‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 23 sur 37 · III. PAGANISME EN MESOPOTAMIE, EN BABYLONIE · texte numérisé non relu

III. PAGANISME EN MESOPOTAMIE, EN BABYLONIE

EN ASSIRIE.

7o. — La transformation d'Anahita dans laÄIylitta des Assyro-Babyloniens,nous conduit dans les contreesqui, situeesäl'est et äToccident du Tigre, relientlesplateaux del'Iran auxcutes Syro-Pheniciennes delaMediterranee. La exista, dans les temps ante-historiques, un vaste empire Kuschitico-Cephenique, mentionne dans les traditions grecques et hebraiques. Ces Kuschites avaient

(1) DionChnsost. Or. 4, i, löl.

(2) Plut, AvUa. 5.

fonde Babylone, la vieille cite de Bei, et se dirigerent ensuite sur Ninive. A ces Kuschites appartenait la race sacerdotale desMagesde Babylone, qui paraissentavoir 6te en relation, et echange des theories cosmogoniques et astronomiques avec les pretres de l'Egypte. Les Semites ayant subjugue lesKuschites dans l'Asie centrale, communiquerent aux vaincus la langue arameenne qui se repandit en Assyrie, en Babylonie et resta, du consentement des rois Perses, la langue officielle dans les provinces occidentales de leur empire. Mais les idees religieuses, les dieux des Kuschites passerent aux Semites : le culte monotheiste d'El se perdit dans la religion de Baal et de Mylitta.

76. — Ici on voit paraitre les Chaldeens, mentionnes par Herodote, tribu sacerdotale revetue d'une grande autorite et depositaire de toute science qui se rattache ä la religion (i). Ces Chaldeens n'etaient-ils ä Babylone qu'une tribu sacerdotale, sortie de l'Egypte, de sorte que les anciens mages Kuschites auraient dejä porte le nom de Chaldeens ou de Kasdim? Ou bien, etaient-ce les descendantsd'unpeuple ainsi nomme etetabli dans les montagnes au nord de la Mesopotamie, lä ils sejournenl maintenant les Kurdes — et venus a Babylone en conquerant? Avaient-ils quelque affinite avec les Chaldeens dont Strabon place le sejour au Sud-Est de la Mesopotamie? — Ces questions sont difticiles ä resoudre. Du temps de Strabon, les Chaldeens-pretres habitaient un quartier separe dans Babylone; groupes en familles, ils s'isolaient de leurs concitoyens; ailleurs ils demeuraient en Borsippos et se morcelerent en plusieurs sectes. Entoutcas, le sacerdoceKuschitico- Cephenique, existant de longue date en Babylonie eten Medie, s'estperpetue danslesChaldeens ou apasseäeux.

(i) Jeieni. 59, 3 iö. Diog. Laert. 8. 3 Ciirl. 5, !. 22.

ET JUDAISME. 235

77. — C'est proprement dans la ville de Bei que l'idolätrie avait pris naissance : Babylone etait metropole du paganisme. La s'elevait ä la hauteur de 600 pieds, le temple pyramidal a huit etages de Bei, dejä delabre au temps d'Alexandre, mais dont les ruines nous frappent encore d'etonnement. A une epoque plus reculee, il y avait, a l'etage superieur, un autel d'or et un lit magnifiquement pare pour le dieu : de temps en temps une femme de la contree choisie par le dieu, au dire des pretres, venait y passer la nuit. A l'etage inferieur se trouvait la statue d'or de Bei et l'autel du meme metal, oü brülaient, ä la fete du dieu, mille livres de parfums precieux. Dans un culte, comme celui de Babylone, oü les idees morales de faute et d'expiation s'etaient presque eftacees, predominaient naturellement les offrandes des vegetaux et surtout des parfums. Onles portait le plus pres possiblede la divinite: les animaux, sacrifices moins agreables, etaient immoles dans le parvis. Voilä pourquoi dans de nombreux passages de l'Ecriture, « brüler de l'eneens » signifie adorer les dieux et leur offrir des sacrifices (i). Quand Isaie parle d'un peuple qui brüle de l'eneens sur le moindre carreau de brique, ce sont bien les Babyloniens qu'il a en vue (2).

