‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 18 sur 28 · Si, d'apres cela Proclus (i) et Hermiasdistin · texte numérisé non relu

Si, d'apres cela Proclus (i) et Hermiasdistin

(I) Procl. in Tim. 'i, 2(j. — II appellerinitiation u'j>i!rc;.

guent trois divisions : l'expiation, l'initiation et l'epoptie, cela est conforme ä l'institutioii des Eleusinies ; mais, si Theo de Smyrne fi) parle de cinq degres d'initiation, il en ajoute deux qui ne l'etaient pas en realite ; car outre la purification, la remise de Telete et l'epoptie, il ajoute encore la consecration ou la toilette d'un Hierophant ou Daduche lequel, comme on le supposait au moins, en savait plus sur les mysteres que ce qu'on en avait communique aux autres ; lors de cette consecration il y eut une espece d'intronisation oül'on mettait sursatete un diademeou une couronne. Theo designe entin comme cinquieme degre le sentiment de felicite, ne de la conviction qu'on etait le favori de la divinite et qu'on etait appele ä vivre un jour au milieu des plaisirs avec les dieux (dans le Hades).

412. — L'exclusion des grands mysteres d'Eleusis de tous ceux qui n'etaient pas suffisamment prepares et qui n'avaient pas passe par les mysteres, etait maintenue avec tant de severite, que les gardiens du temple de cette ville, firent un jour executer deux Acarnaniens, parce qu'ils avaient, par megarde, penötre avec la foule dans l'interieur du Heu sacre {-i). Mais si l'on demandait la purete aux inities, on n'entendait, par ce mot, nullement la purete morale de l'äme, idee qui etait generalement etrangere au paganisme, pour autant que nous le connaissons comme Institution religieuse. Celui qui avait touche un cadavre etait aussi impur que celui qui avait commis le meurtre, et on ne faisait aucune diflierence entre le meurtre involontaire et l'assassinat premedite. Voilä pourquoi on admettait, sans hesitation , des courtisanes aux mysteres {',) ; les

(1) Theo. p. 21. Gelder, et ses iiotes p. 12<').

(-2)Liv.51, \i.

(5) Far exemple les coiirti-sanesde Lysias Demostli c. Neaer. 1352.

F.T JLOAlSMi:. 26S

moyens de purification etaient exterieurs et m^caniques: ils consistaicnt en partie en ablution avec de I'eau de mer et de l'eau de riviere, en partie et principalementen fumigations avec du souttre et en frictions avecle sang d'une truie pleine, En Samothrace c'etait l'usage de demander au postulant s'il avait commis un crime tres-grave, et il y avait lä un pretre particulier (Choes) prepose a l'expiation prealable de pareils delits et surtout du sang verse. Mais on a eu recemment tort d'avoir voulu en faire une confession formelle. Dans les Eleusinies un pareil interrogatoire n'avait pas Heu; tous ceux qui, au su de tout le monde, n'etaient pas coupables de meurtre et qui l'avaient expie, etaient libres de se regarder comme purs.

413. — C'est k ces idees de purete et d'impurete que se rattache la defense faite aux inities d'Eleusis de manger de certains fruits et delachairdecertains animaux. Les feves particulierement passaient pour impures, voilä pourquoi les pretres, Pheneatiques de Demeter Eleusinien racontaient que la deesse en accordant d'autres legumes ä ses amis, avait excepte les feves (i). II fallait aussi s'abstenir des oiseaux domestiques, de certains poissons et de pommes de grenade (2). Les raisons qu'on alleguait ä cet egard dans les mysteres, etaient d'une nature purement accidentelle, comme au sujet de la grenade, la fable que Ton connait relativement aux suites que la jouissance de ce fruit avait eues pour Cora. On attribuait une vertu particuliere ä l'habit qu'on avait porte pendant l'initiation ; on s'en servait le plus longtemps possible et on en attachait des morceaux en guise de talisman, sous les vetements des enfants (ö).

(I) Paus. 8, 75.

r2) Porphyr, de abst. 4, IG, p. 353. Rhoer.

1,3) Arisloph. Plut. 8-iO. Schol. b. i.

