ROMAIN
75. — Aii-delä des frontieres de Tempirc Romain, s'etendait tout un autre monde : c'etait l'Armenie, le royaume Parthe, les Indes, la Chine, l'Arabie, l'Ethiopie, les Germains du nord, peuples puissants, dont deux entre autres, les Arabes et les Germains, tenaient entre leurs mains les destinees de Torient et de roccident, sans le pressentir encore eux-memes.
76. — La grande Armenie etait un pays richement dote par la nature : son etendue egalait a peu pres la moitie de celle de l'Allemagne: le terrain, montagneux en general, oftrait de grands marecages entre la mer Noire et la mer Caspienne : il etait borne au nord par les peuples du Caucase, et par la Mesopotamie et l'Assyrieausud. Quoique sa position entre deux empires tout-puissants, eelui des Romains et celui des Parthes, semblät devoir inevitablement amener son asservissement a Tun, tandis que la politique ordonnait qu'il demeurät en bonne intelligence avec l'autre, le peuple qui l'habitait, put neanmoins, malgre quelques irruptions partielles, se maintenir libre ä l'interieur et conserver integralement sa national ite. Dans los siecles suivants, il fut souvent le champ de bataille, oü vinrent se heurter les grandes puissances de l'orient et de l'occident qui se disputaient la possession de l'Asie Orientale, et souvent aussi livre en proie a de sauvages vain-
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quours. Les anciens ne savaient rien de blen oortain touchant ses origines. L'opinion d'Hörodote, que les Armeniens descendaient des Phrygiens, n'est basee sur aucun indice, et Strabon, en les faisant deriver des Thessaliens, semble n'avoir fonde son assertion que sur l'observation de quelques analogies fortuites et purement apparentes. Eux-memcs se disaient Autochtones et descendants du Japhetide Haik; leur langue avait beaucoup d'atlinite avec les souches Indo-Germaniques. L'esprit mercantile que leur dispersion en diverses contrees de\ eloppa chez eux, fut la consequence des conquetes qu'ils eurent ä subir dans la suite. L'Armenie ne devint que passagerement une province Romaine sous Trajan. Artaxate sur l'Araxe, belle ville fortiüee, oü les roisarmeniens faisaient leur residence, ayant ete brülee par Corbulon, sous Neron, le roi Teridate osa la relever sous le nom de Neronias. Tigranocerta, fondee et embellie par Tigrane, etait une ville remarquable que Lucullus avait tente de ruiner a la fois par le fer et par l'expuision en masse des colons. Cependant eile parait avoir recouvre son rang sous Neron, et Tacite (i) en faitmention comme d'une place tres-forte. Dureste, l'Armenie etait un pays extremement denue de villes, eu egard ä son etendue.
77. — Les anciens ne possedaient engeneralque des notions tres-incompletes sur les peuples montagnards qui occupaient leplateauCaucasique, entre lamerNoire et la mer Caspienne. La Situation du pays et Tesprit du peuple etait incompatibie avec une soumission reguliere et une Organisation romaine. Les Colques, habitants de la Colchide, chez lesquels Herodote crut reconnaitre les traces d'une origine egyptienne, ä cause de (juelques analogies fort .vagues, habitaient les provinces russes
(1) Tacit. ;iiinal 1j. i..
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actuelles de Guriel, Imerethi et Mingrelie. Ces peuples s'etaient morceles en une foule de tribus separees, qui paiiaient des idiömes si varies et si nombreux, que les Romains devaieiit entretenir daiis la ville maritime et marchande de Dioscura, (Sebastopol), centtrente interpretes publics (i), cliarges des negociations commerciales. Apres la defaite de 3Iitliridate, ils cederent ce royaume ä Polemon : plus tard cependant, il fut considere comme possession romaine, et Trajan y eleva des forteresses le long des cötes ; mais Rome n'y exer^^ait qu'une autorite fictive, et se bornait ä lever les tribuls imposes ä quelques princes du pays.
78. — L'Iberie, (Georgie moderne), plaine fertile de risthme Caucasien, resserree entre les montagnes,etait occupee par des peuplades agricoles et pacifiques qui partageaientles mueursarmeniennes et mediques, etqui ne furent soumises, qu'apres Trajan, a la puissance romaine. Dans l'Albanie, frontiere Orientale de l'Iberie, (Shirian actuel et partie meridionale duDagbestan), habitait un peuple indolent et pauvre, d'origine Scythe, et chez lequel l'agriculture negligee se trouvait reduite aux plus grossiers Clements; malgre les 26 dialectesqui se partageaient le pays, au rapport de Strabon, ilobeissait k un souverain unique.
79. — Le royaume Partbe avait commence obscurement en 250 av. J.-C. avec la dynastie des Arsacides ou Ascaniens. Arsace, qui se pretendait issu des anciens reis perses, avait penetre dans la Parthie, ä la tete d'une horde d'aventuriers du nord, profitant des dissensions intestines, et de l'aftaiblissement croissant du royaume Syrien des Seleucides, pour y fonder une monarehie independante. Des l'an 189, les races Zend avaient secoue le joug des Seleucides, tandis que les
(i) Plin. H.N.G. 10. n.
Medes et les Perses reconstituaienl leurs national ites respectives : le royaume d'Arsace, insignifiant jusqu'alors, acquit sous" ce prince un developpement considerable (174). Bientöt il eut pour tributaires les rois medes, perses et elymeens, et il s'accrut encore, vers l'an 145, des satrapies de Mesopotamie et de Babylone. Des Fan loO, la domination desTarthes etait parfaitement etablie et consolidee sur toute l'Asie occidentale : ils renverserent, au commencement de l'ere chretienne, l'eitipire des Medes et, unpeuplustard, ladynastie royale des Perses. La possession del'Armenieet des payssitues entre le Tigre et l'Euphrate, alluma entre les Romains et les Parthes, des guerres frequentes, qui,sans profiter a aucune des parties, ne laissaient pas que d'alfaiblir insensiblement les Romains et bien plus encore leurs adversaires. Cependant, au sein de l'empire, commencaient ase manifester comme les symptomes precurseurs d'une ruine imminente, les rivalites naissantes des competiteurs au trone et l'insubordination bruyante des Satrapes.
80. — Le grand plateau de l'Asie occidentale, qui embrassait la Mesopotamie, la Babylonie et l'Assyrie, borne au nord par l'Armenie, a Test par la Medie et la Susiane, ä l'oucst par la Syrie et le§ deserts de l'Arabie, s'etendait jusqu'au golfe persique, arrose par l'Euphrate et le Tigre. Ces contrees avaient subi jusqu'alors des destinees communes: annexees d'abord a l'Assyrie, puis ä la Perse, et passees apres la.conquete d'Alexandre au pouvoir des Seleucides, elles etaient actuellement partagees entre les Romains et les Parthes, qui en avaient fait le theätre et le prix de leurs lüttes.
L'Adiabene cependant, grande plaine arrosee par le Tigre et province principale de l'Assyrie, s'etait constituee en etat separe, independant des Parthes. Sous Claude, deux princes de ce pays, Monobaze et Izates,
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embrassörent la religion juive en meme temps que lour m^re Helene (i).