78. — Bei et Mylitta, que les Grecs prirent pour Zeus et Rhea, etaient les principales divinites des Babyloniens. Mylitta s'identifiait avec l'Astarte des Syriens, rUranie ou reine des cieux d'Herodote, et parait avoir ete ici, comme ailleurs, la grande mere de la vie, la deesse de la naissance et la protectrice de la generation. Toutes les femmes du pays se prostituaient aux etrangers en son honneur. Les Babyloniennes se te-

(1)2. Rois,2i\ i:;25, ü Jeiem. i,'6; 7, 9; !i,!L'.

naient dans les bosquets de la deesse, une guirlande nouee autour du front ; aucune ne pouvait retourner chez eile, avant qu'un etranger lui eüt jete une piece d'argent et lui eüt dit de le suivre au nom de Mylitta. A cette parole elledevait obeir; mais, une fois consacree ä la deesse par les embrassements de l'etranger, personne ne pouvait plus, comme Herodote le rapporte (i), l'obtenir ä aucun prix. Cette coutume cxista plusieurs siecles avant Herodote: « les femmes, dit la lettre de Jeremie, s'asseyent le long du chemin, revetues de leur ceinture et brülant des parfums: Celle que le passant choisit pour ses infames plaisirs, meprise ses compagnes et leur reproche que personne ne leur ait fait l'honneur de denouer leur ceinture (2). Du temps de Strabon, cette coutume etait encore en vigueur.

79. — Le Bei de Babylone, n'etait pas essentiellement distinct du Baal phenicien : a une epoque plus reculee, ce n'etait pas un dieu solaire ; la statue d'une divinite solaire se trouvait meme ä cote des images d'autres dieux. Bei parait avoir ete un dieu du ciel, de la lumiere et du feu, tandis que Mylitta, element divinise, representait l'eau, comme Anaitis. Ce n'est ([ue plus tard que Bei fut honore commedieu assyrien du soleil, etalorsmeme il conserva une certaine aftinite avec Saturne(3). Les Babyloniens honoraient probablement un dieu solaire, semblable ou identique ä I'Hercule Sandon des Assyriens ; mais il ne parait pas avoir ete represente dans le temple de Bei.

80. — L'astrolätrie predominait cependant dans 1(culte des Chaldeens. Le temple de Bei leur servait

(!) Herod 1. :8!.

r2) Baruch. G, 42-i5 (3) Scrv. ad. .■Kn.t,72P.

ET JUDAISME. 255

d'observatoire : ils avaient fait de Tastronomie et de l'astrologie une science intimement liee ä la religion ; I'une et l'autre etaient fondees sur une Sympathie, sur une action reeiproque, existant, selon eux, entre la terre et les flambeaux du firmament. Äussi, dans ces contrees oü le ciel est si pur, oü les giobes Celestes se rapprochent, pour ainsi dire, de l'homme ä travers Tatmosphere diaphane et frappent d'un magique et eblouissant eclat celui qui les contemple — les esprits une fois imbus des idees pa'iennes sur la deification de la nature, ne devaient-ils pas etre naturellement portes a voir, a adorer dans les astres, des puissances Celestes, ayant conscience d'elles-memes et decrivant librement leur orbite ? Ce culte devait etre bien seduisant, puisque le legislateur Hebreu adresse ä son peuple ce solennel avertissement : « Ne levez pas les yeux au ciel, pour contempler le soleil, la lune, les etoiles, et l'arniee Celeste ; craignez de prevariquer. de leur adresser vos prieres et vos hommages (i). » — « Ai-je considere la lumiere (le soleil), dit Job, et la lune dans sa marche radieuse ? Mon coeur s'est-il laisse seduire en secret ; ai-je, pour les honorer, comme des dominateurs divins, baise ma main ? — Crime enorme, puisque c'est renier le Tres-Haut (2). »

81. — Peu ä peu on envint ä consulter les astres ; on lut dans leurs mouvements, les destinees des peuples : on leur offrit des prieres et des sacritices, comme ä des etres vivants et ayant entr^ leurs mains le sort des hommes. Bien plus, on voulut rapprocher ces puissances ou au moins une emanation de leur pouvoir ; on tenta de les faire descendre et de les fixer pres de soi. L'influence, emanee des astres ou soustraite

(1) Deut, t, lü-19.

