‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 3 sur 37 · Les speculations hardies et phantastiques du · texte numérisé non relu

Les speculations hardies et phantastiques du

(1) Les auteurs modernes qui ont expose la doctrine de ce philosophe, {ZeUer Philos. des Grecs. 2«= Edit. 1, Sol; Steinhart, Encycl. de Halle. 7. ö-i. p. 105-) trouvent ici une flagrante contradiction. Selon eux, Empedocle qui regarde les ämes comme le r^sultat de l'union d'61ements corporels, devait les laisser perir avcc les corps que la moit vient dissoudre et ne pouvait, sous peine d'inconsequence, enseigner qu'elles survivent pour passer dans d'autres Corps. — II nous semble que cette difficulte, en apparence insoluble, s'(ivanouit, des qu'on admet qu'Emp^docle a distinguö entre l'Esprit sorli du Spheros et Tärae, sensitive et intelligente, formte de la substance des Clements. Que ce fut lä son opinion, rösulte clairemeut de ce qu'il a dit sur la double connaissance de l'homme Apres avoir posö en principe que « le sujet et l'objet de la connaissance ont necessairement la meme nature, » il a reconnu que Thomme peut pr6tendre ä la connaissance de la divinit^ — il devait donc admettre aussi qu'outre Täme, formte d'^löments terrestres et ne connaissant que les choses de la terre, il y avait dans rhommc un principe plus elev6 et tirant son oiigine du Spht^ros.

(2) Emped. v. 410. sqq. Karsten- (ö)Hippolyt. I.e. p.2ol.

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philosophe d'Agrigente contrastaient singulierement avec la doctriiie insipide et purement materialiste de l'ecole atomistiquo, qui voulut se debarrasser d'un principe spirituel et moteur, pour ne reconnaitre que la force de la seule matiere. Elle eut pour fondateur l'Abderitain Democrite, le plus savant des philosophes de l'antiquite, le plus grand observateur de la nature avant Aristote. N^ vers l'an 460 av. J.-C, il mourut centenaire et consacra sa longue existence au developpement de la doctrine encore peu connue de Leucippe. Systematiquement opposee ä la philosophie d'Elee, la nouvelle ecole admettait un nombre infini d'unites indivisibles ou d'atomes ; invisibles ä cause de leur petitesse, specifiquement semblables les uns aux autres, mais diiferents de forme et d'etendue (i), ils remplissent l'immensite du vide. Cette masse d'atomes est le principe unique de la formation du monde; e'est ä eile que doit se ramener tout ce qui exista jamais ou doit naitre encore : un mouvement spontane les empörte, et, comme disait Leucippe, les fait tourbillonner dans le vide. Leur choc produit des agregats de forme et de grandeur diverses. Le monde est l'ensemble de ces atomes unis et harmonises ; quand cette harmonie s'etablit, les etres parviennent ä Texistence; ils perissent, fjuand eile se brise. Les changements que nous voyons s'accomplir ne sont qu'une juxta-position ou une Separation, qu'un deplacement d'atomes. Comme ils se meuvent en dehors de tout plan, la formation du monde est l'oeuvre de l'aveugle hasard. En meme temps eile est soumise ä la loi de la necessite ; car tout depend absolument de la nature et des diff'erentes formes des atomes. Dans ce monde il n'y a ni developpement organique, ni mouvement regle; tout n'est qu'un caprice

(1) Simpl. in Phys. f. 106. — Plut. adv. Colol. p. 1110.

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du liasard eternellement occupe ä unir et a separer les molecules. Aux yeux de Democrite, ce hasard n'etait cependant qu'un mot invente par l'ignorance humaine; le monde reconnait en realite une loi unique, celle de la necessite, dont nos regards ne peuvent sonder les pi'ofondeurs.

51. — La doctrine de Democrite materialisait le monde d'une maniere complete. L'äme est un agregat de molecules ronds et ignes, qui se renouvelle par la respiration: c'est un corps plus subtil, qui penetre et met en mouvement le corps grossier qui frappe nos sens. La pensee etait pour lui tellement materielle, que pour penserjuste. Turne doit jouir d'une bonne temperature; l'erreurest le resultat d'une clialeur trop haute outrop basse. Toute Sensation, toute science — l'une et l'autre sont pour l'Atomiste aussi peu distinctes que la vie, l'äme et l'esprit — repose sur le contact, et celui-ci est produit par certaines images, certaines impresfiions, laissees dans Täme pour les agregats d'atomes qui tourbillonnent. La niort a lieu, quan'd les atomes ignes de l'äme se separent des molecules plus grossieres du corps ; les uns et les autres ne tardent pas ä s'unir u d'autres atomes, ä revetir de nouvelles formes. Les atomistes ne pouvaient reconnaitre aux dieux une Intervention active dans l'ordonnance du monde; ils ne crurent cependant pas devoir nier leur existence. Les dieux existent donc; mais ce sont des masses d'atomes spheriques et ignes, qui ont forme des corps plus sublils, plus purs, plus durables, d'une taille gigantesque et doues d'une energie extraordinaire. Ces dieux se sont fait connaitre aux hommes par des images qui se degagent constamment d'eux, La naissance, la nature de ces images ou idoles sont expliquees par Democrite comme Celles de tous les autres etres: les hommes leur ont attribue les phenomenes qui les avaient epouvantes.

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et 011t fini par les regarder comme des dieux (i). 5:2. — Anaxagore s'eleva au-dessusde ce grossier materialisme. Co philosophe, ne ä Clazomene vers l'an oOO av. J.-C, vint enseigner ä Athenes, immediatement apres la guerre Äledique ; mais aceuse d'atheisme il fut force de quitter la capitale de l'Attique et mourut ä Lampsaque ä l'äge de 7:2 ans, Lui aussi refusa d'admettre un commencement dans la formation du monde: les elements constitutifs du grand tout doiventavolr existe de toute eternite. Les Homeories furent pour lui ce que les atomes avaient ete pour Democrite ; mais contrairement aux enseignements des atomistes, il admettait des qualites primordiales. II y avait donc dans le chaos primitif des substances elementaires, innombrables, infiniment petites et par consequent invisibles, des matieres de la nature la plus variee, mais intimement, inseparablement unies. Exempt de tout melange, distinct de la matiere, essentiellement pur, est le « Nsu? » ou Tintelligence, le plus subtil, le plus pur de tous les etres, ä lui appartiennent la science et l'activite. Cet etre qu'Anaxagore representait comme vraiment immateriel, a imprime le mouvement a la matiere inerte du chaos; c'est par la Separation partielle que ce mouvement produisit dans la matiere, que commenga la formation et l'arrangement du monde. Le « Nous » est donc une intelligence qui se meut elle-meme; eile agit d'apres un desseinrationnel: tous les etres organiques, et Sans en excepter les plantes, y participent. Elle ne se montre pas avec la meme perfection dans les differentes especes ; mais c'est la une suite necessaire de leur Organisation. LeNous est l'äme universelle, consideree comme l'ordonnatrice intelligente du monde;

(1) Sext. Emp. adv. Math. 9, 19. 24.

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