‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 24 sur 37 · PAG AM SM E · texte numérisé non relu

PAG AM SM E

raient principalement le dieu üagon ; le temple qu'il avait a Gaza, etait anciennement le centre de la confe- (leration formee par les villes des Philistins. Sa statue f'tait un poisson, ayant des mains et une tete humaines. II ressemblait, par consequent au dieu Babylonieii Odakon qui, Selon Berose, etait moitie-poisson, moitie-homme. Derketo, moitie-femme, moitie-poisson, partageait les liommagos qu'on lui rendait et avait son principal sanrtuaire ä Ascalon. La forme qu'on leur donnait, faisait d'eux des divinites marines, etait ineonnue dans la Syrie et ne se retrouvait que sur les eutes de la Philistic. Derketo, dit le mylhe, frappee de delire par sa rivale Aphrodite, avait donne le jour a une fille nommee Semiramis ; — honteuse de sa laute, (die s't'tait precipitee dans le lac, oü eile fut changee en poisson. Son culte etait donc naturellement hostile ä celui (ju'Ascalon rendait a Uranie. Le dieuMarnas, que les iiahitants de Gaza refuserent obstinement d'abanlonner, meme apr^s l'introduction du Christianisme, presidait ä la tempörature et corrcspondait ä Baal et ;^ Zeus. II avait, parait-il, insensiblement refoule Dagon .'t etait specialement invoque dans les secheresses trop ])rolongees,

Oo. — Nulle part, le Paganisme ne resista avec tant de tenacite aux effbrts des ages qu'a Charre ou Harran, ville de 3fesopotamie, enserree entre deux empires rivaux. Elle conserva, h travers. les premiers siecles <-.hretiens et jusqu'au milieu du moyen-äge, ses traditions paiennes, qui n'etaient qu'un amalgame d'idees 4j;recques et du culte idolätrique de l'ancienne Syrie. Nommee pour ce molif Hellenopolis ou eite des gentils, rdle posseda longtemps une eeole pa'ienne, imbue de iheories neo-platoniciennes; en 540, eile fut epargnee par Khosru, roi de Perse, ä cause de rattachcment que le grand j)onibre de ses habitants montraient pour le

ET JUDAISME. 249

Gentilisme (i). La ronommee quelui avait faite le culte de sa divinite lunairc androgyne, attira dans ses murs les empereurs Caracalla et Julien. En 830, le Kalife Mamun menaca de mort Ics Harraniens qui s'etaient repandus jusque dans Edesse et dans quelques autres villes au nord-cst de la Syrie et de la Mesopotamie: il les for^a d'embrasser une des religions tolerees dans le Kalifat. Alors ils se prononcerent pour le Sabeisme, professe par ceux que le Coran designe comme les ancetres des Mendaites de nos jours (•2). Depuis lors. les Musulmans donnerent aux Pa'iens de Harran i( nom de Sabeens: les chretiens de la Syrie continuerent ä les appeler Harraniens, « Rhenfo'io » c'est-a-dire gentils. Une divinite soJaire, Schemal, « le grand Seigneur » etait le principal objet de leur culte: pres de lui, se plagaient une deesse lunaire et les sept phinetes, representees les unes comme desdivinitesmäles, les autres comme des divinites femcUes. Ils brülaient les animaux vivants en Thonneurde Beltis ou Mylitta, les femmes pleuraient toujours la perte de Thamniuz ou Adonis, qu'on fit cependant passer plus tard pour un prophete, lue par un roi qu'il avait voulu amener au culte des divinites planetaires et zodiacales. Dans les sacrifices secrets, on immolait un enfant nouveaune, dont la chair etait cuite et melee ä de la farine et autres ingredients vegetaux. De ce melange, on faisait des gateaux que tous les mystes (les femmes exceptees) mangeaient toute l'annee dans une espece de communion infernale. C'est lä l'originc de la coutume analogue, observee par les sectes gnostiques,

(!) Pi'ocop. Cell Pers. 2, 15. Comp- la nute de .Suiiit .Martin a 1 bist, du Bas-Eiiip de le Beaii, 111, 61-

(•2) HuUinger. Hist. Orient. Ed. 11, [». i2o-2. Comp, les Communic. tirecs d'iin ouvr. incd. de ChwohL-sOlm. .sur les Sabeens; dans le buHet. hi.st. phil. del'Aead de St Pelerb. T. x, p. 226. ss

ainsi que des accusations lancees contre les chretiens dans toute l'etendue de l'empire Romain (i).

96. — Les nombreuses tribus de l'Arabie honoraient une foule de divinites; toutes etaient d'une nature siderale et Ton peut, apres un peu de reflexion, les ramener ä un petit nombre de dieux des astres. Abulfaradsch cite lesoleil,laluneetcinqconstellations: Jupiter, Aldaraban, Canopus, Sirius et Älercure, comme etant adores dans certaines tribus. Celle des Takifs, honorait ä Taif, ville situee au sud-est de la Mecque, la « grande deesse Allat, » sous la forme d'une pierre blanche quadrangulaire. Les Koreschites l'adoraient sous un grand Palmier sacre, oü tous les ans des troupes de pelerins venaient offrir des sacrifices et attacher leurs armes (2). La ville de Nagran adorait aussi un palmier: une fete annuelle lui etait dediee et alors on attachait ä ses branches des etoftes d'habillement et des ornementsde femme (5). La deesse Allat est l'Alilat qu'Herodote croit etre la meme que Mylitta et Uranie. Chez les Arabes, c'etait avant tout une divinite lunaire.

