‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 11 sur 28 · J12 PAGANISME · texte numérisé non relu

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iiature, enfantees par Gea, et se degageant du cliaos, dans une longue suite de formes gigantesques : Ics Titans, fils de Gea et d'Uranus, qui apres avoir preside u la formation de l'univers, furent aussi les auteurs du crime, des haines,des lüttes qui le desolent: enfin, une nouvelle generation de dieux, arrivee au pouvoir apres avoir triomphe de son ainee: tels sont les evenements retraces par Hesiode. Kronos a mutile Uranus ; mais quand aura commcnce la longue lutte des nouveaux et des anciens dieux, il sera vaineu lui-meme par Jupiter, son plus jeune fils, et les Titans seront precipites avec Kronos dans le Tartare. Typliee vaineu et foudroye, les six Kronides commencent ä regner en paix sur l'univers partage cntr'eux, et les nouveaux dieux dont Jupiter s'entoure, en sa qualite de pere aussi bien que pour la securite de sa puissance, completent le cycle des divinites olympiennes.

21. — Un Systeme de douze divinites constituait, pour la Grece, la republique de l'Olympe : ce Systeme, ((u'on pourrait qualificr exclusivement de grec, avait insensiblement prevalu sur tous lesautres: le culte des douze dieux remontait, suivant les traditions vulgaires, ä Deucalion ou memo a Heracles : c'etaient en realite des dieux de souches diverses, ramenes dans un but politique ä une unite tout exterieure et soutenus par le credit des Amphictyons : ils portaient les memes noms ä Athenes et a Rome : Zeus ou Jupiter, Hera, Poseidon, Demeter, Apollo, Artemis, Hephestos, Athene, Ares, Aphrodite, Hermeset Hestia.

^^. — La vic religieuse des Grecs n'oft're que des in- «lices tres-rares des dieux anterieurs a la theogonie d'Hesiode : Uranus parait n'avoir jamais eu de culte special, mais Eros, dont la patrie d'Hesiode venerait une grossiöre Image de pierre, passait pour le plus ancien demiurge antekronide.LesTitanscependatit, forces

ET JUn.USME. Mo

in'imitives de la nature, supplantes par l'usurpation des Kronides, et devenus des puissances souterraines, conservaient encore un culte en beaucoup d'endroits : ainsi ä Titane, dans le Peloponese septentrional, oß adorait Titan et Helios : Athenes, avait un sanctuaire, oii Ton venerait Rhee etKronos,bienque depuis le triomphe de Jupiter, ce dernierfüt plonge dans le Tartare et garde par lesHecatonchires : on lui offrait des sacrifices sur la colline de Kronos pres d'Olympie : il jouissait des memeshonneurs en Crete et a Lebadee(i). DansHesiode dejä, il figure comme charge du gouvernement des ämes vertueuses, apres la mort.

23. — Jupiter resta donc le dieu supreme, investi de la plenitude de la forceet de la puissance: ce caractere monotheiste, dejä nettement accuse dans la theologie d'Homere, se dessine avec plus de Force et de precision encore, dans les poetes qui le suivirent, et Jupiter tinit par etre regarde comme le dieu par excellence, seul digne de ce titre. Le ciel ou l'ether etait son domaine, et il fut toujours, ce qu'avait ete des le principe, le Jupiter de üodone et d'Arcadie, le maitre des variations de Tatmosphere, le dieu des eclairs, de la foudre et des nuages, charge de rafraichir la terre par des pluies bienfaisantes et de lui donner la fecondite et l'abondance. Mais il etait en meme temps, le centre pcrsonnitie de tout l'univers; la vie et la sante des hommes dependaient de lui, pour autant que les arrets du destin ne missent point de bornes äsonpouvoir : comme il etait le roi de rOlympe et l'auteur de l'ordonnance actuelle de l'univers, son influence s'exer^ait memo dans la sphere d'action des autres dieux, et on lui pretait des attributions qui semblaient plus specialement reservees ä ceux-ci . Comme pere de la plupart des dynas-

(I) Paus. 1. 18.7. 6. 20. 1. — Dionys. Hai. I. 34.

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ties grecques, il etait le protecteur et le patron des rois, des peuples et des cites : tout droit humain etait iine emanation de la justice, assise sur les marches de son trone: gardien du serment, vengeur du parjure, il veillait avec Jalousie ä sa propre dignite. II etait le dispensateur de tous les biens comme de tous les maux qui arriventaux hommes, et sonpouvoirserevelaitdans toutes les conditions et dans toutesles circonstances de la vie humaine: la dispensation des richesses etait un de ses attributs particuliers ; mais il etait universellement regarde comme le bienfaiteur de l'humanite, et tous les peuples attachaient ä son nom l'idee d'une Providence divine (i). Dans les fetes et les ceremonies, les Grecs l'invoquaienttantöt comme l'arbitre du genre humain, tantot comme le maitre dela nature et del'air.

24. — Mais a cote de ces fictions poetiques qui pretaient au pere des dieux et des hommes un caractere relativemcnt eleve, que de contrastes dans les dogmes mythiques ! D'apresceux-ci, le dieu ne en Crete et soustrait, par une ruse maternelle, ä la voracite d'un pere qui devorait sa progeniture, ne possedait pas l'empiro du monde ä titre de propriete eternelle : pour le conquerir, il lui avait fallu combattre et vaincre desdynasties rivales, abdiquer ensuite l'omnipotence supreme et la partager avec ses freres, tout en subordonnant sa propre volonte a Tinflexible volonte du destin:onle voit ensuite, apres avoir entretenu un commerce frequent avec les filles des hommes et donne le jour ä une foule de heros, se trouver en butte aux tracasseries de sa jalouse compagne.

25. — L'antique divinite pelasgique d'Hera, la deesse de la nature, existant d'elle-meme, dans les temps antemythiqucs, ne fut associee que plus tard a

(!) Piiid. >'eni, 15. So.

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Jupiter, comme sa soeur et son epouse, et comme reine de rOlympe et des dieux. Les recits et les traditions les plus recents conservent invariablement les traces de son caractere primitif : tantut on lui attribuait l'empire des regions inferieures de l'air, par Opposition ä l'ether superieur qui constituait le domaine propre de Jupiter, etdansce cas on lui donnait pour fils Hephestos, le dieu du feu terrestre, et pour suivante, Iris, personnification divine de l'arc-en-ciel. Tantot on en faisait une deesse de la terre, connue de Jupiter, identifiee avec la voütc Celeste, et Ton celebrait, dans des solennites annuelles, son union sacrec avec le dieu du ciel, generateur et vivificateur des etres (i), Dans la conception ethique, eile etait la divine gardienne des femmes et la protectrice des mariages; eile tenait, suivant l'expression d'Aristophane, les clefs de Thymen {-2), et dans la republique de Piaton, ceux qui voulaient garder le celibat, etaient tenus de lui payer une amende pecuniaire (0). Hera trahit dejä l'influence que la preponderance temporaire de certaines races grecques devait exercer sur la conception de l'Etre divin. Dans les diverses contrees du pays, on avait associe ä Jupiter teile ou teile deite: c'est ainsi que Dionö, Leto, Eurynome, Demeter, devinrent tour ä tour des epouses du grand dieu;mais toutes s'identifierent plus tard en un seul personnage, et lorsque les migrations des peuples eurent melange et fondu les races en une masse homogene, l'union de ces divinites avec Jupiter ne fut plus rogardee que comme passagere, et l'antique deesse des Pelasgesconserva, gräce äl'ascendantdestribusAcheennes, son rang d'epouse unique et constante du pere

(l)Plut. f:agm. p. lüT. Aiig.civ. Dci. 4- 10.

(2) Thesni. »83.

(5) Plal. lee. ü. p. ü2-2.

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des dieux et des hommes. Les villes principales de ce peuple, Sparte, Argos, Mycene, metropoles de son culte (i), sont appelees par Homere ses villes favorites; de tous les peuples Grecs, la race Acheenne etait la plus fidele au culte de Jupiter.

26. — Les divinites de l'eau et de la mer, furent adorees de bonne heure et en grand nombre, par les habitants d'un pays compose en grande partie d'iles et de presqu'iles, de toutes parts en contact avec la mer, et dont une multitude degolfes et de baies decoupaient le littoral. II n'existait cependant nulle part le culte du pere des flots et des sources, du Titanide Ocean. La deesse de la mer, Thetis, n'etait adoree qu'en trois endroits, ä Pharsale, äSparte et en Messenie : Egee seule, rendait un culte aux Tritons : Neree, le roi des profondeurs de la mer, ne fut egalement adorc qu'ä Egee et k Cytheum dans le Peloponese. La plupart des Grecs ne savaient que peu de chose touchant le dieu marin de la Beotie, Glaucus, et le mobile Protee. Nombre de localites, au contraire, avaient dresse des autels et des sanctuaires aux Nereides, filles de Neree et Nymphes sacrees de la mer : Leucothoe, la deesse Mynienne etait honoree ä Corinthe comme la mere du dieu marin Palemon. 3Iais tous ces cultes et ces noms n'etaient au fond que les vestiges et les debris d'un culte plus ancien, le culte des eaux, completement abandonne et tombe de bonne heure en desuetude.

27. — En revanche, le culte antique de Poseidon, so. maintint et se developpa : c'etait originairement un dieu etranger, que des aventuriers Cariens et Pheniciens paraissent avoir apporte de l'Asie, et introduitles Premiers sur les cotes de la Grece. Son culte celebre dans les temps primitifs par des sacriiices de jeunes

(1) Scliüinan: Tlcleal de Hera, 1847. p. 21. (.\l!em.).

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filles, etait odieux en beaucoup d'endroits de la Grece, et les tentatives faites enplusieurslieuxpourle naturaliser, echouerent presque toujours contre l'antagonisme des autres dieux helleniques, et surtout contre la repulsion qu'inspirait son origine barbare (i). Toiites les eaux, douces ou salees, relevaient de son empire, mais on le regardait surtout, comme le souverain de la mer dont il habitait les profondeurs, et enmeme temps comme le protecteur et le soutien de laterre; car, supposant la terre soutenue par les eaux, les anciens attribualent ä tous les mouvements naturels qui etaient censes dependre des unes, une reaction directe sur l'autre. On rencontrait le plus generalement son culte dans les iles, sur les cotes et dans les ports, plus frequcmment chez les Eoliens et les loniens que chez les Doriens et les Acheens, quoiqu'au temoignage de Diodore (2), il füt adore dans la plupart des villes du Peloponese, bien avant les autres dieux, et que beaucoup de races de la Beotie et du Peloponese rattachassent au fils de Poseidon leur origine: ce n'est que posterieurement ä Homere, que la Nereide Amphitrite devint l'epouse de Poseidon.

1IH. — Une etroite parente liait Pallas Athene au Dieu du ciel, Jupiter. C'etait une des divinites les plus anciennes et les plus nationales des Hellenes: dcesse pelasgique de la nature et des elements, on lui consacra des ceremonies et des mythes locaux, symboles de son domaine physique, et on lui preta des attributions et des caracteres si nombreux et si varies, qu'il serait impossible de les ramener a une conception unique. Elle reunissait tous les attributs d'une deite supreme femelle ; l'idee predominante la representait comme la

(1) Gerhard. De rorigiiie. de Texistence et de rinöuence de Poseidon: disserlatiori ä l'aead. de Berlin I80I. p. 172. (-2) Uiod. 15-U.

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fille et rimage de Jupiter, nee sans mere, dans l'Empyree, du dieu de l'ether, et comme la deesse du feu Celeste ou ethere et de la lumiere, parfois aussi, regardee comme la maitresse des nuages et la deesse des vents. Elle ne devint une deite puissante et guerriere, que lorsque les loniens se furent approprie son culte. Dans ce mythe de la Theogonie d'Hesiode montrant Jupiter devorant sa femme, Metis, (la sagesse), qui portait Athene dans ses llancs, et faisant naitre ensuite la fille du cerveau paternel, germe dejä la conception ethique de la deesse liee au pere par les rapports les plus intimes. Jupiter ladoua de la plenitude de la sagesse, et ce don fut toujours son plus brillant apanage : tous les actes de rintelligence et de la pensee humaine, ctaient de son ressort: tres-veneree, comme Athene Ergane, eile etait la protectrice des artistes et des arts, et beaucoup de villes se vouaient ä eile et l'adoptaient pour patronne : c'est eile qui donnait l'eloquence, la sagesse dans les conseils, les bonnes lois et generalement tout ce qu'on implorait de son pere : le succes dans les combats et la prosperite dans la paix, Sa conception originelle se modifia suivant les phases historiques qu'eut ä traverser Athenes, la plus celebre et la plus inlluente des villes consacrees ä son culte: k l'epoque oü ilorissait la republique grecque, eile fut la deesse de la liberte et la redoutable ennemie des tyrans (i). Le type primitif s'idealisant toujours davantage et tournant ä l'abstraction, eile s'identifia avcc Metis, et devint la pensee, la sagesse, la science hypostatique humaine, la tres-haute deesse, assise, selonPindare, k la droite de son pere, pour transmettre aux autres dieux ses volontes supremes(2).

(()Ai'istoph.TJiesmoph. üoi.

(2) Find (Vagm. t, in. 119.

KT JLDAISME. 119

29. — Le culte d'Apollon s'etait largement developpe dans les diverses branches de la souche grecque: ce dieu offre tant d'analogies avec Athene, qu'on pourrait, sous plus d'un rapport, le regarder comme sa personnification masculine. De meine que l'une est la fille de predilection, intimement imie ä son pere, de meme Apollon est dans Homere, le fils de predilection et toujours docile de Jupiter, Charge de reveler aux hommes ses decrets. Son culte jouissait dejä d'une grande vogue, dans les temps ante-helleniques : ä Amtracie et dans d'autres villes de l'epoque pelasgique, il fut represente sous la figure d'un cöne, ä Sparte et ä Amyclee, sous Celle d'une colonne : son culte, revetu des formes les plus variees, avait pour principales metropoles: la Lycie, dont il etait le dieu national par excellence; la Crete, des cötes septentrionales de laquelle son culte avait passe ävec les ceremonies expiatoires et les Oracles, dans les iles et sur les cotes de la Grece et de TAsie : Delos, aussi peuplee que la Crete, foyer principal du culte apollonien de l'Ionie et de l'Attique ; Delphes, enfin, pour les Grecs septentrionaux et les Doriens, qui meme apres la conquete du Peloponese, recoururent k l'Apollon pythique de Delphes et ä son oracle par de frequentes consultations.