(2) Job. 5!. 26-28.

ä ces Corps par des rites magiques, etait concentree dans les Teraphim qu'on portait sur soi en guise d'amulettes. Un vaste champ s'ouvrait aux experimentations de l'astrologie et de la magie. Les planetessurtout que les Clialdeens avaient depuis longtemps distinguees des etüiles fixes et ramenees ädes constellations, avaient une vertu particuliere, qui dominait tous les cercles de la creation terrestre et exer^ait sur la vie dela terre et sur lesetresquis'y trouvent, une influence des plus puissantes. Lesplanetesportaient lenom« d'interpretes;» leurmouvementparticulier devoile l'avenir; leur couleur, leur lever, leur coucher annoncent aux hommes, inities ä leurs mysteres, les arrets du destin. Chacune des regions sublunaires etait soumise ä une puissance siderale : dans les metaux, dans les pierres, dans lespiantes, dans les animaux, dans les hommes se manifestait la vertu del'astrequi penetrait et remplissait tout leuretre. Deläla conüancequ'onavait dans les amulettes, oü I'on croyaitavoir concentre et fixecette vertu, cette emanation siderale. Le sort des empires, des rois et de tous les hommes pouvait se lire dans les orbites decrits par les planetes. Jupiter et Venus, comme des genies bienfaisants : Mars et Saturne, comme des esprits hostiles, etaientspecialement honores. Trente autres astres, subordonnes aux planetes etaient nommes « divinitesconseilleres ; » puis venaient douze « seigneurs des dieux ; » ä chacun d'eux etaient consacres un des mois de l'annee et un des signes des Zodiaques. On ignore si Nisroch, Anamelech, Adrameicch, que la Bible ditavoirete honores chezles Assyro-Babyloniens, etaient des divinites siderales. Voici selon Diodore qui semble s'appuyer sur Ctesias, quelques theories chaldeennes : la terre est de sa nature eternelle ; n'ayant pas eu de commencement, eile n'aura'point de fin — l'ordonnance de l'univers vient d'une Providence divine —

ET JUDAISME. 237

ce que le firmament offre maintenant ä nos contemplations n'est ni accidentel, ni spontane — tout est etabli par les decrets immuables des dieux (j).

82. — L'Assyrie regut de Babylone le Sabeisme. La Syrie lui donna le culte d'Adonis, L'ancienne deesse tutelaire de l'empire assyrien, etait Semiramis et on lui attribuait tout ce qui s'etait fait de grand dans ces contrees. D'abord, deesse-poisson, Derketo ou Atergatis, eile s'etait insensiblenient fondue avec l'Uranie Syrienne et la Mylitta de Babylone : cette transformation est exprimee dans le Mythe, qui fait de Semiramis la fille de Derketo : celle-ci seprecipite dans la mer, apres raccouchement ; mais la fille ordonne de n'honorer d'autre divinite que sa mere. Aussi Semiramis est-elle representee posant le pied sur Derketo : eile a pour attribut la colombe, oiseau sacre des Assyriens et Symbole de la volupte et de la fecondite. On a trouve, dans les ruines des palais Assyriens, les noms de Bei, d'Astarte, de Beltis, d'Assarac ; celui-ci est designe dans les inscriptions «comme le grand dieu et leroi des dieux » et s'identifie probablement avec Bei. On y rencontre aussi frequemment la statue d'un dieu ä tete d'aigle, qu'on suppose etre le Nisroch de l'Eeriture (2). Des figures humaines grossierementsculptees, muniesd'ailes et de serres d'oiseaux, avec une poitrine de femme et une queue de scorpion ont ete decouvertes dans les ruines du palais ä Nimrud et paraissent representer un mauvais genie (0). De pareilles monstruosites s'expliquent plus ou moins, quand on se rappelle que la civilisation assyrienne etait nee du melange des Chamites ou Kuschites avec les Semites et les Eriens des bords du Tigre.

