A l'epoque dont nous parlons, la Pbenicie
il) rrugment de Savaruii, dans los notesh Sidon. Apulliii p. Gl. (•2) Horodian. 2;0 Julien iMisopo^on p :Ui
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etroite langue de terre qui longeait la cote sur une longueur de 50 milles ä peine, etait une province Syrienne. Le caractere Phenicienportaitdestraces profundes de cette alteration hellenique que la domination des Seleucides avait communiquee ä tous les Syriens : l'histoire nationale n'etait plus qu'un lointain Souvenir: les Pheniciens asservis tour ä tour aux Assyriens, aux Chaldeens, aux Perses, aux Macedoniens, aux Ptolemees d'Egypte, puis aux Romains, avaient conserve peu d'individualite; leur langue, eteinte dans la mere patrie des le milieu du ^'^ siecle apres J.-C. ful cependant jusqu'au 6" siecle en vigueur dans les colonies africaines (i): ils n'avaient toutefois rien perdu de leur ancienne renommee : ils continuaient a etre les plus habiles trafiquants du monde, et ä exceller en meme temps dans l'architecture et les arts plasliques. L'antique Sidon, la cite mere, Tyr, bätie dans une ile, etaient encore des villes tres-commergantes, et Beryte, saccagee nagueres par le conquerant syrien Tryphon, puis relevee sous Auguste et erigee en colonie militaire, devint plus tard le siege d'une ecole de droit florissante.
37. — La cöte meridionale de la Palestine, qui avoif. d'abord porte seul le nom de Palestine, avait ete primitivement occupeepar les Philistins sortis deFEgypte. Mais depuis longtemps ce peuple avait perdu son individualite politique, dans les guerres frequentes qui surgirent entre ses puissants voisins d'Egypte et les conquerants asiatiques. Le peuple juif, son ennenii jure, avait acheve de consommer sa ruine: ses villes etaient renversees: Gaza surtout avait eu beaucoup a souffrir du roi juif Alexandre Jannee en 96 avant J.-C. et Jonathas Machabee avait completement saccage
(1) Hamaker. Misceü. pho'iiic. p. 11t.
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Ascalon. Ä dater de cette epoque il n'est plus question de la population indigene que sous le nom d'Idunieens. Cependant le's Romains, Pompee et apres Uli Gabinius, y avaient fonde de nouvelles villes: on vit s'elever une nouvelle Gaza et une autre Ascalon : puis Authedon et Raphia. Toutes ces villes avaient re^u des populations mixtes, chez qui dominait le type grec.
38. — Entre la Phenicie, l'Arabie-Petree et le grand desert Syro-Arabique qui s'etendait du Nil -h. l'Euphrate, se trouvait la Palestine, ou Judee propre, que les Romains possederent des l'an 93 avant J.-C. Lorsqu'ils y penetrerent pour la premiere fois sous Pompee, apres ses victoires de Syrie, ils y trouverent etabli un peuple qui portait le nom de juifs, depuis le retour d'une petite fraction de ses ancetres de la captivite de Babylone et de celle d'Assyrie, sous Cyrus. Les juifs possedaient un royaume puissant et prospere sous le regne des vaillants heros de la famille sacerdotale des Machabees, et particulierement sous Hircan I. Mais les dissensions interieures qui eclaterent sous les suecesseurs de ce prince, amcnerent la ruine du pays et le mirent bientot au pouvoir des Romains. Pompee, reunit la partie septentrionale a la Syrie, et Cesar, nomma l'idumeen Antipater, gouverneur de toute la Judee, en recompense de ses Services. Cependant Antigone, le dernier des Machabees, profitant de la domination momentanee des Parthes en Syrie, reussit a se faire reintegrer par eux sur le tröne de Jerusalem ; mais ce ne fut qu'un court intermede : les Romains, ä l'instigation d'Antoine et d'Octave, declarerent Antigone ennemi du peuple Romain, et proclamerent roi de Judee Herode, le tils d'Antipater, en l'an 39 avant J.-C. Depuis lors cet etranger, fils d'un Idumeen et d'une Arabo, fit pendant trenie-sept ans peser un joug
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de fer sur ce peuplequi sedistinguait, entrctous les autres, par son horreur de ladomination etrangere : servile courtisan de Rome, il sut se concilier tour ä tour la faveur de Cassius, d'Antoine et d'Auguste : soutemi par ce dernier, il s'eleva toujours plus haut et put braver impunement raversion et la haine qu'il inspirait aux juifs en tavorisant Tintroduction des mceurs Romaines, en se livrant ä des concussions et a des depredations dont il prodiguait ensuite le fruit aux etrangers et en se signalant surtout par une impitoyable cruaute. Apres sa mort, le royaume demeura partage entre ses descendants, jusqu'ä ce que son petitfils, Herode-Agrippa, reunit de nouveau sous un sceptre unique la Palestine entiere ; mais cet etat de choses eut peu de duree, et a sa mort, survenue inopinement en l'an 44 apres J.-C, tout le pays devint une province romaine, administree par des procurateurs. 59. — Sous la domination romaine, toute la region comprise en decä du Jourdain fut divisee en trois parties : la Galilee, la Samarie et la Judee. La grasse et fertile Galilee qui formait la partie septentrionale du pays, et oü l'on comptait selon Josephe, 204 villes et bourgs dont les moindresn'avaientpas moins de lo,000 habitants (i) etait occupee par une population entreprenante et hardie, melec d'Israelites, de Pheniciens et de Syriens. Parmi ses villes on remarquait Tiberiade, elevee par Herode Antipater en l'honneur de Tibere, a qui eile devait son nom, qui devint le cheflieu de la Galilee inferieure. Le meme prince convertit Sephoris en une forteresse puissante, sous le nom de Diocesaree, capitale de toute la Galilee, qui devint en meme temps le siege d'un des cinq grands Sanhedrins juifs.
(Ij Bell. jud. ö. 3.2.
öö PAGANISME
40. — Au Sud de la Galilee, au Nord et ä l'Est de la Judee, se trouvait la Samarie : c'etait un pays peu etendu et montagneux, mais oti'rant de beaux sites et surtout d'une fertilite rcmarquable, entretenue par une excellente culture. Les habitantsmoitie israelites, moitie infideles, formaient un peuple schismatique, que les Juifs tenaient en horreur comme etranger et apostat. Toute l'liistoire de la Samarie avait eu pour theätre ses deux villes de Neapolis et de Samarie. La premiere n'etait autre que l'antique Sichem, saccagee dans les guerres juives, situeeentre les monts Ebal et Garizim et adossee ä celui-ci. Samarie qui n'avait pas tarde ä se relever des ruines qu'y avait amoncelees Hyrcan, fut agrandie par Herode, ä qui Auguste en avait fait present. 11 l'embellit de constructions magnifiques, y dedia un temple a Auguste et la nomma Sebaste en l'honneur de ce prince, apres y avoir installe une population mixte d'indigenes et de veterans romains.
