EGYPTE
lül. — Recemment encore 011 a vante les Egyptiens comme le plus religieux des peuples de I'aiitiquite. Cela est vrai, si l'on veut dire par la qu'aucun autre peuple ne se soumit si benevolement au joug de lareligion et ä des prescriptions vexatoires, qui dominaient toutes les relations de la vie. Leurs sentiments religieux etaient plus vifs, plus tendres et en meme temps plus passionnes que ceux des Grecs et des Romains. L'Egyptien etait invlolablement attache aux dieux et aux usages traditionnels et repoussait obstinement toute Innovation : un clerge nombreux et fortement organise exercait une vigilance continuelle. Aussi des milliers d'annees s'ecoulerent, sans alterer essentiellement le caractere du culte, ou determiner quelque progres dans les idees religieuses.
102. — L'Egypte n'avait pas le genie poetique et createur de la Grece. La sterilite de l'imagination de ce peuple, Tisolement du pays, Taspect uniforme que la nature y revet, l'organisation precoce des Colleges de pretres rendaient impossible toul d<;veloppement mv-
(!)Abulfe(J. Hist anle-is! [i löri. Portie' c, p O.^ (2)Abul!e(].p 200.
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thologique. Les dieux n'y ont pas la variete, la personnalite plastique des habitants de I'Olympe Grec. Mais s'ils ne represeiitaient qu'un petit nombre d'idees, ils sont aussi beaucoup moins anthropomorphiques et anthropopathiques que les divinites des Hellenes. La legende d'Osiris seule est un peu developpee; encore ce developpement a-t-il ete determine par une intluence etrangere et le conflit religieux qui en fut la suite.
103, — Au premier abord, le nombre des divinites semble avoir ete assez considerable, On fait mention de trois cycles de dieux ou de trois dynasties ; car les Egyptiens, comme d'autres peuples, plagaient un gouvernement de dieux au commencement de leur histoire. La premiere dynastie se composait des sept dieux supremes ayant ä leur tete lia, le dieu national du soleil, auquel se rattachait la famille d'Osiris; eile etait suivie d'une deuxienie dynastie de douze dieux et celle-ci d'une troisieme de trente demi-dieux. On attribue ici ä chacun de ces dieux un regne determine quant ä la duree ; Herodole aussi dit que ces cycles de dieux se sont succede par epoque et cite comme opinion generale que chaque dieu a regnö sur les hommes pendant un temps dt^termine.Il n'est doncpas douteux que cette division et cette succession chronologique ne soient le produit de l'imagination des pretres et datent de l'epoque oü l'Egypte formait un seul royaume. Mais, il y a au fond cette verite, que la preponderance d'un dieu et de son culte changeait avec les temps, et se reglait d'apres l'importance de la ville qui etait le berceau de ce culte.
j04. — Or, la mythologie egyptienne est le produit des differents cultes locaux. A mesure que les diverses contrees furent reünies pour former deux Etats plus grands, la Haute et la Basse-Egypte, on etablit un lien
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de. comiiuinication entre les divinites venerees dans ces contrees. On forma trols cycles dedieux ; quant ä ia composition de ces cycles et ä l'ordre de preseance des dieux, ils dependaient de l'influence politique, souvent changeante, de certaines villes. Dans chaque province dejä le chef-lieu etait un centre religieux, et quand l'Egypte se divisa en deux royaumes, ce furent les residences de Memphis dans la Basse-Egypte et de Thebes dans la Haute-Egypte, dont les doctrines religieuses et les cultes, developpes librement par les Colleges de pretres de ces cites, prevalurent sur tous lesautres. II se forma ainsi un polytheisme tres-artificiel, tandis qu'anciennement chaque ville ou contree avait venere un seul dieu ou dleu principal, accompagne d'une deesse qui en etait la compagne et qui en representait la nature d'une maniere feminine. Cependant les diverses villes et provinces conservaient toujours leur dieu special : Set, par exemple, etait toujours le dieu d'Ombos, Horus celui d'Edfu, Khem le dieu de Koptos, Leto la deesse de Buto, Thoth le seigneur d'Hermopolis, Chnuphis le seigneur du pays d'Esneh. Lorsque Thebes et sa dynastie s'emparerent de l'Empire nouvellement forme le dieu local de cette ville, Ammon, devint « roi des dieux ; » lors de la puissance de Memphis, son dieu local Phthah (Hephestus) obtint le premier rang.
