut imposée à toute la nation, au profit du temple de Jupiter Capitolin.

232. — On bâtit donc, selon Tordre de Tempereur, sur remplacement de Tancienne Jérusalem, la ville païenne d'iSlia Capitolina, pourvue d'un théâtre, de bains publics et d'un temple de Jupiter, où à câté de la statue du dieu se trouvait celle de l'empereur. Les Juifs ne purent, sous peine de mort, entrer dans la nouvelle ville: il Jeur fut même défendu de s'en appro^ cher (i). Enfin, on leur permit d'y entrer une fois par an : le jour de la double destruction, pour y pleurer les malheurs de la nation. « Le jour anniversaire de la ruine, dit un témoin oculaire, on voit accourir une foule en pleurs, et de faibles femmes et des vieillards courbés par l'âge déchirer leurs habits de deuil et gémir sur les débris du temple. Le soldat demande son salaire quand ils veulent pleurer un peu plus longtemps (â). » Antonin le Pieux, successeur d'Adrien,

(1) Just. Dial. c. Tryph. p. 116. Apol. 1, p. 71.

(2) Hieron. îd Sophon. c. 3.

leur rendit la circoncision. — La nationalité juive qui avait résisté à trois grandes catastrophes sous Nabucbodonosor, Antiochus et Tite, ne fut pas encore détruite dans la quatrième épreuve, cependant si terrible. Cinquante ans après la guerre d*Âdrien, on voit le Judaïsme se montrer de nouveau sous la forme de deux corporations fortement organisées. L*une soumise au patriarche de Tibériade, embrassait tous les Juifs de l'empire Romain ; à l'autre appartenaient les Israélites de l'Orient, qui tous obéissaient au chef de la captivité. Les nationalités brisées*sont ordinairement absorbées par la race victorieuse; mais les Juifs n'eurent pas le même sort: race impérissable, isolée, sans mélange, ils devaient servir de spectacle au monde et d'instrument aux desseins ultérieurs de la Providence.

Page 1