(1) Diod. 2, 29.

(2) Isaie 37, 38.

(5) Grotefend. Abhandl. des Gott. Ges. v.p. 141.

iV. — SYRIE. — PHENICIE. — ARABIE.

85, — Les religions indigenes de la Syrie n'avaient pas ete, comme celles de l'Asie-Mineure, ebranlees et alterees par la domination et la colonisation grecques. Des villes grecques avaient, ä la veritö, fleuri sur ces rivages, surtout depuis le temps des Diadoches ; la langue et les dieux helleniques y etaient en honneur ; mais ce culte ne semble pas avoir exerce une attraction bien puissante sur les indigenes : les tribus cananeennes conserverent leurs dieux et leur culte antiques. Ici encore nous rencontrons une divinite dont le nom avait pour les peuplades etablies entre le Tigre et la Mediterranee, une signification aussi etendueque celui de Zeus pour les Grecs. Ceux-ci, le comparant ä leurs dieux, le prirent tantüt pour Zeus, tantöt pour Chronos ou Helios, enfin pour Heracles ou Ares, et meme en firent, ä la facon des Evhemeristes, un ancien roi divinise. A une epoque plus reculee, Tyr et les colonies avaient honore Baal, sans lui consacrer d'image ; mais bientöt son culte devint idolätrique et compta, surtout ä Tyr, un grand nombre de pretres. Ceux-ci furent extremement nombreux; dans un passage de l'Ecriture, il est dit que dans le petit royaume d'Israel, il y avait 450 pretres de Baal, et 400 pretres de la deesse Aschera (i). Son image etait portee par des taureaux, qui symbolisent la puissance generatrice de rhomme. Quelquefois on le representait portant en ses mains des grappes de raisin et des grenades. Les peuples de la Haute-Asien'admettant ä proprement parier,

(I) I, Rois. 18, 19. ■

que deux divinites de la nature, l'une male ou f^condante, l'autre femelle ou fecondee, Baal etait ä la fois dieu elementaire et sideral. En cette premiere qualite, il etait le dieu de la puissance qui cree et propage la vie et surtout du fcu. II etait aussi dieu du soleil et comme tel il etait represente sous une forme humaine, le front ceint d'un diademe de rayons, Symbole de l'astre brillant du jour. Sous ce double rapport, il etait le dominateur du ciel (Beelsamen) et le maitre de la terre qu'il fecondait. De \k vient que les Grecs virent leur Helios dans le Baal de Palmyre, d'Heliopolis et d'Emese: une inscription de Palmyre lui donne en effet le nom de Baal-Schemesch ou maitre du soleil. Pour les Evh^meristes, il est le plus ancien roi des empires et des peuples qui l'honoraient, des Assyriens, des Babyloniens, des Pheniciens, des Syriens, des Cypriotes, des Lydiens, des Carthaginois. De meme que Zeus avait son tombeau en Crete, les ossements de Belus reposaient ä Babylone, ä Tyr et dans la colonie phenicienne de Gades.

