‹ Paganisme et Judaïsme (volume 3)Chapitre 4 sur 28 · L'empire Romain ne reposait pas sur les (51e · texte numérisé non relu

L'empire Romain ne reposait pas sur les (51e

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ments de forcc et d'ensemble que puise un grand peuple dans le sentiment de sa nationalite: a l'epoque qui nous occupe, tout comme aux jours de sa naissance, il s'appuyait sur la population d'une seule ville qui accusait des tendances de plus en plus significatives, non-seulement ä devenir le siege du gouvernement, mais encore a accaparer et a concentrer a son benefice exclusif toute la puissance de l'etat. Mais Rome ellememe, fatiguee de ses longues guerres intestines, epuisee par les proscriptions et les sanglantes executions qui la desolaient depuis tant d'annees, aspirant ä la tranquille jouissance de ses possessions, ne pouvait plus trouver ces Clements de paix et de prosperite que sous l'autorite d'un seul homme, d'un chef unique. Ce fut Oetave, qui apres avoir defait Antoine, le dernier de ses ennemis et de ses rivaux, s'appliqua a menager une transitioncalme, entrela Constitution republicaine dont il respecta les formes et le titre, et le nouvel ordre de choses, et reussit ä elever d'une main ferme et süre, l'edifice de sa puissance, sur les bases memes de la republique.

4. — Octave investi d'un principat ä vie, qui lui conferait le cumul de tous les pouvoirs, la re})ublique netut bientot plus qu'unet)mbre qui s'affaiblissait tous les jours davantage. Commandant supreme d'une armee permanente de pres de 340,000 hommes, devenue une forcc ä la fois militaire et gouvernementale ; premier d'un Senat sans volonte contre lui et descendu au simple role deconseiller et d'administrateur, Censeur, Tribun perpetuel et souverain pontife de la religion d'etat, protege par une gardc particuliere qui lui etait devouee et dont le Prefet etait dejä, sous Tibere, le second personnage de l'empire, le monarque possedaitune omnipotence sans bornes; aussi le successeur immediat d'Auguste put-il impunement aneantir ou fouler uux

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pieds les derniers restes de l'organisation republicaine.

Le peuple Romain se trouvait satisfait et flatte des largesses qu'on lui prodiguait : distributions d'argent et de ble, spectacles des theätres et des cirques, combats de gladiateurs et d'animaux, rien n'etait epargne pour lui plaire. Dans toutes les classes de la societe etait repandu un esprit de servilisme et d'adulation qui n'opposait aux caprices du maitre que lächete et rampant ego'isme, et cette disposition hätait avec une effrayante rapidite Tacheminement du principat ä ce formidable despotisme qui, soutenuet alimente par une multitude de femmes, d'aifranchis, de flatteurs, d'espions et de delateurs, devait bientöt offrir aux contemporains eflrayes, le spectacle d'un enchainement d'horreurs inou'ies, dont l'exemple, parti de haut, inspirait a des maitres que ne retenait plus aueun frein de pudeur ni de crainte, tous les delires de l'orgueil, de la soif du sang et d'un souverain mepris de l'humanite.

5, — La ville de Romc dejä enrichie et somptueusement ornee dans les derniers temps de la republique, des tresors ravis aux pays conquis, re^ut un nouveau lustre sous Auguste. L'eclat du champ de Mars couvert par lui d'edificespublics, accrut encore la magnificence de la ville aux sept collines, et le monarque put, a juste titre, se vanter de laisser de marbre une ville qu'il avait trouvee de briques (i). Chaque annee les rives du Tibre tendaient de plus en plus a devenir le rendezvous de toutes les nations du globe' Les esclaves recrutes dans tous les pays, introduisaient ausein desfamilles leurs moeurs etrangeres, agissant au meme temps par leur aspect bizarre sur l'esprit et les idees des genörations croissantes. Quant aux etrangers libres, ils n'y

(i) Suöl. Aug. i9.