81. — Ninive, batie sur le Tigre, Tantique capitale assyrienne, ville de luxe et de plaisirs, qui disait dans son coeur, suivant les paroles du prophetc bebreu : moi et nulle autre que moi ! — Ninive n'etait plus depuis 600 ans qu'un monceau de ruines, que Xenopbon trouva desertes lors de sa memorable expedition a travers I'Asie. Toutefois, si l'on en croit Tacite et Ptolomee, une nouvelle ville, Ninus, doit s'etre elevee plus tard dans ses environs, sous les auspices des princes d'Adiabene, encore soumis a la domination Parthe {-2). L'Assyrie parait du reste, avoir ete tres-d^peuplee dejä du temps du Christ, et Xenopbon meme, avaittrouveles villes primitives du pays, Mespila et Larisse, entierement ruinees et inhabitees, sans qu'on en cite de nouvelles qui eussent acquis depuis quelque importance.
8:2. — La Mesopotamie, situee en decä du Tigre, etait mieux garnie de villes : le Cbaboras la partageait en deux principautes: l'Osroene, ä l'occident, fondee lors de la decadence des Seleucides, vers 146 av. J.-C, par le cbef d'une tribu d'Arabes Nomades, et la Mygdonie, ä l'orient, surnommee ä cause de sa fertilite, le pays fleuri, Antbemusia. Edesse, la capitale grecosyrienne de l'Osroene, situee sur l'extreme frontiere des empires Partbe et Romain, etait alors la residence du roi Abgar. Ravagee plus tard par l'armee de Trajan, eile recouvra bientöt sa premiere opulence. Non loin deläs'elevaitl'antiqueCbarres, (Harande labible), celebre par le sejour d' Abraham, et qui devenue plus tard colonie Macedonienne, venait d'etre le tbeätre de cette sanglantedefaite, oü la fleur des armees romaines perit avec Crassus. Hellenopolis, que les cbretiens de Syrie
(1) Joseph. Ant. Jiid. £0. 1.4.
(2) Tacit. annal. 12-13. Ptolora. G. tab. 1.
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surnommerent la ville des gentils, avait ete d'apreseux, le berceau de l'idolätrie qu'elle avait repandue partoute la terre (i). Nisibis ou Antioche de Mygdonie, ancienne residenee des rois Armeniens, etait cncore habitee, au rapportdePlutarque(2), par des descendants directs des Spartiates. Conquise une premiere fois par Lucullus, malgre sa reputation d'imprenable, eile retomba ensuite au pouvoir des Parthes ä qui Trajan la reprit de nouveau. Depuis cette epoque et jusqu'a Jovien, eile ful en quelque sorte pour l'empire un boulevard, contrc lequel vinrent se briser, plus d'une fois, les efforts des Parthes et des Perses.
83. — La Babylonie qui se prolongeait au sud de la Mesopotamie, depuis l'endroit oü l'Euphrate et le Tigre se rapprochent, jusqu'au Golfe persique, (Sinear de l'Ancien Testament), etait devenue une satrapie du royaume Parthe : cette contree, tres-peuplee dans une haute antiquite, ä cause de la fertilite de son terroir, que protegeait, contre les crues annuelles des deux fleuves, un ingenieux Systeme de canaux, n'est plus aujourd'hui qu'une plaine aride, que les inondations changent en un vaste lac pendant six mois de l'annee, laissant en se retirant le sol impregne d'une croüte saline qui detruit toute Vegetation. Une foule de ruines remarquables et de noms de villes aujourd'hui disparues, attestent encore l'antique prosperite de ce pays ruine par l'indolence de ses derniers habitants et par la mauvaise administration de ses maitres. Les anciens distinguaient les Chaldeens, race semitique, etablie au S.-O. sur l'Euphrate, des pretres babyloniens auxquels on donnait vulgairement le meme nom. II est a presumer que ces derniers etaient issus de Colons egyptiens
(1) Asseinani, ßibl. orien I, 31-20. U, I70--260.
(2) De scr. niim. vind.,21.
r:T JiMiAisMi:. "1
immigres dans les temps antehistoriques, Ils etaient divises en une foule de sectes qui professaient des systemes tres-varies, et s'adonnaient principalement k l'astronomie.
84. — La plus ancienne ville du monde, la gloire de l'univers, l'orgueil de la Chaldee, le marteau du monde (i), Babylone, voyait s'accomplir sur eile lesjugements divins si longtemps predits: dejä la vengeance de Darius l'avait considerablement affaiblie: la construction de deux capitales voisines, Seleucie et Ctesiphon, acheva sa decadence, encore acceleree par la double emigration desJuifsqui y etaient restes en grand nombre jusqu'au regne de Claude {-2). Au rapport de Strabon, la ville etait presque inhabitee de son temps (3), et l'empereur Severe la trouva, un peu plus tard, entierement deserte : suivant Pausanias il n'en restait plus que les murailles (4). Les quatre villes qui s'eleverent l'une apres l'autre en cet endroit, Seleucie, Ctesiphon, El-Madain et Kufa, furent en grande partie construites avec les materiaux provenant de ses ruines. C'est ainsi que se verifiaient ä la lettre les predictions des prophetes et que Babel etait reellement devenue un monceau de pierres et un repaire d'animaux venimeux, oü l'Arabelui-memene venait plus dresser ses tentes(o).
80. — Seleucie au contraire, fondee sur le Tigre par Söleucus Nicator, etait encore ä cette epoque, en pleine prosperite et comptait une population de 600,000 habitants. Cette capitale peuplee par la translation des habitants de Babylone et par une affluence considerable de Grecs, rivalisait, comme centre du commerce asia-
(1) Jerem. 50. 25. b\. 41. — Isaie 13-19.
(2) Joseph, antiq. Jiid. 18, 9-8.
(3) Ib. 15. p. 678.
(i)Dio Cass. 73-9. — Pausan. 8-38.
(5) Jerem 51-37. — Isaie 13 19 et .ss. 14. 4-12.
tique avec Alexandrie elle-meme. C'etait une ville libre regie par des institutions grecques. Les Parthes en faisaierit dejci beaucoup de cas, et eile fut appelee, des son origine, ä jouer un role important dans I'histoire de l'Asie Occidentale. C'estläqu'ötaient venus se reunir les restes des premiers etablissements grecs fondes sur le Tigre et l'Euphrate : trois ou plutut quatre nations, frequemmenten guerreentr'elles, formaient lapopulation. C'etaient les Babyloniens et les Syriens, confondus par Josephe sous ce dernier nom, les Grecs et les Macedoniens, et enfin une foule de Juifs qui residaient surtout en Mesopotamie et en Babylonie. En l'an 50 av. J.-C, les Grecs et les Syriens coalises repandirent ci torrents le sang des Juifs qui leur etaient devenus odieux, et ils en massacrerent 50,000 (i). Seleucie avait une rivale redoutable dans Ctesiphon, situee *en face et non loin d'elle, sur la rive Orientale du Tigre. Cette ville, qui prit un rapide accroissement, n'etait encore du temps de Strabon, qu'un gros bourg qui servait de campement aux troupes et de residence d'hiver aux rois Parthes: on peut juger du developpement qu'elle avait pris par ce fait, que lorsque Severe eüt empörte la ville d'assaut, et qu'il l'eüt horriblement ravagee et remplie de sang, on fit encore 100,000 prisonniers parmi les habitants echappes au carnage.