44. — La Judee, tout aussi fertile et aussi peuplee que la Samarie, etait situee ci Test du Jourdain et de la mer morte, bornee au sud par le desert, habitee par des juifs et des juifs unis ou Idumeens circoncis, et des juifs parlant grec. Sur la frontiere septentrionale, au bord de la mer, s'elevait Cesaree qui porta d'abord le nom de Fort de Straton et ne fut exclusivement habitee que par des Grecs et des Syriens, jusqu'ä ce qu'agrandie par Herode et orntie d'un magnifique temple dedie ä Auguste, eile accueillit aussi les juifs qui vinrents'y etablir. Deja residence du gouverneur de la Judee, eile devint plus tard, apres ladestruction de Jerusalem, lacapitale du pays. L'ancie^ine ville Cananeenne de Jericho etait encore, a cette cpoque, habitee par ungrand nombre d'Arabes et d'Egyptiens.
Tout au centre du pays s'elevait Jerusalem, tant de fois conquise et saccagee : la ville bätie sur trois, ou
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plutut sur quati'c collines, comptail dans son enceintr plus de loO mille ämes. La partie situee sur la montagne de Sion, s'appelait la haute-ville ou cite de David. C'est la que s'elevaient les cdifices les plus remarquables, la ville basse etait bätie sur la colline d'Acra. Sur le mont Moria s'elevait le temple fameüx bäti par Salomon. C'etait la merveille du pays : construit entierement de marbre d'une blancheur eblouissante, il offrait ä ceux qui arrivaient de loin l'aspect d'une montagnc de neige: la citadelle Antoniay etait attenante: les Romains en avaient fait une forteresse qui dominait ä la fois le temple et toutela ville. Sur une montagneplusau Nord qu'Herode Agrippareunitplus tardäla ville, s'elevait la ville neuve de Bezetha, oü etait, venu s'agglomerer l'excedant de la population urbaine.
42. — Rien ne peut donner une idee du contraste frappant, qu'oflfre le double aspect de l'Afrique Septentrionale sous la domination romaine et sous le joug musulman. La nouvelle Carthage ne tarda pas ä acquerir le developpement et l'importance d'une cite de premier ordre. Les ruines des autres villes comme Utique, Hippone, Tagaste, Cirte, Lambessa, portent encore l'empreinte de la magnificence et de la grandeur deces villes. Les cinq cents eveches qu'on comptait au 4'" siede dans l'Afrique occidentale, temoignent eloquemment de la prosperite et de la population de ce pays, dans les villes duquel on parlait jusqu'en Maceranie, la langue latine, tandis que la langue punique resta longtemps repandue dans tout le pays parmi les descendants des colonies pheniciennes.
43. — A l'ouest de l'Egypte se trouvait la Marmarique, soumise ä la domination romaine, pays sablonneux, aride et sterile, mais cependant loin d'offrir comme aujourd'hui une plaine nue et deserte. Ses habitants etaient nomades et n'avaient point de villes im-
portantes. Puis venait la Pentapole d'oü la vie s'est retiree aujourd'hui, mais oü se pressaient autrefois sur un terrain fertile de iiombreuses populations, melange de race grecque et juive. Elle formait dejä avec la Cr<>te unc province romaine. Sur la cote s'elevait Ptolemais, ville superbc: dans Tinterieur Gyrene, qui gräce a son houreuse Situation etait devenue le foyer da commerce, des arts et de la science, la plus vaste et la plus belle ville de rAfriqueseptentrionale apres Carthage.
44. — Heritiers de Carthage reduite et du royaume de Numidie, les Romains etaientmaitres de toute l'Afrique septentrionale, depuis la Pentapole jusqu'ä l'Ocean Occidental. L'Afrique proconsulaire, separee de la Numidie comme province, depuis l'an 59, avait pour centre Carthag(^ne; apres que l'emplacement de l'ancienne Carthage eüt ete maudit et converti en päturage, la coloniecivile de o,OüO familles italiques qu'Auguste avait envoyee dans les environs, s'accrut si rapidement, que sous Tibere la nouvelle ville, redevenue dejä la premiöre de l'Afrique, disputait ä Alexandrie le second rang dans l'empire. A l'Est, dans les Syrtes, s'elevait la ville de Leptis, place de commerce encore tres-peuplee dans le courant du 4" siecle. Utique illustree par la mort de Caton, egale cn grandeur a Carthage: dans l'interieur des terres, Cyrte, percheesur un roc escarpe, dejä occupe par les Grecs du temps du roi Micipsa, erigee plus tard en colonie romaine, la plus belle et la plus opulente cite de la Numidie.
45. — Ce fut seulement sous le regne de Claude que la partie occidentale du nord de l'Afrique, la Mauri-
' tanie, (Fez et Maroc actuel avec un coin de l'Algerie), fut annexee ä l'empire romain et divisee en deux grandes provinces. Le temoignage unanime de l'anti- ()uite s'accorde ä peindre sous les couleurs les plus
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d^favorables le caractere des deux peuples d'origine commune qiii habitaient ce pays, les Numides et Ics Maures, hommes ruses, de mauvaise foi, trompeurs, enclins k la violence et ä la colere, mais intrepides et ne reculant ni devant le danger, ni devant la mort : une longue Serie de revolutions plus ou moins etendues, mais oü racharnement etait toujours le meme, avait prepare de bonne heure la decadence de l'Etat. Outre la langue punique qui s'y conserva longtemps, on en parlaitencore une autre dans lescontrees meridionales, la langue Lybique. Les villes, oü la colonisation avait introduit la langue et les moeurs romainesetaient, dans la Numidie surtout, le foyer d'une education scientitique tres-avancee; tandis que Sicca, Cirta, Cesaree, Madaure, Tagaste, Tubursique, cultivaient les scienccs avec eclat, la litterature romano-africaine avait developpe un genre d'eloquencc particulier, dont le caractere saillant etait la chaleur et l'enthousiasme, mais degenerant souvent en emphasc et tombant parfois dans l'affectation et Tabus des tours guindes.
46. — Apres une lutte de deux siecles, l'Espagne venait enfm d'etre conquise par les armes et la politique de Rome : tous les peuples de la Peninsule avaient ete subjugues Tun apres l'autre: les derniers, les Cantabres, ne furent soumis que l'an 19 apres J.-C. Du melange, accompli au coeur de l'Espagne, des habitants Iberiques avec les Geltes qu'y avait attires l'appät de la conquete etaient issus les Celtiberes, chez lesquels cependant, le caractere Espagnol Temportait sur le typegaulois. Les cinq grandes races des Cantabres, des Astures, des Basques, des Galliciens, et des Lusitaniens, qui occupaient le nord et l'ouest etaient exclusivement celtiques. Le peuple le plus remarquable de l'Espagne meridionale, par sa bravoure et sa civilisation etaient les Iberes Turdetars, sur le Betis. 11s avaient possede une littera-
ture propre, des poesies, des chants populaires tresanciens, des lois ecrites sous une forme metrique, mais des le temps de Strabon, ils s'etaient si completemenl assimile l'element romain qu'ils avaient oublie les traditions de leur passe et jusqu'ä l'usage de leur idiöme national. Jusqu'ä l'arrivee des Romains, lesLusitaniens, peuple artificieux et inconstant, avaient neglige la culture de leur riebe pays pour vivre du fruit de leurs rapines et de leurs brigandages, dans un etat permanentd'hostilite vis-ä-vis des autres races. Les Celtiberes du S. 0. de l'Aragon, le peuple le plus guerrier de la Peninsule, se fagonnerent promptement apres les defaites de Sertori us au langage et aux mueurs de Rome. A un esprit ä la fois fier, ombrageux et ruse, ils alliaient une grande sobriete, une infatigable perseverance et une admirable constance u souü'rir la douleur. C'etaienl la les traits saillants du caractere iberique, grec et romain (i).