84. — Le Moloch des Cananeens ne differait pas essentiellement de Baal: c'etait le meme dieu, mais envisage sous une autre face, connne le dieu du feu devorant, du soleil brülant quifrappe lacontree de sterilite et de maladies pestilentielles, desseche les sources et dechaine les vents empoisonnes. L'identite est prouvee par deux textes des livres saints:«ilsconstruisirent, dit Jeremie, des hauts-lieuxdans la valleede Ben-Hinnom, en l'honneur de Baal, pour y consacrer leurs enfants ä Moloch » — et ensuite — « les Juifs consacrerent les hauteurs k Baal, poury brüler leurs enfants comme des holocaustes en l'honneur de ce Dieu (i). » On otfrait ä Baal des parfums, des taureaux et peut-etre des che-

(1) Jer6m.32, 33; 19, 5.

vaux — au moins les Persesimmolaient-ilsces derniers animaux au dieu du soleil. Mais les enfants etaient les principales victimes. Les enfants, tresor le plus eher des parents, creatures innocentes, etaient, croyait-on, le presentle plus agreable qu'on put faire au dieu, le sacrifice le plus efficace pour apaiser sa colere — ensuite, le dieu ä l'essence duquel appartenait la puissance generatrice pouvait, k bon droit, reclamer des enfants la vie dont ils lui etaient principalement redevables. C'est sur ces idees que se fondait cet abominable culte. Les victimes etaient jetees dans les flammes; le Dieu du feu leur avait donne la vie ; il la leur reprenait par l'action devorante de ce terrible element. Au dire des Rabbins, Moloch avait une forme humaine, une tete de taureau et les bras etendus ; cette description est conforme a Fidec que Diodore nous donne du Chronos Carthaginois, qui n'est autre que Moloch (i). La Statue de metal etait chauffee en dedans et les enfants, deposes sur ses bras, roulaient dans le gouffre brülant. Le sacrifice manquait de vertu s'il n'etait pas volonlaire de la part des parents : le premier-ne, l'enfant unique de la famille etaient impitoyablement immoles. Les parents etouttaient par des baisers et des caresses les cris des enfants : la victime ne pouvait gemir, ses plaintes etaient couvertes par le bruit des flütes et destimbales {'2). La mere, dit Plutarque, etait lä sans verser une lärme, sans proferer une plainte: en pleurant, eile sedeshonorait sans sauver son enfant{3). Tous les ans, ajour fixe, on celebrait ces sacrifices: on les offrait aussi pour conjurer les calamites publiques et le courroux du Dieu, pour obtenir le succes d'une

(1) Jarchi in Jereni. 7, 51. Diod. 20, 14.

(2) Euseb. de laud. Const. 13, 4. Diod. 30 U. Lact. inst. 1,21, 15. Clitarch, ap. Sciiol. in Plat. Remp. 1, U. 5. Miniic Octav. 30.

(3) Plut. de Superst. C 13.

ET JUDAISME. 241

importante entreprise. Cette coutume barbare se retrouvc dans le Mythe de Thesee et du Minotaure. Le monstre de l'ile de Crete qui avait aussi une forme humaine, une töte de taureau, et exigeait un tribut annuel de chaire humaine etait le Moloch de la Phenicie. Le triomphe de Thesee n'est que l'abolition du culte sanguinaire. Europe, enlevee par le taureau et transportee de Phenicie en Cr^te, symbolisait la colonisation de l'ile par les Pheniciens: le taureau representaitle dieu dusoleil: Europe etait Astarte, deesse de la lune.

85. — Baal, honore sous une autre forme, etait Melcarth (roi des villes), divinite tutelaire de Tyr etde ses colonies, qui avaient propagö son culte sur les cötes de la Mediterranee. Ce protecteur et archögete de Tyr etait l'Hercule phenicien, dieu du soleil et du feu (sur ses autels brülait un feu perpetuel), souche d'une dynastie et chef hero'ique d'expeditions innombrables. Dans la legende asiatique, il combat les lions et meurt volontairement sur le bücher: traits que les Grecs ajouterent au mythe de leur Hercule(i).