86. — Retranches derriere les inaccessibles remparts que la naturc avait eleves autour de leur pays, les habitants de l'Arabie Interieure ne s'etaient point encore trouves meles aux evenements de I'histoire. Les Perses, les Macedoniens, les Romains avaient recule devant leurs deserts : i^]lius Gallus essaya d'y penetrer sous Auguste ; mais sa tentative echoua completement et ne fut point renouvelee depuis. La contree dont
(l)Jüsci)li.Ant. Jii(]. 18,9-9.
ET .lUDAISME. tö
Trajan forma uno province d'Arabie et qui avait pour capitale Bostra, ne faisait point partie de l'Arabie propre. Si les relations commerciales des habitants des Cütes avaient introduit chez eux des moeurs et des cultes etrangers, la plus grande partie de la Peninsule n'en etait que plus fidele au caractere national des races semitiques. II etait reserve aux siecles futurs de reveler -k l'univers surpris, l'energie et la puissance encore vierges des fils de Jocktan et d'Ismael, fanatises par une religion nouvelle. Les Romains d'orient euxmemes savaient dejä, par experience, qu'on ne peut user le diamant qu'avec le diamant et combattre les Arabes que par les Arabes.
87. — Au sud de l'Egypte, au milieu des Ethiopiens ou Negres de l'Afrique Orientale, existaitun vaste etat theocratique et commercial, le Meroe, grande Peninsule baignee par les sources du Nil, et qui etendait sa puissance sur toute l'Ethiopie septentrionale ou Nubie moderne. Sa capitale, situee dans les pays de Schendy actuel, portait egalement le nom de Meroe et possede encore de nos jours, des ruines magnifiques de temples, de tombeaux et de pyramides. La civilisation s'y etait developpee de meilleure heure et y avait pris un essor plus eleve que dans le reste de l'Ethiopie. Si Ton en croit Pline, Meroe possedait 4,000 artistes en renom (i). Mais vers 284 ä 246 av. J.-C. le roi Ergamene, imbu des idees grecques, mitfinau pouvoirsacerdotal, en massacrant tous les pretres et en reduisant le pays en une autocratie absolue (2). L'opulente Meroe parait avoir peu joui desfruits de cette revolution : -k l'epoque du Christ, et plus tard encore, eile etait divisee en deux royaumes : celui du nord ou Nubien dont la capitale
(1) Hist. nat. 6 29. 55.
(2) Diod.i 178.3. 7.
etait Napata : le pays ctait gouverne par des femmes, et la reine portait toujours le nom geiierique de Gandace (i). Napata conquise en i'an 24 av. J.-C. par Petrone, proconsul d'Egypte, etait le point le plus meridional oü les Romains eussent penetre. Vers la meme epoqiie se formait au S. E. du Meroe le grand royaume Auxumitique (Abyssinie), cito par Ptolemee et Arrien, et dont la domination s'etendait au-delä de l'Arabie sur le pays des Homerites et des Sabeens. La langue et les idees grecques s'etaient fait jour jusques dans ces parages recules, gräce au commerce d'Adule et d'Axume, l'une, ville maritime fondee par des esclaves egyptiens fugitifs, et dont Strabon ignora l'existence : l'autre, capitale du pays, ville opulente et peuplee, devenue un centre commercial des plus importants. De 76 k 99 ap. J.-C. il y regnait un certain Zoskal, qui se signala par son education et ses tendances toutes grecques (2).
88. — Les contrees extremes du midi de l'Asie, comprenant tout le pays entrel'Himalaya, l'Induset la mer, de Cachemyr au Cap Comorin, des bouches de l'Indus aux montagnes situees k Test du Bramaputra, et partagees aujourd'lmi par les monts Vindhya en deux regions distinctes, i'Hindostan au N. et le Deccan au S. etaient fort peu connues des anciens avant la conquete d' Alexandre, bien qu'ils regardassent dejä ce pays comme un des plus importants et des plus remarquables de la terre. Le conquerant macedonien n'avait fait qu'indiquer la voie : ses successeurs viserent des lors ä soumettre les Indes ä la domination du monde Occidental. Le bruit de la naissance et de la chute depuis longtemps accomplie des grandes monar-
(.1) Strabo p. 820.Act. Apost.8. 27.
(i>) Pcripl Mar. lirytlir. Ap. Hudson. Gcogr. Min. 1. 5.
KT JlDAiSMK. iO
chies Asiatiqucs, qui s'etendirent cependant de bonne houre jusqu'aux rives occidentales de l'Indus, semble n'etre point parvenu dans les Indes. Alexandre ne s'avanga point au-delä du tleiive Hypasis, dans le Pendjab, et fut loin, par consequent, d'avoir atteint rinde proprement dite. Un peu plus tard le Grec Megasthene, ambassadeur de Seleucus Nicator, aupres du roi Indien Sandracottus, sejourna plusieurs annees ä Palibothra, oü ce prince tenait sa cour. La piupart des recits posterieurs sont tires de ses relations, presque toujours d'accord avec les traditions locales des Indiens. C'est lä qu'existait ä cette epoque le grand royaume de Magadha, qui s'etendait depuis l'Indus ä l'ouest, jusqu'au golfe du Bengale et les embouchures du Gange ä Test, et dont la capitale Palibothra, aujourd'hui Patna, construite au confluentdu Sono et du Gange, au-dessus de Benares, formait un Parallelogramme regulier, llanque de 64 tours et se developpant sur une longueur de 2 milles allemands, G'est une ville celebre dans les antiques epopees de l'Inde. Le roi Sandracottus, en Indien Tshandragupta, (512-288 av. J.-G.), fit un traite d'alliance avec Seleucus vers 300 av. J.-C. Son royaume, agrandi par de glorieuses conquetes, avait atteint un developpement et une puissance considerables. Le Dekkan cependant continua ä posseder plusieurs petitesdynasties independantes. Cette vaste monarchie s'eteignit vers l'an 173 av. J.-C. par la fin de la dynastie Maurja, qui avait regne 137 ans depuis Tshandragupta.