47. — Auguste divisa la Peninsule en 3 grandes provinces, la Tarragonaise au N., la Betique au S. E. et la Lusitanie au S. 0. II donna ä l'Espagne ce qui lui avait manque jusqu'alors, l'unite de gouvernement et des villes nombreuses, ornees d'ediüces, et des monuments süperbes, dont les ruines actuelles donnent encore une haute idee de la prosperite et des ressources du pays. Les aqueducs romains, comme on en voit encore ä Segovie, ä Merida, ä Tolede, äSarragosse, lesvastes theätres tels que celui de Sagonte, les cirques et les thermes, les ponts, comme celui qu'on admire ä Alcantara, les arcs de triomplie et les magnitiques routes stratcgiques qui sillonnaient l'Espagne dans tous les sens; tous ces grandioses travauxmontrent quelle energie et quel sentiment artistique avaiönt puises au con-
(I) StraboS p. tl5. — Justin, ii. 2— Valcr max. 3.3.
ET JlDAiSlKK. 4o
tact des Italiens, cespopulations Iberiques qui n'avaient encore pour demeure, un peu auparavant, que des huttes de paille ou de miserables cabanes d'argile (i).
48. — Les vingt-cinq colonies romaines, peupleesles unes pardes citoyons romains,lesautrespar des legionnaires, occupaient le premier rang parmi les villes, en meme temps qu'elles devenaient autant de foyers d'oü rayonnait, sur tout le pays, l'influence des mceurs, des idees et du langage de Rome. Teile fut l'origine de Leon (Legio) residence de la 7'= legion, d'Emerika Augusta (Merida), oü Auguste etablit apres la guerre cantabrique les soldats licencies deso'^et6''legions: de Pax Julia (Bejä) et de Cesaraugusta (Sarragossc). Desl'annee 171 avant J.-C. on comptait k Garteja 4, ÜÜO soldats dont les meres etaient espagnoles. 49 municipes, sans jouir de tous les droits des colonies, avaient cependant ie privilege d'autonomie. Puis venaient les villes placees sous le regime du droit latin, dont les liabitants devenaient aptes ä acquerir le droit de citoyen romain par rexercice des charges publiques. Ensuite six villes dites libres ou autonomes, et quelques autres encore formees en confederation et jouissant du meme droit, et enfin les villes tributaires, sur lesquelles pesait principalement le lourd fardeau des impots publics. Ces distinctions finirent par s'efifacer av'ec le temps. Bientot Vespasien etendit le droit latin aux villes espagnoles qui en avaient ete exclues jusqu'alors, et Caracalla completa son oeuvre, en accordant a toutes le droit de citf!.
49. — A Rome, on considerait l'Espagne comme une source intarissable qui alimentait la capitale des riches produits de ses mines et de son terrain d'une extraordinaire fecondite. Elle fournissait äRome le vingtieme
(1) Pliii. H N. .35 48. — Vitruv. de arcbit. 2 1.
de ses approvisionnements de ble : aussi la richesse de la peninsule etait devenue proverbiale : dans une seule ville, ä Cadix on comptait 400 Chevaliers dont chacun devait justitier d'une fortune d'au-moins 400,000 sesterces. En litterature, il s'y etait forme une ecole nationale, l'Hispano-Romaine qu'illustrerent les poetcs Lucain et 3Iartial, le philosophe Seneque, les liistoriens Florus, Mela et Columelle. Cette ecole qui se distinguait surtout par une entlure sententieuse et Tabus de Tantithese oratoire, exerpa une puissante influence sur la litterature et le goüt de Rome.
50. — En de(;ä des Pyrenees, bornee par elles, par les Alpes, l'ocean Atiantique, la Mediterranee et le Rliin s'etendait la Gaule, mere-patrie des races Celtiques, que Cesar ne parvint ä soumettre ä la puissance Romaine qu'en sacritiant environ un million d'hommes. La race celtique, autrefois la plus puissante et la plus nombreuse de l'Occident, se divisait en deux grands rameaux, — les Galls et les Kimris. Les Galls, repandus de tres-bonne heure dans les Gaules, la Bretagne et une partie de l'Italie, et qui avaient jete de profondes racines dans la peninsule pyreneenne, oüils s'etaient en partie melanges aux Iberes, avaient au 7*^ siecle avant J.-C. cede la moitie des Gaules aux Kimris, qui s'avangaient de la Germanie: plus tard, au commencement du 4'' siecle, les Beiges, tribu Kimrique restce jusqu'alors en Germanie, penetrerent dans les contrees de la Gaule septentrionale qui s'etendaient entre le Rhin, la Meuse et la Seine, et qui prirent de leurs nouveaux habitants le nom de Belgique. Ainsi, ä l'epoque de l'invasion romaine la population gauloise se composait des Aquitains, entre la Garonne et les Pyrenees, peuple tout difterent desGaulois et des Beiges par Torigine, la langue et la physionomie, et qui se rapprochait beaucoup du type iberique: des Gaulois
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ou Galls proprenient dit, qui formaient la masso du peuple, depuis la Garonne jusqu'a la Seine et la Marne, entre la mer Atiantique et les Vosges, et enfin des Beiges dans le Nord.
Puis venaient encore les Ligures, vraisemblablement d'origine Iberique et qui habitaient le long de la Mediterranee, le pays compris entre les Pyrenees orientales et les Alpes.
ol. — La soumission de l'Espagne avait coüte deux siecles d'efforts : la conquete des Gaules fut l'ouvrage de quelques annees. Le genie superieur de Cesar explique en partie cc rapide succes: d'un autre cote, il ne faut pas perdre de vue que l'esprit national se pretait fatalement aux circonstances qui amenerent l'asservissement des Gaules et qui faciliterent l'action du despotisme etranger. La discorde etait dans toutes les classes : des haines de partis, des rancunes hereditaires dechiraient jusqu'ä l'interieur des familles : ce fut le premier avantage des Romains: ils trouverent lepays morcele en petits etats, en rivalite permanente, les plus faibles segroupant autour des pluspuissants, quelquesuns formant des ligues independantes, liees par des traites sans consistance et sanssürete, et les confederations isolees presque constamment armees les unes contre les autres. Mais pendant que cette Organisation en clans detaches, Constitution partiruliere aux tribus celtiques, exer^ait dans le pays une action qui tendait a desunir les esprits plutot qu'ä les rapprocher, on voyait fermenter dans les villes un mouvement democratique, ouvertement hostile ä la division des classes et ä la domination absoiue des nobles. Les Gaulois avaient la monarcliie en teile borreur, que la mort ou l'exil menacait quiconque eüt ose y aspirer. Aussi le pays manquait-il d'un centre politique, et la classe sacerdotale des Druides, devenue elective d'bereditaire
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quelle etait dans Torigine, tombait elle-meme dans rimpuissance de conjurer efticacement la rupturepolitique de la nalion et les guerres intestines qiii renaissaient chaque annee. Ces tiraillements incessants consommerent la ruine du pays: ce ne fut que dans les dernieres annees de la coiKjuete de Cesar, que les populations les plus considerables de la Gaule songerent k se rapprocher et i\ agir de concert ; mais alors il etait trop tard.