86. — Dans l'Astarte de l'Asie Occidentale, nous retrouvons la grande deesse de la nature, placee ä c6i6 de Baal, Dominatrice des Astres (2), reine des cieux (3), deesse de la lune (4), m^re de la vie, et presidant ä la fecondite. Sous le nom d'Astartö eile etait la divinite tutelaire de Sidon, et differait peu de la Baaltis de Byblos et de TUranie d'Ascalon. Les Grecs et les Romains la prirent pour Junon, parce qu'elle etait au-dessus de toutes lesdivinites femellesde l'Asie:

(l)NonM. Dionys. 40, Ö(i9. sq. Sil. Ital .'$, S9. Luc, de Dea Syr. 49. Kiiseb. de laud. Const. 13.

(2) Herodian. 2, a, 10.

(3)Jerem. 7, !8.

(4) Liician de Dea. Syr. 4

pour Aphrodite, parce qu'on lui rendait un culte infame — pour Selenö, parce qu'elle etait representöe avec Uli croissant comme deesse de la lune. Aschera dont la Statue de bois souilla jadis le temple de Jehova (i), etait au fond la meme qu' Astarte, nommee quelquefois Astoreth dans rAncien-Testament ; l'une de ces deesses etait ä rautre,ce que Baal etait ä Moloch. Le sacrifice humain qu'on lui offrait consistait non dans rimmolation, mais dans la prostitution des femmes. C'est dans le temple de cette deesse ou dans les bosquets sacres qui Tentouraient qu'elles s'abandonnaient ä ceux qui venaient assister aux solennites religieuses. La legende rapporte qu'Astarte elle-meme exerga ä Tyr cet infame traue (-2) : dans plus d'une localite, les femmesetlesfillessevouaientpouruntemps assez long ou pour la duree des fetes, ä l'impudicite, dans le but d'obtenir ou derecouvrer les bonnes gräces de la deesse (ö).

87. — Cette coutume si repandue dans l'antiquite et regardee partout comme le culte le plus agreable qu'on put rendre äla diviniteavait de profondes racines dans les idees des peuples de l'Asie. Comme l'etre supreme y appartenait ä Tun ou äl'autre sexe — que deux divinites, l'une male, l'autre femelle, s'y trouvaient en presence, les rapports sexuels devaient naturellement paraitre fondtis sur la nature de la divinite — l'appetit sexuel et la satisfaction de cepenchant, rendaientmieux que toute autre qualite, que tout autre acte, l'homme semblable aux etres superieurs. Ainsi la volupte devint un culte et comme le sacrifice en general consiste ä se devouer ä la divinite d'une maniere imme-

(1)4 Rois 21, 7; 23.0.

(-2) Epipli Opp. II, 107.

(5) Athenag. Leg. p. 27.

ET JIDAIS.ME. 245

diäte ou par Substitution, la femme ne pouvait mieux servir la dt^esse que par la prostitutioii. De \k vint l'usage si repandu, en vertu duquel les vierges devaient, avant leur mariage, se laisser outrager urie fois dans le temple de la deesse. C'etait lä, dans un autre ordre d'idees, l'oflrande des premices. Cette coutume avait ete moditiee ä Byblos de la maniere suivante: aux fetes d'Adonis, les femmes se coupaient les cheveux en Thonneur de Baaltis : celles-lä seules qui s'y refusaient devaient s'abandonner aux etrangers: le salaire de cette Infamie etait consacre ä la divinite (i).

88. — Mais sur cette pente on ne s'arrete jamais: les forfaits qui outragent la nature furent regardes comme un culte agreable ä la deesse. Sous ce rapport, le temple qu'elle avait ä Apliaka dans le Liban, etait surtout fameux. Entierement isole, il etait, dit Eusebe, le lieu choisi par ceux qui detruisent leur corps par certaines abominations. Les hommes y sont tout effemines et ont perdu tout signe de virilite. La noblesse du sexe n'est rien pour eux: ils honorent la divinite par les exces d'une volupte brutale. Un commerce criminel avec les femmes, Timpudicite, les actes qui fönt frdmir souillent ce sanctuaire; toute pudeur en est bannie, l'honnete homme n'en approche jamais (2). Ce lieu etait d'autant plus renomme que la foule qui y accourait pouvait tous les ans y contempler un prodige d'un globe de feu, paraissant sur les hauteurs et venant s'6teindre dans le lac qui etait ä proximite du temple. On jetait ensuite des presents d'un grand prix dans le lac; ceux que la deesse agreait et encore les plus le-

(!) Strab. Tho. I.iic. de üea Syr 6. Cyrill. Comm. in Isai. 111, 11, 275. K(l. Par.