89. — Vers l'an 230 av. J.-C. le grec Diodote, ayant soustrait la Bactriane (Khanat de Balk), ä la domination Syrienne, en fit un etat independant, dont les limitesnetarderent pas ä s'etendre aux depens de l'Inde, sous les rois grecs qui le gouvernaient. G'est par la Bactriane, que Demetrius et apres lui Menandre, pene-
trerent dans les Indes vers le milieu du S'^ siecle. Ils pousserent leurs conquetes plus avant qu'Alexandre et les autres Grecs, et reculerent leslimitesdupaysjusqu'ä Barygaza, aujourd'hui Baroatch, au sud, et jusqu'au Gange ä Test. La conquete du pays par les Parthes et l'irruption des hordes nomades du nord, Scythes ou Tartars, amenerent peu de temps apres le demembrement de l'Empire Greco-Bactrien, qui forma vers l'an 426 av. J.-C. le grand royaun\e Indo-Scythe des Saces, qui embrassait la Bactriane, le Kaboulistan, le pays de rindus, le Pendjab et une grande partie du Badshputan actuel: ce royaume renverse en l'an 56 av. J.-C. par Vicramaditya, « l'ennemi des Saces, » se morcela pour former le Pendjab et les autres etats de l'Est. Vicramadithya, qui parait' avoir recule son royaume jusqu'ä rindus, vers l'ouest, brille, dans les traditions indiennes, comme le heros d'une foule de mythes et de liegendes. Son regne, contemporain de la naissance du Christ, fut Tage d'or des sciencesetdes arts de l'Inde. Un peu plus tard, vers 60 ap. J.-C, quand toutes les cütes de la mer rougc eurent ete explorees, il existait encore un empire Parthe-Jubien, qui s'etendit peu ä peu jusqu'ä Dshellalabad, et qui embrassait presque tout le circuit de Tlndo-Scythie, mentionne par Ptolemee. Les Hu-tchi. peuple nomade venu de l'Asie centrale, fonderent k sa place, un peu avant la naissance de J.-C. un royaume nouveau, dont la duree et l'etendue sont restöes enveloppees d'epaisses tenebres. Pline meme, dans son denombrement des etats de l'Asie, releve sur des notions exactes, ne donne aucun detail sur l'existence et l'organisation d'un grand empire Indien. Ptolemee au contaire, connaissait, vers l'an 140 ap. J.-C. un royaume forme par les Caspires, (Cachcmyr), qui s'etendait vers Test jusqu'au Gange, et qui s'etait vraisemblablement agrandi de ce cote et vers ie
ET JLDAISMK, 7 /
Sud aux depens de I'Indo-Scythie alors fort restreinte. Le meme geographe enumere au Sud du Gange, une suite de peuples et de souverains, dont aucun ne parait avoir exerce de Suprematie absolue, et qui semblent plutöt avoir forme des etats independants.
90. — Le peuple Indien qui se rattachait ä la race Indo-Germanique et en particulier au grand rameau Aryen, avait de profondes aftinites de langue et d'origine avec le peuple Perse-Zend. Sorti du pays öleve d'Iram, dans lestempsantehistoriques, il avait descendu le versant oriental et meridional de l'Hindou-Kouch et de l'Himalaya, envahissant la peninsule detoutes parts, refoulant dans les montagnes une partie de la population noire indigene et reduisant aux plus viles fonctions de la servitude, le reste des vaincus relegu^s dans une caste vouee au mepris et dont le simple contactest encore regarde comme une souillure. Dejä Ctösias faisait une distinetion entre les Indiens blancs et les noirs, et il existe encore des descendants de ces races noires ou cuivrees le long de l'Indus, dans l'Himalaya et le pays du Gange. La religion dominante, l'etat politique, toute l'organisaiion et l'education morale de Finde, sont l'oeuvre du peuple Aryen ou Sanscrit.
91. — Le trait le plus caracteristique des institu tions indiennes, la distinetion des Gastes, a ete Signale par les Grecs (i), d'une maniere qui concorde parfaitement avec les traditions indigenes actuelles : chez aucun peuple de l'antiquite, cette Organisation, qui d'ailleurs existait aussi en Egypte, ne fut aussi constante et aussi tidelement maintenue que chez les Indiens. Le premier ordre etait compose des sages ou Brahmanes, que les Grecs regardaient plutot comme des philoso-
(I) Strabo p. TOr,. iH. — Diod.Il-iO. — Anien. Ind. 10-11 — Porphyr.de abstinent, i. 17. 18.
PAGAMS.ME, ETC. T. I. 4
78 PAGAMSME
phes quo comme des pretres: ils etaient l'äme du Corps social : leur personne ctait sacree et inviolable : ils etaient k la fois docteurs et tuteurs spirituels du peuple, depositaires de toutes los sciences, juges et interpretes de la Loi, devins et medecins, conseillers des rois, gardiens de la religion et charges de presider aux sacrilices. Les uns s'occupaienl de l'enseignement en menant une vie errante : d'autres se retiraient dans les forets, pour s'y livrer aux pratiques de l'ascetisme le plus austere et le plus dur.
92. — Megasthene connaissait dejä le schisme religieux des Indiens: il rapporte que les sages sont divises en deux sectes, les lirahmancs et les Sramanes, ou dompteurs des sens, nom des Ascetes Bouddhistes vivant d'aumönes, des Bhiksus. Clement d'Alexandrie (i) cite expressement ces derniers comme Bouddhistes : mais les Brahmanes eurent toujours plus de credit [)armi le peuple, meme sous les princes puissants qui f'avorisaientle Bouddhisme detous leurs etlbrts, et leurs longucs persecutions finirent par rentiere expulsion du Bouddhisme et de ses partisans hors de laPeninsule.
95. — Les Grecs portaient i\ sept le nombre des quatre Gastes qui partagent en realite les Indiens: c'est qu'ils comptaient pour des classes distinctes divers etats qui ne sont que des subdivisions des Gastes Brahmanes ou Ksatryas, tels que l'ordre des fonctionnaires, dans lequel les rois choisissaient leur conseil supreme, les juges et les generaux d'armee: celui des ministres de la police qui, charges d'epier et de rapporter tout ce qui se passait au souverain ou a des fonctionnaires competents, semble avoir forme une police secrete tresnombreuse (2). La Gaste des Ksatryas, que Megasthene
(1) Clem.Alex. p. 559. Pottcr.
(-2) Strabo 707 et 6. ,
ET JIOAIS.ME. 79
appcllc les guerriers et dont il exagcre un peu la vie oisive, joyeuse et indcpendante, etait fort nombreuse, surtout dans l'Inde meridionale, mais moins estimee quo Celle des Brahmanes: le souverain appartenait ä cette oategorie: comme aux Brahmanes, il leiir etait pcrmis de cumuler diverses industries pour pourvoirä leur subsistance. Le corps des marchands, des laboureurs et des artisans, formait la 5'' Gaste, celle des Vaisjas. La 4'' eiifin, se composait des Soudras, descendants des habitants primitifs, reduits en servitude par les vainqueurs du pays ; pour eux, l'aveugle soumission aux volontes du maitre, est un devoir religioux ; si le Soudra n'est pas ne esclave, il est tenu de servir un Brahmane, au besoin meme, un Ksatrya ou un Vai'sja.
94. — Les Grecs remarquaient deja avec etonnement la compacte population des Lides : ils n'avaient vu, du caractere national, que le cote le plus avantageux: ils vantaient hautement leur amour de la verite: le vol, disait-on, y etait excessivement rare, et les rois passaient presque toute la journec k rendre la justice au peuple. Le royaume de Magadha, sous le premier successeur de Tshandragupha, etait non-seulement tlorissant, mais les disputes, la violence, le vol et la rapine y etaient inconnus. Les compagnons d'Alexandre furent surtout frappes de la frugalite et de la sobriete des Indiens: le suicide y etait d'autant plus frequent, que la mort n'est pour eux que la naissance ä une autre vie (i) et que la destruction spontanee de la vie actuelle constitue un acte religieux. La coutume existait deja chez les Cathernes, au N,-0. des Indes, et chez quelques autres races, que la veuve düt se brüler sur le bücher de son mari, sous peine de deshonneur (2).
(l) Strat)op.7l5.
(-2) Arrian. Ind. 10. '2.