52. — Les Romains tenaces, severes, disciplines, ne pouvaient se lasser d'admirer en toutes circonstances •le caractere gaulois, qui reunissait ä beaueoup de qualites non moins de defauts. Braves, calmes, dociles, doues d'une aptitude et d'une activite d'esprit remarquables, sociables, enjoues et surtout tres-curieux, ils se montraient d'un autre cöte frivoles, inconstants, amis de la nouveaute, irritables jusqu'ä remportement et la fureur, aussi enfles et orgueilleux dans le succes que decourages et abattus dans les revers, et se faisant un jeu, disait-on, de manquer u leur parole. On rencontrait chez eux un singulier melange de civilisation et de barbarie: ainsi du tcmps de Strabon, 50 ans apres la conquete, la plupart d'entr'eux couchaient encore sur la terre nue, quoique Cesar fasse la remarque qu'ils vivaient moins simplement et moins pauvrement que les Germains. Les fcmmes dont la condition avait ete primitivement plus digne et plus egale a celle des hornmes, etaient tombees dans uneprofonde abjeetion. Le mari avait droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants, et comme il etait interdit aux gar^ons de demeurer sous le toit paternel, on peut s'imaginer ce qu'etait chez eux la vie domestique. Ils etaient fort enclins ä I'ivrognerie. La coutume de suspendre le cräne des vaincus ä la seile du cheval ou'ä la porte des huttes, ou de s'en servir en guise de coupe dans les ban-
ET .ildaismp:. 4/
quets, ne tomba en desuetude que sous la domination romaine. Les villes ouvertes de toutes parts, n'etaient que de grands villages, que ne protegeaient ni murs d'enceinte ni fortifications regulieres. On se servait pour les actes publics de l'ecriture grecque. Bien que les Druides possedassent un Systeme coordonne de doctrines, qu'ils se transmettaient par une tradition purement orale, on ne croit pas qu'il ait jamais existe de litterature nationale chez les Gaulois des premiers äges.
oo. — L'incorporation ä l'empire opera dans un temps relativement tres-court, une revolution complete chez ce peuple qui se distinguait entre tous ceux que Rome avait soumis, par une ardente soif de liberte et d'independance : on eut ä reprimer jusque sous le regne de Vespasien des tentatives d'insurrection : peu ä peu ces agitations se calmerent : cependant on voit encore dans le courant du 5° siecle, sous Gallien, les Gaulois se gouverner par un chef indigene. Malgre cet esprit d'insubordination, la cause de la Romanisation des Gaules iaisait de sürs et rapides progres : apres l'apparition des colonies Romaines dans le midi, les bourgs et les villages gaulois se transformerent en villes bien bäties, et dejä Josephe citait l'etat florissant avec ses 305 peuples et ses 1200 villes (i). Les marchands italiens, les banquiers et les fermiers de l'etat, venaient s'abattre en foule sur le pays, y apportant et y propageant la langue et les institutions civiles de ritalie. Ciceron n'exagerait pas en disant qu'il ne se comptait pas un denier dans la Narbonnaise, qui n'eüt passe par les mains d'un Romain. Ils y etaient cependant bien detestes et le massacre des etrangers, comme
(i) ndl. Ju(J. -2. 16,
48 PAG.VNISME
cela arriva a Gcnabum (Orleans) (i), etait ordinaiivment le prelude et le signal des soulevements ; mais l'influence Romaine subsistait, et les institutions et la langue nationale tombaient insensiblement en desuetude.
o4. — Dejä Cesar avait introduit d'illustres Gaiilois de la Narbonnaise au sein du senat. Claude decreta qua ceux des trois autres provinces y seraient egalement admis : les uns se ralliaient aux mamrs et aux idees romaines par l'obtention du droit de cite ou de la dignite de Chevalier, les autres par le service militaire dans les legions : la rivalite des classes disparaissait devant le gouvernement et cette legislation dont les habiles efforts tendaient ä niveler en quelque sorte toutes les conditions. Les empereurs travaillaient ä detruire la preponderance des Druides. Outre les villes de la Narbonnaise, Celles d'Autun, de Lyon et de Bordeaux s'enorgueillissaient, ä juste titre, des ecoles romaines qui s'erigeaient dans leur sein, pour l'enseignement de la rhetorique, de la grammaire, de la medecine et de la philosophie; mais avec la civilisation s'insinuait aussi la mollesse : les Beiges, portion la plus forte et la plus brave de la population, ne purent s'y soustraire, et dejä Tacite signale les Gaulois comme un peuple riebe et peu aguerri, qui avait perdu sa vaillance en perdant sa liberte (2).
00. — Sous Auguste, Agrippa divisala Gaule en quatre provinces : la Narbonnaise, nommee jusqu'alors la Province, comme ctant la plus ancienne possession romaine avant Cesar, et qui embrassait le Languedoc, la Provence et le Dauphine actuels, avait pour capitale Narbonne, vaste et belle colonie romaine. Arles sur le
(l)Cses. Bell. Gull. 7.3.
(2) Tacit. .\iiii. 11. IS. Germ. 28- .\gric. H.
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lUione, Celle de toutes les villcs de France qui possede encore aujourd'hui les restes les plus considerables de la splendeur et de rarchitecture romaines, avait ete batie par les veterans de laß" legion. Les nombreuses aiiti(iuites de Nimes (Nemausus), attestent la grandeur et la beaute de cette ville.qui rivalisait de magniticence avec la precedente.
56. — L'antique cite grecque de Marseille (Massilia), fondee par les Phoceens, avait developpe, daiis une longue prosperite, sa puissance qui s'etendait ä la fois sur le continent et sur la mer. Apres avoir ete longtemps l'alliee et l'auxiliaire fidelede Rome, eile fut reduite par Cesar, et tomba depuis au simple rang de ville de la provincc romaine. Elle avait cependant conserve tant d'importance aux yeux des Gaulois et Italiens eux-memes qui la regardaient comme le foyer de la civilisation et des arts grecs, que les plus illustres Romains choisissaient cette ville de preference a Atlienes, pour aller y etudier la philosophie (i). Onadmirait a bon droit, chez les Marseillais, cette merveilleuse Souplesse de l'esprit grec, toujours vivace et toujours jeune, bien qu'eloigne de la Grece et relegue au milieu des barbares (->), etconservant, sous unclimat etranger, un attachement inalterable aux moeurs et aux tradi^ tions de la mere-patrie. Tacite lui-meme vantait encore de son temps, cette heureuse alliance qui se rencontrait ä Marseille, de la subtilite grecque et de la rusticite provinciale, conditions si favorables aux etudes de la jeunesse. La capitale du pays qui forma depuis le Dauphine avec une partie de la Savoie et ({u'occupaient les Allobroges, hordes belliqueuses que la domination romaine avait transformees en un peuple
(1) Strabop. 18J.
(2) Cicero pro Flacco 2G.
oO PAGANISME
agriculteur, etait Vienne, colonie romaine, la rivale et lavoisinede Lyon avec qui eile avait de contiimels demeles.