30. — Nilestraditionslocales, ni les formes du culte ne permettent de regarder la personnification de ce dieu, comme fondee sur une conception simple: les principes d'un culte naturel primitif, se trouvent fondus en lui, avec des elements qui se rattachent ä une periode plus avancee de la vie hellenique. II apparait dans les recits antiques comme le dieu de la mort, envoyant la peste et la contagion, et comme tel, arme d'arc et de fleches ; dans le culte asiatique de l'Ionie, il presidait aux fruits de la campagne et prenait soin du cours regulier des Saisons; dans le Peloponese, Apollon Carne'ios, etait u

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la fois le dien dela guerre et des bergers. Ainsi dans les Carnees doriques, on celebrait sous destentes, des fetes guerrieres, en souvenir de la vie nomade des premiers Doriens: tandis que dans les Hyacinthies, on exprimait d'abord le deuil cause par la mort de la nature, puis la joie et l'espoir d'ime resurrcction prochaine: de meme <iue Jupiter etait adore sous le nom d'Apomyios, (chassemouches), on invoquait Apollon sous ceux de Smintheus, destructeur des rats des champs ; de Parnopios, qui eloigne les sauterelles; de Thargelios, qui mürit les fruits de la terre ; de Delphinios, qui commande ä la mer et aux tempetes, d'Erythibios, qui garde les blesde la rouille. En somme, on le voit interveniret jouerdans tous les phenomenes de la nature, le role attribue com-' munement aux dieux primitifs; en beaueoup d'endroits, il etait honore comme medecin et guerissantles maladies (Akesios), surtout les contagions et la peste que dardaient ses fleches, et dont sa protection devait en meme tempsgarantir. Brillant lui-meme d'une eternelle jeunesse, il etait aussi le gardien et le protecteur des jeunes hommes, ä qui il donnait la valeur guerriere; Piaton lui avait assigne dejä quatre fonctions morales : la musique et la divination, l'art de gu(5rir et celui de defendre (i). G'est lui qui inspirait les devins et les poetes, et qui etait l'arbitre supreme du cliant et de la danse: il convenait que le Dieu pur et lumineux du jour, restät inaccessible aux souillures d'une morale corrompue : aussi le voit-on remplacer la vengeance sanguinaire par l'expiation du meurtre, et considerer comme un outrage a sa justice, une guerre injuste ou inhumaine. II etait surtout le representant et le revelateur des principes du droit moral des Grecs: toutes les prerogatives qu'ils s'attribuaient, tout ce qui les dis-

{l)Cratyl. 105. A.

ET JuoAisME. 4:21

tinguait dos barbares, etait pour les Grecs comme une emanation et une action de son ctre.

31. — C'etait siirtout par son oracle de Delphesdont s'enorgueillissaient tous les Grecs, qu'Apollon exer^ait une puissante influence sur la Grece entiere, et pesait de tout son credit sur les evenements et les institutions de quclque importance, qui eussent pu interesser la religion, a quelque titre que ce füt: nul autre que lui n'avait pu inspirer a Lycurgue les lois de Sparte : toutes les prescriptions relatives auculte, dit Piaton (i), doivent emaner de Delphes et etre regardees comme des inspirations d'ÄpoUon. Et en effet, toutes les institutions religieuses existantes, etaient revetues, dans les croyances grecques, de la sanction d'ApoIlon ; il les avait ratifiees, soit par les decrets de la Pytbie, so'it par des reponses, toujours obtenues d'ailleurs, aux questions qu'on lui adressait, en posant en principe general, que tout citoyen devait honorer les dieux, suivant les traditions et les rites de sa patrie {-2). La guerre et la paix elles-memes, l'envoi des colonies, la reunion politique d'etats isoles, tout ctait remis ä l'arbitre prophetique d'ApoIlon.

52, — Apollon, fds du Dieu du ciel et de la nuit (Leto), fut-il dans le principe, le Dieu de la lumiere seulement, ou en meme temps le Dieu du soleil? c'est encore une question des plus vivement controversees sur le terrain des annales religieüses de la Grece. Chez Homere, Helios est absolument distinct d'ApoIlon : dans la religion grecque, ce n'etait pas en general, l'element sideral qui dominait: le soleil, la lune, les astres, n'etaient pas l'objet principal des hommages du peuple, ou du moins, ils avaient cesse de l'etre dans la periode

(1) Legg. 0. 7o3. C.

("2) X(?iioph. Memor. 1. 51. 4. ö.

hellenique: Sirius parait etre la seule constellation qui fut l'objet d'une veneration religieuse: Aristee avait conseilie anx habitants de l'ile de Cos d'honorer cet astre, pour detourner d'eux un peril imminent (i), Le culte de la lune Sölene, nese rencontre nulle part dans les temps primitifs: celui d'Helios, au contraire, introduit de l'Asie dans la Grece, se developpa partout de tres-bonne heure, parallelement ä celui d'ApoUon, et Sans jamais se confondreavec lui. C'est ce que les faits historiques demontrent ä l'evidence : Rhodes, oü florissait tout particulierement le culte d'Helios, ä qui l'ile entiere etait consacree, honorait aussi Apollon sous divers attributs : dans plusieurs localites, il etait Erythibios, (qui garantit les bles de la rouille) ; a Camire, il presidait aux troupeaux;ci Lindoset ailleurs, il preservait de lapeste. Tousdeux figuraient, en meme temps, sur le piedestal du Jupiter Olympien de Phidias. D'apres l'assertion de Piaton (2), les Grecs adressaient des prieres quotidiennes ä Helios et pas ä Apollon. Les philosophes physiques furent les premiers ä identifier Apollon avec le soleil, et Euripide leur disciple, ne contribua pas peu ä accrediter cette conception : c'est k bon droit que vous vous nommez Apollon, (corrupteur), vous qui connaissez les noms occultes des demons, dit dans une tragedie d'Euripide, la merede Phaeton, ä Helios, son pere, etces paroles, comme on l'a judicieusement remarque, ne sont pas une allusion a quelque dogme des mysteres, mais un veritable cmprunt a la Theocratie des i)hilosophes. Du temps de Plutarque, cette identite d'Apollon et d'Helios, etait Liniversellement recue ; il pouvait affirmer sans etre taxe d'erreur, que le soleil avait fait oublier aux hom-

(1) Diod. I. p. 5-25. Apoll. Rhod. 2.o25. r2)Plat. legg. 10. p. ßiö.

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mos Apollon, sa personnification et son symbole; bieri qu'il n'etablit lui-meme d'autre difterence entr'eux que Celle qui existe entre l'äme et le corps (i).

35. — L'alliance harmoniquc dans tous ses rapports, d'Apollon avec Artemis, sa soeur jumelle, teile qu'on la retrouve chez Homere et les autres poetes, ne co'incide pas originellement avec le ciilte primitif des deux divinites ; les premiers cultes locaux d'Apollon n'oftrent aucune idee d'Artemis : celle-ci, ä son tour, etait honoree sans Apollon, dans les endroits oü les caracteres primitifs de son culte s'etaient conserves avec le moins d'alteration. Leur parente prit naissance ä Delos et a Delphes : Artemis etait une antique diviniie naturelle dos Pelasges ; mais on lui preta des attributs et des Functions si varies, dans les divers endroits oü rtorissait son culte, que lorsqü'on cherche ä ramener toutes les conceptions k un type unique, on en est reduit, comme lorsqu'il s'agit d'Apollon, ä des conjectures plus ingenieuses que solides et plus habiles que vraies. En Thrace, oü eile etait la divinite nationale la plus elevee, avait pris naissance le culte d'Artemis Tauropole, celui de Brauronia, et d'autres analogues, auxquels so melerent originairement des sacritices humains, ainsi quo le culte d'Ürthia ä Sparte, oü ces sacritices etaient remplaces par de sanglantes tlagellations {-2) : Arthemis Eurynome, la deesse poisson de Phigalie, qu'on ne montrait, suspendue ä des chaines d'or, qu'une fois par an,' trahissait une origine Asiatique. C'etait egalement en Arcadie, oü les traditions pelasgiques s'etaient conservees avec le moins d'alteration que la deesse possedait le plus de sanctuaires: tout le pays, qui faisait descendre d'elle ses pre-

ll) De Pyth. Orac. vii. 57o Reisk. de orac. tief. vii. 70(j. (2) Pausan. 5 16. 7,

micrs habitants, lui etait en quelque sorte consacrc.

54. — Le grand nombre de surnoms tires des montagnes et des eaiix qu'elie frequentait, et qu'on lui attribua ä l'exclusion des autres divinites, indiquent amplement qu'elie n'etait qu'une personnification des forces naturelles. Les montagnes et la chasse, etaient ses plus anciens attributs : eile fut souvent identifiee, comme Limnatis ou Heleia, avec les marais : Potamie et Alplieonie, avec les fleuves : Akria et Korypliea, avec les cimes des montagnes : dans ses rapports avec l'humanite, eile se montre babituellement terrible et cruelle. II etait peu de divinites ä qui Ton pretät plus d'actes de vengeance et de sanglantes fureurs : de lii aussi, le caractere sanguinaire de son culte primitif : ce fut d'abord des sacrifices d'enfants, auxquels on substitua plus tard la flagellation : et l'on vit meme a Patra, subsister dans son culte, jusqu'a une epoque tres-avanc(ie, un trait de cruaute, qui n'entrait cependant pas dans les habitudes de la Grece : une foule d'animaux vivants, grands et petits, etaient jetes dans des büchers allumes tout autour de son autel (i). Les Grecs assuraient que le seul aspect de la statue devait inspirer la terreur, et sa presence dessecher les arbres et detruirc les recoltes (2). Elle envoyait les maladies contagieuses; la mort violente, celle des jeunes filles surtout, etait aussi son ouvrage : bien qu'elie fut vierge, eile passait pour presider aux accouchements et aux naissances, et eile etait la divinite tutelaire des enfants. Une foule d'autres surnoms lui attribuaient des qualites bienfaisantes et propices: c'est ainsi que nous la voyons honoree, fä et lä, comme une deite sccourable, dans la

(1) Pausan. 7. 18. 7.

(2) PUitarch. Arat. 52.

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üjuerre et dans la paix et comme la protectrice des villes. Eschyle est le premier qui l'ait identifiöe avec la lune: assimilation duc vraisemblablement k une iniluence asiatique plus tardive.

35. — A Ephese, Artemis etait une sorte de divinite pantheologiquc, oflfrant un type plutöt asiatique (jue grec et reunissant en soi les attributs de presquetoutesles divinites femelles: eile avait la plus grande analogie avec Cybele comme generatrice du monde physique : eile etait la grande deesse d'Ephese, la Protothronia: son culte renomme dans l'univers entier avait pris tant d'extension, qu'il n'y avait presque pas devilles grecques, du temps de Tansanias, oü eile ne füt adoree comme une puissante divinite. Souvent eile fut l'objet d'une invocation speciale et son culte avait penetre jusques dans l'intimite du foyer domestique. Son sanctuaire fut meme le seul epargne par les Perses dans le desastreux chätiment qu'ils infligerent aux Grecs de l'Ionie. Tous les etats de cette confederation, ou autant dire la Haute-Asie tout entiöre, se cötiserent pour edifier son temple; dans quelques-unes de ses statues, emmaillotees comme des momies et sculptees en bois noir, la partie superieure du corps estcouverte de mamelles d'animaux, tandis que le pied disparait sous des figuresdebetes fauves (i).

36. — L'antique souche des Pelasges Thyrrenes, le dieu Hermes, fils de Jupiter et de l'Atlantide Maja, se rattachait ä Apollon par de si etroites analogies que presque toujours il semble s'identifier avec ce dernier et personnifier la meme conception theogonique. II etait originairement adore comme la force naturelle generatrice et fecondante, sous la forme d'un Hermes,

(1) Paiisan. 10. 58. 3. — Gallimach. Hymnus. Dian. 257. 250.— StraJjo li. 789.

l-2li I'AtiAMSMK

(•'(.'St-a-dire, d'un pilastre ou d'une pierre surmontee d'iine tele humaine et portant le phallus: a Gyllene, il (Hait meme honore comme uu simple phallus (i), emi>leme que les Atheniens avaientempruute des Pelasges et qu'ils transmirent plus tard aux autres Grecs. On lui pretaitaussi les attributions ordinaires d'un dieu priuiitifde la nature : c'etaitun Dieu supreme qui presidait a la croissance physique : Nomios ou Epimelion il favürisait le croit des troupeaux: Trophouiüs, il proh'geait les campagnes : les süurces elles-memes etaient UM de scs dons. Mais eomme membro du Cycle Olympien et dieu anthropomorphique il representait l'ordre pratique et le genie de l'invention et des ati'aires dans les choses humaines : il etait le messager et le heraut des autres dieux, le dieu de Tcioquence, du tratu; et du commerce, le fauteur du mensonge et du parjure et le precepteur du vol. Autolycus, qui n'accrut ses possessions que par le vol et le parjure est dans Homere le fils et l'eleve d'Hermes (2). Hermes Dolios, le ruse, avait un culte tres-en voguc dans les environs de l'allene: il avait la reputation d'exaucer promptement les prieres qu'on luiadressait (.j), et la fable s'empressa de recueillir avec complaisance les hardis larcins du roi des voleurs (4). Cependant eile ne lui prete aucun de (CS traits mechants et vindicatifs ni de ces actes de violence dont les autres dieux se montrent si prodigues: c'etait plutöt un genie bienveillant, ami des hommes. 1 1 se faisait volontiers leur guide en voyage (.'>) : (Pompaios ou Agetor). Aussi ses images se rencontraient-clb-s frequemment devant les portos des maisons, ä Tentree

(1) J'aiisan. P. 26. 5.

(i) üdyss. t. 59.

(ö) Pausan. 9. 27. I.

(4) Euripid. Rhesus: 217.

(0) Athen. A. 25.

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des jardiiis, dans les rucs ot sur les places. C'etait en general un Dieu propice aux hommes et se plaisant ä exaucer leurs voeux. Apres le trepas c'est lui encore qui guidait los ämcs aüx enfers : (Hermes Psychopompos),

37. — AHermes onassociaitsouvcnt Hestia qui,quoique d'origine pelorgique, n'est encore cit^e comme deesse, ni dans Homere, ni dans Hesiode, mais seulement dans les hymnes homeriques et chez lesLyriques. On la regardait en meme temps comme la plus ancienne et la plus jeune fille de Kronos et de Rhee, et eile complctait lo cycle des douze dieux superieurs. La veneration craintive dont les anciens entouraient la mysterieuse essence du feu, avait enfante plusieurs divinites. Hestia fut dans les temps historiques une personnilication non de Felement en general, mais seulemcnt du feu sacre des autels et du foyer domestique : comme deesse du foyer, autel et sanctuaire de la famille, eile presidait aussi aux sacritices: son invocation preludait ä toutes les ceremonies religieuses, et suivant l'expression de l'hymne homerique, eile participait aux honneurs des dieux dans tous leurs tcmples. Dans les Prytanees oü l'on entretenait le feu sacre, perpetuellement allume en son honneur, eile possedait comme Prytanites une enceinte separee: peu de particularites signalent son histoire: Apollon et Poseidon l'ayant recherchee en mariage, eile rejetaleur demande, et tit voeu sur la tete de Jupiter, d'une perpetuelle virginite. Elle n'avait, ä tres-peu d'exception pres, ni fetes ni slatues et on ne celebrait l'anniversaire de sa naissance qu'ä Naukratis, en Egypte.