■vi//-
80 PACANISME
95. — Parmi les HS peuples de l'Indc, enumeres par Megasthene, il yavait des tribuslibres, sans roi. On les rencontrait surtout a l'Est, depuis Irawadyjusqii'ä Vipasa. Chezplusieurs autres il n'y avait ni Brahmanes, 11 i distinction organisee des Gastes : les Brahmes de l'Inde uetuelle regardent encore ces derniers avec mepris et repugnance, comme des rebelies exclus de la loi (i). Cependant, les doctrines et les lois brahmaniques faisant toujours plus de progres dans l'Inde, elles finirent j)ar dominer completement la vie intellectuelle et sociale du peuple : souple et condescendant dans son Systeme dogmatique, tolerant pour le penchant qui entrainait le peuple au polytheisme et au culte des dieux nouveaux, le Brahmanisme s'attacha, avec d'autanl plus de tenacite,-ä maintenir l'organisation des Castes et k perfectionner, en les multipliant ü l'infini, les rites et les ceremonies du culte,
96. — Mais au moment meme qu'il acquerait son developpement le plus complet, un antagoniste redoutable naissait dans le sein du Brahmanisme. 4 ou 5 siecles avant J.-C. s'eleva le Bouddhisme, qui, tout en etablissantson Systeme cosmogonique, sur les bases minies du Brahmanisme, en fit surgir des doctrines tout opposees. Tandis que le Brahmanisme ne regardait son Dieu eternellement immobile et seul doue, par rapport au monde materiel, de la realite de l'existence que comme un etre Charge del'aneantissement et de la destruction de toutes choses, (ce qui, soit dit en passant, est une Illusion monstrueuse et une absurde chimere,) la doctrine de Bouddha montrait I'etre primordial divin (Brahma), comme la cause du monde, circulant dans la matiere ä travers d'innombrables transmigrations,et ii'ayant point eu de commencement. LeBoud-
(\) Lassen. Aiitiq. Ind. i, 8-21-82:5.
ET JIDAISME. 81
dhisme enseignait quo, le but supreme de la vic est, cKtriomphor, par raneantissement le plus complet du monde et desoi-meme,desmiseres inlierentes ä la condition humaine : d'apres lui, lä douleur et l'existence sont inseparables, et comme la passion ne produit qu'un accroissement et un renouvellementcontinuel de l'existence, c'est par la repression de la passion, qu'il faut arriver ä l'aneantissement de l'existence et parconsequent de la douleur. En promulguant sa morale de quietisme et d'une compassion universelle qui s'etend jusques surles animaux, en renversant les barrieresqui parquaient la societe civile, en proclamant que tout membre d'une caste quelconque, pourrait etre admis dans la classe ou l'ordre des pauvres (Bhiksus), en renongant par le fait de cette agrögation au mariage et a la famille, leBouddhisme se crea beaucoup d'adherenls parmi le peuple. D'ailleurs ce Systeme, ne sans cultc et sans theologie determines, et qui paraissait ainsi laisser le champ libreaux dieuxetauxcultes nationaux, n'affectait pas la pretention de s'eriger en religion nouvelle, hostile au Brahmanisme: il se presentait, plutüt, comme une ecole philosophique, teile qu'il e)i existait chez les Grecs, et c'est ä ce titre qu'il exposait ses doctrines cosmogoniques auxquelles il rattachait une morale et un ascetisme en accord avec ses priiuipes. Aussi, put-il au commencement se developper sans entraves : les Indo-Scythes l'accueillirent avec ardeur: dans le grand royaume de Magadha on vit le prince Asoka, oncle de Tshandragupha, passer ouvertement au Bouddhisme et travailler a sa propagation avec le plus grand zele et le plus brillant succes. Le nom de ce souverain est frequemment cite dans les traditions bouddhistes. Un editömane de lui, versl'an 236 avant J.-C. et gravt^ sur la pierre, mentionne un traite par lequel deux rois de l'occident, Ptolemee-
82 PAG.VNISME
Evergeto et son fils Magas en Egypte, permottent Fentree de leurs etats ä des missionnaires yjouddhistes (i). Mais plus tard, il surgit entre Ic Bralimanismo et le Bouddhisme uneguerre acharnee, qui, apres 'avoir dure plusieurs siecles, se termina par le triomphe complet du Brahmanismc et par I'expulsion totale du Boudhisme, des lieux qui l'avaient vu naitre.
97. — L'influence grecque, secondee-par la longue domination des princes grecs qui reguerent sur une partie des Indes septentrionales et occidentales, deviiit plus sensible et plus importante pour ce pays, lorsqu'il entretint des relations commerciales plus etendues et plus regulieres avec les regions orientales de l'empire Romain et surtout avec Alexandrie. Cette influence n'altera cependant jamais les religions ni les institutions politiqueset sociales. En revanche, l'architecture indienne, et plus encore l'astronomie, dont les principes scientifiques ctaient empruntes en entier aux traductions d'ouvrages grecs, accusaient, avec d'autant plus d'evidence,raction des influences lielleniques. Les piecesdu tlieätre grec, qu'on representait u la cour des rois grecs, paraissent meme fort loin d'etre restees etrangeres a la creation du drame Indien.
98. — L'ile de Taprobane ou Ceylan, etait regardee (lans l'antiquite, h cause de Fignorance oii Ton etait de son circuit, comnie un monde nouveau et si bien cultive, que Pline parle de 500 villes qu'on y trouvait. Dejä, dans le derniersiecle avant J.-C, l'element Indo- Brahmane y avait ete etouffe par l'irruption (riompbante du Bouddhisme. Les iles de l'Archipel Indien, Java, Borneo, Celebes, Sumatra, que les anciens connaissaient h peine de nom et dont ils ignoraient la po-
(I) Ritter. Asia. IV. 2. U30 — Bciil'oy. Krcyclop. ii. sect. xvii. 71.
KT JUOAISMK. 83
sition exacte, etaieiit occupces par des races indioinies, qui s'y etaieiit tixees, apres eii avoir expulse les hordcs negres aborigenes. L'Occident ne possedait quo des notiüiis tres-bornees et tres-obscures sur rindo-(jhine, grande [)eninsule situee ä l'Est et peuplee par des races d'origine mongole. Oii croyait encore, du temps d'Alexandre, que le moiide se terminait exactement au Gange : plustard, les marcbands grecs reconnurent qu'il existait au-delä une riebe contree oü abondaient l'or et l'argent: on lui donnait les noms de Chryse et d'Argyre, mais on ignorait si eile formait une ile ou un continent. Pline et Mela ont credulement aceueilli et repet»', que le sol de Cbryse etait d'or et celui d'Argyre d'argent. Ptolemee le premier fournit des notions plus exactes et cita le nom de quelques villes.
99. — Ce gigantesque empire de l'Est, que la nature a completement isolede l'occident, cn elevant d'unbout ä l'autre de ce cote d'immenses chaines de montagnes couvertes de neiges et de glaciers, et qui etait deja a cette epoque le plus ancien et le pdus populeux des etats, apres Tcnipire Romain, la Serique ou (^bine, n'etait guere connue des Grecs et des Romains que de nom. Cependant l'histoire positive de la Chine remonte jusqu'au 9'' et meme au 11'- siecle av. J.-C., et il y regnait deja une civilisation ires-ancienne et bien superieure ä celle de l'Europe.
