‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 19 sur 28 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

SACERDOCE ; DIYINATION ; ORACLES ; SACRIFICES ET PRIERES ; PETES ; TEMPLES ET IMAGES; CULTE DOMESTIQLE.

SACERDOCE ET DIVLNATION.

1. — La classe des pretres n'avait une doctrine rcligieuse ni k conserver, ni ä enseigner ; chez les Grecs, 011 n'enseignait generalement rien en fait de religion et les fahles des dieux se propageaient autant de vive voix que par les oeuvres des poetes lues ou recitees partout; leurs fonetions se bornaient donc avant tout ä raccomplissement du Service des sacrifices, ä la surveillance des temples et u Tadministration des biens sacres, les t&menes. On n'exigeait donc nullement du pretre une capacite quelconque resultant de connaissances acquises, d'une education particuliert; et d'etudes preparatoires. C'est un trait caractöristique que Plutarque, en enumerant les classes d'individus aupres desquelles on pouvait se renseigner sur les choses religieuses, ne nomme pas les pretres, mais les poetes, les legislateurs et les philosophes(i); DionChry-

(l)'Phit. Amator. p. 109, ix.IiO Roisk.

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sostomc (i) 03t du mcmc avis cn mentionnant, comme sources de la religion, d'abord Ic scntimeiit naturel de riiomme, et ensuite les poetcs, les legislateurs, Ics sculpteurs, les pcintrcs et enfin les pliilosophcs; il n'eut pas menie l'idee (ju'on pourrait consulter les pretres sur des questions de religion ; il ne taut donc pas s'etonnerque Piaton, dans sa republique ideale n'ait pas songe ä exiger des pretres une capaeite intellectuelle quelconque; selon lui, on soumeltait leur nomination a la decision du sortet il ne fallait tenir compte que de l'absence de defauts corporels et de leur naissanee legitime; ils devaient descendre d'une bonne famille et n'avoir jamais conimis de grands crimes (2). Les Atheniens, en elisant leur roi des sacrifices, ne prenaient en consideration que l'absence de defauts corporels. De lä, par consequent, l'opinion d'lsocrate: que la dignite de pretre etait l'aflaire de tout le monde (0).

^. — En attendant, l'acces du sacerdoce ne fut pas ouvert ci chacun : car, d'un cote, beaucoup de ces fonctions etaient hereditaires et la propriete de certaines familles; c'est d'apres les droits de la primogeniture, ou par le sort, qu'on donnait alors l'investiture. Ces fonctions etaient le plus souvent hereditaires dans les vieilles metropoles, elles l'etaient bien plus rarement dans les colonies, puisque les familles de pretres ne s'expatriaient pas volontiers. Ensuite les etrangers ne furent jamais admis au sacerdoce, quand meme ils auraient acquis le droit de bourgeoisie; et enfm on ne contiait guere ces fonctions qu'a des personnes de familles distinguees; les pauvres, du reste, ne pouvaient y pretendre a cause des depenses inhärentes ä ces dignites.

(2) Legg. p. 759.

(3) Ad Nicocl p. 19.

3. — La beaute du corps etait, conformement au genie de la religion hellenique, une qualite extremement recommandable pour un pretre; k Mgion on choisissait le plus beau gargon pour pretre de Jupiter, et k Fanagra, le plus bei adolescent etait Charge du Service de Hermes (i). Souvent la virginite et la chastete etaient une condition absolue pour le Service desdieux; en semblable cas, on ne confiait le sacerdoce aux gar- (!ons et aux jeunes filles que jusqu'ä Tage de puberte. Rarement on imposait j'observation du celibataux personnes nommees k vie aux fonctions de pretre ; on raconte cependant que la pretresse de Gea k Achee devait vivre dans la chastete, et que celles de Heracles k Thespieet d'Aphrodite devaient rester vierges (2). Quand on imposait de telles conditions aux hommes, ce qui avait lieu ä l'egard de l'Hierophante k Eleusis et, selon Galene (3), k l'egard des pretres d'Artemis et d' Athene, il fallait recourir k des moyens physiques d'extinction, parce qu'en ce point le Grec n'avait aucune foi en l'energie d'une volonte religieuse determinöe. A l'occasion d'abstinences temporaires exigöes par le rite on usait de procedes analogues. Le pretre et la pretresse d'Artemis Hymnia en Arcadie devaient se soumettre aux restrictions les plus severes ; on les forgait de vivre dans le celibat et dans une retraite absolue; ils ne pouvaient mettre le pied dans aucune maison (4).

4. — Le sexe du pretre ne fut pas toujours celui de la divinite : Heracles et Poseidon avaient des pretresses en quelques endroits, et Dionysos en avait presque partout, tandis qu'Artemis et Athene avaient meme

(1) Paus. 7, 24, 2; 9, 2-2, 2.

(2) Ibid. 7, 25, 8.

(3) Galen, ad Epid ö, i, 524.

(4) Paii-s. 8, 15, 1.

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des pretres ; ä Elateia, cette derniere deesse n'etait servie que par des garfons. En general, le nombre des pretresses parait avoir et6 plus grand que celui des pretres, puisque les pretresses d'une seule divinitö formaient frequcmment des Colleges entiers, comme les quatorze geraires (pretresses) de Dionysos ä Athenes. En Grece, les pretres et les pretresses ne purent, nulle part, s'organiser de fagon ä former un corps important; la division resultant du polytheisme s'y opposait, parce que les pretres d'une divinite n'avaient rien de commun avec ceux d'une autre, ce qui les empechait de se former en caste separee et, comme teile, d'acquerir du pouvoir ou une influence marquante. On n'a meme pu decouvrir que les. pretres de Jupiter jouissaient d'une certaine präference sur les autres ministres de dieux.

5. — Les pretres avaient une part dans les revenus des biens sacres, part determinee soit par la loi, soit par l'usage; les peaux des animaux sacrifies et certaines parties de la chair leur etaient -assignees ; en outre, on instituait des collectes qui etaient faites par des pretres allant de maison en maison, et dont le produit etait affecte ä l'entretien du Service et du temple ; on exigeait meme quelquefois un droit d'entree au temple (i). Le terrain sacre, sur lequel se trouvaient les temples, les bois sacres et les maisons des pretres, formaient leurs domaines, oü ils regnaient presque en maitresabsolus.Parci etparlä, les pretres, parsuitedela grande renommee dontleurs dieux jouissaient, parvinrent ä amasser de grandes richesses, au point que, par exemple, les pretres d'Olympie etdeDelphes avangaient des fondsauxrepubliques qui leur enpayaient les interets.

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