97. — Apres cette Allat, le Coran nomme encore deux autres deesses principales: « Uzza et Manat. » Uzza, c'est-ii-dire « la puissante (4), » etait adoree dans la tribu des Gatafans, sous la forme d'un Samurah, une Variete d'Acacia: ailleurs, eile etait representee comme femme: Evagre lui donne le nom d'Aphrodite (5). Le

(1) V. les passages dans Hottinger 1. c. p. 273 avec ies correct. d'Abrah. Echellens. Eutych vindic- 11. 536. Chwohlsolin en apporte de nouvellespreuves, tir^es de nianuscrits.

(2) Osiander, Etudes sur la religion desArafaes, avant IMslam. (Zeitsch. 0. D. M. Ges. VII, 481).

(3) Caiissin de Perceval. E-i^sai sii:- Thist. des Arabe», i, 125

(4) Bergmann, derelig. Arab ante-i!-lam. Argentor 18.34. p. 10. (o) Hist. eccl. 6, 22.

ET JUDAISME. 251

poete Za'id Ben-Amer (i) cite deux filles d'Uzza. Manat etait specialement honoree h Jathreb (Medine); che2 quelques tribus, son idole etait un bloc de rocher.

98. — Dans l'Arabie-Petree, ä Bostra, ä Petra, a Sela, le dieu principal etait Dusares, TUrotal d'Herodote, identique, selon lui, avec Dionysos. Un tempie magnifique renfermait a Petra son idole qui etait une grande pierre noire, informe, quadrangulaire, placee sur une base doree. Ce n'est que comme divinite solaire qu'il fut transforme^ en Dionysos. L'Italie adopta son culte, les Romains frapperent des medaiiles oü son nom se trouvc avec le type des vendanges (-2). On lui offrait des sacrifices humains. Les Arabes Scenitiques ou Dumatenes lui immolaient tous les ans un jeune gar^on qu'ils enterraient sous la pierre noire (3). On dit qu'un Cheik Arabe, qui avait immole de sa propre main plusieurs victimes humaines, se convertit au christianisme, sous l'empereur Maurice (4).

99. — Dans la Gaaba de la Mecque, auguste sanctuaire national, fonde au commencement du 3" siecle av. J.-C, etaient rangees en ordre les 06O idoles des tribus de l'Arabie. La divinite principale de ce tempJe et des Coreschites etait Nubal : on le representait ayant sept fleches äla mainrc'est devant sastatue qu'on consultait le sort au moyen de fleches (3). Ce culte etait venu du nord, probablement de la Syrie: Nubal est evidemment le meme que le dieu des Harraniens. Les Arabes affirment que les idoles ä forme humaine leur sont venues de la Syrie : les pierres et les arbres

(1) Ap. Reiske, primae lineae, ed.Wüstenfeld, p. 265.

(2) Zöega. de Obeüsc p. 20.5, 20G

(5) Porphyr, do abst 2, p. Ho. Eiiseb Pricp. Kv. 4, lü 0r;it. ad Const c. 13.

(4) Evag. H. E 6, 22 (.=)) Pococke, Spcc Hist AvaU. ed. White, p. :'8.

252 PAGAMSME

etaient les objets privilegies de leur cultc. C'etaient h\, ä leurs yeux, non-seulement des symboles, mais aussi des depositaires et comme des canaux de la vertu di ■ vine. Schahrastani donne aux Sabeens ou adorateurs des astres le nom de « sectateurs des maisons, » parce qu'ils regardaient les planetes comme les demeures de leurs divinites; « mais, disent selon lui les Arabes, les maisons ne sont pas toujours visibles — et pour cela, nous devons avoir aussi des figures, desformes personnelles, que nous puissions contempler ä chaque moment, auxquelles nous puissions demander, de nous ouvrir l'entree des maisons; — nous leur adressons nos piieres et nos hommages, pour qu'elles nous rapprocbent de la divinitc (i). » H Importe donc, continuent-ils, d'observer le temps, ie jour, l'lieure, d'attendre une conjonction favorable, pour fabriquer les images des dieux. Les Arabes enduisaicnt, en outre, les images du sang des victimes ou le repandaient sur la tete de lastatue: coutume qui s'explique peut-etre par la vertu qu'ils attribuaient a ces images (2).

100. — Les villes possedaient ordinairement plusieurs temples: la cite de Sabotha en Hadramaut en avait soixante ; Thomna, ville des Gebanitcs en comptaitjusqu'a soixante-cinq (0) : cette particularite vient probablement de ce qu'on reunissait ici, comme on fit plus tard a la Caaba, les idolcs de plusieurs tribus peu considerables. Ce dernier sanctuaire semble avoir ete comme la Metropole de l'Arabie : le respect qu'on lui temoignait atlermissait la preeminence que les Corescliites pretendaient avoir sur les autres tribus. Les Nacissites, avant bäti un temple semblable, on vit

(1^ Religioiis partheien, ubers. v. liaarbiiicker, 11, 68. (2) Rasniusscii.aiUlitani p. 69.

(ö)I>liii.H N. 1-2,52.

ET JUnAISMF.

Irlieir marcher contre eux a la tele de ses guerriers, et le sanctuaire usurpateur fut ruine de fond en comble (i). Les memes moUfs guiderent Abraha, roi de Jemana, dans son expeditioii contre la Caaba; niais le sanctuaire echappa miraculeusement, dit-on, ä une destruction inevitable (2).

Page 1