38. — Ares etait un Dieu Tlirace, dont une tribu de ce peuple avait introduit le culte dans laBeotie et dans le Peloponese, lors de l'envahissement de ces contröes; Thebes en devint la metropole, et ce culte prenant plus d'extension, Ares finit par supplanter Apollon, que les

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Hellenes adoraient specialement comme le dieu de la guerre : completement inconnu dans les iles grecques, il ne recevait d'hommages qu'en un petit nombre d'endroits de l'Asie-Mineure. C'etait primitivement une puissance naturelle qui provoquait surtout les evenements funcstes etviolents, les tempetes, les epidemies : ces premieres attributions furent remplacees plus tard par d'autres et le genie furieux qui presidait au desordre physique, devint le dieu de la guerre et des passioiis sauvages et meurtrieres qui s'allument dans la melee : le carnage et l'effusion du sang etaient surtout Toeuvre d'Ares : l'areopage d'Athenes lui etait consacre comme tribunal criminel. Quoique fils de Jupiter et d'Hera, ii etait de tous les dieux, celui que son pere liaissait le plus, comme on le voit par les expressions memes du Jupiter homerique : ce qui a fait dire k Sophocle qu'il est le plus meprise des dieux (i). L'habitude qu'ont les poetes, d'accoler son nom ä la discorde, au meurtre, ä la fureur, aux maladies mortelles, deiiote suffisamment qu'on etait enclin üi le regarder, au moins en poesie, comme l'auteur de presque tous les niaux qui aflligent l'humanite.

59. — Aphrodite etait la syncrese d'un double culte d'origines tres-diverses ; d'une part celui de la deesse pelasgique de la nature, auteur de la vie et de la croissance, fille de Jupiter et de sa compagne Dodoneenne Dione, et representee des Homere comme la deesse de (^ypre ; Aphrodite Aineias en Epire et en Acarnanie eile favorisait la croissance des troupeaux et etait adoree comme deesse de la navigation dans les sanctuaires (ju'on lui avait eriges sur les cotes de ces pays. D'une autre part l'Aphrodite indigene s'etait identifiee avec une deesse venue de l'Asie a Cypre et qu'Hesiode fait

(l)OEd. Tyr. 214.

ET JLDAISME. 1^11

naitre de l'ecume de la mer fecondee par le sang d'Uranus : Uranie, deesse generatrice et nourriciere, dont le culte etait rt-pandu sous divers nonis chez les pouples Syriens, Pheniciens et Chananiens. Chypre peuplee en partie de Pheniciens avait re^u d'Ascalon, oü Von adorait Astarte, le culte de cette deesse : cette ile etait son sejour favori : c'est la qu'elle passait pour s'etrc revelee aux hommes : eile etait representee dans le temple de Paphos sous la forme d'une pierre conique : son culte y reunissait ainsi qu'ä Amatonthe toute la licence de la volupte asiatique. De Chypre ce culte passa ä Cythere, petite ile au sud du Peloponese, d'oü il se repandit ensuite dans toutesles villes du littoral : meme dans des temps plus avances on retrouve encore sur le sol grec, par exemple a Egire en Achaie, rancienm- Aphrodite pelasgique et l'Astarte syrienne, honorees l'une a cote de l'autre dans des sanctuaires et avec des rites ditferents.

40. — On voit doncqu' Aphrodite etait loin de revetir dans le culte primordial les attributs dont se plurent il l'enrichir plus tard la poesie et les croyances populaires : eile oftrait au contraire le type d'une conception beaucoup plus large : eile etait la deesse supreme des trois regnes de la nature, ce qui variait ä l'infini les formes quelquefois tres-opposees de son culte. Ainsi on l'ornait äSicyone des attributs de la supremutie universelle et les pretresses qui la servaient , devaient etre vierges et fairev(pu de continence : ä Corinthe, au contraire, la perfection de son culte consistait a l'emporter en impudeur et en debauche. On Thonorait ä Athenes conime l'ainee des Parques et comme une divinite qui tenait entre ses mains la vie et les destinees liumaines : eile avait dans les jardins de cette ville des images quadrangulaires, comme les Hermes : k Chypre les jeunes filles se vouaient ä son

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culte, en se vendant ä prix d'argcnt, comme le faisaient les jeunes vierges deBabylone en l'honneur deMylitta : il en etait tout autrement dans les endroits oü on la representait armee ä cüte d'Ares : en beaucoup de lieux l'acces de son sancluaire etait interdit aux femmes : k Thebes et h Megalopolis en Arcadie, eile etait adoree comme Uranie, Pandemos et Apostrophia, (qui detourne), dans trois statues fort antiques : il existait aussi en quelques endroits, une Aphrodite des tombeaux et de la mort, Melainis et Androphone.

41. — A une epoque plusavaneee et dans la conceptionde quelques penseursisoles plus encoreque dans la conscience publique, il existait un eontraste marque entre Aphrodite, Uranie et Pandemos. L'une deesse du ciel, que la statue de Phidias, a Elis, represente posant le pied sur yne ecaille de tortue, Symbole de la voüte Celeste, etait la füle nee sans mere d'Uranus et la deesse de l'amour le plus noble et le plus pur. L'autre au contraire, fille de Jupiter et de Dione, provoquait et protegeait les instincts sexuels, les amours vulgaires, charnels et deshonnetes : Piaton et d'autres ä son Imitation etablirent cette distinction confirmöe par l'attribut d'Aphrodite Pandemos, le bouc oule belier. Xenophon lui-memefaitremarquer, qu'Uranie et Pandemos etaient distinguees par des temples, des statues et des autels particuliers (i), et que les victimes oifertes ä la premiere devaient etre plus saintes et plus nobles que Celles offertes ä la seconde. C'est ainsi qu'un heros de Theocrite, dans une invocation, oü il demande le bonheur conjugal pour sa compagne, s'adresse expressement, non a Cypris Pandemos mais ä Uranie (2). Bien que le nom de Pandemos oti'rit primitivement l'idee

(1) Oonv. 8-9 (-2) Hpig. 13.

ET JLllAlSMF.. l.>i

(l'une (livinile pul>li([U(', dont ie culte reunissait diverses classes üu nationsdans une alliance religieuse et politiquc, los Hetaires ne laissaient pas que d'otfrir indifferemment a Lranie ou k Pandemos les fruits memes de leur honteuse Industrie (i).

42. — Comme deesse olympienne et dans tous les mythes qui se rattachent ä eile, Aphrodite etait la deesse de l'amour physique, des gräces et de la beaute ; sa principale attribution etait de preparer et de resserrer le lien des instincts sexuels : e'est eile qui donnait aux jeunes filles tous les agrements qui devaieiit seduire ou captiver le ca-ur et les desirs des hommes : tous les mouvements de l'äme excites par la passiou de l'amour, tous les evenements prosperes ou fächeux qui en dependent, lui etaient attribues et exprinies par les divers surnoms qu'on lui donnait. Sur ce terrain eile exergait un pouvoir irresistible et la fable rapported'ellebeaucoup detraits cruels, passions denaturees, incestueuses qui egaraient les contempteurs de son empire et la vengeaient de leurs mepris. Comme Hermes etait le dieu des voleurs, eile etait la deesse des courtisanes et des Heta'ires et la protectrice nee de l'impudeur : ä Corinthe on regardait les Heta'ires comme ses pretresses : dans l'excitation meme des jouissances les plus brutales, les Grecs preten'daient reconnaitre l'action et la volonte de la divinite : c'est ce qu'explique la presence des sanctuaires et du cullc d'Aphrodites Heta'iris et Porne, ä Abydos, ä Samos, a Ephese : le temple que Solon lui fit eriger ä Athenes, fut bati des revenus öv la plus infame venalite {■>). Comme le cote physique des relations conjug"ales rentrait aussi dans son domaine, on l'invoquait encore

(1) Lucicn. Dial. Merclr : 7. Dioscorid. Ejiig. J2. Anthol. i. 247. (-2) Allien. lö o

com'me deesse des mariages, presidant aux naissances et ä la fecondite des unions (Kolias).

43. — Hephestos, dont le culte s'etait transmis des Thraces de Lemnos aux Grecs, avait acquis beaucoup d'importance ä Athenes, sans que d'ailleurs son culte s'etenditau-delä : il exisiait entre lui et les autres dieux olympiens un contraste saillant. Tandis que le principe originel , physique et elementaire, s'eflacait de la conscience publique, devant lesconceptions qui le personnifiaient daiis ceux-ci, Vulcain au contraire, l'identifia toujours davantage avec Telement igne, et souvent meme le langage usuel substituait son nom au mot deFeu. II ne passait pas toutefois pour le maitre du feu ethere et primitif de l'univers, mais de l'element comprime, ayant besoin d'aliment du feu plus grossier, plus impie de la terre : les croyances populaires, lui assignaient une demeure et des forges dans le sein des montagnes Volcaniques, le Moychle ä Lemnos et l'Etna, car il etait aussi tres-babile artiste et le dieu des forgerons : des fictions plus recentes lui donnent les cyclopes pour aides : ä Athenes cependant son culte etait etroitement lie a celui de Minerve, la deesse du feu ethere et de la lumiere sans llammes. Deux fetes, les Ghaicees et les Apaturies etaiinit consacrees aux deux dieux : en outre Hephestos fut quelquefois honore avec Hestia comme dieu du feu domestique (i).

44. — Demeter, la deesse des moissons et de l'agriculture appartenait a l'ancien culte pelasgique : eile avait, disait-on, appris aux Grecs les premieres notions de l'agriculturc, du labourage et de la preparation du pain : l'agriculture ctant regardee comme le fondement et le principe de toutes les institutions sociales et politiques et comme un elemcnt indispensable de paix

(1) -Tlat. legg. 1 1 p. 190. D. Diodor. ü. 7 i. "

ET JüDAlSMf:. lÖA

et de prosperite dans la vie civile ot domestique, oii riionorait sous lo nom de Thosmophore, commc \ii legislatrice de rhufrianite et l'auteur de la civilisatioii et des lois : la plupart de ses titres faisaient allusion aux semailles, aux epis, aux moissons, au [»ain, a la farine : on la faisait de plus presider aux mariages et proteger les enfants qui en sont le fruit, (Kurotrophos): opinion fondee sur l'analogie qu'on croyait voir entre raffouillement et rensemencement du sol et la cohabitation nuptiale. Ses fetes et ses mysteres figuraient k; contraste qui existe entre l'etat grossier oü se trouvaient les hommes, avant qu'ils connussent le ble et la civilisatioii que l'agriculture introduisit plus tard dans Thumanite. Mais comme la meme terre qui feconde le germe des plantes, engloutit aussi la depouille des morts, Demeter etait egalement une deessedela mort : cet attribut lui faisait donner l'epithete de noire : les morts lui etaient consacres sousle nom de Demetriens, comme on les appelait ä Athenes, et douze jours apres le deces d'un citoyen, on oft'rait ä Demeter un sacrificefunebre. 45. — Ce double attribut de la vie et de la mort otfre un type plus frappant encore dans la fille de Demeter, Persephone Cora, qui formait avec sa mere un couple inseparable, que le culte associait d'une maniere si intime qu'on les appelait simplement le couple divin, ou les honorables, les maitresses et aussi les grandes deesses. Chez Homere eile n'apparait que comme l'inflexible et redoutable deesse de la mort, la dominatrice du royaume souterrain des ombres. Elle a pour acolytes les Erynnies, dont le role est d'accomplir les maledictions et de venger les crimes : dans les traditions primitives de l'Arcadie, oü eile s'appelle Despoema, la souveraine, eile est fiUe de Poseidon et de Demeter Erynnis, ainsi nommee de la fureur oü la fit entrer l'outrage qu'elle avait eu ä subir de co Difu :

154 r'AliANiSJiK

d'autres versions la faisaient regarder comme fille de Jupiter et de Demeter, enlevee plus tard par le dieu de la mort, Hades ou Pluton : de sorte quelle etait tour ä tour Cora, la deesse de la verdure et des fleurs dont le printemps emaille la terre, et Persephone, l'epouse du sombre Hades, la destructrice des vivants et lasouveraine desmorts: lesvoyages de rinconsolable Demeter k larecherche desa fille perdue, la disparition etle retour de lavictime du sombre ravisseur, la proposition faite ä Cora par Jupiter de resider tour ä tourdans le monde superieur et danslejiionde inferieur, ces alternations de joie et de douleur, allusions symboliques ä la semence qui n'est confiee ä la terre que pour y pourrir et reiiaitre ensuite a une vie nouvelle : Cora descendue dans le royaume d'Hades et rendue ensuite ä sa mere, comme le germe enfoui renaissant au jour ; — toutes ces ficlions couvraient les mythes, les fetes, les mysteres d'un voile splendide oü brillaient tous les tresors de l'imagination grecque.

40. — Hades ou Pluton, sorte de Jupiter Chtonien, regnait ä cöte de Perst^plionesurlesombres du royaume des morts, et possedait seul la clef de ces regions tenebreuses, maudites des dieux et des liommes; mais c'etait en memc temps un dieu de la terre et des champs qui couvrent sa surface, represente quelquefois avec une corne d'abondance ou une touife d'epis dans la main: Hesiode recommande au laboureur de I'invoquer dans ses travaux comme Demeter (i). Ce sont toutefois les poetes qui l'ont depeint avec le plus de detail, car le peuple en general se preoccupait peu de cette divinite qui n'avait nulle part d'autels publics (2). On lui avait bien eleve une statue dans Athe-

(t)Op.et Dies v. 4Gö.

C2)Eustath. ad üiad. Tii ü

F.T JLDAISMK. löo

ni's, mais son cultc ölait fort restreint. Elis et Pylds lui rendaicnt seuk's (juelques honneurs: il avait ä Olympie un Icniple (jui ne s'ouvrait qii'une fois Tan i't dans leqiu'l les pretres eux-menies n'entraient jamais (i).

47. — Dionysos etait le plus jeune des dieux grecs, et bien quo son culte füt le dernicr rameau important de cette religion, aueun autre n'avait contribue davantage ä moditier profondement la civilisation, la pocsie et les arts indigenes. II n'en est aucun qui refletc une empreinte morale mieux caracterisee et qui resume d'une manier:' plus complete les tendances du paganisme : Sympathie enthousiaste pour la nature et pour ses concupiscences : desir effrene de se les assiniiler d'une maniere vivace: abandon complet ä la vie naturelle et ä la frenesie des sens : conviction aveugle que les forces actives qui se revelent dans les accidents de la nature ne sont qu'un mode de l'etre divin et que par consequent leur action sur I'homme renferme en sei quelque chose de divin et d'agreable äladivinite.

48.^ — Dionysos lut-il originairementun dieu Thrace, par consequent indigene en Grece, presidant aux vignerons et dont le culte Lydi-Phenicien de Cybele et de Sabazios altera plus tard le type primitif? ou bien etait-ce un dieu etrangerintroduitde l'Orient en Grece, avec la culture de la vigne? des arguments de poids semblent militer en faveur de cette derniere hypothese. Dionysos est evidemment un dieu voyageur et conquerant dont le culte penetra de l'Asie en Grece apres de nömbreuses niigrations: aussi poetes et mythographes s'accordent-ils a faire de ces contrees le theätre de ses niysteres. Les ancicnsmonuments le representent dans

(li Pilus, ü. n. ö.

un costume tout oriental : ceux qui lui donnent une physionomie purement grecque appartiennent ä une epoqiie beaucoup plus recente: les animaux meme qui lui etaient consacres, l'äne et la panthere, denoncent une origine asiatique. L'invention da vin etant nee dans l'Asie Oceidentale, ce serait une opinion fort hasardee que de faire venir le culte dionysiaque de la ville de Nysa k Thrace. On ne peut lui assigner pour patrie qu'une autre Nysa, situee entrc le Nil et la Phenicie, au nord de l'Arabie ou de la Ctielesyrie, et nommee plus tard Scythopolis par les Grecs et Bethsane parles Semitiques. L'antique relation dumedecin Philomide (i), qui montre Bacchus apportant le pampre de la mer rouge en Grece, corrobore singulierement cette conjecture. On s'explique en offet qu'ä la faveur des relations frequentes qui reliaient le littoral de la mer rouge avec les Indes, la renommee et le ty}>e du dieu, aient pu parvenir dans ces dernieres contrees, des l'epoque d'Alexandre.