^ii() PAGAMSME

414. — L'Hierophant scul etait astreint ä une abstinence continuellc et, comme en gcneral dans le paganisme, on n'attribuait pas a riiomme la tbrce morale et l'energie necessaire a cet effet, il devait se rendre impuissant en sc frictionnant avcc la cigüe (i). C'etait probablcment par rapport aux divinites des enfex's qu'on exigcait ccttc abstinence, ou cette mutilation ; sous ce rapport, le pretre devait ressembler aux divinites dont il revelait les mysteres et dont il etait le serviteur; il devait paraitre sterile comme Persephone et Hermaphroditc comme lacchos. L'iisage qu'on faisait des noms des Hieropbantes et des autres pretres et pretresses employes dans les mysteres demontre suftisamment l'idee qu'on se faisait de la saintete toute particuliere de ces personnages ; ils portaient des noms sacres qu'on ne pouvait prononcer, on evitait meme de citer les noms profanes dans les documents ofticiels (2). Mais l'opinion de Porphyre (ra), que l'Hierophante, au moyen de ses ornements, avait represente le Demargos, le Daduche, le dieu Helios, l'Epibomius, la deesse Selene et le Hierokeryx, le dieu Hermes, est une interpretation posterieure et arbitraire et inventee par les Neo-Pythagoriciens.

145. — Dans l'origine, les mysteres attiques n'etaient destines que pour les indigenes de cette contree ; en regle generale cliacun d'entr'eux sc faisait initier; beaucoup avaient deja re(;u l'initiation dans leur enfance, et c'etait une exceptionbien rare ä Athenes, que de rencontrer un homme qui se tinteloignes des Eleu-

(t) Serv. ad Acn G, 661. Schol ad Pers. Sat. 5, 145. Hieron. adv. Jov. Opp. IV, 192; Epist. ad Agerucli. iv, liö. Hippol. adv. hacr. p. 115.

(2) Lucian. Lcxiph. 10. Eiinap. Vit Soph p, 90.

(5) Ap. Euseb. Prap. evg. 5, 1-2.

ET JIDAISME. 267

sinies, d'autant plus rare qu'on s'exposait ainsi aux soup(^onsd'irreIigion. L'opinion, qu'apros samort l'initiö jouissait dos honneiirs divins, (du rapprochemenl inysti(iue des divinites infernales,) fut la cause, dit-on, que tous les Atheniens accouraient pour se faire recevoir (I). Los autres Grecs furent egalement admis ä l'initiation, et un passage des lettres de Piaton nous fait croirc que beaucoup d'amities etaient fondees sur les liens qui rattachaient l'etranger a son mystagogue athenien.

MG. — Sans doute parmi les elasses elevees et riches, qui pouvaient supportcr les frais de voyage et d'initiation, le nombre de non inities etait beaucoup plus grand que celui des inities. Ce n'est pas qu'il y en aurait eu generalement beaucoup qui fussent restes etrangers aux mysteres; on voit dans un passage de Theophraste que cela n'etait pas. Cet auteur fait le tableau d'un superstitieux qui en montant sur un vaisseau demande d'abord timidement ä chaque passager s'il est initie, s'imaginant que la presence d'un seul profane pourrait mettre en danger tous ceux qui se trouvaient sur le vaisseau (2). II n'^ avait donc ([ue peu de personnes qui n'etaient pas initiees. Mais la plupart des Grecs avaient leurs mysteres dans leur patrie, ou bien comme les Phliasiens (,~>), ils avaieilt recu d'Eleusis leur culte de Demeter, ou bien comme cela etait arriveateux deMessene, des Atheniens etaient immigres chez eux et avaient reforme et rendu leurs myteres de Demeter plus solcnnels, d'apres le modele Attiquc (i). On peut dejä conclure d'un passage de

(1) Schol Anslopli. Ran. 158.

(■2) Tlieoplir. Charact. IG, (5; Paus. 2, U, 2.

(i) Pai;?. 7, IS, 2.