57. — La plus grande des quatre provinces, la Gaule Lyonnaise, embrassait tout le pays entre les Cevennes et la Loire, le Rhone, la Saöne et la Seine. La capitale Lyon, au confluent du Rhone et de la Saone. (Arar), etait une colonie romaine, qui prit un si rapide accroissement que, peu d'annees apres sa fondation, eile etait dejä la ville la plus peuplee de ce pays, apres Narbonne, et qu'elle ne tarda pa^ ä devenir le centre d'une Industrie tres-active et tres-variee, oü les Gaulois et les Romains possedaient, en meme temps que de nombreux ouvriers de la Grece et de l'Afrique septentrionale, une foule d'ateliers et de manufactures. Patrie de deux empereurs, Claude et Caracalla, eile futfavorisee, par le premier surtout, de Privileges tresetendus. Reduite en cendres, sous Neron, en une seule nuit, eile se releva rapidement de ses ruines et surpassa sa premiere prosperite : plus d'un empereur se plut ä y faire de longs sejours. Dejä amollie du temps de Cesar, Augustodunum, (Autun), que les Eduetes abandonnerent aux Romains, etait la ville la plus importante de ces contrees et devint, plus tard, le siege d'une ecole tres-frequentee. Lutece, la capitale des Parisii, construite sur une ile de la Seine, etait encore loin de faire pressentir sa grandeur actuelle et son importance historique : il n'en est pas fait mention une seule fois dans l'histoire, depuis Cesar jusqu'ä Julien.
58. — Cesar avait fait reduire par Crassus, son legat, la province d'Aquitaine, region peu connue des Romains et dont la conquet«« ne lui paraissait pas offrir assez de difticultes pour qu'ii s'en occupät personnellement. En eilet, la division de TAquitaine en plus de ;2Ü petits peuples, rendait impossible une resistance
i:t JiriMSMi:. 51
serieuse: uiie insurrection, sous Auguste, tut rapidement etouffec parune nouvelle et complete soumission. Les Aquitains se distinguerent apres leur incorporation a l'empire, par unc education scientifique tresavancee (i), mais la division qui regnait entr'eux, fut toujours un obstacle au developpcment de cites importantes: la plus considerable etait Burdigala, la capitale des Bituriges, unique rameau celtique de l'ancienne Aquitaine, mele a des tribus iberiques. C'etait uue place de commerce dont la renommee s'accrutplus tard par les ecoles fameuses dont eile devint le siege.
o9. — La reduction et l'asservissement de la province Belgique, olVrit aux Romains bien plus de difficultes : le pays n'embrassait pas seulement la Belgique proprt'mcnt dite, mais en outre, tout le pays comprisentre rOcean du nord ä l'ouest, le Rhin au nord et a Test, la Seine, le Rhone et la Saöne au midi. Dans les provinces actuelles de Hainaut et de Namur avec une parlie du Luxembourg, habitaient les derniers descendants dece peuple Nervien, dont la puissance et la valeur avaient brille jadis d'un si vif eclat, mais quidecimeparCesar, ne possedait plus que de petits cantons insignifiants. A Test de ceux-ci demeuraient les Menapiens, au milieu des bois et des marecages qui avoisinent l'embouchure du Rhin. Au nord, jusqu'au bord de l'Ocean, confines dans une ile formee par l'embouchure du Rhin et de la Meuse, habitaient les Bataves, peuples d'origine teutonique, incorpores ä l'empire comme allies et auxiliaires, puis reunis a la Gaule Belgique, et dont la formidable sedition de Civilis consomma plus tard la ruine. Au sud des Nervi ens, separes d'eux par la foret des Ardennes entre la Meuse et le Rhin, s'elendaient les Treviriens, simples allies des Romains, et qui formaient
(i) Ausoii de CUir. url). 1-i. 1-5 Sulpic. Sever. Lijal. 1. 20.
52 I'AGANISME
d'apres Mtila, la race la plus illustre de la Belglque. Los Treviriens et les Nerviensaimaient, suivantla remarque de Tacite, a se faire passer pour une brauche germanique (i). Cependant Cesar les cite toujours comme Gaulois, et en effet ils vivaient en guerre continuelle avec les Germains. Leur capitale Treves, batie sur la Moselle, prit comme colonie romaine le nomd'Augusta Trevirorum,etdevint une des villesles plus florissantes et les plus considerables de la Gaule, gräce ä l'etendue de son commerce et ä la renommee de ses ecoles publiques. Plusieurs empereurs y firent successivement leur residence.
60. — Toutes les contrees, situees sur la rive occidentale du Rhin et dont la plupart etaient occupeespar des races germaniques furent divisees, sous Tibere, en deux prövinces, Germanique superieure et Germanique inferieure. La premiere, entre les Vosges et le Rhin, etait peuplee par les Vangions, les Triboques et les Nemetes, peuples d'origine germanique qui avaient envahi bien avant Cesar, tout le pays autour de Strasbourg, de Worms et de Spire, dont ils avaient chasse les anciens habitants celtiques. Leurs villes, qui ne se developperent que plus tard, etaient Argentoratum (Strasbourg), Borbetomagus (Worms), Mayence et Noviomagus, qui prit dans la suite le nom de Spire. La Germanique Interieure embrassait tout le pays compris entre les Vangions, le long du Rhin et les Nerviens belgiques pres de l'Escaut laissant toutefois les Treviriens et les Nerviens annexes k la province Belgique. G'est lä que demeuraient les Ubiens, transferes par Agrippa, sur la rive gauche du Rhin, en 57 av. J.-C. et qui occupaient tout le littoral du fleuve depuis Beugen jusqu'a Gelduba (Gelb). Claude ayant envoye en cet en-
(1) Tacit.Germ. 28.
droit, oü sa femme Agrippine avait vu Ic jour, une colonie romaine, les habitants rotinrent lenomd'Agrippinicns, de la ville de Colognc, nommee en memoire de cet evenement Colonia Agrippina. Ils avaient pour voisins les Tongres, dont la capitale portait le nom de Tongrcs, et que Pline ränge au nombre des races non germaniqiies.
61. — La grande ile occidentaie, presqii'inconnue des anciens, toujoursetrangereau continent Europeeii, ä peine exploree par uii petit ,nombre de navigateurs aventureux, fut seulement indiquee par Cesar ä l'esprit coiiquerant deses concitoyens. Claude n'entrepritqu'en l'an 45, la reduction serieuse de la Bretagne. La conquete ne faisait que des progres tres-lents, quand une grande insurrection, eclatee en 61, amena le sac des colonies romaines de Camulodunum, Verulamium et Londinum et le massacre de 70,000 Romains. Les armes romaines se releverent cependant de cet echec, et Agricola acheva de subjuguer la Bretagne jusques dans l'Ecosse meridionale. Bien que Strabon fasse un medioere eloge de son importance et de sa feconditö, cette ile passa plus tard pour une des provinces les plus favorisees de rempire(i). Les habitants etaient Celtes, partie Galls, partie Kimris: les Beiges des cotes, les Atrebates sur la Tamise, les Cenomans sur le Stour, les Parisii sur l'Humber, avaient emprunte ces noms a leurs homonymes du continent Gaulois, auxquels ils etaient allies par lesang: ils paraissent d'ailleurs avoir du leur origine ä une emigration anterieure des Gaulois du Nord. Les Bretons et les Gaulois etaient ötroitement unis par la communaute de religion : il parait meme que le dessein de poursuivre et de d^truire le
(1) Strabo 2. 116. — Eiimen Panog. Const. II.