(2) Eliseb. Vita, (ioiist. 5, ."iü.

gers d'entr'eux, allaient seuls rejoindre le globe merveilleux au sein des flots.

89. — C'etait cette meme divinite de la nature, qui sous le nom de deesse Syrienne avait k Hierapolis ou « ville sainte » un des temples les plus fameux, les plus magnifiques de l'antiquitö. Son Image, decrite par Luden, appartenait k la derniere periode de l'Hellenisme de ces contrees et representait, sous l'influence grecque, une divinite pantheistique. Les Grecs qui avaient fait du principe femelle de la nature plusieurs deesses retrouverent au moins un trait de chacune d'entr'elles, dans cette divinite universelle des Asiatiques. Comme deesse souveraine ou reine des cieux, eile etait Hera; mais avait aussi quelque chose d'Athene, d'Aphrodite, de Seltne, de Rhea, d' Artemis, de Nemesis et des Mores; en fait, c'est de Cybele qu'elle se rapprochait le plus. Elle avait en main le sceptre et le fuseau: son front portait un diademe de rayons et une couronne murale; eile avait de plus la ceinture, ornement reserve ordinairement ä Aphrodite Uranie. Sa Statue doree se trouvait avec celle de Baal-Zeus, sur un char traine par des lions : une pierre attachee ä sa tete eclairait le temple durant la nuit. Elle s'identifiait, croyait-on, avec Atergatis ou Derketo, honoree sous la forme d'un poisson sur les cotes des Philistins. Leculte s'adressait simultanöment ä Baal et ä la deesse et la magnificence du temple etait teile que Crassus eut besoin de plusieurs jours, pour peser les vases d'or et d'argent et autres objets precieux, qui s'y trouvaient (i), dons inestimables, venus de l'Arabie, de la Babylonie, de l'Assyrie, de la Phenicie, de la Cilicie, de la Cappadoce, enfm de toutes les contrees oii se parlait une langue semitique (2). Dans le parvis du temple se

(1) Pliii H X. 5, 19 Strab.7-t8. Macrob. Sat- 1, 25.

(2) l.iic. de Dea Syr. 10, Cfr. J6.

ET JUDAISME. 24o

trouvaient un grand nomhre d'animaux apprivoises et sacres; puis l'etang, oü nageaient les poissons cheris de la deesse. PrOtres et serviteurs etaient extremement üombreux: Lucien en compta jusqu'a trois cents dans un sacritice: venaient ensuite des troupes de joueurs de flute, de Galles et de femmes en delire, La fete du printemps, appelee feto des flambeaux ou fete de l'incendie, attirait des spectateurs de toutes les contrees: on y brülaii de gros arbres dont les branches portaient des oflVandes. Les enfants aussi etaient immoles; enfermes dans des outres, on les precipitait du haut du temple, en prononcant ces effroyables paroles: « Ce sont lä des veaux et non des enfants. » Dans la cour du temple s'elevaient deux phallus enormes. Au bruit etourdissant des timbales, des flütes et de chants delirants, on voyait les Galles se meurtrir les bras. Les spectateurs, incapables de maitriser l'impression, produite par ces actes et le vacarme qui les accompagnait, etaient empörtes par le meme delire, se meurtrissaient et se mutilaient avec des tessons, semes h cet effet dans l'enceinte sacree. Parcourant ensuite la ville avec ce trophee sanglant, ils le jetaient dans les maisons et recevaient, en compensation, une toilette de femme. Ce n'etait certes pas la chastete qui inspirait cette infame mutilution: on voulait se rendre inhabile b. la generation : les Galles voulaient ressembler ä leur divinite. Le libertinage degoütant dans lequel ils vivaient ensuite avec les femmes etait tolere par les maris, comme une chose sainte.