Diogene le cynique, qu'au moins dans les etats habi-

tuellement ennemis d'Athenes, personne ne brlguait

volontiers l'initiation aux Eleusinies. Lorsqu'on deman-

dait ä cet homme de se faire initier ä Athenes et qu'on

Uli vantait les avantages dont l'initie jouissait dans le

monde sousterrain, il repondit qu'il etait ridicule

qu'Agesilaüs et Epaminondas fussent relegues dans la

boue, tandis qu'un fameux voleur, comme Patekion ,

jouissait de lafeliciteeternelle(i),Ilnommaevidemment

ces deux hommes parce qu'il supposait, comme tout le

monde, qu'ils n'avaient pas ete inities: Tun etait Spartiate

et l'autre Thebain. En effet le nombre de celebrites

grecques qui , ä notre connaissance , se sont fait

initier, sans etre d'Athenes, etait petit. Nous ne pou-

vons nommer que Pythagore, Philippe de Macedoine,

Demetrius Poliorcete, Philippe, fils de Demetrius, et

Apollonius de Tyane. Pindare l'etait probablement ;

quant ä Plutarque, la chose est certaine.

117. — Tous les barbares en etaient exclus. Anacharsis le ScytheJut, dit-on, le premier qui obtint l'initiation, mais seulement apres qu'on lui eut accorde l'indigenat ä Athenes {-i). II est vrai qu'on ne put refu'ser l'initiation aux Romains vainqueurs et maitres; mais il parait qu'on etendit bientöt eette faveur aux habitants de l'empire romain; car Ciceron mentionne dejä un vers dans lequel il s'agit (3) de l'admission meme des peuples les plus öloignes. Cependanl nous ne connaissons que peu de Romains qui aient fait usage de ce droit; ce sont d'abord Sylla, Varron, Crassus, Atticus et probablement Ciceron avec lui; ensuite Octave et Marc Aurele et enfin Julien.

(1) IMut. cleaud.poct. VI. 76. Reisk. Diog. Lucrt. p. 201. Stepli. (-2J Luciiiii. Scytb. 8. 1, 868. Bip.

(:ij De iial Deor. l,-42.

ET JUDAISME. 269

118. — II semble surprcnant qu'on exigcät severement de garder le secret sur des actes religieux auxquels on admettait des enfants, des femmes et des esclaves (ces derniers peut-etre par exception) ; mais an verite les mysteres ne pouvaient conserver leur caractere et leur prestige que par cette Obligation de garder un silence absolu qu'on imposait aux inities, probablement par serment. En attendant il ne faut pas se faire un idee trop large de cette Obligation. Car d'un cote le secret fut souvent violö et il ne pouvait en etre autrement,vu le grand nombre d'inities et les diverses classes aHxquelles elles appartenaient. — Cela fut viole si souvent que la langue renfermait meme un mot particulier designant ce delit (i) ; et quoique cette faute fut punie de mort a Athenes, quoiqu'un crime commis contre les mysteres fut regarde comme le plus grand de tous les blasphemes {"2), le bras de la justice d'xVthenes ne pouvait depasser les limites de l'Attique, et dans d'autres parties du monde oü Ton parlait la langue grecque de telles violations du secret se commettaient, pour la plupart, impunement. D'autre part le secret exige ne concernait que les formules, les symboles qu'on avait vus et les scenes qui avaient ete representees (3) ; mais les dogmes ou les opinions religieuses, les explications sur la nature et sur l'histoire des diverses divinites que, dans les mysteres, on abandonnait plutot aux pressentiments et aux conclusions des individus, qu'on ne les leur communiquait, sortaient certainement souvent du cercle des inities. Le secret devoile tomba entre les

(1) E|ap;k;I<5-.9ej<. achever la danse, parce qu'une grande partie des reprösentations consistaient en danses mimiques et groupes plastiques.

(2) Isoer. or. de bigis, opp. III, 138. Auger.

(3i Le KTTopurvü kxtü f/,lfiioi r-r.f t£A£t>;?, comme s'exprimeDiodore 3, 63 el 5, 49. —

PAGANISME, ETC. T. l. i-i

'210 PAGAMSME

mains d'autres personnes qui s'en servaient dans l'interet de leurs affaires personnelles, ce qui avait lieu chez le-s poetes tragiques grecs, parmi lesquels Eschyle n'etait pas meme initie.