PAGAMSME, ETC. T. I.
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Druidisme dans son dernier asile et dans son dernier retranchemeiU, fuf en grande partie le mobile des entreprises de Claude contre la Bretagne.
6:2. — A l'epoque de l'invasion romaine, les Bretons M' trouvaient, malgre la puissante Organisation du Druidisme, dans un etat de civilisation fort arriere: ils n'avaient pour villes que des bois entoures d'un boulevard et de fosses: ils avaient l'usage de se peindre !e Corps et s'habiliaient de la depouille des animaux sauvages. Si Cesar n'a point ete induit en erreur, la communaute des femmes, entre parents (i), existait chez ce peuple, qui, dans l'interieur du pays surtout, meprisait l'agriculture et se nourrissait exclusivement de viande et de lait. S'ils encherissaient sur les Gaulois en rudesse et en grossierete, ils les surpassaient aussi en probite et en franchise (2). Du reste, le caractere national de ces deux peuples que liait une commune origine, otfrait beaucoup de points de ressemblance. Comme les Celtes gaulois, les Geltes bretons s'empresserent d'adopter les moeurs et la langue de leurs vainqueurs, et gräce ä la douce et habile politique d'Agricola, cette transition s'accomplit sans secousse et sans reaction; il en resulta, suivant l'expression de son gendre, que les Bretons dans leur inexperience, appelaient civilisation ce quin'etaitque l'ombrede la servitude(3). Aussi la Separation n'en devint que plus profonde, et eile subsista bien des siecles, entre les tribus indomptees de la Bretagne septentrionale, les Caledoniens et les Pictes, egalement d'origine Celtique, et les Bretons du midi soumis ä la domination romaine. Sous l'influence de celle-ci, l'ile vit s'elever ä la fois dans son
(!) Os r.. G. 5. oS. — Herodian. 5. 14. Dio. Cass. 76. l'^. (•2) Diotl. ü. 21.— Diu. Cass. 6; 7. Tacit. Agric. 13. 19. (.')) Tacit. .\gric. 21.
ET JUDAISME. 55
sein 28 cites, dout deux municipes ; Eboracum (Yorck), le pivot de toutes les entreprises de Rome, contre les hordes du Nord, et oü l'empereur fit souvent sa rdsidence, puis Veruiam, et neuf autres colonies. Londres, dejä regardee eomme la capitale de la Bretagne, avant l'invasion romaine, puis saccagee dans une erneute sous Boadicee, se releva et reprit, sous Antonin le Pieux, le rang important qu'elle occupait d'abord.
63. — Les deux gendresd' Auguste, Drusus et Tibere, avaient conquis ä I'empire toute la portion de l'Allemagne moderne, comprise entre la cliaine des Alpes et ]('. Danube, qui forma trois provinces designees. sous le nom de Rhetie, de Norique et de Pannonie. Les Romains ne regardaient pas ces pays comme faisant partie de la Germanie proprement dite, mais comme appartenant avant leur conquete ä Tlllyrie. La Rhetie embrassait ä proprement parier, le pays des Grisons, le Tyrol et une partie de la Lombardie. Elle parait avoir possede anciennementune population etrusque, mais ä l'öpoque oü les Romains la connurent, eile etait occupee par des pcuples d'origine Celticjue. La Yindelicie, confcidue depuis la fin du l"" siecle avec la Rhötie dont eile faisait partie, fut erigee plus tard en province separöe sous le nom de Rhetie 2*^: eile comprenait une partie de la Suisse, de Bade, du Wurtemberg et de la Baviere. Les tribus Celtiques qui I'habitaient furent transferees par les vainqueurs dans d'autres contrees. L'etat de decadence dans lequel etait tombe-e depuis longtemps la population indigene, autorise ä supposer peu d'importance aux villes de ce pays, teile que Trente, Cappodunum, Brigantium, Augusta et Reginum. Cependant Tacite fait mention d'Augusta (Augsbourg), comme d'une colonie tres-florissante de la province Rhetique. I^e Norique embrassait la haute et ia basse Autriche acluelle, comprises entre l'Inn, le Donau et le Wiener-
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wald : la plus grande partie de la Syrie et de la Carinthic et le cercle de Salzbourg ctaient encore habites H I'epoque romainc, par une population Celtique, les Taurisques. La ville de Laureacum, sur le Danube, qui joua plus tard un role si important dans l'histoire politiquc et religieuse du pays, nefut bätie que sous Marc- Aur^le. Noreja en Styrie, etait la vieille capitale du pays, le centre du commerce d'or et de fer du Norique: du reste, ces contrees, vaste cliamp de bataille oü s'etaient succede, presque sans Interruption, les ravages des Teutons et les sanglantes represailles des legions romaines, ne pouvaientespercraucuneprosperite durable. Le riebe et beau pays qui s'etend entre l'Inn «'t le Wienerwald, portait alors le noni de desert des ßo'iens, ä cause de cette tribu celtique, qui y avait ete subjugee et exterminee par les Getes.
64. — Plus a Test, au sud du Danube, la Pannonie embrassait la partie Orientale de l'Autriche, de la Syrie, de la Carintliie et la Carniole, toute la Hongrie entre le Danube et la Save et une partie de la Croatie et de la Bosnie. Cette vaste plaine qui s'etendait entre le Danube et les Alpes, divisee en Ilaute-Pannonie al'ouest et en Basse-Pannonie dans la partie Orientale, etait occupee par un pcuple nombreux et guerrier, mais rüde et barbare, de race illyrienne melangee avec quelques petits rameaux celtiques. A I'epoque meme qui nous oocupe, les Romains commandes par Tibere ne parvinrentä soumettre de nouveau lesPannoniensrdvoltes, (ju'au prix de longs et sanglants etforts qui durerent plusieurs annees. A cöte des anciennes villes indigenes de Nauportus, Siscia, Sirmium, les Romains en eleverent de nouvelles: c'est ainsi que devint florissante, Vindobona (Vienne) place de guerrt; importante, d'origine celtique, erigee plus tard en municipe romain et ([ui se maintint longtemps dans une haute prospe-
ET JIDAISME- O/
rite. L'antique capitalc des Boiens, Sabaria (Stein am Amger) ; puis Petovio sur la Drave, (Pettau.en Styrie), Segeste ou Siscia (Sissek) la ville la plus importante 'de toute la Pannonie sous Auguste, eclipsee plus tard par l'elevation de Sirmium, sur la rive gauche de la Drave, ancienne cite des Torisques celtiques qui dut ä sa Position strategique, de devenir la capitale de la Pannonie, lors des expeditions contre les Daces et les autres peuples duDanube.
65. — A l'Est de la mer Adriatique, couvrant la Dalmatie actuelle, la Bosnie et une partie de la Croatie et de l'Albanie, s'etendait l'Illyrie des Bomains qu'occupait, d'apres ie temoignage des anciens, unpeuple descendu primitivement d'une souche Thrace, mais modifie chez les Japides surtout, par de nombreuses alliances avec les races Celtiques. Le pays etait depourvu de villes importantes. L'Illyrie grecque, nommee plus tardnouvelle Epire, embrassait laplusgrande partie de l'Albanie moderne. C'etait, ä l'epoque dont nous parlons, un pays fort depeuple par les longues guerres dont il avait ete le theätre. Sur la coteseulement florissaient quelques villes, telles que Dyrrachium, place de commerce importante, et Apollonia, dont les Bomains de distinction aimaienl ä frequenterlesecoles celebres.