49. — Les ceremonies du culte de Dionysos, particulierement aux fetes trieterides ofl'raient des vestiges frappants des rites orientaux : son surnom d'Omestes rappelle les omophages dont les ceremonies degoütantes ne sont qu'une reproduction des rites phrygiens: on a d'autant plus de raisons de considerer la manducation des viandes crues comme une reminiscence des anciens sacrificeshumains, qu'on voit Themistocle luinienie immoler irois prisonniers perses k Bacchus Omestes {-2). II est positif que le culte de Dionysos fut primitivement celebre par ces sortes de sacrifices, au moins ä Potnia en Beotie et qu'ils subsisterent beaucoup plus tard encore ä Lesbos et u TencMos; mais on

(1) Athen. 15.3.

l.i) Phitarch. TlK^mis. i;j. I'^lopid. 21.

ET JLDAISME. 137

n'offrit süremcnt point de victimes liumaines, meme clans les temps les plus recules, a un Dionysos grec, simple dieu du raisin et de la vigne.

50. — Les Hellenes re(;'urent le dieu et son culte des Thraces meridionaux, qui habitaicnt entre le Parnasse etrHelion: de la il passa en Beotie oü il avait son siege principal : Thebes revendiquait l'honneur de l'avoir vu naitre. II se propagea cnsuite dans l'Attiquc, oü il se confondit avec le culte de Demeter, puis dans le Peloponese; etenfin ä Delphes, oii il s'identifia avec le culte d'Apollon. Toutefois les fabuleuses legendes de Thebes, d'Orchomene et d'Argos, conservaient le Souvenir des profondes repugnances qu'avait soulevees ce culte ä son debut: les Grecs en naturalisant le Dieu chez eux lui forgerent une genealogie et une histoire en rapport avec ses attributions ; mais oü les noms de Gadmus et de Phoenix trahissent encore une origine asiatique. Bien qu'Homere lecite rarementet sans l'assimiler jamais aux divinites olympienncs, il n'a pas laisse de depeindre en quelques traits I'esprit et le culte dece Dieu qu'il appelle le Dieu furieux.

oi. — La sante des troupeaux, la culture de la vigne, la croissance et la fecondite des vegetaux en gen'eral, furent les premiers objets pour lescjuels la Grece invoqua Dionysos, le dieu qui presidait non-seulement ä la maturite du raisin, mais aussi ä celle des arbres et des plantes: a Sparte il s'appelait Sycite, dieu des tigues: on lui demandait le croit des troupeaux et la fecondite des jeunes filles: aussi le phallus, Symbole de la force generatrice, figurait-il amplement dans les solennites dionysiques oü il etait porte en procession. Le dieu du vin passait en meme temps pour l'auteur de la gaite qu'il inspire et que provoquent la musique, la danse et la bonne chere.

o'2. — Dionysos conserva donc en Grece le caractere

lo'8 I'A(;an!sme

que pretaient les conceplions asiatiqucs a la personnification du principe producteur, nourricier et mäturateur de la nature, et les phases diverses de celle-ci, la Suspension de la vie vegetative en hiver, sa resurrection au printemps, s'identiiierent avec le dieului-meme qui en etait la personnification, par une sorte de transmutation tres-frequente dans les coneeptions ethniques. Les fetes dionysiaques suivaient le dieu et les diverses transformations du raisin, dont il avait dote les hommes, dans un cycle annuel, oü toutes les phases de la Vegetation, depuis la naissance jusqu'ä la mäturite et la vendange, se trouvaient iigurees dans une serie de cer^monies allegoriques.

Des rites symboliques representaient la double nature du dieu Joie et Deuil, revetus Tun et l'autre de l'aspect orgiaque. Au son des tlütes phrygiennes et des cymbales retentissantes, les bacchants des deux sexes, en [iroie a des transports frenetiques et sauvages, tombaient dans une excitation voisine de la rage, qui se communiquait des acteurs aux assistants et qu'on regardait comme l'action immediate du dieu lui-nienie. C'est en cette fa^on que les fetes des Menades, les Trieterides, se celebraient au solstice d'hiver, pendant la nuit et sur les montagnes.

55. — Comme dieu du monde inferieur, Dionysos portait dans les mysteres surtout le nom de Zagreus ; mais ce n'etait point alors le llls de Seniele, et Jupiter, sous la forme d'un serpent, l'avait engendre avec Persephone. On en faisait meme un tils de Demeter qui revenant au printemps de l'enier, oü eile avait retrouve sa fiUe, ressuscita son Zagreus, que les Titans nes de la terre, avaientmis enpieces; le souvenir de lamutilation et de la regeneration etait celebre par un culte sombro et sanglaiit : oii lui oll'rit d'abord des victimes hnmaines: cet usage suhlt plus tard quelques adoücisse-

ET .ii;iiAis:.!i:. 451)

ments: a Alea en Arcadie, 011 y substituait la flagellation des jeunes filles, tandis qu'ä Outomeiie, aux fetcs des agrious, Celles qui etaient vouees au sacritice, pouvaient ordinairement s'y soustraire par ia fuite: cepeiidant du temps de Plutarque il arriva eneore que l'unc de ces malheureuses, saisie par le pretre qui la poursuivait, futreellemenl immolee. L'usage de dechirer des animaux, symbole de sa propre laceration, et la manducation des viandes crues faisaieiit partie de son culte. Le dieu etait surtout figure et invoque sous la forme d'un taureau: « Digne taureau! » est le salut et l'invocation que lui adressent dans leur hymne las jeunes filles d'Elis, en entrant dans son temple avec le piedde taureau (i). Aussi etait-il frequemment represente sous cette forme, ciCisyque entr'autres, oubien, le taureau qui le representait, ötait decapite, pendant que les Menades appelaient h grands cris le dieu qui devait les visiter. 54. — Quelques divinites secondaires, telles que Eros, Pan, Priape, Asclepios avaient un culte beaucüup moins repandu et surtout moins influent sur les idees religieuses de la Grece. Eros, dont Homere ne fail aucune mention, est represente dans la cosmogoniv d'Hesiode, comme le plus ancien des dieux, formateur du monde, n'ayant eu ni pere ni mere, le plus beau et le plus irresistible de tous les dieux, le premier auteur de rharmonie de i'univers. Adore d'abord ä Thespie en Beotie sous la forme d'un bloc, suivant l'usage pelasgique, il conservait aussi un culte a Athenes, dans le Pelopon^se et les iles : les Spartiates et les Cretois lui sacriüaient avant le combat, persuades sans doute, que le dieu qui presidait au sentiment le plus puissant et le plus sympathique, ne manquait pas de favoriser aussi l'emulation et l'ensemble dans la bravoure: il ne

(i) Pkit (iiKcst. !,M';f'C. VII 195. Reisk.

140 PAGAMSME

devint que beaucoup plus tard le fils d'Aphrodite^ concu de Jupiter, d'Ares ou d'Hermes. Phidias l'avait encore represente comme un dieu primitif, congu par Aphrodite lors de sa naissance (i). Mais au rapport de Pausanias, la plupart des hommes le regardaient comme le plus jeune detous les dieux: on le representait presque toujours sous les traits d'un bei enfant, avec un carquois, des fleches et une torche, personnifiant la passion de l'amour, lui empruntant divers surnoms tires des effets et des impressions qui la caracterisent et exercant un empire tyrannique sur les dieuxet sur les hommes.

55. — L'Arcadie fut le borceau du culte de Pan, le dieu des troupeaux et des bergers, moitie boue, moitie homme, habitant les vallons et les antres: il n'en est fait mention ni dans Homere ni dans Hesiode : son culte ne s'introduisit äAthenes que pendant la guerre persique, mais il etait dejä celebre en Thessalie, ä Thebes et k Delphes. Par quelle sorte de transition le dieu aux pieds de bouc, joyeux ami de la danse et de la musique,. devint-il le dieu de la lumiere et du feu, honore a la lueur des torches et sur les autels de qui brülait un feu perpetuel? c'est une enigme qui n'estpoint encore resolue. Le dieu ithyphallique Priape, fds de Dionysos et d'Aphrodite, etait adore dans THellespont, a Lampsaque, a Parium, ä Cyzique et en beaucoup d'autres endroits comme favorisant la fecondite des troupeaux des champs et des jardins,

56. — Asclepios, le dieu de la medecine et de la sante etait fils d'Apollon : celui-ciayant tue par Jalousie la mere d'Asclepios, sauva l'enfant, qui, honore d'abord en quelques endroits ecartes de la Thessalie, ne prit rang parmi les dieux helleniques q,ue posterieurement

(l)Paus3n.o. 115.'

ET JUDAISMF.

a Homere. Pen u peu ses temples couvrirent toute la Grece: les principaux etaientä Tricca, en Thessalie, u Epidaure, son pelerinage le plus vante, a Cos et ä Pergame. On les elevait en general dans le voisinage des eaux thermales et ilsetaient desservis par des familles sacerdotales, dans lesquelles se transmettait comme un heritage sacre, la connaissance de l'art de guerir: les Oracles attaches ä ses temples etaient consulles au moyen de l'incubation: on croyaitqueledieu indiquait en rcve aux malades qui dormaient dans son temple, les remedes qu'ils devaient employer pour se guerir, et il est probable en effet que les pretres parvcnaient souvent ä eonciiier le songe avec la methode curative applicable ä la plupart des cas.

o7. — Hebe, ou Dia, et Ganymede, personnification delajeunesse florissante, etait honoreaPhlie, a Sicyone et ä Athenes. La deesse de l'aurore, Eos, dont le nom rappeile tant de legendes sentimentales et aventureuses, semble au contraire n'avoir jamais eu de culte regle. Le culte oriental des planetes etait aussi completement etranger aux Grecs: Orion, Sirius, les Pleiades, les Hyades etaient des etres Celestes admis dans la fable et la poesie, mais sans etre classes dans lareligion. Parmi les dieux du vent, Eole, le roi des airs, ne fut apparemment creö par les poetes, qu'a une epoque plus recente, et il n'etait adore nulle part. ß'oree, au contraire, avait un sanctuaire a Megalopolis et les habitants de cette ville lui offraient chaque annee des sacrifices, en memoire de ce qu'il les avait delivres dos vSiiartiates (i). Zephyre avait egalement un autel a Athenes : il existait aussi entrc Sicyone et Titane un autel, sur lequel un pretre sacrifiait aux vcnts en general, uno fois par an et pendant la nuit. Iris, la deesse de

(I) rausap.8 56. l.

l'arc en ciel et la mossagere des dieux n'etait honoree que par les Deliens de l'ile d'Hecate, qui lui ottraient des gäteaux et des fruits.

58. — Les Heures, genies des Saisons, presidant aux travaux champetres et pr€>,posees au service des divinitt'S Olympiennes, etaient honorees en Attique, en Ocyolide et en Elide. On n'en connaissait que deux a Athenes, Thallo et Carpo, qui presidaient l'une au printemps, Fautre a l'automne. Hesiode en nomme trois, filles de Jupiter et de Thelmis : Eunomic, Dike et Irene, ä qui Ton attribuait le maintien de Fequilibre et de l'harmonie dans l'ordre physique et moral. Le röle des Charites, ou Gräces, se rapprochait beaucoup de celui des Heures: leur culte qui datait de l'epoque pelasgique, etait cependant plus repandu et publiquement eelebre en Arcadie. Honorees comme des divinites de premier ordre a Orchomene. elles avaient eu primitivement, comme on peut en juger par les noms que lui donnait Athenes, des fonctions physiques relatives aux phases de la durec et de la croissanee; mais elles devinrent sous le pineeau des poetes, les divinites de la gräce et des appats feminins.

59. — La personnifiration des idees abstraites donna naissance ä un nouvel ordre de divinites, auxquelles les Grecs rendaient un culte, soit pour se les rendre propices, soit pour implorer leurs faveurs, soit pour appaiser leur ressentiment ou leur haine. Ainsi Tyche, la deesse du bonheur et de la bonne fortune, avait des temples et des statues dans plusieurs villes de la Grece : Pindare, parmi les poetes, fut le premier qui l'invoqua comme deesse et la celebra comme la plus puissantedes Parques (i). Elle fut adoree jusqu'ä une epoque tresavancee comme l'arbitre des evenements publics et lo-

(n Olymp. \t 1 Paus. '.. :iO; 7 --G.

caux; mais la conception primitive et generale s'alterant a la longue, la deesse unique fut decomposee en une foule de divinites speciales, de Sorte quechaque famille etchaque individu finirent par avoir une Tyche personnell«'. Themis la mere des Heures, etait adoree ä Thebes, a Athenes, ä Olympie, ä Trezene et a Tanagyre, eommc bonne conseillere, protectrice de l'ordre et des lois et suivante de» Jupiter. Nemesis parait avoir ete dans l'origine une deesse de la nature, dont le culte n'etait connu qu'en un petit nombre d'endroits, ä Smyrne, .': Cysique, ä Patra dans l'Asie 3Iineure, et surtout ä Rhamnonte, en Attique, oü eile passait pour avoir eii Helene de Jupiter. Apres la guerre des Perses, eile rcvetit un caractere purement ethique et devint la retributrice de chacun, la deesse de la justi-ce et de l'equit«' et la personnification de l'envie, que les anciens attribuaient parfois aux dieux, puissance souvent hostile et funeste pour les heureux, mais en meme temps la vengeresse de l'orgueil et de l'impiete.

(30. — Les trois parques Clotho, Lachesis et Atropos, döessesquiavaient pour emploide filerlesdestinees humaines, distribuaient ä chaque homme son lot special et immuable: ellesetaientcenseespresider particuli^-rement a la naissance, au mariage et ä la mort de l'homme, mais elles passaient aussi pour conservatrices de l'ordre physique et moral.

Üelphes et Olympie adoraient, suivant Pausanias (i^, un Jupiter moeragete, (guide des Parques), qui tirait son nom de ce qu'il connaissait d'avance le lot que les Parques reservaient aux mortels et ce que leur refusaient les arrets du destin. Toutefois ces deesses jouaient un röle plus important dans la poesie que dans la vie et le culte du peuple. Elles n'avaient de

(I) Paiisau ö. li.A.

sanctuaires ou d'autels qu'ä Olympie, Sicyone, Thebes, Corinthe et Sparte: on peut rapportcr au nieme ordre d'idees les Erynnies, soeurs des Parques, partageant en commun leur culte et leurs autels: ainsi il y avait ä Sycione dans le bois des Eumenides, iin autel des Parques oü les memesvictimes etaientoffertes aux unes et aux autres. Les Erynnies etaient des genies infernaux, presidant ä la vengeance et au chätiment: Hesiode en fait des filles de la terre, nees des gouttes de "sang qui y tomberent lors de la mutilation d'üranus. Ministres d'Hades et de Persephone, elles vengcaient primitivement toute violation de l'ordre naturel : de la ce mot d'Heraclite, que si le soleil venait a devier de son orbite, il serait bientot refrene par les Erynnies (i), et l'usage qui interdisait l'acces de leurs temples aux individus qui se reveillaient d'une mort apparente (2). Mais les poetes, et plus encore la sinistre intluence qu'exer^a sur l'imagination grecque la fable d'Oreste, contribuerent largement a personnifier en elles la terreur et les supplices d'une conseience bourrelee de remords, et ä les faire regarder comme d'implacables vengeresses des crimes qui inspiraient aux Grecs le plus d'horreur, tels que le parjure, le mepris de l'bospitalite, le meurtre, celui surtout dont les victimes etaient des parents ou des proches : on pouvait cependant les apaiser et detourner leur coups, et sous le noni d'Eumenies, (bienveillantes), elles avaient un culte ä Sycione, ä Thebes et ä Athenes. Dans cette derniere ville elles etaient honorees, comme des deesses favorables ä la terre, mais terribles et severes en meme temps pour les grands coupables: quelques-uns de leurs sanctuaires, entr'autres celui d'Ärcadie, non loin

(1) Plutarch. de Exil. 1!.