J19. — Certaines parties des mysteres resterent cacliees aux inilies ou au moins incertaines pour eux ; iis voyaient bien les evenements fabuleux qu'on representait, mais ils ne savaient pas comment les interpreter. Ici une vaste sphere restait ouverte a Timagination; car les explications symbolico-physiques que les chefs des mysteres donnaient de diverses ceremonies surtout des plus choquantes, n'etaient pas communiquees ä tous les inities, mais seulement par une faveur particuliere ä Tun ou k l'autre et avaient ete inventes plus tard comme le dit Philon de Byblus (i). Varron, pour prouver que beaucoup de choses en fait de religion etaient vraies, mais qu'il n'etait pas utile de faire savoir au peuple et qu'il valait mieux le tromper ä cet egard (2), invoqua le secret qu'on gardait sur les initiations et les mysteres grecs. La verite pourraitbien avoir etecelle-ci : que la discussion libre de la theologie mysterieuse aurait fait sentir trop fortement et ressortir la contradiction qui existait entre les mysteres et la religion populaire dont les representants etaient les poetes et qui formaient la base des cultes poblics. Le monde des dieux de l'Olympe ne pouvait admettre des divinites souti'rantes et mourantes. II en fut autrement en Crete ; dans cette ile oü Ton montrait meme le tombeau de Jupiter au grand scandale de beaucoup de Grecs, on ne se souciait pas de la religion du reste de la Grece et on ne croyait donc pas avoir de motifs pour cacher mysterieusement des fables, qui du i-este avaient leur origine dans le pays.

(1) Ap. Aug. C. D. A, 31.

ET JUDAISME. 271

120. — En general les mysteres etaient en haute faveur aupres des Grecset leur vogue sembleetre resteela memeplus tard au tomps des Romains. Plutarque les met avec les fetes, les festins de sacrifices, et les orgies (fetes de Bacchus), au nombre des choses qui etaient les plus agreables aux hommes (i). Le charme en residait dansle voile tres-transparentdu secret, dans eette variete de sensations produites par la reprösentation vraie et dramatique, la transition subite d'angoisses et d'attentes ä la severite et k la joie ; dans le concours de tous les arts et de toutes les jouissances artistiques de la musique et du chant, des danses pantomimiques, du brillant eclairage et d'une decoration ä grand effet. En verite tout cela ne produisait que des delices momentanees et des impressions passageres ; mais l'assurance d'un avenir plein de felicites apres la mort, assurance qu'offraient seuls les mysteres et surtout ceux de l'Attique, laissait des impressions plus profondes et plus significatives pour toute la vie; les cultes publics ne concernant que le monde terrestre et les biens de cette terre, ne pouvaient produire de semblables sensations. Sur quoi etaient fondees ces esperances certaines de felicite qu'on donnait aux inities et comment cette felicite leur fut-elle representee ?

121. — II est certain qu'on n'enseignait guere dans les mysteres le doctrine philosophico-theologique de l'immortalitö de l'äme, c'est-ä-dire que l'homme ne perissait pas tout ä fait ci sa mort et qu'il ne tombaitpas dans le neant. Aussi longtemps qu'il y avait un peuple grec on avait d'ailleurs la conviction generale que l'homme continuait ä vivre d'une fsLQon quelconque, quand meme ce serait de la triste vie des ombres. Mais le plus grand bienfait promis dans les myst^-

(1) Plut. de supersl. VI ; &47. Reisk.

272 PAGAMSME

res, l'aimant qui exer(,'ail la plus puissante attraction, c est que l'existence apres la mort etait autre et beaucoup meilleurc pour les inities que pour la foule et surtout pour les barbares — quoiqueeiivörite lesEgyptiens eussent aussi leurs mysteres de l'autre jiionde. Leurs inities jouissent de la faveur particuliere et de la protection de Persephono, deesse des cnfers ; par le fait de l'initiation ils sont entres ä son Service special, ils ont pour ainsi dire obtcnu des droits preliminaires d'etre ses commensaux dans l'autre monde et de prendre leur part de ses biens et de ses avantages. Et de meme que Dionysos, rappele ä la vie par Demeter, qui rassemble ses membres, qui le mit sur son sein et lui communiqua la chaleur divine de la vie,, de meme les serviteurs de la deesse pouvaient nourrir l'espoir d'echapper, gräce ä eile, a la vie d'ombre, nulle et peu recreative, pour recevoir une vie parfaite physique et vigoureuse. Les inities se rendaient agreables k ces puissances en imitant ce qu'avaient fait autrefois les divinites sous-terraines, cn partageant leurs peines et leurs joies ; on y rattachait encore cette autre idee que la celebration de ces mysteres, que Demeter avait, di-r sait-on, ordonnee olle-meme, serait continuee aux en^ fers et constituerait perpetuellement l'agreable occU' pation des serviteurs inities des dieux (i). L'idee la plus etonnante qui ait ete emise a cet egard par les anciens, se trouve dans un passage de Diodore et parait d'autant plus etrange que cet auteur est un Euhemeriste: au moyen de l'initiation, dit-il, les dieux accordent aux bommes une vie (jternelle remplie uniquementd'une douce dövotion (2). Ce n'etait probablement qu'une idee isolee, assez etrange en comparaison des

(1) Ainsi Simon. Socr. p. 122, ed. Poeckli.