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etaient pas eii moindre affluence: ils accouraieiit des trois parties du monde dans la Capitale de l'univers, pour y mener une vie plus agreable et plus feconde en jouissances, soit pour s'y etablir k demeure, soit pour regagner plus tard leur patrie, avec les richesses qu'ils avaient acquises a Rome. Des nuees de Grecs, de Syriens, d'Asiatiques, d'Egyptiens s'etaient abattus sur la ville, les uns pour y professer les lettres ou la philosophie, les autres pour y importer tous les raffinements du luxe, de l'intemperance, de la debauche : d'autres encore, Instruments de superstition, pour y propager le culte des idoles etrangeres : aussi les poetes qui ont trace le tableau des moeurs de cette epoque ne tarderent-ils pas ä deplorer que Rome füt devenue une ville toute grecque par la langue et les usages, et que rOronte Syrien, semblät avoir deverse ses eaux dans Celles du Tibre (i). ün siecle et demi apres Auguste, Athenes pouvait dire sans etre taxe d'exageration, que toutes les races de l'Orient avaient elu domicile ä Rome (:2) ,

6, — Aussi la population atteignit-elle des Auguste meme, un chiffre sinon egal au moins tres-rapproche de celui qui forme la population actuelle de Londres; et qu'on peut evaluer de 1 1/2 ä deux millions d'habitants ; dont la moitie etaient des hommes de condition servile, tandis que la grande majorite des bommes libres se composait ou d'etrangers, qui avaient obtenu le droit de eile, ou d'affranchis avec leurs familles. A cote de l'incroyable opulence d'un petit nombre de maisons, il regnait une teile misere, que sous Auguste dejä les distributions publiques d'argent, de ble et de vivres defrayaient les besoin^de plus de 200,000 indi-

(J) Juvenal. 3. Poss.

(2) Dipnosoph : 1. 36 Tome I. p. 73.

vidus, et que malgre la sollicitude qu'apportait ce prinoea pourvoir a la subsistance des citoyens du vieux sang romain, on voyait s'eteindre tous les jours d'illustres familles, deja döcimees par les guerres civiles et les proscriptioiis. Un vice radical de cette epoque, l'antipathie toujours croissante que tous les rangs de la societe eprouvaient pour le joug matrimonial, ne contribuait pas peu ä ce !riste etat de choses. En vain Auguste essaya-t-il de combattre par les lois Julia et Pappia-Poppöa, les progres de ce celibat desorganisateur, plaie honteuse qui gagnait de plus en plus les classes riches et opulentes; la sterilite des unions legales elles-memes n'en suivait pas moins une progression si alarmante, que des immunites importantes furent attribuees, en vertu de la seconde de ces lois, a tout Romain qui justifierait de la paternite de trois enfants seulement.

7. — II etait donc inevitable que Rome devint comme un vaste receptacle oü venaient s'engouürer et se confondre tous les vices des contrees les plus eloignees, tous les errements et les exces de la societe humaine ; ville etrange, oü la majorite de la population libre etait representee par une plebe sans patrie, livree ä l'oisivete et a la faineantise, d'une pauvrete sordide et pourtant accoutumee ä tous les besoins du luxe et dont les ressources de l'Etat suffisaient ä peine ä defrayer le miserable entretien (i).

8. — Dans les pays soumis, il n'etait pas possible, meme sous le regime imperial, que l'esprit public et le sentiment d'un patriotisme veritable cimentassent les liens de l'association; mais si etrangers que fussent toujours Fun ä l'autre le Gaulois et le Syrien, l'Egyptien et ribt^re, l'administration des Provinces fut cepen-

(I) Seucc. Consol. adllelv. &. — Tacit. Annal. U. 2a.

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(lant meillcure, en general, qu'elle ne Tavait ete daiis les derniers temps de la republique. Ce n'etait plus le temps oü un Volesus Messala pouvait faire executer, comme Proconsul d'Asie, 300 hommes eu un jour, et s'ecrier, avec une feroce admiration, en se promenant au milieu des cadavres: est-il un roi qui eüt ose faire cela (i) ? Ce n'etait plus le temps oü les Provinces n'etaient dans la pensee de Rome que des mines d'or, dont I'exploitation facile devait enrichir promptement les gouverneurs qu'elle y envoyait coup sur coup, et faire la fortune des particuliers qui s'y rendaient pour y pratiquer un agiotage usuraire ou pour administrer les finances publiques. Auguste et ses successeurs introduisirent dans le gouvernement des Provinces des reformes qui le rendirent ä la fois plus stable et plus supportable. Les Proconsuls furent soumis ä un contröle plus severe : ils regurent des appointements fixes et ne purent plus exagerer, suivant leurcaprice, les impots des tributaires : la surveillance qu'ils exergaient sur la gestion des communes etait un bienfait pour le peuple : la distinction qui separait la bourgeoisie dominante de Rome de celle des provinces soumises ne tarda pas ä disparaitre : bientöt la legislation romaine acquit partout une preponderance marquee sur les institutions primitives du pays, et Ton vit cesser completement sous l'influence de la domination Romaine, ces interminables demeles de race et ces guerres intestines qui avaient porte tant de ravages dans les rangs de tous les partis. Enfin la tyrannie de ces souverains dont l'histoire a fletri la memoire et qui sevissait d'une maniere si directe sur l'aristocratie Romaine ne s'etendait pas jusqu'aux Provinces, ou ne pesait au moins, que tres-legerement sur elles.