105. — Le culte du soleilformaitla base dela religion egyptienne; dans le cycle divin de la Haute-Eg^'pte comme dans celui de Memphis, le principal groupe se composait de dieux solaires. Ghez les Ghamites de la vallee du Nil, le createur unique, dieu de ia plus ancienne tradition, avait subi la transformation mythologique paienne, d'abord par l'attribution d'un sexe ei par la distinction d'un cOte male et d'un cote femmin, et ensuite parce qu'on le materialisait et ridentifiait
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avec le soleil, la plus puissante force de la nature, qui domine toutes los choses terrestres.
106. — Mais, un dieu, le plus ancien et le plus universel, qui ne semble pas avoir appartenu a une localite particuliere, brille avant tous les autres : c'est Ra, le roi ou le pere des dieux; les autres divinites n'en sont que des imitations, ou elles n'en ont recu une signification plus haute et plus generique qu'en s'idcntifiant avec lui. II etait le seul qui n'eüt pas de conipagne; quand les pretres, suivant leur coutume favorite, voulaient en faire le chef d'une triade, ils adjoignaient la deesse Ra au dieu Re (i). Rien quo lui aussi, « le maitre des deux mondes siegeant dans le disque du soleil, » eüt son ancienne residence principale ä Heliopolis (On), la ville du soleil ainsi nommee d'apres lui, n'acquit Jamals une signification politique en Egypte, comme Memphis et Thebes; l'autorite de Ra, si haute gt si generalement reconnue, ne doit done pas etre regardee comme ayant pris naissance dans cette ville ; au contraire, sur tous les monuments de toutes les parties de l'Egypte {-2), Ra conserve le caractere d'un dieu supreme et createur; c'est le dieu des dcuxzönes, qui se cree lui-meme, l'eternel embleme des anciens rois du pays, qui en fönt deriver immediatement leur pouvoir terrestre.
407. — II est vrai que Ra a une mere, Neith, mais eile ne l'a pas concu avec une divinite male; il s'est donne la naissance lui-meme, ou, comme soleil, se la donne tous les jours, selon les termes d'un hymne ; ou bien « il est le seul procreateur du ciel et de la
(1) Lepsius surlc prenu cycle des Jieux de 1 Egyp., dans les disseit. del'Acad de Berlin, 18öi, p. 193.
(2) De Rouge dansla Revue arclieoi. vni, .iU
KT JUDAISME.
terre, et il s'est procret* lui-meme » (i). C'est lui, dit un autre hymne, qui existe au commencement; « les dieux de la demeure Celeste n'ont pas cree leurs membres eux-memes, c'est toi qui en as produit rensemble. » Or, cüiiime TEg-ytien, depuis les temps les plus recules, confondait toujours Tidee d'un supreme dieu createur üvec Celle d'un dieu du soleil, le dieu pouvait avoir une mere qui etait le ciel, surtout le ciel nocturne, ou du moiiis le ciel sans le soleil. « Ta mere, le ciel, etend les bras vers toi, » dit rhymne de la tombe du pretre Ptahmes; ou bieii: « Tu rayonnes, ö pere des dieux, sur le dos de ta mere; tous les jours, ta mere tc recoit dans ses bras; quand tu eclaires la demeure de la nuit, tu te reunis ä ta mere, le ciel. » Le lever journalier du soleil passaitdoncpour l'image de la generationdivine, eternelle, de Ra.
108. — La celebre inscription de la deesse Neith ä Sais etait ainsi con^ue (2) : « Je suis ce qui est, ce qui sera; personne n'a souleve mon volle, le fruit que j'ai misau monde est devenu soleil. » Ici s'enonce le pantheisme materiel qui penetra tout le Systeme religieux de l'Egypte, et qui a rejete sur l'arriere-plan l'idee ancienne d'un dieu vivant et createur. Le ciel, ou la nuit primitive, c'est Hule, le principe feminin passif, lequel, incapable de former par lui-meme, porte cependant dans son sein un principe male et procreateur. Se creant lui-meme, c'est-ci-dire se separant du sein maternel d'Hule, le dieu est ne comme soleil, et de lä est sortie toute vie et toute formation dans la nature.