(2) E^c Vatic. en Mali Coli. 11, 8.

ET jldai,«;me. 273

ideesqui dominaient cn Grece etdepassant cclles-ci de beaucoup; selon Piaton c'etaient plutot des jouissances des seiis et uno ivrosse saus fin ([^ue Ton promettait aux inlties (i); jwur nous seuls, c'est ainsi qu'Aristide les fait chanter, luit dans raulre momle, un soleil serein.^av contre — et ceci est Fopinion generale — tous les non inities seront plonges dans la boue et dans les tenebres ; ils seront condamnes ä apporter de l'eau dans un panier en forme de gril pour remplir un tonneau troue (2).

12:2. — Au fait Piaton, Plutarque, Denis et d'autres ont deja repondu ä la question : si les mysteres ont exerce en general une influence bienfaisante et civilisatrice sur les Grecs; en attendant on rencontre meme encore des temoignages des anciens qui reconnaissent une teile influence ou peuventetre citescomme l'avoir reconnu. Quant aux mysteres des (^abires de Sa mothrace, on dit que ceux qui yavaient ete inities passaient pour justes(ö), ce qui en etfet veutdire seulement que par les moyens efticaces d'expiation qu'on y employait, ils (itaient purifies de tout peche.Mais Diodore vaplus loin: onditqueccux quiyont ete inities deviennent plus pieux, plus justeset meilleurs sous tous les rapports qu'ils ne l'avaient ete anparavant (4). Quant aux EleusinieSjOÜl'on devrait s'attendre k rencontrerun temoignage grec de quelque importance, on n'en trouve pas; Juvenal, le romain, seul semble avoir pense que l'h ierophante s'attendait en general a ce que l'homme demandantäetreinitiefütbon et pieux (.j). Enconsequence,

(I) Plat. de rep. 2, p. 565.

(H) Plat. Gorg. p. 301, Aiistid. Or. 19, 1, 421.

(3) Scliol. Aristoph. Pai- 278.

(-i) Diod. 5, 49.

(o) Juveii. 13, 140.

ilparait qu'une semblable exhortationavait lieu lors de l'admission. Mais eile ne peut pas avoir ete serieuse, puisqu'on admettait sans distinction tous les individus de la population athenienne, dont on connaissait pourtant plus particulierement les membres, les porte-faix et les rameurs, voire meme les filles publiques aussi bien que les eupatrides et les philosophes. Le passage de l'orateur Andocide, que l'on a souvent cite, ne veut pas dire que ses jugeg, en leur qualite d'inities, avaient assume l'obligation toute particuliere d'etre justes, mais seulement que, dans le cas donne oü il s'agissait d'un delit commis contre les mysteres, ils etaient obliges, comme inities, ä punir les coupables et ä absoudre les innocents (i). Quant a Aristophane (2), il pense seulement que les deux qualites sur lesquelles ses concitoyens fondaient l'espoir d'obtenir des distinctions particulieres dans l'autre monde, etaient l'initiation dans les mysteres et la douceur envers les etrangers et les concitoyens; mais il n'est nullement dit que cette derniere qualite etait l'eft'et de la premiere.

423. — Les mysteres exer^aient une influence diverse sur les hommes, selon le degre d'education, la disposition ou la susceptibilite de ces derniers. Le commun du peuple se rejouissait de la variöte des seines et du luxe qu'on y deployait, et s'attendait ä une felicite certaine dans l'autre monde ; mais les philosophes et les penseurs y pensaient souvent ä tout autre choseet en tiraient souvent des conclusions qui, repues genöralement, auraient du conduire logiqüement ä l'abolition des religions de nation ou d'etat. Les Stoiciens et les Hylozoistes crurent pouvoir deduire de l'ensemble des mysteres que les dieux etaient tout simplement les

(1) Andoc. Or. demyst. p. 9-4.