90. — Ces inities de la deesse Syrienne parcouraient en mendiant les provinces de l'empire Romain, tout comme les pretres de Cybele. Habilles en femmes, la figure et les yeux peints a la maniere des femmes, armes de fouets et de giaives, ils portaient d'un lieu üiun autre l'image voilee de leur divinite. Ils se livraient a

PAGAMSME, ETC. T. H. 11

i^46 PAGANISMK

des danses sauvages, qui produisaient une extase bacchique; alors ils se decbiraient les bras de raorsures, les tailladaient avec les glaives et se flagellaient, comme pour expier un crime commis contre leur deesse. 11 fallait avoir exerce ce manege, pour se couper les membres, sans se blesser dangereusement; ces representations n'avaient d'ailleurs d'autre mobile que lacupidite (i).

91. — Le culte que le dieu solaire Elagabale, avait ä Emese en Syrie, presentait, k peu pres les memes caracteres. Cette ville honorait le soleil sous la forme d'une pierre noire, ronde et finissant en pointe. Le tirand-Pretre du dieu imrtait des babits et des ornements de femme. L'empereur Heliogabale qui avait ete revetu de cette dignite et importa ä Rome le nouveau culte, jetait dans le temple despballus humains, comme etant l'off'rande la plus agreable au dieu. La peur des souttVances l'empecha de se soumettre ä la mutilation; mais, ministre tldele de son dieu, il fit tout ce qu'il put pour ressembler k une femme (2).

92. — Adonis ou Thammus specialemeni honore ä Byblos, n'avait pas de culte dans les villes ou dans les colonies pheniciennes et sidoniennes, ni en general dans les endroits oü Melcarth-Heracles etait venere. Le premier jour des fetes d'Adonis etait consacre au deuil : les femmes pleuraient la perte du mignon et devaient, en l'honneurde ce dieu et d' Astarte, se couper les cheveux ou s'abandonner k un etranger (3). Les obseques du dieu, l'enterrement solennel de son idole fermait le deuil. Les rejouissances commencaient,

■ [) Soiiec liu bivv Vit. 'zö. L;u:t. 1, '2\.

(2) Dion Cass. TU, 1 1. Herodiaii 5. 5.

(3) Luc. de Dea. Syr. c. 6.

ET JÜDAISME. 247

quand Adonis etait retrouvö, c'est-ä-dire quand sa tete, enfermee dans un vase de terre ou dans une corbeille de papyrus, arrivait par la mer, ou que ce vase portait au rivage une lettre des femmes d'Alexandrie, annonpant qu'Adonis venalt d'etre retrouve par Aphrodite (1).

95. — Antioche sur l'Oronte, capitale brillante de la Syrie, avait une population « k demi barbare » (2), c'est-ä-dire, composee de Grecs et d'Asiatiques: aussi les dieux desdeuxpeupless'yetaientmelanges.Daphne, sejour delicieux k proximite de la ville, plante de bosquets de lauriers et de cypres, arrose de sources l'impides, rendait a Apollon et ä Artemis un culte qui avait beaucoup d'affinite avec celui de Baal et d'Astarte. Daphne etait celebre dans l'antiquite : les fetes voluptueuses qu'on y celebrait, le devergondage des coutumes, les abominations auxquelles les rois de Syrie et leurs Sujets se livraient ä l'envi, comme pour honorer leurs divinites, etaient cites partout. Sous l'empire romain rien n'y fut change. La solennite, dit Libanius lui-meme, consiste k se souiller de tout ce qu'il y a de plus ignoble, ä deposer le dernier reste de pudeur (5). Venaient ensuite les fetes d' Adonis, oü les plaintes, les gemissements, les hurlements remplissaient la vaste cite (4). A la fete Majuma, consacree k Dionysos et k Aphrodite, on voyait des courtisanes nager toutes nues sur le thöätre (5).

Page 1