(ü) Hesych v. eivTif07roTf/.<ii.

KT JUDAISME. 145

de Mcgalopolis et le temple de Keriiiee en Acha'ie, ronsacraient le souvenir des aventures d'Oresle.

61. — Les Muses furent originairement les nymphes des lontaines et des sourcesauxquellesonattribuaitune action inspiratrice, soit ä cause des substaiices minerales qu'elles contiennent, soit parce qu'on les regardait comme impregnees des exhalaisons de la terre. La grande diversite de leurs noms, de leur nombre et de leur origine provicnt de ce que chaque contree de la Grece avait ses muses particulieres, presque toujours adores dans les sources qu'on leur assignait pour sejour favori : meme en Lydie, on appelait muses les nymphes de la mer Gygee, qui passaient pour avoir invente la flute. Dans les endroits oü leur culte etait le plus florissant, sur l'Helccon en Beotie ei sur le Parnasse, pres de üelphes, elles etaient adorees comme les genies de l'inspiration poetique, du chanl et de Tharmonie ayant pour coryphees ou musagetes tantot Apollon, tantot Bacchus. Mais bien quo les muses eussent des sources sacrees, des temples et des autels a Sycione, a Megalopolis, k Thespie, ä Corinthe, ä Ambracic et ä Athenes, et que Sparte meme leur sacrifiät avant le combat, leur culte avait en general penetre peu avant dans la vie du peuple.

02. — Le role d'Hecate, (quiagit au loin), se rattache aux conceptions les plus enigmatiques de la theogonie grecque. Homere ne fait d'elle aucune mention: elh; est representee dans la theogonie d'Hesiode, comme la fille du plus sage des Titans : Jupiter lui laissa toutes les prerogatives dont eile jouissait deja sous le regime de la puissance titanique. Son autorite exerce un triple empire sur les trois regnes de la nature, et s'etend a la fois sur la terre, dans le ciel et sur la mer: eile est la grande mediatrice entre lesdieux et les hommes, la dispensatricc de tous les dons necessaires ou

J4i) i'AGAMSME

l'iivorablcs aux diverses conditions de la vie humaine; c'est eile qui presente et invoquee dans tous les sacrifices transmet aux dicux les prieres des mortels, Cette Intervention d'Hecate dans les fonctions de la vie reelle et dans le culte des Grecs, subit des modifications si variees que l'Hecate hesiodiquc n'est en quelque sorte que la syncrese des attributions etendues dont les surnoms de la deesse offrent l'idee, et qu'elle-meme n'est quelapersonnification de romniscionce et de Tomnipotence de l'etre divin, pour autant quo cet ordre d'idees peut s'appliqucr aux dieux anthropomorphiques de la (irece.

65. — Hecate identifiee avec la lune, etait une divinite etrangere qui s'introduisit de bonne heure en Grece: eile etait lionorce a Egine comme deesse supreme et occupait une place importante dans les mysteres cabiriques de Samotliian: on la disait fille de la nuit et les flambeaux qu'elle portait, Tun dresse et l'autre renverse, faisaient allusion aux phases croissante et decroissante de la lune : on la representait tantot a trois Corps, tantot ä trois tetes, soit comme embleme de la Iriple inlluence que Tastre de nuit exerce sur le ciel, sur la terre et sur la mer: soit comme allusion aux trois phases de la lune. Sous les noms d'Enodie et Triodite, eile etait le guide nocturne des voyageurs et la deesse des chemins et des routes (i). C'etait une deesse maritime qui presidait aux traversees. Ses statues se rencontraient Crequemment dans les carrefours et aux bifurcations de chemins, comme aussi devant les maisons, dans les rues des villes. A chaque neomenie, ou le trentieme soir de chaque mois on y deposait des mets consacres, dont unepopulaceaffamee se disputait souvent les restes. II n'y avait pas loin de

il) ML'laiilliiiis ai). Athen. 7. p. 5^3. c.

KT .ILllMSMi:. 'J4/

la dcesse de Tastre au bleme visago a la rcino des esprits nocturiics et desspcctres, qui venait,ac('ompagnee de son sinistre cortege, voltiger autour des tombeaux, ou soiis un aspect hideux, la maiii armee d'un glaive et d'unc torche, les chevcux entrelaces de serpents et de couleuvres, etsuiviedegros chieiis noirs epouvanter le voyageur (i), et presider aux apparitions nocturiies et aux terreurs soudaines (^). Comme on croyait (ju'il s'exhale de la luiic une emanatiuu magique, une inlluence secrete qui porte au delire, Hecate fut aussi la magieicnnc supreme invoquee daiis la preparation des charmes, auxquels eile procurait leur eilicacite et eile jouit d'une grande vogue dans la pratique des eiichantements. On a pretendu que le surnom d'Arteniise seul fit d'Hecate une divinite l)articuliere : e'est une hypothese toute gratuite: les })üetes tragiques l'identifierent en effet avec Artemis : mais par Funique raison que celle-ci presidait aussi ä cette epoque, a l'astre des nuits. Comme deesse de la lune et de la nuit, Hecate appartenait encore au monde inferieur: on la mit au nombre des divinites Chtoniques et censee alors la fille de Demeter, eile s'identifia avec Persephone, ou lui fut donnee pour soeur ou pour paredre, ce qui explique comment eile se trouva confondue avec celle-ci dans la celebration des mysteres Eleusiniques.

64. — Le culte sauvage, frenetique, orgiaque de Cybele, regardee dans la theogonie Asiatique comme la m^re des dieux, idi^ntique k la cretoise Rhee, se repandit de bonne lieure en Grece. On lui avait eleve dans Athenes, bien longtemps peut-etre avant Periilrs, an metroon particulier, destine en meme temps

{\) Liiciaii. iMiilüpbeiicl : -lö. Schol. Apollon : ö. 86. 2. {■2} Hippoer. de inorbo sacro p. 26.

au deput des archives de l'etat. A Tliebes, Pindarc lui avait bäti un sanctuaire devant la porte de sa maison: eile avait aussi des endroits consacres pres de l'anagyrese en Attique, a Acrie en Laconie, ä Dyme en Achaie, ä Sparte et ä Olympie. Son culte etait depuis longtemps naturalise dans les villes Grecques de TAsie Mineure. Elle etait ladivinite laplusveneree ä Smyriie, a Magnesie, dans l'Hellespont et la Propontide. Le culte phrygien du dieu desmontagnes,Sabazios, se rattaclie etroitement au precedent: il symbolisait les forces produetrices de la naturc et ne faisait qu'un dans l'origine, avec J'Attis phrygien, dont il partageait les aVentures. Les Grecs de l'ecole orphique le confondirent avec Dionysos : son culte etait egalement accompagne de ceremonies bruyantes et d'extravagances burlesques: du reste Sabazios fut toujours pour les Grecs un Dieu etranger et de plus un dieu meprise.

05. — Les demons venaient, dans la religion grecque, inimediatement apres les dieux proprement dits, et ils occupaient dans le culte et plus encore dans les dognies un rang important. Homere, a la verite, n'admet dans ses conceptions aucun intermediaire de ce genre, et le mot demon chez lui, n'est souvent qu'une expression synonyme de Dieu; mais Hesiode enseigne l'existence de toute une race immortelle de demons : d'apres lui il existe entre les dieux et les hommes trois niyriades d'etres mediateurs: suspendus dans l'athmosphere ils sont comme les gardiens et les genies prolecteurs des hommes, charges de leur distribuer les laveurs Celestes (i). Les Grecs donnant un sens plus large ä la conception primitive, comprirent aussi ces heros parmi les demons, et le culte des uns et des autres oftVait en eftVt une certaine analogie ; mais il y

(1) Op. et dies. y. 109. 1b'.2ö0 H.

ET JUDAISME. 149

avait une grande difference quant ä l'etre, entre le heros, qui avait d'abord vecu comme homme sur la terre, et le demon, etre spirituel et subtil, represente comme un genie d'origine divine et surhumaine. Les demons eux-memes furent souvent assimiles aux dieux, et plusieurs divinites comme Eros, Pan, les nymphes, ne sont en realite que des demons (i).

66. — Les etres subalternes adjoints aux dieux superieurs en qualite de ministres et d'acolythes, formaient, suivant Piaton {-2), un ordre particulier de demons : on leur offrait une victime avant le sacrifice reserve ä la divinite principale, et les Opontiens, assure-t-on, avaient des pretres differents pour le culte des dieux et pour celui des demons (0). La croyance aux demons familiers veillant sur chaque individu, se rencontre de bonne heure dans l'antiquite : Phocilides dejä parle de genies preposes aux hommes : (Olymp. 8.) Pindare et Menandre confirment la meme croyance : Tun attribue ä Jupiter le gouvernement des demons qui veillent sur les hommes unis par des liens d'amitie: l'autre assure que chaque homme a pres de lui un demon, qui est comme le mystagogue bienveillant de sa vie (4). Les ecoles philosophiques se plurent ä systematiser ces idees, mais elles laisserent peu de traces dans la vie et la conscience du vulgaire, sortout lorsqu'elles l'appliquaient aux esprits malfaisants. Car bien que l'opinion commune regardeEmp^docle, comme ayant lepremier, introduit en Grece, le dualisme du bien et du mal personnifies (3), Hippocratetoutefoisrapportait dejä de son

(1) Plutarch. def. orac. 18. — Hesiod. ap. Plutarch. I. c. 403.

(i) Legg. 8. p. 828. 834. 848.

(5) Plutarch. quaest. grsec. 6.

^4) Piiid. pyth. o 150. — M^naudr; Apud Clem. Alox. Strom. 5. 26.

(ä) Clem. Alex. Strom, o, 726.

PAGAMSME, ETC. T. I. 7

150 PAGANISMF,

temps que les hommes superstitieux se croient environnes nuitet jour de demons malveillants. Los ecrivains grecs anterieurs a Plutarque, ne mentionnent jcyniais que de bons genics; mais cette reserve s'explique par la crainte des mauvais presages, qui leur faisait eviter de nommer les genies du mal (i). Lc bon demon, le genie de la fecondite, preposo particulierement ä la prosperite de la vigne et habituellement invoque ä la fin des repas, ne se rattachait comme les autres divinites ä l'ordre des demons que dans un sens plus eloigne.

67. — Le culte hero'ique en revanche etait beaucoup plus repandu et plus profondement empreint dans la societe et dans les idees grecques : la multitude des heros etait innombrable et s'accroissait constamment. II n'etait presque pas de celebrite historique de l'epoque fabuleuse, qui n'eüt en quelqu'endroit de la Grece son tombeau et son culte particulier : on decernait les honneurs hero'iques aux ancetres des plus illustres familles, aux fondateurs et aux legislateurs des etats, aux guerriers qui avaient triomphede l'ennemi public. La plupart des beros et des bero'ines d'Homere jouissaient en quelqu'endroit, d'honneurs presque divins, (il n'est pas jusqu'au heraut d'Agamemnon {-2), Talthybios, qu'on n'ait eleve ä cette dignite) ; la plupart d'entre eux ne devaient cette distinction qu'ä la circonstance toute fortuite, de s'etre trouves cites dans Homere. L'hero'isme etait ordinairement la consequence d'une filiation divine, ou la recompense d'exploits extraordinaires ; mais cbaque corporation civüe ou industrielle se pretendait egalement issue d'un beros, et comme les Grecs mesuraient surtout leur estime a

(I) Petersen. Cullc domeslique des aiiciens Grecs. So. (-2) H(5rodot. 7. lo-i.

ET JUDAISME. ' 451

la beaute du corps ou ä quehiues avantages purement extericurs, il suftisait bieii des fois qu'im liomme reunit ces conditions, pour qu'on l'admit apres sa mort au rang des demi-dieux et ((u'oii I'lionorät comme un etre supericur.

68. — Apres Lycurgue, Harmodius et Aristogiton, on decerna le meme culte aux guerriers tombes dans les batailles de Maratiion et de Flatee (i). Le gladiateur Diognete en Crete ne fut redevable de cet honneur qu'ik sa force et ä son agüite. A Ghios, un chef de brigands, nomine Drimacos, homme farouche et sanguinaire, s'etait fait egorger par ses compagnons : on- en fit un Heros. Vers 490 av. J.-C, Cleomede d'Astypalee ayant dis[)aru subitenient, l'oracle le proclama le dernier des Heros, malgre les crimes dont il s'etait souille (2). Cette decision n'empecha pas toutefois d'ajouter encore de nouveaux heros aux anciens : Naxos et Anthedon rendaient des honneurs lieroiques ä Otus et ä Ephialte, bien que la fable les represente comme d'orgueilleux contempteurs des dieux (5). En Locride, l'athletc Euthymos, reput de son vivant les memes honneurs, sur la recommandation de l'oracle de Delphes (4). II n'y eut bientöt plus si petite agglomeration d'hommes et si mince village, qui n'eussent des heros particuliers et souvent si obscurs qu'on eüt ete bien embarrassedeleurattribuerlemoindreexploit.Quelquefois un dieu de l'ordre superieur descendait au rang de simple heros : par exemple, lorsque le peuple auquel il avait primitivement appartenu etait dechu de sa puissance ou reduit ä l'exil ; il subissait alors luimeme les vicissitudes de ses adorateurs : ou encore,

(i) Pausan. i . Ö2. i. — Pliilarch. x\vist. 21.

(2) Pausan. G. 9. 3.

(5) Diodor. 5. 50. öl.