(2) Aristopli. Kun. 45/". Comp la iiole de Spaiihcim ;i la piec-e.

ET JLDAISME.

differentes parties de l'univers materiel. Les Peripateticiens voulaicnt reconnaitrc dans les Euleusinies que la divinite, eii accordant aux hommes l'agriculture, leur avait donrie les fondements et le commencement de toute civilisation. Les euphemeristes trouvaient dans la destinee et dans les actions humaines des dieux de mystöres, dans leurs souffrances et dans leur mort, la confirmation de l'opinion qu'ils avaient que ces etres n'etaient parvenus a jouir veritablement de lamagnificence divine, que par une espece d'apotheose. Les Neopythagoriciensou plus tard les Platoniciens s'efforgaient de faire croire que les symboles et les ceremonies des mysteres cachaient les dogmes d'une ancienne theologie et d'une vieille philosophie venues de l'Egypte et de la Chaldee.

124. — Piien de plus naturel que de donner une Interpretation physico-philosophique au mythe de Zagree.Plutarchepretend queZagree est tout simplement l'äme divine du monde, se revetant de formes^toujours nouvelles ; pour cacher la verite ä la foule, on represente par des dechirements et par des morcellements et d'une man iere figuree latransformation de ce dieu de la nature en vents, en eau, en terre et en ötoiles, en plantes et en animaux, et on soutient qu'il se reveille periodiquement pour recommencer de nouveau la meme revolution (i). Plus tard on expliqua que la destinee de l'äme humaine etait representöe dans la fable de Zagree d'une maniere symbolique et mythologique; on pretendait que la vie humaine produisait un dechirement continuel sur l'äme attachee au corps et entrainee au milieu des diverses affections sensuelles, commecela avait lieuäl'egard deDionysos; maisque, par

(!) Plut. de Ki ap Dclpli. p. Ö8 '. vii, 5-28. Keisk.

lamort,ellerentraitdansrunitedelasubstancedivine(i).

425. — On a pretendu quo le desir de ne point perdre la purete et la communaute avec le dieu, avantages qu'on avait obtenus au moment et par le fait de l'initiation, avait du amener l'hommc ä porter sur sa conduite morale une attention d'un effet bienfaisant.Mais on n'a jamais ni cru ni enseigne que l'initie, par un crime commis plus tard, perdait les avantages acquis par les mysteres. Si cela avait eu lieu, on aurait juge u propos, ä l'oecasion de la crainte qu'on eprouvait d'en perdre les fruits par sa propre faute, de se faire initier de nouveaU; ce qu'on ne faisait pas ; celui qui etaitune fois initie le restait pour toujours, et la crainte de perdre les fruits de cet acte pouvait se reveiller d'autant moins que les puritications lors des mysteres n'etaient indispensables que pour le moment de l'initiation et qu'elles n'etaient pas regardees comme des moyens de salut permanents (comme les sacrcments cbretiens) ; quand plus tard on se sentait dispose ä employer de semblables moyens d'expiation, on pouvait sans difticulte trouver un pretre qui aurait consenti ä appliqucr des ablutions, des fumigations avec du soufre, ou des frictions avec du sang de porc accompagnees de formules non moins efticaces. Platon, en faisant des allusionsassez transparentes aux Eleusinies, en jugeait tout autrement; il pensait que les initiations ne servaient qu'a confirmer et ä rassurer les hommes dans l'iniquite (2).

126. — Considöreesdans un sens plus large, les Thesmophories peuvent etre comptees au nombre des mysteres attiques, parce qu'elles formaient egalement un culte secret consacre ä Demeter. La deesse y etait ve-

(1) Daniasc, vit. Isid. ap. Phot. cod. 242, 326.

(2) riat. Kap. 2, 565.