66. — La Macedoine, dont le peuple et les souverains avaient forme, moins de 300 ans auparavant, ce vaste empire qui fut comme le precurseur de l'empire Bomain, etait incorporee depuis un siecle et demi ä ce dernier : dejä att'aiblie par l'etendue de ses conc^etes et par les longues migrations qui les accompagnerent, la 3Iacedoine s'etaitcompletement epuisee, sous les successeurs d' Alexandre, en efforts simultanes, pour resister aux barbares du Nordetpourcontraindre les Grecs ä accepler leur joug. La defaite de Persee livra tout le pays aux Bomains, et ceux-ci, le trouvant trop petit et trop peu
58 PAGAMSME
important pour en former une province detachee, le reunirent ä Tlllyrie et ä la Thessalie, reservant ä la Thrace les regions ä Test du Nestus. Sous l'empire, la Macedoine s'etendait donc de la mer Adriatique ä la mer Egee. Les belliqueusestribus de laMacedoine pro pre, fournirent ä Brutus deux lögioiis, dans la guerre des Triumvirs. Les Romains retranches derriere les chaines de montagnes qui entouraient cette contree, comme un quadruple rempart, en avaient fait une Sorte de citadelle, d'oü ils pouvaient, ä la fois, tenir en echec les hordes turbulentes et pillardes de la vallee du Danube. Tandis que la plaine restait fidele aux traditions grecques, les redoutables peuplades d'origine illyrienne, qui occupaient les plateaux eleves du N. et du N.-O. et que Rome n'avait pu reussir ä dompter, conservaient encore leurs moeurs et leur langage barbares. Thessalonique ä peine fondee, commenpait ä acquerir de l'importance, comme chef-lieu d'un des quatre districts de la Macedoine, et eile devint en peu de temps une des plus vastes cites marchandes de Fanden monde.La colonieAthenienne d'Amphipolis, Philippes, erigee par Auguste en colonie Romaine, et Pella, ancienne residence des rois macedoniens et patrie d'Alexandre, qui s'etait organisee de bonne lieure en bourgade: telles etaient les villes principales des trois autres districts.
67. — A Test de la Macedoine, s'etendait la Thrace : nom sous lequel on designait, ä cette ^poque, un pays beaucoup plus restreint que ne l'entendaient les Grecs, et qui ne comprenait plus que la partie situee au Sud- Est de l'ancienne Thrace, au Midi de l'Heinus (Balkan): ä l'exception d'une grande plaine entre l'Hemus et le Rodope, tout le pays etait fort montagneux. Immigres dans les tempsantehistoriques, et divisesen une foule de peuplades diverses qui obeissaient chacune ^ des chefs
ET JUlJAlSMi:. oH
particuliers, les Thraces appartenaiont avec les Getes ou^ Daces et les Bithyniens de rAsie-Miiicure, ä une seule grande. race, dont les moeurs offraient la plus grande analogie avec Celles des Germains et des Geltes : la repugnance que Ton avait remarquee chez eux, des . la plus haute antiquite, pour l'agriculture et les Industries paisibles, avait dcjä fait place, bien avant la domination romaine, ädes goüts agricoles et industriels. Mais on n'en continua pas moins ä leur attribuer longtemps encore, une preference marquee pour les rapines et la guerre, le mepris de la mort et l'ivrognerie. Le contact des racesGeltique et Scythe, et les n'ombreuses villes que les colonies grecques auraient fondees sur la cute, avait notablement modifie la populationindigene. Les rois des Odryses, le plus puissant des peuples Thraces, etaient dejä vassaux de Rome ; mais ce royaumetomba endissolution apres l'assassinat deRhemetalces et fut annexe sous Claude ä l'empire Romain. Ge ne fut toutefois que sous le regne de Vespasien, que ce pays fut regulierement constitue en provinces. 68. — II ne parait pas qu'ä cette epoque, il y ait encore eu de villes dans l'interieur du pays. Le peuple central de la Thrace, les Besses, n'avaient ete reduits par les Romains, qu apres une sanglante resistance : la guerre et Toppression fiscale que le vainqueur fit peser sur eux, les avaient force-s ä mener une vie nomade qui leur faisait donner, du temps de Strabon, le nom de voleurs, par les voleurs eux-memes (i). Au bord de la mer Propontide etait assise l'antique colonie Samienne de Perinthe, qui devint plus tard, sous le nom d'Heraclee, la capitale de la province: tandis que sur la Gorne d'or, entre la Propontide et le Bosphore, s'elevait Byzance, dont les premiers fondements furent jetes par
(j) Strabo. p 5:8.
/les Colons mt'gariens et milesiens. Les Romains en lui laissant ses lois propres et sa juridiction etcndue sur les cötes du Pont, en avaient fait une des villes les plus fortes du monde.
69. — Entre l'Hemus et le Danube, au nord de la Thrace, se trouvait l'a Moesie, qui embrassait la Servie et la Bulgarie actuelles et qu'habitaient de nombreuses populations appartenant ä la race Thrace : eile n'est citee dans Thistoire des guerres de Rome, que comme un vaste champ decarnage, et ses villes memes, comme Singidunum (Beigrade) et Dorostorum, n'avaient d'importance que comme quartiers des legions : il ne reste plus aujourd'hui de ces fameuscs et puissantes peuplades Thraces, qui couvraient la Peninsule Thrace- Illyrienne et l'Asie-Mineure, que quelques restes epars dans l'Epire et la Macedoine (Albanes ou Arnautes).
70. — Les Daces et les Getes qui neformaient, a proprcment parier, qu'un peuple sous differents noms, appartenaient egalementa la souche Thrace. Leur pays, separe de la Moesie, par le Danube, embrassait la Hongrie k l'estde laTheiss, la Transylvanie, laBukowine, la Moldavie äl'ouestdu Pruthetla Valachie, et Ibrmait du temps d'Auguste, un puissantroyaumeGete-Thrace, gouverne par un prince indigene, Byrebiste. Cet heureux parvenu avait, avec l'aide d'un Jongleur etranger, deifie par les Getes, non-seulement soumis et reduit ä la domination tout son peuple, maisencore forme une armee permanente de 200,000 guerriers, devant laquelle se courba toute la vallee du Danube, depuis le Pont jusqu'auNorique (i).
La Bessarabie et la Moldavie meridionale actuelles n'etaient alors qu'une immense solitude ((u'on appelait
(1) Strabo.7. p. 501. IG. p. H5±
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le desert des (iotes (i). Le peuple celtiquc des Bo'iens, sur le Haut-Danube, dans l'Autriche actuelle, etait soumis depuis Tan 48 av. J.-C. -k la domination des Daces ; mais ce grand royaumeDacedeclinarapidement apres la mort de Byrebiste, et le dernier roi, Decebal, succomba sous les armes de Trajan. La Dacie devint et resta province romaine, jusqu'au regne d'Aurelien (275).