(.4) Pliii. H..\. 7. i8.

lo4 PAGANISME

lorsque le culte d'une divinite, dont les attributions etaient identiques aux siennes, venait ä prevaloir par Uli concours de circonstances exterieures plus favorables : le premier occupant etait alors supplante et tbrce de ceder son rang et sa place ä un rival plus heureux. II arrivait aussi que la diversite d'origine ne permit plus d'etablir l'identite reelle d'uii dieu ancien avec un dieu de creation recente : dans ce cas, le plus ancien etait relegue dans la categorie des Heros : parfbis encore on erigeait en personnifications heroiques de simples surnoms de la divinite. C'est ainsi que beaucoup de localites ne veneraient Dyonisos qu'au simple titre de Heros : il en etait de meme de Trophonius, que Labadee seule adorait comme Jupiter Trophonius. 69. — Tandis que les dieux prenaient part au gouvernement general du monde, on attribuait aux Heros une sphere d'action plus restreinte, limitee ä tel peuple, a teile ville, ä teile famille, dont ils avaient originairement fait partie. Ainsi Achille etait cense regner sur les eaux qui entouraient son ile, tandis que les dieux superieurs regnaient sur toute la plaine de rOcean (i). C'est pourquoi les heros furent regardes comme demi-dieux et ranges, depuis Hesiode, dans la categorie des demons, avec lesquels ils se confondent d'ailleurs assez souvent. On les invoquait comme des genies protecteurs et vigilants, pretant volontiers leur appui aux hommes, surtout k la guerre, et Ton pouvait se concilier leur faveur ou apaiser leur courroux par des sacrifices. Les Locriens, par exemple, menageaient toujours dans les rangs une place libre, oü Ajax, invisible, etait cense combattre avec eux (2). Quelquefois memo les horos d'un pays etaient envoyes au loin,

(1) AiTiaii l'eiipl. l'oiit. Eux. p. 25. Hudson. ^2) P;iusaii. 5. 9, 11. — Conon. Narr. 18.

ET JUDAISME. 155

comme auxiliaires de peuples amis : ainsi les Spartiates promirent aiix Locriens de leiir envoyer les Dioscures, et les Eginetes firent esperer aux Thebains, qui leur demandaient du secours, qu'ils leur enverraient les Eacides (i). En general cependant les heros etaient plutot redoutes comme des etres nuisibles et mechants (2), et Herodote attribuait ä leur courroux un pouvoir irresistible : aussi arrivait-il que bien des morts etaient eleves au rang de heros, par ce seul motif, qu'on voulait expier une injure qui leur avait ete faite ou le meurtre dont ils etaient tombes victimes. Parfois meme, comme cela se pratiquait äPella, pour Pelee et Chiron, on otfrit k de simples heros des victimes humaines. Lesphilosophes furent toutefois les Premiers ä etablir une distinction entre les heros bons et mauvais (3).

70. — La plupa^t des Heros primitifs qui jouissaient d'un culte passaient pour fils des dieux ou se rattachaient de quelque maniere k une alliance avec la divinite : il n'etait pas rare qu'une divinisation formelle, les transformät par une sorte d'apotheose ou de glorification olympienne et qu'on leur rendit alors un culte qui n'appartenait d'ailleurs qu'ä la divinite. Les demons hero'iques au contraire dont on croyait posseder la depouille ou qu'on avait transportes dans un pays sur la foi d'un oracle, habitaient leurs tombeaux ou les environs, d'oü ils agissaient pour ou contre les vivants, auxquels ils se montraient quelquefois dans des apparitions fantastiques (4). Aussi le culte dont leur tombe etait l'autel avait generalement beaucoup d'analogie

(1) Diodor. Fragm. edid. Dindorf. p. lo. — Heiodot. o. 80. {■2) Zenob. adag. ö. ßO. Babr. fab. 63. 7. (3) Clem. Alex. ap. Eiiscb. praep. Ev. A. IG. (4)Plularcb. Tlies. Ö3.

d54 PAGAXISME

avec celui des mortsiles ritcs du sacrifice hero'ique

etaientles meines que ceiix du sacrifice funebre: les

temples qui leur elaient consacres, Ileroa, n'etaient a

proprement parier que des monuments funeraires: on

leur consacrait des enceintes, des bois, des arbres : les

autels sur lesquels on leur sacrifiait, etaient comme

lesvictimes elles-memes, ditferents de ceux des dicux.

Quelquetbis le sang des animaux immolös etait verse

soit dans une fosse creusee ä -cote du tombeau, soit

dans le tombeau meme, comme un breuvage agreable

au Heros, idee qui semble avoir predomine au moins

dans l'origine (i). A une (ipoque plus avancee, il devint

presqu'impossible de distinguer le culte des morts de

celui des Heros: la distinction du culte appartenant

aux dieux etles bonneurs arendre aux Heros, fut au

contraire toujours nettcment trancbee. l\ pourrait sem-

bler etrange qu'on leur otfrit des victimes qui n'appar-

tiennent proprement qu'aux dieux, si Ton ne savait que

la distance qui söpare les uns des autres etait aisee a

francbir et que des personnages qu'on avait commencö

par invoquer comme des Heros, l'ctaient bientot apr^s

comme des dieux. Orphee, par exemple, ne fut d'abord

qu'un Heros, bonore cliez les Tbraces et il n'eut qu'un

Heroon : celui-ci se transforma en temple et le Heros

lui-meme devint dieu, quand on eut aflfecte a son culte

ce qui n etait auparavant que l'apanage des dieux (2).

Sparte sacrifiait ä Menelas et i\ Helene, non comme

Heros, mais, — sans doute a la suite d'unc apotbeose

insensiblement accomplie, — comme dieux. Les Pbo-

ceens rendircnt ü Lampsace, fille du roi Mandron, des

bonneurs d'abord beroiques: plus tard ils resolurent

(1) Pausan. 10 i. 7,

(2) Coiion. narr. 45,

ET JIDAISMK. 150

de riionorer comme deesse (i). Plutar([ue lui-menic, s'ötend en longs arguments pour proiiver comment, par la Separation de Tarne et du corps, celle-la peut successivcmcnt devenir heros, de heros denioii, de demon demi-dieu (:2).

71. — Leplus vante detousles heros, leHeros universel et national des Grecs, etaitHeracles, Hercule,dontle nomsetrouvemeleiitoute les traditions populairesdela Grece et des villes les plus importantes. Souclie d'une dynastie regnante et illustre, il etait parmi les Heros ce qu'etait Jupiter parmi les dieux: on regardait comme la plus insigne des prerogatives d'etre issu de Tun ou de l'autre. L'imagination grecque se plut ä accumuler dans sa legende les faits les plus erlatants et les plus varies. Elle le represente comme l'ideal par excellence du Heros, perseverant dans ses enlreprises, purgeant les routes des brigands qui les infestaient, comprimant la fougue des torrents, reduisant la tyrannie, prenant le parti du faible contre le fort, de l'opprime contre l'oppresseur süperbe, mettant en pieces ses ennemis, sortant toujours vainqueur de mille combats, condamne toute sa vie ä se devouer pour les autres, jusqu'ä ce qu'arrive au terme de sa carriere terrestre, il atteigne enfin la plus haute recompenseou puissentaspirer les mortels, la felicite et l'adoration qui sont le partage des dieux.

72. — L'Hercule de l'antiquite est un type composite offrant ä un plus haut degre que la plupart des dieux eux-memes le caractere de l'universalite et de Tomnipresence. En Asie, en Egypte, en Lybie, dans toutes les regions connues des Grecs, de Gades a la Scythie on s'entrctenait de sa personne et de ses exploits, En Jui,

(1) Plut. de virtute mult. vii 4. 3. Reisk. {'2)?\n*. Romul.28.

un hörosattique, Thöbain ouEtolien,revetud'uneteinte locale, les traits historiques empruntds aux annales du peuple dont il etait issu, s'identifie tour ä tour avec le dieu ambulant du soleil (Melkarth), ä qui les Pheniciens avaient eleve des temples dans tous leurs etablissements de la Mediterranee, et avec THeracles Sandon, (Assyrien ou Lydien), aussi dieu du soleil et adore en en meme temps comme roi et general d'armee. Cette tradition universelle en Orient d'un Dieu primitif (H^.racles), avait frappe Herodote, qui se demandait, pourquoi les Grecs n'admettaient qu'un simple heros de ce nom, le seul des mortels qui eüt ete ravi dans l'Olympe, ou qui eüt merite par sa vertu les honneurs de l'Apotheose, c'est-ä-dire, la participation ü la majeste des Olympiens: et partant de cette comparaison il accorde la preference k ceux d'entre les Grecs qui avaient consacre k Hercule deux temples et deux cultes, Tun reserve au dieu, l'autre au heros (i).

73. — II etait peu de dieux meme qui eussent un culte aussi repandu que le heros Hercule. Toute la Grece etait couverte de ses temples : on invoquait son aide dans une foule de circonstances : il avait pour principal attribut de detourner les fleaux et de preserver des animaux nuisibles : c'est ainsi qu'OEta en Thessalie le regardait comme le destructeur des sauterelles, Erythres en Asie Mineure comme celui des vers du raisin. On lui sacrifiait aussi comme dispensateur de lavictoire et comme dieu des armees (2). On lui offrait des libations dans les festins et souvent son nom etait associe k ceux des grands dieux, Jupiter, Athene et ApoUon. Athenes, qui lui rendit les premiers honneurs divins, l'adorait comme une de ses plus puissan-

(1) Hörodot. 2. 43. ss.

(2) X^noph- Auabas. 4.8. 23.

ET JUDAISME. 15"

tes tlivinites (i). Mais par un etrange contraste avec sa condition divine, on lui attribuait une gloutonnerie et une intemperance qui egayerent souvent la scene, et qui lui valurent meme, dans le langage populaire, une foule de sobriquets faisant allusion k sa voracite. Lamasse du peuple parait n'avoir vu dans ce herosque l'ideal divinise d'un personnage doue d'unc vigueur athletique, mais pesant, mou, et se livrant sans retenue ä tous les exces de rintemperance.

74. — Ce double caractöre divin et heroique, se reproduisait avec les memes circonstancesdans la legende et le culte des Dioscures, Als de Leda. Le pere de ces heros, ou de Tun d'eux, suivant une autre version, le herosTyndaree fut adore lui-meme comme dieu äLacedemone (i). Les Doriens leur rendaient dejä un culte avant l'invasion du Peloponese et ce culte avait lait de rapides progres en Grece, en Sicile et en Italic: les Dioscures identifies plus tard avec les Cabires, les grands dieux qui avaient des Hermes dans les ports de Samothrace, furentaussi confondusavec d'autresgenies euchoriaux. Les Tyndarides furent-ils dans la conception primitive de Sparte des dieux cosmiques, dechus au rang de heros, et readmis plus tard aux honneurs divins par leur alliance avec les Cabires Samothraces (5)? Ou bien ne furent-ils jamais que de simples heros, que la protection dont ils couvraient les navigateurs donna Heu de confondre avec les Cabires, invoques egalement comme genies tutelaires de la mer (4) ? C'est une question qu'il serait impossible de resoudre aujourd'hui ; mais la premiere opinion parait la plus vraisemblable. On croyait voir une apparition des Dioscures dans les

(1) Eurip. Herc. für. l.löl. ss.

(-2) Varro. ap. Serv. ad. Virg. oen. 8. '2,16.

(3) Welckcrs, trilogie d'Eschyl. 253. ss.

(4) Mytholügiede Prellers. 11.71.

158 • PAGAMSME

leux S. Elme qui brillont a la pointe des mats et dos vergues. Une autre fable mais beaucoup plus moderne les identifie avec la constellation des gemeaux : comme Hercule ils presidaient ä la fois aux feux de la guerre et aux lois de l'hospitalite ; parfois meme ils daignaient favoriser de lour visite amie de simples mortels.

73 — Ici, arretons-nous un instant pour cmbrasser d'un regard tout le Systeme des conceptions theogoniques de la Grece. Quel laljyrinthe s'ouvre a nos yeux et quel fil guidera nos pas k travers ces inextricables arcanes ! Plus se multiplie le nombre des pretendants au culte et a la veneration des mortels, plus grandit la scission qui s'opere entre les mythes et les dogmes cnfantes par la poesie epique et ceux que la croyance vulgaire a revetus d'une sanction universelle, entre ces dieux intrus, et les traditions venerables des anciens äges. Ce qui vient aggraver encore la confusion, c'est qu'en mainte occasion la sphere d'activitc et les attributs spöciaux de chaque divinite manquent d'une precision et d'une demarcation bien reglee. Que tel dieu vint ä empieter sur la juridiction attribuee a tel autre, et le cas se presentait souvent, ne devait-il pas s'elever dans l'csprit des devots, un doutebien inquietant ?Quel dieu faudra-t-il apaiser ou seconcilier? negliger Tun ou l'autre n'est-ce pas s'exposer k son courroux et asa vengeance ?

76. — Aussi longtemps que la Constitution politique de la Grece subsista dans son premier etat et dans sa force native, la religion resta dans son ensemble et dans ses details, aussi bien que dans sa forme (determinee d'ailleurs par la tradition et les lois de chaque etat), la regle de la conduite publique et privee de cha-

ET JUDAISME. 139

que citoyen, le centre oü devaient converger ot s'appuyer toutes ses convictions. Aussi l'oracle de Delphes avait-il coutumc, qiiand on le consultait sur des qiies- . tions religieuses, de renvoyer toujours aux institutions nationales, qui formaient le code et la base de tous Ics devoirs generaux et particuliers (i). Mais lorsque piiisieurs villes grecques se mirent ä tolerer rintroduction toujours croissante des cultes etrangers et perdirent avec leur independance, le respect des lois et des traditions antiqucs, alors, cettc barriere dejä chancelante tinit par tomber tout h fait : les anciennes lois portees con-^ tre rintroduction des cultes etrangers devinrent de plus en plus illusoires, et le desir d'obtenir de nouveaux dieux un secours plus efFicace, des faveurs plus nombreuses, une protection plus süre dans leperii, finit par prevaloir sur toutes les considerations : Athenes et Olympie allerent jusqu'ä dresser des autels au dieu inconnu.

77. — La multiplicite et la variete des cultes grecs etait surtout une consöquence de l'histoire primitive et de l'organisation politique du pays ; association des familles en tribus, des tribus cn peuples, otdes peuples isoles en un vaste corps social,' dont la tete ötait une monarchie hereditaire : tels furent la marche et le developpement successif des etats dela Grece : les familles isolees avaient leurs cultes : les tribus eurent aussi les leurs, qu'elles transporterent dans le corps social, par le fait de leur agregation, donnant ainsi naissance a tout un monde de divinites superieures et subalternes.

78. — Une autre circonstance ne contribua par medioerement ü favoriser ce developpement : je veux parier desmigrationset des coloniesqui se succederent depuis le 11'' siecle av. J.-C. Un peuple s'emparait-il d'un pays : les cultes qui y existaient auparavant s'en-

(1) Xen-iph. niem, Soor. 45. iU. Demosth. Mid. öl.

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richissaient aussitöt des conceptions introduites par les nouveaux arrivants, et ceux-ci, tout en apportant avec eux les dieux paternels, s'empressaient d'adopter ou de tolerer au moins avec beaucoup d'indulgence ceux de leur nouvelle patrie. Ramener ces conceptions disparates k une sprte d'unite, rattacher les nouveaux cultes aux ancienspar desalliancesgenealogiques, combler les lacunes qui pouvaient s'y rencontrer, identifier l'histoire du peuple ou du culte avec l'histoire des dieux : teile fut la täclie que s'imposait la poesie mythique, sans trop se preoccuper des absurdes contradictions dont fourmillaient ses formules theologiques. Les Grecs, pour leur part, ne regardaient aucun culte comme totalement inadmissible : les notions religieuses une fois refues, jouissaient d'un credit inviolable, n'eussent-elles eu d'autre raison d'etre que l'anciennete et l'usage. Ainsi, une conception locale, sanctionnee par le culte se conservait sans alteration, quelque considerables que fussent les revolutions de la puissance des temps et des institutions. Un culte ou une conception religieuse ne pouvait perir qu'avec la race ou le peuple qui se l'etait appropriee ; mais il n'etait pas rare de voir un dieu cbanger de caractere, d'attributions et de culte, objets souvent subordonnes ä la civilisation et ä l'etat moral ou politique d'une nation. Ainsi les divinites presidant ä l'agriculture devaient ou revetir un autre emploi, ou subir les preventions du culte et des idees populaires, si elles venaient ä echoir ä un peuple oü cet art etait meprise, et abandonne aux esclaves.