ET JUDAISME. itll

neree avec des ccrömonics secretes comme ordonnatrice de la vie sociale et morale, et surtout comme fondatrice du mariage. Le labourage et Tensemencement de la terre par l'agricLilture devinrent un Symbole pour representer les rapports physiques d'epoux a epouse ; la grossesse et l'enfantement des femmes passaient pour des etatsconsacres a Demeter. Plusieurs jours avant la celebration, les femmes devaient se tenir eloignees de leurs maris et jeüner en restant assises sur le sol ; puis elles s'assemblaient dans un (5difice particulier oü Ton venerait formellemeiU la « cteis, » Image des parties genitales de la femme (i). Cette fete, rappelant la Separation et la reunion de la mere et de la tille, etait donc en meme temps une fete de deuil et de joie. Le culte de Themis doit avoir ete Joint a celui de Demeter; comme deesse de la terre, comme fondatrice de villes et des mysteres de Dionysos, Themis avaittant d'analogie avec Demeter, qu'on n'a jamais bien su si l'image de Thelpusa representait Themis ou Demeter Erinnys {'■j.). D'apres la doctrine d'Orphee, laquelle est ici certainement connexe avec le culte secret (5), le nom de Themis etait un nom de Gea, et celle-ci identique avec Demeter; la premiere de ces deux versions avait eteannoncee sur le theätreathenien par Eschyle, la derniere par Euripide (4). Clement cite par consequent comme symboles secrcts des mysteres de Themis l'herbe amer Origanum, la lampe, le glaive et la « cteis » (0) de la femme; mais c'etaient precisement les objets qu'on montrait et qu'on venerait dans les Thesmophories.

(1) Athen, li, 56. Theodoret. Gr. äff. cur. .3, p. 78-i.

f~l) Paus. 8, -2ö, i.

(ö) Orph. liynin. 78, v.8.

(-4) ,4i!,ch\I Pronielh. 18,200, 1090 Eurip. Bacch. 27o.

(o) Cleni. Protrept. p. ly.

427, — A cöte des mysteres reconnus comme culte de l'etat se maintinrent les institutions privees importees de l'etranger. Les plus importantes et les plus recherchees d'entre elles etaient les Sabazies, dont les fables de Jupiter, de Demeter et de Persephone formaient l'essence. Deo succombe ä Jupiter, qui engendre avec eile Persephone ; pour calmer la colere de sa victime, il coupe les testiculcs d'un belier et les Jette ä ses pieds, lui faisant accroire que ce sont les siens. Les formules mystiques qui s'y rapportent: « J'ai mange dans le tambour, j'ai bu dans la cymbale ; j'ai porte le plat de sacrifice et je me suis introduit dans le thalamus (cbambre nuptiale) » avaient un sens obseene (i), comme on peut le reconnaitre dans ce qu'ajoute Clement. On representait ensuite que Jupiter, sous la figure d'un serpent, s'etait approche de sa propre fdle et avait engendre avec eile Dionysos Sabazius; en Souvenir de cet evenement, on passait un serpent d'or sur le sein des initiees. II y eut donc une enigme expliquee dans ces mysteres : le taureauest le pere du serpent, et le serpent est le pere du taureau. Or, Demeter avait succombe ci Jupiter qui avait pris la figure d'un taureau, et le fils de ce dieu et de Persephone fut Dionysos, le « taureau » (2). Mais il faut bien que ces choses lä aient ete representees d'une maniere fort peu voilee, puisque Diodore dit qu'on choisissait la nuit pour celebrer les Sabazies, parce que « la pudeur accompagnait le rapprochement des sexes (3). »

428. — Firmicus decrit une espece de culte secret qu'il faut sans doute compter aussi aunombre des mysteres^ prives. La nuit, une image couchee sur un lit

(l)Clcm. rrotrept p. 14. Cf. Firniic. p. 9',.0ehler. (ü) Arnob. 3. £0. Clem. Protrept. p. 14. (5) Diod. 4, 4.

6t judaisme. :27i>

portatif, etait pleurdf; d'apresuncertain rhythme; puis, 011 apportait de la lumiere, le pretre oignait la gorge de chaque pleureur en murmurant ces paroles : « Rassurez-vous, inities du dieu sauve, car la douleur sera pour vous une source de salut. » Ce dieu mortqu'on pleurait et qui etait rappele k la vie, etait donc Osiris ou Zagree, et il faut conclure de ces paroles de l'auteur : « tu delivres ton dieu, tu rassembles les membres epars de la statue » — qu'on representait la destruction du dieu en brisant l'image, et sa resurrection, en rassemblant les membres disperses (i).

(1) Firmic. p. 100, Oeliler.

Page 1