71. — La politique constante des empereurs, ens'appliquant ä rompre le lien des nationalites, et ä en user peu ä peu les elements les plus saillants et les plus disparates, avait ete couronnee d'un succes complet. En Orient comme en oeeident, l'antique et intime cohesion qui reliait les populations et qui cimentait leur natiünalite, allait s'eft'agant de l'esprit pubiic. En laissantde Cüte les Germains, dont les races primitives etaient moins accessibles aux effets ordinaires de cette action romaine qui tendait a absorber et ä confondre toutes les individualites, on ne trouve que deux peuples qui aient resiste ä cette tendance, les Juifs, et jusqu'ä un certain point, les Egyptiens. De la mer Adriatique u rOcean., tout tendait ä s'approprier le langage et les moeurs de Rome. En Orient, au contraire, del'Euphrate a la mer Adriatique, predominaient de toutes parts la langue et les usages de la Grece. La, riiellenismc avait tout envahi, semblablc ä un large et rapide torrentsorti de son lit. LeGrec etait comprisjusques dans les regions reculees de la Bactriane, jusqu'aux rives de l'Indus. L'education et l'ecriture grecques subsistaient encore dans les premiers siecles apres J.-C. : les rois parthes faisaient representer les drames d'Euripide : avec la rhetorique et la philosophie grecques, le goüt desHellenes pour les discours publics, les discussions et les exer"
cices oratoiresengeneral, s'etait repandu dans les villes d'Asie. Dans toute l'etendue de rcmpire la langue grecque restait pour les lettres, le mode prefere de communication eciite et orale. G'est au point qu'au coeur de l'Afrique romaine, Apulee professait la philosophie en Grec. En revanche, la connaissance de la langue latine n'en etait que plus rare chez les Grecs et les orientaux Hellenistes. On eüt dit qu'ils partageassent tous l'opinion, emise par Strabon entr'autres(i), que lalitterature romaine füt trop heterogene pour meriter une etude s^rieuse ; et que ce füt une oiseuse curiosite que de s'occuper d'un idiume qui avait puise la plus large et la meilleure part de ses Clements aux sources grecques. On remarque, k I'appui de cette supposition, quedepuis Denis jusqu'ä Libanius, il n'est pas un seul critique grec qui ait seulement nomme Virgile ou Horace. G'etait, du reste, une opinion universelle et inherente aux progrös de rHcllenisme, que tous les peuples qui n'etaient pas grecises par la langue et les moeurs, n'etaient, au fond, que des Barbares : et encorequ'on sc gardätde l'exprimcr ouvertement cn presence des vainqueurs, les Romains cux-memes n'echappaicnt pasa cette tacite deconsideration.
72. — Les Romains de leur cöte, ne negligerent aucun moyen de eontraindre les nations orientales ä oublier la langue grecque pour adopter la langue latine; c'etait la langue officielle qu'employaient les preteurs et les magistrats, pour rendre leurs edits et publier leurs ordonnances ; ils for^aient leurs administres ä se servir d'interpretes, dans leurs rapports avec eux (2), et l'on vit tres-rarement des hommes d'etat romains se determineräemployer la langue grecque dans le maniement des affaires.
(1) G6ngr. 3. 160.
(2) Viller. M;ix. '2. ^2-2.
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Lo latin ötait la langue de radministration, commc des tribunaux et de l'armee. L'empereur Claude priva du droit de citoyen romain, un depute Lycien, tresillustre et tres-haut place; l'ignorance de la langue latine lui parut honteuse pour un homme de cette condition (i). Aussi l'extension du latin avait fait tant de progres, que Plutarque pouvait affirmer, sans exageration, que tous les hommes se servaient de cette langue (2). Piine lavantait en termes pompeux, endisant qu'elle accordait, dans une noble unite, les idiomes discordants de tous les peuples, et qu'elle developpait ainsi l'humanite parmi les hommes, en agrandissant le cercledeleursrelations.CependantlesanciennesIangues indigenes se conservaient en beaucoup de lieux, parmi les classes inferieures de la societe. Un ödit de l'empereur Alexandre, de l'an 230, laisse a supposer que les langues celtique etCarthaginoise etaient encore parlees et ecrites, l'une en Gaule, l'autre en Afrique (3). Cette fusion intellectuelle devait bientot etablir un lien entrc; les peuples isoles, et leur faire partager en commun, un bien-etre universel, dont Tun et l'autre des idiomes regnants etaient le vehicule actif.
73. — Le point culminant, le centre d'attraction vers lequel gravitaient ä la fois tous les talents, toutes les ambitions, toutes les cupidites, toutes les Industries du monde, c'etait Rome et toujours Rome. C'est lä que devaient converger tous les regards de l'univers dont eile etait en quelquesortel'abrege. Des l'epoquede Strabon, Rome fourmillait dejä de savants d'Alexandrie et de Tarse: le jugement, l'appreciation du public Romain, reagissait sur le goüt et reglait la marche des esprits,
(1) Sueton. Chili. 10.
(i) Qufpst. plat. p. 1010. X 198. Rei^k. Pliii. H. N. 5. 6.
r:?)Diu-. liv. 52. t. 1. 11.
en Asie comme en Grece. Les heureuxde la province, ä qui il etaitaccordede s'arreter^Rome, transmettaient ä leurs compatriotes, des aper^us lilteraires sur les ecrits nouveaux, sur les discours cloquents, sur les travaux des celebrites contemporaines : en meme temps les edits et les actes emanes de la cour imperiale, tenaient les contrees les plus eloignees au couraiil* des moeurs de la ville, des evenements, des causes remarquables, des chefs-d'ceuvre d'eloquence et de litterature que la capitale voyait eclore dans son sein.
"4. — Pour etendreson influence dominatrice dans tout l'interieur de son empire, Rome n'avait point recours aux precaires expedients d'un despotisme militaire ou bureaucratique, tuteile inquieteetombrageuse, qui scrute les actes les plus intimes de la vie privee, et qui fait peser sur la societe un joug insupportable. Sa puissante armee etait presque toute repartie dans les oamps frontieres, oü eile protegeait la capitale contre ses ennemis du dehors. C'est ainsi que dans tout l'interieur des Gaules on comptait a peine 1200 hommes de garnison: l'Asie-Mineure n'avait point de troupes permanentes: les villes,engeneral, n'avaientaucune garnison. Les contemporains pouvaient donc s'enorgueillir, ä juste titre, de cette paix romaine, dont Pline celebrait l'imposante majeste : ils etaient en droit de regarder la domination de Rome commc la sauve-garde du repos de l'univers : repos assure d'ailleurs, par d'excellentes voies strategiques, destinees ä faciliter les relations de tous les points de l'empire, entre eux et avec la capitale, et qui ne fut scrieusement trouble, que lors des guerres sanglantes suscitees apres Neron et Gommode, par d'ambitieux rivaux. L'autorite supreme, soutenue d'une main ferme et puissante, ne degenerait pas en oppression: bien loin de pretendre jamais imposeraux peuples soumis le joug d'une loi capricieuse ou d'une
ET JinAISME. Oö
ombrageuse tyrannie, les vainqueurs s'ctaient fait im principe de laisser aux villes (;t aux corporations la gestion de leurs propres iiiterets.