79. — Les Grecs possedaient un certain nombre de cultes primitifs qui remontaient au berceau de leur nationalite, qui avaient grandi avec eile, qui en avait bäte ou seconde meme le developpement : fait remarquable surtout dans l'agglomeration des localites sepa-

ET JLDAISME. 161

res se groupant cn amphictyonies, autour d'un sanctuaire commun, pour y celebrer les memes sacrifices et les memes solennites; associations politiques autant que religieuses, oü le prince etait en meme temps le pretre de la divinite. C'etait lä le culte des dieux paternels, que les Grecs distinguaient des dieux patriotiques, legalement admis dans le culte general ; ces dieux paternels avaient avec le peupleun rapport d'autant plus intime que les traditions mythiques les alliaient aux souches des dynasties regnantes et en faisaient ä la fois les ancetres et les heros du peuple et de l'Etat : ainsi les rois Heraclides de Sparte descendaient directement du heros Hercule, et par celui-ci de Jupiter lui-meme : de meme encore Dorus, souche et e^ponyme des Doriens, etait fils d'Apollon et de la Pythie. 80. — Dans les endroits comme Thebes, Athenes et Sparte oü des populations differentes s'etaient fondues en une nationalite homogene, on retrouvait la meme identification des elements d'abord isoles. Tres-frequemment un culte autochtone propre ä une localite s'amalgamait pour ainsi dire avec un culte d'adoption importe par une race etrangere. C'est ainsi que le culte d'Aphrodite fut transmis ä l'Attique par Egee et celui de Dionysos importe d'Eleuthere par Pegase (i). II n'y avait rien d'insolite ä ce qu'une famille en s'elevant au pouvoir fit prevaloir son dieu domestique ou son culte patrimunial, et lui fit partager sa propre elevation en le generalisant dans l'Etat: Isageras reussissant, je suppose, ä fonder dans Athenes un gouvernement stable, il n'est pas douteux que son culte familier, celui de Jupiter Carlen, füt en meme temps devenu le culte de l'Etat (2).

(l)Pausan. 1. 14. 6. — !2. 4-.

(-2) Herod. 5. 66.

81. — Maintes circonstances favorisaicnt ces confusions ou ces substitutions de cultes nationaux et etrangers, primitifs el recents : tantut les idoles dont le vainqueur avait depouille une ville conquise, donnaient lieu ci un cuUe nouveau : d'autres fois des circonstances particulieres dcterniinaicnt le pouvoir a prescrirc, souvent sur la foi d'un oracle, le culte d'une divinite jusqu'alors inconnuc ou delaissee: c'est l'oracle qui avait fait introduire a Athenes les cultes d'Apollon Agyen et de Boree (i). 11 arrivait aussi que la meme divinite fut adoree en difierents lieux, sous diverses denominations et en diverses manieres. En general les rites n'etaient identiques que dans les endroits oü les cultes eux-memes se trouvaient relies entr'eux par des aftinites d'origine, et dans les colonies surtout, qui, fideles aux traditionsdela metropole, en calquaient frequemment les types religieux, pour les appliquer ä la representation des dieux de leur nouvelle patrie et a Tarchitecture de leurs edifices sacres {'■2).

82. — La divinisation toujours croissante des abstraits ne contribua pas peu a multi plier les religions d'Etat: onpeut rapporter a cet ordre d'idees, la personnification des etats eux-memes dans des nymphes eponymes, Sparte, Egoea, Thebe, Elis, et l'institution du sacerdoce de la deesse Rhode, Eponyme de I'ile de Rhodes. Athenes particulierement etait travaillee du desir de naturaliser chez eile les dieux etrangers et de se creer parmi eux de nouveaux protecteurs : c'est surtout sous la republiqye que ce zele atteignit son apogee etoperales plusvastes reformes: ainsi le culte de Pan futintroduitapreslabataille de Marathon et, croyait-on, sur le desir du dieu lui-meme: un peu plus tard celui

(l)Deniostli. adv. niul 531.9. llöiodot. 6. 89. (2) Strabo. p. 590.

ET JIDAISME. lt>5

dos divinites Thracos de Cotytlo et Beudis y i'ut adniis de la meme maniere (i).

85. — Quelques-uns restaient si exclusivement le patrimoine d'une localite, que tous ceux qui n'en etaient pas citoyens etaient exclus du culte: souvent memo les esclaves de la niaison n'etaient point admis au culte domestique: il n'etait pas rare surtout que les dogmes et les rites d'un culte füssent consideres comme un secret d'etat. G'est qu'on leur attribuait une vertue magique et infaillible pour procurer a ceux qui y etaient inities la faveur et la protection des dieux, et qu'on apprehendait en meme temps que les profanes pussent abuser de la connaissance et de la pratique des rites, pour detourner a leur profit, les dons et les faveurs dont les dieux ne manquaient pas de combler leurs vrais fideles. Cette apprehension toutefois ne s'etendait pas auxvilles ouaux contrees que le sortavait donnc^.es en partage ä teile ou teile deite, et qui etaient en quelque Sorte un sanctuaire oü il lui etait agreable de s'entendre invoquer sous un titre emprunte au pays qui lui appartenait.

84. — Les formes et les modes d'adoration etaient I'ouvrage des dieux eux-memes, soit qu'ils les eussent determines en personne ou par la voix des oracles, soit qu'ils les eussent conseilles ou inspires ci leurs descendants, issus d'une mere mortelle, soit entin qu'ils les eussent reveles par des prophetes illumines ä cet effet. L'hereditedu sacerdoce dans les familles ä qui etait confieela garde du culte, etait, croyait-on,une garantie qu'il se conservät intact et invariable, conforme entout ii son Organisation divine et premiere: l'etat luimeme sanctionnait cette garantieen prohibant toute alteration ou innajation dans les cultes antiques.

(1) Herodot. 0. 105. Strabo. p. iTö. — Plato. de lep. init.

164 PAGA.NISME

80. — Pour nous rendre compte de la diversite des conceptions de latheogonie greeque nous allons jeter un coupd'oeil sur les races primitives de la Grece et sur les etats dont elles furent la souche : sans nous occuper ici des Pelasges, que nous avons eu occasion dejä de citer ä plusieurs reprises, nous voyons s'offrir en premiere ligne les Acheens, les plus vantes des Grecs: habitant primitivement la Thessalie, ils s'etaient repandus de proche en proche vers le sud: bien qu'ils n'eussent point subi de revolutions violentes, on peut les regarder comme une race k peu pres eteinte dans les temps historiques de la Grece, et ä cette epoque ils avaient en partie disparu, confondus avec les Eoliens. Les Acheens etaient de tous les peuples grecs lesadorateurs par excellence du Jupiter Pelasgique de Dodone, qu'ils avaient transforme en Hellenios: ils s'adonnerentaussi dans la suite aux cultes de l'Hera Argienneet d'Apollon Hylotes et Carneios.

C'est ä eux surlout que paraissent remonter la divination et l'expiation (1). La divinite commune de la ligue Acheenne, fut plus tard Jupiter Homagyrios. i^ginus adorait une Demeter Panochais : ä Patra le meme surnom s'appliquait a Athene. Le nom d'Eoliens ne designe pas un peuple hellenique ayant une Organisation politique ou une nationalite propre : c'est plutöt un nom g^enerique applique collectivement ä un melange de peuples etrangers ä la Grece et qu'on peut diviser en Eoliens du nord et du sud de la Grece et en Asiatiques. Aussi serail-il difiicile d'enumerer en detail les religions speciales ou generales, qui appartenaient ä teile ou teile des races comprises dans la denomination generique d'Eoliens. Une de leur tribus-meres, les Beotiens, qui avaient passe du midi de la Thessalie

(I) Hesych. Lex. V» axaiof^avrif.

ET JUDAISME. 163

dans le pays auqiiel ils donnerent leur nom, avaient pour divinite euchoriale, la Minerve Itonia de Coronee (i), qu'ils avaient importee dans le pays. Les dieux principaux de Thebes etaient Dionysos et Apollon : ce dernier avait k Ismenium un sanctuaire fameux : on lui offrait les sacrifices de l'etat (2). Piatee honorait de son Güte Hera Teleia, tandis qu'Eros jouissait des honneurs supremes ä Thespie.

86. — Les Doriens etaient un peuple montagnard et puissant, exclusivement Grec, et ne formant meme qu'un rameau de la souche Acheenne des temps primitifs. Maitres du Peloponese depuis leur Fusion avec les Heraclides, ils partieipaient avec toutes les tribus, qui leur etaient alliees par le sang, au culte commun de Jupiter, d'Apollon, de Minerve, et d'Hercule, leur höros de predilection, le fondateur deifie de la race. Le dieu national de Sparte etait l'Apollon Delphique, ä qui les rois sacrifiaient deux fois par mois (3) : Minerve la deesse citoyenne de Sparte avait en Laconie, plus de temples qu'aucune autre divinite n'en possedait ailleurs: Artemis y etait honoree souslesattributs et sous les noms les plus varies et les plus nombreux. L'Argienne Hera y etait naturalisee, sans compter Aphrodite, Dionysos et Ares. U y avait dans le pays des temples de la mort, du rire, de la crainte, et l'on y venerait plus de heros que dans tout le reste des contrees helleniques. En Messenie on adorait comme dieu indigene Jupiter Ithomathas: le culte principal etait celui de Cora et Demeter. Argos, berceau et sanctuaire d'Hera, honorait cette deesse pelasgique d'un culte tout special, bien qu'Apollon partageät avec le Jupiter He-

(l)Strabo. p. 411. Pausaii. 9. 3i. 1.

(-2) Pausan. 4.27. i.

(3) Hörod. 6. 57.

166 PAf.ANISME

meen et Heraclcs le culte ofticiel : Hebe ou Dio etait ä Phlie l'objet du culte dominant: les antiques cites de Trezene et d'Hermione deployaient en ce genre un luxe particulier: on y trouvait le culte de la triple Artemis, le culte mysterieux de Demeter et Cora. Le dieu supreme de Sicyone etait Dionysos, bien qu'Apollon y jouit souvent d'un plus grand credit. Poseidon et Helios, supplantes plus tard par Aphrodite, se disputaient les preferences de Corinthe (i). Dans les colonies doriennes, Apollon ötait encore le dieu qui avait leplus de temples et d'honneurs : on peut citer entr'autres Byzance: plusieurs d'entr'elles neanmoins paraissent n'avoir pas ete initiees au culte de Jupiter. — Les loniens, comptes parmi les anciens Pelasges et surnommes Pelasges Egialetes dans le pays qu'ils habitaient d'abord sur lacote septentrionale du Peloponese, avaient plus tard penetre dans l'Attique ; l'exces d'une population toujours croissante les en ayant repousses peu ä peu, ils vinrent s'etablir dans l'Asie Mineure. Ce peuple possedait l'Attique, l'Eubee, les Cyclades: leur religion n'etait qu'un amalgame confus d'elements barbares et helleniques. Le culte de Poseidon totalement etranger aux Acheens et aux Doriens, appartenait en propre k l'Ionie et k l'Asie Mineure, dont les habitants regardaient ce dieu comme leur auteur et leur pere. Les 12 villes ioniennes celebraient en son honneur les Panionies de Mycale (:2). Cependant la deesse principale de l'Ionie fut toujours Minerve, au culte de laquelle on joignit plus tard Apollon Patroos, dont le fds, personnification mythique de la race, etait aussi adore. Dans Athenes, la capitale de l'Ionie, le culte predominant et ä plus d'un titre etait celui de la

(l)Paiisan.2. l.r.2.-i. 7.

(-2) Hörod. 1. 148. Strabo. 384. 639.

ET JUn.MSME. 167

(loiiblo deesse Pallas-Athöne: pays et population tout Uli apparteiiait ici depuis la memorablo contcstation, oü Poseidon vaincu avait ete force de lui ceder Cepos (i). Le culte particulier d'Athenes etait celui de Minerve Ergane: ses sanctuaires les plus famoux etaienl : le temple d'Alhene Polias, oü sc conservait Tanlique Egide tombee du ciel, bäti sur l'Acropole, ainsi que le Parthenon, reserve aux brillantes solennites des Panathenes: et enfm le Palladium, situe dans le bas de la ville et oü l'on voyait la statue armee de la ddesse, idole qu'on pretendait avait ete cnlevee de Troie. Le culte des grandes deesses, Demeter et Persepbone, avaijt une multitude de solennites et de sanctuaires ; mais les idees et les opinions religieuses du peuplc d'Athenes leur assignaient un rang moins important.

87. — Jupiter etait adore ä Athenes comme dieu supreme, Hypatos : il n'y avait point de temples et des sacrifices non sangiants lui etaient offerts, devant l'Erechteon consacre ä Minerve. II avait comme Olympien, sa Statue colossale dans le fameux temple qui ne fut entierement construit que sous Adrien : comme protecteur de la ville Poliens, on celebrait des fetes en son honneur. Le culte d'Apollon oflrait beaucoup plus de variantes : on l'honoraitä la fois comme Pytheen, Delphien, Lycien, Argien sur la fois d'un oracle : Patroos de rionie, et Athenes, la metropole, s'etait arroge le droit de gouverner et de regier les ceremonies des fetes Deliennes {-2). Memo diversite pour Artemis, dans ses temples et dans ses devots : eile etait la P>rauronia Taurique, ladeesse du port, Munychia, la deesse de la chassc, Agrotera, k qui l'on devait la victoire de Marathon ; la deesse de la naissance, Chitone. Themistocle lui avait erige un temple, sous le nom d'Aris-

(l)Pliit Tlieni. i9. Plat. Critiasp. 109. c.

(2) Thiic. 3. lüi. Strabo p. 485. — Pausan. 4. 4. 1.

tobule, et eile avait un culte sous celui de Phertia.

88. — Hera etait peu en honneur ä Athenes : le seul temple qu'elle y eut sur la route de Phaleres n'avait ni porte ni toit (i). En revanche la ville etait un des foyers principaux du culte d'Hyphoestos : Hermes, etait honore, sans temples, dans une foule d'Hermes Ithyphelliques, dresses de toutes parts : Aphrodite avait une

i masse de temples et de sanctuaires : il est vrai qu'elle oflTait un type tres-multiple, et que d'un autre cote, depuis l'epoque de Solon, il se manilestait une recrudescence sensible dans le penchant qui portait lesGrecs ä consacrer ä la deesse de l'impurete des lieux et des cultes en rapportavec ses attributions. Au culte antique de l'Aphrodite Uranie des Pheniciens, s'associait le culte egalement phenicien d'Adonis. Pandemos, la deesse de l'Etat devenuela presidente des lieux infames, avait son temple consacre par Solon : non moins abominable etait le culte qu'on lui rendait au promontoire voisin deKolias. U y avait encore un temple d'Aphrodite eleve par Demetrius etHarpolos, uniquement en l'honneur de leurs maitresses (2) et celui erige au Piree, par Conon,enreconnaissance de lavictoirenavale deCnide.

