‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 10 sur 28 · II. — DlEl'X, DEMONS ET HEROS HELLEiNIQUES · texte numérisé non relu

II. — DlEl'X, DEMONS ET HEROS HELLEiNIQUES

16. — L'envoi proloiige de colonies lointaines, depuis le commencement du 11" siecle av. J.-C: les deplacements et les migrations sans nombre qui s'opererent du nord au midi, dans le cours de dix siecles, et surtout l'invasion des Doriens et des Etoliens en 11Ü4 av. J.-C, revenement le plus fecond de l'histoire grecque, en consequences importantes ; toutes ces causes amenerent de profondes perturbations dans la condition poli'tique de la race hellenique: presque tous les peuples se virent depossedes ou chasses de leur premiere demeure : un nouvel ordre de choses allait commencer. Les Pelasges, sur leur declin, et reduits a l'Arcadie, ne pouvaient vivre qu'en un petit nombre d'endroits en contact avcc les nouveaux conquerants : les races rüdes et guerrieres du nord l'emportaient de toutes parts : quelques tribus isolees de la grande famille hellenique avaient emigre au loin, et fonde des etablissements dans les iles de la Mediterranee, sur les cötes de l'Asie et de l'Afrique, dans les Gaules et en Italic, propageant dans un vaste circuit de la mer Noire ä la Mediterranee, la langue, les mceurs, la civilisation et les idees religieuses de la Grece.

17. — De ces migrations, de ces melanges de races et de ces reformes politiques, s'etait degagee la religion grecque, teile qu'elle existait actuellement et qu'elle subsista jusqu'ä sa chute. Les familles en se ramifiant pour former les peuples et les associations nationales et civiles, avaient aussi contribue au developpement des idees religieuses qui, nees au foyer domestique, s'erigerent ensuite en cultcs publics, communs ä

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toulc une cite ou ä tout un pays, Bien quc Ics envahisseurs eiissent Importe avcc eux leurs cultes, ils en trouvaieiit cependant de plus anciens, dejc'i etablis dans les villes dont ils se rendaient maitres : parfois, ils les meprisaient ou les reprimaient avec energie : plus souvent encore, ils se les appropriaient : d'autres cultes introduits du dehors, par des races isolees, venaient s'ajouter a ceux dejä existants. Les colonies, tout en conservant les traditions de la merepatrie, ne dedaignaient cependant pas d'introduire dans leurs systemes religieux, les cultes qu'elles trouvaient etablis dans leur pays d'adoption. Gräce ä l'absence d'un caractere exclusif et bien tranche, qui eüt trop vivement heurte l'accord qui regnait entr'eux. tous ces dieux et ces cultes se toleraient avec assez de complaisance, et laissaient le champ libre k tous les accommodements et a toutcs les interpolations. Teile divinite venait familierement et librement s'installer a cüte de teile autre, et cette simple adjonction lui procurait une forme mieux determinee, ou des attributions plus precises et plus claires. Souvent aussi, il arrivait qu'on honorät une memc divinite sous divers noms, sans qu'au fond Tidiäe füt differente, ce qui resultait de l'anncxion aux dieux primitifs du pays, de divinites nouvelles, d'originc etrangere; mais alors l'imagination et le genie inventif des Grecs avaient soin d'attribuer ä chacune^ un caractere particulier et des attributions speciales.

18. — Les Grecs inaugurerent ainsi les temps historiques^ avec un Systeme religieux coordonne et une theogonie complete, dont toutes les races nees ou etablies dans la Grece, avaient rassemble les materiaux, contribuant, chacune pour sa part, ä l'edification de l'oeuvre commune. Tel fut le role que jouercnt successivement les Pelasges, l'antique race des Myniens, les

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Thraces de la Pierie et de la Beotie, qui possedaient deJH des poetes renommes avant Homere, les Leleges et les Carieiis, les Dardaniens et les Teucriens, ceux-ci dans l'Attique, ceux-lä dans l'Arcadie, piiis les Pelasges thyrrenes, habitant les iles septentrionales de la mer Egee, l'Attique et l'Argolide, les Cadmeens venus de la Phenicie et les Aones de la Beotie, qui chasserent les Cadmeens apres les avoir vaincus, et finalement, les Acheens, les loniens et les Doriens. Le culte grec melange avec celui des dieux Assyriens, Pheniciens,Phrygiens, presqu'identifies eux-memes avec les dieux nationaux, florissait dans toutes les iles de la mer Egee et de la mer lonienne, sur les cötes de l'Asie-Mineure, de la Macedoine et de la Thrace, dans la basse Italic et la Sicile, en Crete, ä Chypre et k Cyrene.

49. — SuivantHörodote,cefutd'Homere et d'Hesiode que les Grecs refurent leur Theogonie et les premiers elements d'une religion nationale : quoi qu'il en soit, ces deux po6tes epiques, et leurs predecesseurs, rassemblerent en un corps de doctrines, les traditions confuses des peuples et des cultes locaux. De la connaissance universelle de leurs oeuvres, (de Celles d'Homere surtout, que des Rapsodes ambulants recitaient dans toutes les parties de la Grece devant le peuple assemblö), et de leur action sur la memoire et sur l'imagination des Grecs, il resulta que les fictions qui caracterisaient dans les conceptions des poetes, l'existence et le ministere des dieux, finirent par dominer la conscience publique, et donnerent naissance a une religion toute populaire. L'ancien culte des divinites abstraites de la nature disparut pour faire place aux dieux anthropomorphiques de la cosmogonie d'Homere : etres accessibles aux sentiments de l'homme, representes euxmemes comme des hommes idealises, surnaturels, immortels, mais sujets aux faiblesses, aux passions de

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l'homme, aslreints aux lois de l'Espace, aux besoins de la nourriture et du repos, aimant ou ha'issant, suivant leur faveur ou leur caprice ; souvcnt en desaccord cntr'eux et allumant de grandes querelles. Dieux, chez qui les vieiilos idees physiques de mariage et de generation, de combat et d'alliance, se retrouvaient enveloppees dans une foule d'aventures extraordinaires et d'evenementsanthropopatbiques: quiavaiententretenu, dans les temps primitifs, de frequents et intimes rapports avec les hommes, leurs fils, leurs proches, leurs favoris, et qui s'etaient plus d'une fois interposes personnellement dans des questions humaines, pour des motifs, tantot d'affection, tantut de haine ou de Jalousie.

:20. — Mais si Herodote signale Homere et Hesiode eomme les auteurs de la theologie grecque et comme les Theomythologues de la Grece, on ne peut meconnaitre dejä dans leur Systeme theogonique, un manque frappant d'unite et d'harmonie. Gomment, en effet, l'union et l'harmonie eussent-elles pu regner dans cet amas de lambeaux disparates, empruntes ä tous les cultes, ä toutes les nations, ä toutes les colonies ? Si i'on compare la theogonie d'Homere et celle d'Hesiode, on trouve que ce dernier prete une bien plus grande somme d'antagonisme et d'hoslilite aux dieux que rattachent entre eux des aftinites genealogiques. Ce qui provient en grande partie de ce que les formules genealogiques, d'abord variables et inconstantes, revetirent chez Hesiode un caractere constant et dogmatique : aussi, ses fictions ont-elles, comme sources et regles de la religion hellenique, une importance qui leur permet de prendre rang ä cote des conceptions d'Homere. Sa cosmogonie, s'elevant jusqu'ä la theogonie, n'a rien de commun avec le ton et l'esprit qui regnent dans les po^sies d'Homere : les premieres forces distinctes de la

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