100. — Le peuple Cbinois etait issu de cent familles allieespar d'etroites aliinites et qui formaient le ranieau le plus ancien des grandes soucbes autocbtones repandues dans toute la basse Asie. Descendus des plateaux arides duN. 0., ils etaientvenuss'etablirdansleCben-Si actuel, s'assimilant une partie des populations primitives, expulsant ou exterminant les babitants sauvages et barbares qu'ils y trouverent lors de leur Invasion et dont le reste, Miao, sont aujourd'hui relegues dans les
84 PACANISME
montagnes. Les barbares de la Chine meridionale ne furent soumis que vers le milieu du o'-' siecleav. J.-C. Tout le Systeme politique du pays ötait dejä organise dans son etat actuel 1100 ans av. J.-C. L'empire Chinois se persuadait qu'il etait appele a etendre sa domination sur le monde entier: tout ee qui est sous le ciel devait lui appartenir ; l'univers et la Chine etre confondus un jour en une supreme et unique monarchie. Commela Chine jetait du haut de sa civilisation et de sa sagesse un regard dedaigneux sur tous les autres peuples, et que d'ailleurs, le caractere chinois etait loin d'etre guerrier, eile ne croyaitpasque les gressiers barbares quelle avait expulses, fussent dignes d'une conquete uniquement achetce au prix de son sang. Les maximes fondamentales et les principes de l'existence sociale et politique des Chinois, sans cesse ebranles par des catastrophes intestines et parl'instabilite desdynasties, se consoliderent neanmoins avec une tenacite et une perseverance sans exemple dans l'histoire. Toute decouverte, tout progres qui offrait seulement les dehors d'une Innovation, etait k l'instant repousse ou reprime, et il n'etait pas d'influence exotique qui ne vint echouer contre cette inflexible immobilite. Les conquörants ötrangers eux-memes adoptaient bientöt, en se les appropriant, les moeurs et les lois du pays. Aussi la Chine restee isolee et independante derriere ses infranchissables clötures, devint un monde a part qui se figure occuper plus de place dans l'histoire du genre humain que si eile se füt signalee par devastes et brillantes entreprises : il n'arriva qu'une seule fois dans la guerre contre les races Turkes, en I'an 94 ap. J.-C. qu'un general chinois Pan-Tsaho, reculat jusqu'a la mer Caspienne le theätre de ses Operations.
101. — Des le 5*= si^e av. J.-C. les princes de la dynastie Tsin avaient renverse la puissance des rois
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feudataires, et usurpe, au dctriment de la dynastie Tscheou, rautoritesupreme. Le monarque leplus puissanl de cette dynastie, Shi-Hoang-Ti (246-209 av. J.-C.) r.eunit sous son enipire plus de la moitie de ia Chine actuelle, et construisit la grande muraille qui separe la Chine de la Mongolie. II entreprit cnsuite de refondre completement l'organisation politique du pays en y erigeant une monarchie absoluc, illimitee, administree par des fonctionnaires revocables, et non content de ces reformes, il voulut encore aneantir une autorite spirituelle qui entravaitses desseins : cetait la secte et la doctrine de Kong-Fu-Tse.Lamoraledececelebre legislateur etait en grande veneration chez Se peuple chinois : eile reparait sous les antiques bases du Systeme gouvernemental : son essence etait toute politique : c'etait l'art de gouverner transforme en Systeme religieux. Sesnombreuxadeptes, leslettres,ardents panegyristesdes anciens usages, critiquaientamerement la nouvelle Organisation del'etat. Le monarque ordonna que, sous peine demort, tous les monuments littcraires de l'antiquite fussent livres au feu, les Schu-Kings de Kong-Fu-Tse en particulier, et il fit enterrer vifs 400 lettres. Mais apres sa mort, la dynastie desTsin ayant(5t.e exterminee, un homme de naissance obscure devint le fondateur d'une dynastie nouvelle, celle des Han, (20(> av. J.-C. jusqu'ä 265 ap. J.-C.) et depuis lors, la doctrine de Kong-Fu-Tse recouvra son ancien lustre et regna desormais sans obstacle. Kong-Fu-Tse ne fut pas un reformateur: il ne fit que retablir l'ancienne rcHgion de l'empire : dans cette religion i'Esprit du ciel, l'Esprit de laterreet I'Esprit du genrehumain, forment une trinite divine; mais on y joignait aussi le culte des Clements, des astres, des montagnes, des mers, des fleuves et des vents. Les Schin surtout, genies immat^riels qui resident dans tous les etres dela nature, etaicnt
8G pa(;amsme
l'objet d'un culte univorscl (i), qui n'avaitni pretres, ni temples, ni cerenionies: Tompereur seul etait pretre et oflrait les sacrifices ä l'Esprit du ciel : le peuple ötait surtout reste fidöle au culte des morts, qui consistait a honorer comme dos genies bienfaisants les mänes des aneetres de la famille et particulierement eeux de Kong-Fu-Tse et des a'ieux de l'empereur.
10:2. — 'Bien que Tempereur füt runi({ue ministre de la religion et revetu par le fait de toutc l'autorite spirituelle qui enemaiiait, sansquo cette autoritefut contrebalancee ou limitee par aucun pouvoir ecclesiastique ousacerdotal, iletait encore, ensa qualite de filsduciel, entoure d'honneurs divins, et les hommages qui lui etaient decernes,portaient touslescaracteresd'une adoration reügieuse. Dans ce pays, oü le respect et l'obeissance dus aux parents sont une tradition hercditaire et la premiere de toutes les vertus, je dirai meme le principe de toutes les institutions morales, l'empereur etait en outre, comme pere commun de tout son peuple, depositaire d'une autorite paternelle et patriarcale des plus etendues, sous laquelle tous les citoyensetant confondus dans une soumission egale et absolue, comme enfants d'une seule et meme famille, il ne pouvait se former ni corporation d'etat, ni noblesse, ni aristocratie hereditaire.
L'autorite des lettres et des fonctionnaires qui ne parvint ä se constituer que beaucoup plus tard, vers le 7" siecleap. J.-C. apresde longues lüttes et de profondes secousses, cette autorite, dis-je, n'entravait etne limitait aucunement l'omnipotence imperiale : eile ne faisait que la temperer et la maintenir dans des regles fixees, on l'astreignantauxformalites pueriles d'une minutieuse etiquette.
(1) Grosier. (Icsciipt. de 1;\ Chine iv. 5G8.
ET JLDAISME. 87
103. — Gräco au caractere exclusif et mesqiiin tl'uuc religion d'etat, qui ne souffrait aunun elan d'imagination, ni aucuiie tentativo d'examen de la part de ses adeptes, et qui ne laissait dans le coeur que vide et in- (juietude, les gouvernants ne purent, en depit de toutes leurs iiiterdictions, empeeher des doetrines etrangeres de s'insiuuer dans le pays. Non-seulement la doctrine du Tao, dei'ivation obscure et affaiblie du Bouddhisme, avait passe de tres-bonne heure des Indes en Chine, mais juste 35 ans apres la naissance du Christianisme, la doctrine deFo ou de Bouddha envahit l'empire et s'y implanta de toutes parts, malgre la resistance que iui opposerent les partisans de Kong-Fu-Tse, qui proclamaient la religion nouvelle une monstrueuse superj^tition.