89. — Le culte de Poseidon, apres avoireuavaincre de longues repugnances, se bornait ä un autel, sur lequel on sacrifiait en meme temps au roi mythique Erecht(5e. Quelques jeux furent celebres au Piree en son honneur. Dionysos au contraire etait plus en faveur et beaucoup plus venere. II avait trois temples auxquels correspondait un triple culte national, civil et Eleusinique, accompagne de solennites brillantes. Art?s possedait un temple: Hestia avait l'honneur de tröner au Prytanee oü les divinites antehelleniques Gö, Kronos et Rhee

(1) Paiisan. 1. 1. U.

(2) Athen. 6. 2o3. — 13. 593.

ET JLDAISME. 469

avaient elles-memes un temple et des fetes. II en ötait de meme d'Erynis, qui n'etait honorö hors de l'Attique qu'en deux endroits. La mere des dieux, dans la conception asiatique, avait un temple fameux, le Metroon oü se trouvaient les archives de l'etat. Promethee enfin, avait dans toute la Grece un seul sanctuaire, aux jardins d'Academus, oü on l'honorait par des Lampadophories instituees en son honneur. Nous citerons encore cependant le culte des Analles Cabiriques, des Heures, d'Asclepios, de Themis, des Gräces, de la Victoire et d'Hithie, deesse de la naissance, auxquels s'ajouterent dans la suite, naturalises par une adoption plus recente, ceux du Pan Arcadien, des divinites ThracesdeCotyttoetBeudis, et de Serapis. Les personnifications demoniennes de la pitie, de la pudeur, de la renommee et de la violence, avaient aussileurs autels. Avoirla multitude de ces idoles, la pompe de leurs temples et de leurs solennites, dont le chiffre, pour Athenes seulement, etait double de celui de toute la Grece, on eüt dit d'une ville avide et impatiente de se creer des deites nouvelles et de nouveaux cultes: il y avait compensation toutefois par le petit nombre de heros qu'on y adorait: la plupart de ceux-ci appartenaient aux annales primitives de la Grece, et remontaient au berceau des temps Pelasgiques: le heros national le plus populaire etait Thesee, k qui furent associes plus tard Codrus, Academus, et les ennemis des tyrans, Harmodius et Aristogiton : Herculepossedaitcomme dieu un culte fort etendu. 90. — Dans le restant des villes et des colonies ioniennes on rencontre frequemment Apollon, Artemis et Dionysos, moins souvent Athene, Demeter et Poseidon et plus tard Aphrodite. Les Cyclades partageaient leur veneration entre Apollon et Dionysos. Le culte de Jupiter avait quelques rares adeptes: Hera regnait a Samos.

91. — On reti'ouvc chez les races pelasgiques de la Thessalie, meme apres la conquete de la Thesprothee, l'ancien culte composite de Jupiter Piloros, (le fort), de Demeter, d'Apolion de Üelphes et de Poseidon Petreus. ATrikka on honorait Asclepios. Thebes, ladöesse de la mer, possedait ä Pharsale, le seul temple qui lui fut dedie: en Phocide, en Etolie et en Aearnanie, c'etait le culte d'Apolion qui predominait.

9:2. — La religion grecque avait un centre important dans la petite plaine d'Olympie et dans le bois sacre d'Atlies, non loin de la ville d'Elis,theätre des jeux solennels oü s'assemblaient tous les Grecs. On ne voyait nulle part en Greee, autant d'edifices et de sanctuaires magnifiques groupes dans uTi espace aussi resserre. La s'elevait le temple de Jupiter Olympien, presqu'aussi vaste que le Parthenon : on y voyait la fameuse statue Chryselephantine de Phidias, le monument le plus splendide et le plus parfait de la statuaire grecque. Puis le temple de Junon, enrichi de somptueuses offrandes, et le Metroon de la mere des dieux, oü affluaient en masse les dons precieux des individus et des etats. On sacriüait ä Hithie, a Demeter Chamyne et ä Hercule, dans des temples particuliers, etäKronosen plein air. Le bois renfermait en outre une foule d'autels, üü les habitants d'Elis honoraient Hestia et Jupiter, ce dernier sous six vocables ditferents, le tres-haut, le fulminateur, le purificateur, le protecteur de la famille, (Herkeios), le Chtonique et l'arbitre des destinees. II en etait de meme pour Artemis, le Dieu fleuve Alphee, Apollon, Hercule, Ge et les dieux inconnus.

95. — En Arcadie, comme nous l'avons vu plus haut, Tancien culte pelasgique s'etait conserve dans toute sa purete: partout on y adorait Artemis Hymnia (i) i\ lall) Paus. 8. 5. 7. ,

ET JUÜAISMK. 174

quelle oji associait Demeter et sa lillc, Athene Alea, Jupiter Lyceen, Poseidon, Hermeset Pan. Ca et la quelques traces du cultc de Dionysos: celui d'Apollon etait inconnu dans la plupart des villes de l'Arcadie; mais aux environs de Cyllene et de Lycosyre, qui se pretendait la plus ancienne ville du pays, on rendait des hommages au dieu Pythique. Mantinee honorait Leto et ses enfants : ä Tegee le culte d'Apollon Agyens existait aussi , mais seulement par suite d'une alliance etroite ave^ Sparte. Dans beaucoup d'endroits on ne rencontrait ni Höra, ni Aphrodite, dont le culte n'avait pointreussi h se developper aupres de celui d' Artemis. La premiere etait adoree ä Stymphale, la seconde aux environs de Phigale, ä Tegee et dans la petite ville de Theutis. Megalopolis, la plus jeune de toutes les cites grecques se distinguait des autres localites de l'Arcadie par un Systeme religieux auquel l'influence des contrees circonvoisines avait donne des proportions beaucoup plus amples (i).

94. — En Crete, Jupiter dominait toutes les theogonies locales : unecfoyancerepandue, non-seulement ici, mais dans la Grece entiere, plagait dans les gorges de l'Ida le lieu de sa naissance : c'est la que les nymphes l'avaient nourri de lait et de miel, pendant que les Curetes couvraient du bruit de leurs danses guerrieres les vagissements de l'enfant. C'est la qu'on montrait son berceau et sa tombe, car il y etait egalement mort. Aussi la Crete etait l'ile favorite de Jupiter, comme Delos etait celle d'Apollon. Dionysos y avait egalement un culte; celui d'Apollon y avait penetre avec l'invasion dorienne, mais ici, fils de Korybas et non de Jupiter, il avait du disputer ä ce dernier la possession de l'ile (i>). Le culte de Britomarbis et de Dyc-

(l)Pausa!i.8.3ü. I. 51 6.5-2. 1.5. — {i) Cic. nat. Deor. 3.25,

tinne etait indigene et florissait surtout parmi le peuple de Cydon: ces deux divinites, separees dans leculte local, etaient neanmoins identiques: Britomarbis, originairement deesse de la navigation et de la peche, attributs renfermes aussi dans le nom de Dyctinne, fut reunie k Artemis apres l'invasion dorienne : plus tard' on en fit une des nymphes favorites de cette deesse, et eile finit par s'identifier avec eile, comme fille de Löto (i).

95. — A Chypre oü l'esprit et le caractere national de la Grece avait fini par triompher des Clements pheniciens et phrygiens, les institutions religieuses et les mythes locaux refletaient une teinte toute grecque. Aphrodite etait la divinite nationale de l'ile. A Amatonthe on l'adorait contme Hermaphrodite, portant la barbe et habillee en femme. Le foyer principal du culte de Jupiter etait Salamine, oü les sacrifices humains ötablis par Teucer ne furent abolis que sous Adrien (2). Hera, Demeter, Dionysos, Apollon et Athens, etaient aussi honorees dans l'ile, ainsi qu'Agraule, fille de l'athenien Cecrops, ä laquelle on immolait dans le principe une victime humaine.

96. — De cet apergu geographique du vaste domaine qu'embrassait la theologie grecque, nous aurons Heu de conclure, qu'il s'en fallait de beaucoup que les temples et les cultes de Jupiter, fussent aussi r^pandus et aussi nombreux qu'onpourraits'yattendre, eu egard ä la souverainete qu'il exer^aitsur l'univers et äla multitude des attributions qu'on lui pretait. Le culte d'Apollon etait beaucoup plus commun : certaines villes comme Byzance, qui n'avait pas un seul temple de Juli) l'ausiiii. 2. 50. 3. — Callimach. Hyiiin in Diaii. 189. Eiirip. Iphig. taiir.J-J6. t^2)Lact.(le fals. rel. 1.21.

ET JUDAISME. 175

piter, en possedaient jusqu'ä cinq de ce Dieu. Parmi les divinitcs femelles, le culte d'Artdmis parait avoir eu bien plus de vogue que celui d'Hera: Demeter et Athene meme avaient peut-etre plus de sanctuaireset de cultes que la conipagne du maitre de l'univers.

97. — Les grands dieux etaient parfois groupes dans Uli culte commun, quoiqu'il n'existät point de temples consacres collectivement aux douze dieux : il y avait ä Thelpusa en Beotie un sanctuaire des douze dieux olympiens, mais plus specialement dedie ä Asclepios: les onze autres se trouvaient ä Megäre dans le temple d'Artemis Soteira. Les places publiques qui, dans Athenes surtout, etaient encombrees de sanctuaires, paraissent avoir eu generalement dans leur centre, un autel des douze dieux avec leurs Images (i). C'est un fait constant pour Athenes et Eleusis. On citait meme proverbialement la place sacree de la premiere de ces villes (2). A Xanthus en Lycie, il existait 3ur le forum un arc de triomphe consacre aux 42 dieux (ö). Souvent aussi, il est question d'autels des 12 dieux eriges sur les ports: lorsqu'on se figurait les dieux reunis en conseil ou en assemblee, c'etaient les douze grands dieux qui etaient censes y assister et leurs imagos, au moins dans les derniers temps, etaient porteesou trainees processionellement,engrande pompe et en magnifique appareil (4). Ainsi Corinthe avait un Pantheon ou temple dedie ä tous les dieux. Hierothysion en Messenie possedait les statues de tous les dieux helleniques ; et les trente pierres quadrangulaires auxquelles les habitants dePhare, en Achaie, rendaient un

(1) Arist. Polit. 7. 9. 1. 4.

(:2) Hesych. ösaiv etyofiet. Step. thes. s. v. «yop«.

(5) Boeckh. Corp. Inscript. 4-2(38.

(4) Diod. IG. 92.

culte divin siir la place publique de cette ville, paraissent rentrer dans la meme categorie (i). II y avait aussi des dieux anonymes, soit que leurs noms fussent tenus secrets, soit que personne ne les connüt en effet, tels que les dieux purs de l'Acropole dePallantium (2), devant lesquels on faisait les serments les plus sacres, et les dieux propices, auxquels Myonie, en Locride, reservait un culte particulier (5).

98. — Le genie grec etait si fecond dans ses conceptions theologiques, qu'il existait en maints endroits des dieux et des cultes qu'on ne rencontrait nulle part ailleurs, et si obscurs que personne ne lesjugeait dignes d'etre empruntesouadoptes: tel etait entr'autres le culte des Praxidiques, ä Haliarte en Beotie ; deesses du serment, representeepar une simple tete,on leuroffrait des tetes d'animaux.Plutus, larichesse, qu'on voyaitailleurs represente sous les traits d'un enfant dans les bras de Tyche ou de la deesse de la Paix, comme ä Athenes, etait adore ä la citadelle de Rhodes ; le culte de la nuit n'a laissö de traces que chez les Megariens, qui posse- «laient aussi un oracle de cette divinite (4). A Trezene on associait le sommeil aux Muses: la meme ville possedait un autel consacre ä Themis, regardee d'ailleurs comme une simple deesse. Athenes adorait ä l'exclusion de toufe laGrece; les Tritopators,devenus dans la suite etrangers et incomprehensibles aux Atheniens euxmemes: ils passaient pour les dieux du vent, pour les Premiers etres de la creation,presidanten memetemps au mariage et ä la naissance (5). A Corinthe, outre les Cyclopes, on honorait aussi Bia et Ananke, la violence

(I) Paus. 7. 22.1.

(-2) Paus. 8. U. 5.

(5) ^ioi f^iiXix,iot. Paus 10. 58. i.

(i) Paus. 9. 55. 4.

(5) Ib. 1. 40. ö. Lebock Aglophaii. 755. 55.

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et la necessite, des temples desquelles il etait interdit de franchir le seuil. A Messene enfin, il existait un Heu sacre dediö aux Curetes, etres multiples, communement regardes comme demons et comme suivants de la mere des Dieux, mais qu'Hesiode a presqu'eleves au rang de ceux-ci (i).

99. — A dater de l'epoque d'Alexandre une fusion plus complete s'opöre entre les religions anciennes et autochtones et les religions nouvelles et etrangeres introduites par la conquete. II n'etait pas de bourg si obscur qui n'eüt des temples de divinites etrangeres: ainsi Pausanias vit un temple d'Isis ä Ceryne enAchaie: •d Egyre il y avait des statues de Serapis et d'Isis, et la deesseSyrienne y avait un temple oü l'on ne pouvait se presenter sans s'etre d'abord soumis aux purifications legales : ä Corinthe cependant Isis avait deux temples, Tun comme Pelagia, l'autre comme Egyptia, et il en etait de meme des sanctuaires de Serapis: on y avait meme eleve des temples au Jupiter Gapitolinus de Rome et k Octavie, soeur d'Auguste (2).

100. — En examinant latheogonie grecque au point de vue des attributs et de la sphere d'action des Dieux qui la composent, il est ais6 de voir que l'imagination feconde des Grecs avait depasse de beaucoup les conceptions etroites des autres nations, de Celles del'Orient surtout. Elle en avait forme un corps dont toutes les parties s'agengaient de teile sorte qu'il n'etait aucune juridiction de la nature, aucun ressort de la vie humaine, aucune branche de l'activite et du genie de l'homme, qui ne fussent soumis k l'action d'une divinite speciale : les ph^nomenes atmosphöriques, la pluie, le soleil, etaient sous les ordres immediats de

(1) Paus. i. 31. 6. Hes. Fragm. 129.

(2) Paus. 2. 1. SS.

Jupiter. Demeter ötait chargee de la fecondite du sol: une multitude de nymphes prodiguaient leurs soins aux champs, aux sources, aux ruisseaux : la vigne et son fruit etaient confies ä Bacchus. Poseidon regnait sur la mer : les troupeaux avaient un protecteur dans la personne de Pan et d'Hermes. Les Parques filaient les destinees humaines: les rois et le pouvoir avaient en Jupiter, un modele et un protecteur : Athene etait Fappui des villes : le foyer domestique et civil relevait d'Hestia; Hera presidait aux mariages, Demeter aux lois : les femmes enceintes invoquaient la protection d'Ilithie ou d'Artemis: la musique, la chasse, la divination etaient du domaine d'Apollon, qui partageait aussi avec son fils Asclepios le soin d'exercer et d'enseigner l'art de guerir les maladies. A la guerre on invoquait Minervc : les champs de bataille etaient le domaine d'Ares,la chasse, celui d'Artemis: lametallurgie et tous les arts qui utilisent le feu avaient un patron dans Hephestos, et tandis-qu' Athene Ergane protegeait les industries sedentaires, Hecate veillait sur les routes et sur les voyageurs.

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