(l)Seneca de Iia. 2.3.

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9. — Les liens qui rattachaient entr'elles et avec le centre du pouvoir toutes les parties de ce vaste empire, furent l'objet d'une reforme systematique : les voies et les moyens de communication se multiplierent avec rapidite. L'empire entler se couvrit progressivement d'un reseau, savamment combine, de routes militaires, de grands chemins, et le Service des postes de l'Etat, orgaiiise dejä par le premier Empereur, ne tarda pas u fonctionner d'une mani^re reguliere ä travers toutes les provinces.

10. — L'avenement de la centralisation monarchique fut donc un bienfait pour le plus grand nombre des peuples et des individus reunis sous le sceptre de Rome : plusieurs pays, tels que les Gaules, l'Espagne, l'Afrique et meme l'Egypte et la Syrie, parvenus ä une plus grande securite de possession et de droits, prirent une part active aux relations et a la vie intellectuelle qui commenfaient ä circuler entre les trois continents si admirablement groupes autour de la Mediterranee, et gräce a leur annexion a Tempire, ils entrerent dans une voie de prosperite sans precedent dans leur existence.

11. — Mais dejä dans les parties centrales de l'Empire et de l'ancien monde en general, commencent ä se manifester d'une maniere alarmante des symptomes de depeuplement qui presagent la prochaine desorganisation de lasociete actuelle. Depuis longtemps l'histoire des vieux Hellenes est comme la tin emouvante d'un grand drame dont le denouement n'eveille plus que les emotions de la pitie. Les armees macedoniennes et apres elles les legions romaines avaient couvert cebeau pays de ruines ; des cites antiques et fameuses avaient disparu ou avaient ete desertees par leurs habitants, ou dechues comme Thebeset Megalopolis au rang de simples villages : nombre d'iles, nagueres populeuses, n'etaient plus que des rochers abandonnes. Les tribus de l'OEta,

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presqu'an^anties, rAcarnanieetrEtolie changees en deserts, Ics villes de Thessalie en pleine decadence, et le pays s'appauvrissant de jour en jour. L'Epire voisine, hors d'etat de se relever des coups dont l'avait frappee Paul-Emile : ses villes rasees et les rares villages dissemines dans la campagne servant de refuge aux faibles debris de la premiere population : cinq des douze villes de TAchaie ruinees ou delaissees; l'Arcadie et la Messenie k peine habitees : la Laconie, couverte nagueres de villes florissantes, ne comptant plus aujourd'hui qu'une trentaine de villages : tel est le tableau de la Grece ä cette epoque, et quelques annees apres, Plutarque estime que la Grece tout entiere aurait peine ä entreteniroOOO hoplites. Athenes consefvaitbienencore le prestige de sa vieille renommee, mais un ramassis d'etrangers y avaient remplace les anciennes farnilles citoyennes, massacrees dans les boucheriesde Sylla (i). Les colonies romaines de Patra, de Corinthe et de Nicopolis, sur lepromontoire d'Actium, devinrentä la fois le point d'appui de la domination romaine et le noyau d'une jeune population, appelee ä faire circuler une vis nouvelle dans ces contreesvouees ä la desolation.Gräce a sa Position entre deux mers, Corinthe vit bientot refleurir son commerce et reparaitre son ancien luxe ; mais en somme l'oppression fiscale qui n'avait pas cesse de peser sur la Grece, meme sous le regime imperial, etait un obstacle permanent ä l'essor de la prosperite nationale et au mouvement de la population : aussi la Grece peu habitee offrait-elle l'aspect d'une solitude couverte de plus de tombes que de citoyens, de plus de ruines que de cites, et oü les sources de la vie etaient taries sans retour.

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