104. — En l'an o7 av. J.-C. le Dairi ou roi de Japon, envoya spontanement a I'empereur de la Chine, une ambassade chargee de Iui presenter ses hommages et de Iui oti'rir des presents : a la suite des relations etroites qui se nouerent des lors entre les deux etats, il se forma dans le pays des etablissements chinois, et le Japon, encore barbare, se vit bientot initie aux institutions civiles et politiques de la Chine.
105. — Au eoeur de l'Europe, entre le Rhin et jusqu'ä son einljouchure, depuis le lac de Constance et le Danube, depuis sa sourco jusqu'ä l'endroit oü il re^oit ia Theiss ; au nord, jusqu'aux cotes des mers du nord et de Test, depuis l'embouchure du Rhin jusqu'ä celhde la Duna : vers Test, jusq-u'ä la Yistule, et dans les regions qui se prolongent vers le sud jusqu'aux basses plaines de la mer Noire et de la mer Caspienne, habitaient les Teutons, melangc de races et de populations variees, qui offraient entr'elles beaucoup d'afiinites de physionomie, de langage, de caractere et de mceurs. 11 n'est peut-etre pas exact de qualifier du nom de peu-
öS PAG ANIS ME
ple, ces tribus isolees, que ne rattachait l'une k l'autrc aucun lien exterieur : chez toutes, cependant, rögnait le sentiment d'une nationalite commune, qui malgre leur (iispersion et les gucrres sanglantes oü ellos s'entredechiraient, leur pretait neanmoins une sorte d'existence nationale. Au nord, la Germanie s'etendait plus loin qu'aujourd'hui, puisque le Jutland avaitune population teutonne: ä I'ouest et au sud, eile etait plus restreintc au contraire, car toute la rive gauche du Rhin appartenait ü la Gaule, bicn que la plus grande portion des peuples qui Toccupaient füt d'origine germanique, tandis que le pays, compris entre le Danube et les Alpes, formait une province romaine possedant une population celtique. Mais ä Test, de la Vistule ä la mer Noire et k la mcrCaspienne, il existait des races teutonnes au milieu des tribus finnoises,- tartarcs et slaves cfui peuplaient ces regions, et en partie meme melangees avec celle-ci. Le pays couvert de vastes forets et de marecages, avait a cette epoque un climat plus rigoureux qu'aujourd'hui, et les Romains le regardaient comme une terre sombrc et inhospitalii^re. II y existait encore peu de villes : seulement qä et lik, quelques bourgs ouverts comme des villages, et une foule de domaines prives.
lOG. — II s'öcoula longtemps avant que les Romains pussent distinguer les races Teutonnes des races Celtiques, qui leur parurent toujours parfaitement identiques! Strabon lui-meme (i), croyait encore que les Germains, qui avaicnt d'ailleurs avec les Geltes une grande conformite de civilisation, de moeurs et d'usages domestiques, ne difieraient de ces derniers, que par un naturel plus sauvage, une stature plus elevöe et la couleur plus ardente de leur chevelure. Tacite re-
(1) Strabo 7. i\)i). —4. 195. im.
KT JliOAlSMF.. 8'.)
garde le mot Gerniani, comme ayant designe primitivement une simple peuplade, (les Tongres), qui avait transmis plus tard son nom ä tous les Teutons indistinctement ; mais on a voulu expliquer aussi ce mot par la signification de freres, ou compagnons, (des Gaulois), qu'il possedeegalement dans les langues Celtique, Persane et Latine. Les Teutons eux-memes paraissent ne pasavoir employed'abord cette appellation, mais l'avoir refue et adoptee plus tard, des Romains et des Gaulois.
107. — Selon d'antiques traditions indigenes, les Teutons se divisaient en 3 grands rameaux, les Ingevons, les Itoevons et les Herminones, derives de trois h^ros eponymes, issus d'une souche commune, Mannus, lui-meme d'origine divine. Mais a l'epoque oü se connurent les Romains et les Teutons, ces trois grandes divisions nationales se trouvaicnt fractionnees en une foule de petits etats detaches en independants, chacun se gouvernant sans se preoccuper des autres, jusqu'ä ce que plusieurs d'entre euxformassent une confederation, soit pour attaquer, soit pour se defendre dans une cause commune, soit pour se grouper autour d'un plus puissant. Une race devenue preponderante, se mettait a la tete de la ligue ou du mouvement, et imposait son nom k toutes les tribus qui y prenaient part, soit volontairement, soit de force, jusqu'a ce qu'un echec ou la dissolution du pacte föderal vint la replacer dans l'obscurite ou confondre son propre nom dans celui d'une tribu plus heureuse. C'est ainsi que se developperent successivement sur le Haut-Rhin ies confederations des Sueves, des Marcomans, et des Alemans, et sur le Bas-Rhin Celles des Sicambres, des Gherusques et des Franks.
108. — Dans le pays qui comprend aujourd'hui la Boheme et la Moravie, la Franconie et la Thuringe, la
Basse-Saxe ^t la Marche, avec la plus grande partie de laPoIogne, habitaient les peuples Sueves. Le peuple contral ctait les Scnons, places entre l'Elbe et l'Oder, sur l'Elster et la Spree. C'est ä cette race qu'appartenaicnt les Lombards, qui occupaient le bas de l'Elbe, au Sud de Hambourg jusqu aupres de Salzwedel. IIs avaient pour voisins au Nord, les Ängles : puis venaient les Gattes, dans la Hesse, les Hcrmundures dans la vallee de la Werra, jusqu'ä l'Elbe, vers l'Est ; les Sudetes, au Nord : les Marcomans, qui s'emparerent de la Bobeme apres la soumission et l'expulsion des Celtes- Boiens; et cnfin les Quades, qui avaient a la meme epoque, fait irruption dans la Moravie actuelle et dans le N. 0. de la Hongrie. Vers le commencement de l'ere chretienne, le prince marcoman Marbod, qui avait re(,'u une education toute Romaine, con^ut le dessein de fondre tous ces peuples dans une vasle monarchie sueve. Ce royaume ou cette confederation, dont le centre etait la Boheme, qui venait d'etre presqu'entierement conquise, et le lieu dit Marobudum, voisinde la ville actuelle de Budweiss, parait s'etre etendu du Moyen-Danube au Bas-Elbe et ä l'Est, jusqu'ä la Vistule. Les Romains ne tarderent pas ä s'apercevoir du peril qui les menaf ait de ce cote.
109. — 11 s'organisait ä la meme epoque dans le N. 0. de l'Allemagne, une ligue ouvertement hostile ä la puissance Romaine, et dont les Cherusques du Weser, conduits par leur chef Arminius, formaient le noyau principal. Bientot vinrent se grouj)er autour d'eux les Bructeres qui habitaient entre le Rhin et le Weser, jusqu'ä la mer: les Sicambres, peuple autrefois tres-puissant, entre la Sieg et la Lippe: les Marses qui residaient aux environs de Munster et de Hamm, et plusieurs autres nations considerables. En l'an 9 de J.-C, ces bandes taillerent en pieces les Irois legions
ET JUDAISMK. 91
de Varus, dans Ic-s monlagncs du Tcutoburgerwal, et cette defaite memorablc, qui aneantissait, pour les Romains, le fruit, de vingt annees d'etfurts, les foi'ca d'evacuer completement tout le territoire en deeä du Rhin. Mais les deux grandes ligues que commandaient Arminius et Marbod, en vinrent bientot ä se faire la guerre entr'elles : €e dernier, proscrit et meprise des siens se jeta dans les bras des Romains: peu de temps apres, Arminius lui-meme, ayant ete mis a mort par ses compagnons, les deux ligues furent dissoutes et les Romains finirent par mettre dans leur dependance les races Allemandes du Haut-Rhin, bien que l'empereur Claude eüt rappele toutes les troupes romaines de la Germanie libre.
HO. — Les Germains des races alliees ä Rome, aimaient ä entrer au Service des armees romaines, et comme leurs qualites physiques et morales les y faisaient accueülir facilement et sans deüance, on vit bientot dans le conflit d'Othon et de Vitellius, les legions germaniques faire dans Rome une apparition triomphale et disposcr un moment du trune et de l'empire. Aussi, des le commcncement du ^'^ siecle ap. J.-G., Ic regard profond d'unromain celebre decouvrait deja dans ce peuple le germe d'une vie nouvelle et les elements d'une revolution complete; le voeu meme qu'il exprime: « puissent les discordes qui dechirent « ce peuple ne jamais avoir de terme, car son union « menacerait l'existence de tout l'empire Romain, » ce va'u, dis-je, atteste quelle idee il concevait deja des forces qui couvaient encore dans le sein de la nation allemande (i).
ill. — Ä l'epoque oü ils fönt leur entree dans l'histoire, les Teutons paraissent, en general, appartenirä
(1; Tacit. Germ.03.
une race nomade, qui cherchait ä passer de la vie errantc ä un etablissement fixe : peu attachös au sol nata), il se decidaient aisement a le quitter pour aller chercher, surtout vers le midi, un climat plus doux et des terres plus fertiles, et cesperegrinations, qu'ils n'entreprenaientpointparcapriceoupar inconstance, cessaient des qu'ils avaient trouve un emplacement convenable, oü ils se fixaient ensuite ä demeure. Du temps de Tacite, ils avaient dejci des demeures fixes et une ägriculture assez developpee (i), ditierents en cela des peuples Sarmates, qui passaient leur vie ä clieval et sur des cliariots; mais ils avaient de la repugnance pour les villes emmuraillees et leurs maisons n'etaient, a proprement parier, que des cabanesconstruites en bois: il etait d'aillcurs interdit aux simples particuliers de se bätir des demeures plus commodes : cette defense avait pour but de proscrire la mollesse et d'empecher que rien put entraver la marche des migrations {-2).
11:2. — L'inviolabilite du mariage avecles egards et le respect pour la femme, qui en sont les consequences naturelles, etait un des plus beaux titresdes Germains: c'etait ä peu pres les seuls barbares qui ne fussent point polygames. Choz beaucoup de tribus menie, les veuves ne pouvaient pas convoler en secondes noces (3) : la continence dans la jeunesse et le mariage dans Tage mür etaient forten honnour cbez eux : les cxcescontrenature etaient punis de mort. Civilementorganisesenpretres, nobles, libres, atfranchis et serfs, ils n'accordaient devoixdans lesdeliberationspubliques,qu'auxproprietaires de biens fonds; leurs princes etaient elus par acclamation. Les pretres jouissaient d'une grande in-
(l)Tacit. (ienn. 5(3.
(ircu'h. Uell. GaU.6 tl.
(5) Tacit. Germ. !8, 19.
ET JUDAISME. Do
fluence, et leur pouvoir, qui allait jusqu'ä trancher des questions de vie et de mort, etait beaucoup plus etendu que celui des princes. L'ivrognerie, remportement dans l'ivresse, et surtout une passion eflVenee du jeu, qui les poussait ä cngager jusqu'ä leur propre liberte, tels etaient les vices les plus saillants des Teutons.
115. — Au-delä des contrees oecupees par les Teutons, dans la direction du N, E. s'etendait un pays que les anciens designaient sous le nom de Sarmalie, embrassant une partie de la Russie moderne, le N.E. de la Galicie, et les provinces de la Russie et de la Pologne, situees k Test de la Vistule, et se prolongeant vers le sud,jusqu'auxPalus-Meotides(merd'Azoft), etauTanai's, (Don). Cespeuples, appeles anciennementScythes, portaient actuellement le nom de Sarmates : cependant ces deux appellations resterent longtemps confondues ou employees indifferemment. Les Sarmates proprement dits, issus des Medo-Perses et melanges aux Parthes, habitaient principalement au-delä du Don, dans les steppes qui s'etende'ntentre lesPalus-Meotides, le Caucase et la mer Caspienne. Des rameaux secondaires se rattachaient a la meme souche : c'etaient les Roxolans, les Jazyges, les Alains et les Jaxamates. Les Sarmates, qui occupaient priinitivement les plaines comprises entre le Don et le Dnieper, s'etaient progressivement avances jusqu'au Dniester et au Danube, d'oü ils inquietaient l'empire par de frequentes irruptions. Vers l'an 50 av. J.-G. ils avaient penetre en Hongrie, entre la Theiss et le Danube, mais Asinius Galles leur fit essuyer une rüde defaite en l'an 15 av. J.-C. G'ötaient des hommes farouches, indisciplines, menant une vie errante sur leurs chevaux et leurs chariots : guerriers, au point que les femmes et les mores combattaient h. cote de leurs maris, mais plus propres toutefois ä entreprendre de rapides incursions dans
94 PAGAMSME ET JUDAISME.
Uli l)ut de rapine, qii'ä soutenir le choc d'une bataille rangee.
i44. — Dans le pays compris enlre la mer de Test et la mer Noire, entre les Carpathes, le Don et le Haut- Volga, liabitaient les Windes et les Serbcs, peuples d'origine Slave, dont une partie avait ete refoulee ou subjuguee parlesSarmates : le raste etaitdemeureindependant, au milieu de ces derniers, qui les avoisinaient de toutes parts. Personne ne pouvait pressentir encore a cette epoque le role important que ces races etaient appelees k remplir un Jour dans l'histoire du monde : les Grecs et les Romains ne les connaissaient pas, avant que Pline eüt signale les tribus qui demeuraient au pied des Carpathes : apres lui, Tacite, sans etre bien fixe sur leur veritable national ite et ne sachant s'ils etaient Sarmates ou Germains, crut devoir leur assigner une origine Teutonne, Fondant uniquement son assertion sur ce que, contrairement aux Sarmates, ils se bätissaientdes maisons, portaient des boucliers et se distinguaient surtout par leur agilite a la course. Ces peuples temoignaient peu depenchant pour la guerre, et s'adonnaient, parait-il, de preference, aux rüdes travaux de l'agriculture et aux soins de la vie domestique. Les Finnois, repousses ä l'extremite seplentrionale de l'Europe, oceupaient dejä le littoral du golfe de Finlande et le Haut-Volga. Les Litliuaniens enün, vraisemblablement issus dans les temps antehistoriques du melange des races slaves avec des nations etrangeres, s'etaient ranges de borine heure sous la domination germanique : ce peuple, encore faible et peu nombreux, habitait dejä au commencement de l'ere chretienne les contrees que devaient occuper plus tard Icurs descendants, les Prussiens, les Lithuaniens, les Cures et les Lettes.