‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 28 sur 37 · Herodote soutient qu'cn Egypte tous les · texte numérisé non relu

Herodote soutient qu'cn Egypte tous les

(1) Pliit. 1. c. c 73.

(2) Forph. deabst. i. 9.

ET JUDAISMF.

animaux , lant domestiques que sauvages, ont ett^ regardes comme sacres, mais il faut apporter deux restrictions h ccttc opinion. D'abord i)lusieurs especes telles que le chamcau, la girafte ne I'etaient pas et ensuite quelques-uns seulement etaient generalement vencres, et la plupart etaient adores dans un district seulement. C'est ainsi que dans une contree on venerait un animal dont on mangeait la chair dans une eontree voisine. Parmi les quadrupedes, on adorait generalement les boeufs, les chats, les lions, les chiens, les belettes et les loutres; parmi les oiseaux, Tepervier, la cigogne et Toie ; parmi les poissons l'anguille et le lepidote, On adorait la brebis ä Sa'is et dans laTheba'ide: on la sacrifiait et on la mangeait ä Lycopolis, parce qu'iei le loup, regarde comme dieu, en faisait autant; l'hippopotame etait sacre dans la province Papremitique; le crocodile passait pour sacre dans la plus grande partie du pays, mais on lo poursuivait et on le chassait ä Tentyra et ä Apollinopolis (i); l'oxyrynque, venere dans la viile du meme nom etait generalement deieste, de meme que le poisson phagrus adore par les Syenites. Le serpent sacre Thermuthis, qui scrvait de coitture ä Isis, avait des retraites dans tous les temples,oüon les nourrissait de graisse de veau (2).

133. — Les ditl'erentes manieres de considerer et de traiter les animaux, conduisaient ä de veritables guerres de religion. Du temps de Plutarque, une pareille guerre cclata entre les habitants d'Oxyrynque et ceux de Cynopolis; les premiers avaient mange un poisson oxyrynque et lesderniers, paf contre, avaient immole un chien. Les Romains pour faire cesser le

(1) Strab. 814. .-Elian. H. N 10, -24. ^-2) .Elian 10. 31.

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(;ariiage, les separereiit de force (i). Juvenal fait le recit d'un combat semblable entrc les Cophtes et les Tentyrites, ou un prisonnier tut meme devore par les vainqueurs (2). Lesmotifs de pareilles guerres ne faisaient Jamals defaut, parce que l'oecision d'uii animal sacre etait regarde par ceux qui le veneraient comme un cricrimequimeritaitlamort. Diodore vit unsoidat romain, qui par megarde avait tue un ehat, tue par le peuple, malgre l'intercession du roi; les Egyptiens, lors d'un incendie, pensaient plutut ä sauvcr les chats sacres qu'ä eteindre le feu. Quand par hasard quelqu'un trouvait dans les champs un animal inort, il s'arretait et aliirmait au.\ passants, avec furce lamentations, qu il i'avait trouve inanime. Un embaumait les animaux morts et on les renfermait dans des cercueils sacres ; le pays meritait reellement d'Otre appele une grande maison de betes saintes et est aujourd'hui encore rempli de momies d'animaux. Meme des rats, des hirondelles, des grenouilles, des crapauds etaient momities quoiqu'ils ne fussent pas sacres.

i34. — Les saints animaux avaient besoin de nombreux gardiens et domesliques; dans certaines familles ces charges etaient hereditaires. Ces animaux avaient leurs edifices sacres et leurs cours particulieres; des champs entiers etaient destines ä leur fournir la nourriture. On entreprenait de grandes chasses pour procurer aux oiseaux de proie la chair qu'ils aimaient. On brülait devant eux des parfums, on les oignait, on les parait magnifiquemcnt et on les faisait passer la nuit sur des coussins moelleux; on amenait ä chacun les plus belles femelies de l'espece qu'on

(1)riut. Isid. c. 72.

(2) Sat. lo, ou au lieu d'Ombos v. öo il fatit lire Kopti'S.

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piit trouver. Chaque maison, chaque taniille avait sa bete sainte, et en pleural t la mort comme on aurait pleure un enfant cheri ; quand un chat mourait, lous los habitants de la maison sc rasaieiit les sourcils; quand c'etait un chien, on se rasait la tete et tout le Corps (i). Certaines villes possedaient le privilege de recevoir dans leurs murs les momies de certaines espcces d'animaux ; les ibis etaient deposes ii Hermopolis, les eperviers a Buto, les chats h Bubastis ; on placait les boeufs dans une barque et on les conduisait dans l'ile de Prosopitis.

13o. — Les Egyptiens vouaient leurs enfants a ces betes ou au dieu auquel elles etaient consacrees. Ils leur rasaient la tete entierement ou en partie, pesaicnt les cheveux coupes et depensaient le poids equivalent d'argent pour soigner l'animal. Cependant il y avait encore des usages plus niauvais qui exposent dans un jour frappant les idees qu'on se faisait des dieux-animaux. Lorsqu'on avait decouvert un nouvel Apis, on admettait aupres de lui, pendant quarante jours, les femnies egyptiennes, auxquelles en toutc autre circonstance, il n'etait pas permis de le contenipler, et elles devaient lui montrer leurs corps tout nus (2). Les femmes se prostituaient meme aux boucs veneres comme dieux ä Mendes et ä Thmuis, usage dont Pindare fait deju mention (3). Lorsque Herodoie etait en EgTpte cela se faisait au vu de tout le monde : on explique facilement la defense de la bcstialite, defense souvent et si energiquement repetee dans le Pentateuque, lorsque Ton considere que les ma'urs et les infames habitudes des Egyptiens s'etaient com-

(1) Herod. -2, Gli. Ü7, Üiod. 1, 80.

(2)Diod. 1, 80.

(5) Strab. 80-2. Herod. -2. iß. Clem. Alex. Cohort. p. ü.

muniquees aux Israelitespendant leur longsejour dans le pays du Nil. II a bien faliu leur interdire formellementl'adorationdu bouc (i).

136. — Au premier rang parmi les animaux etaient les boeufs divins, queles Egyptiens veneraient au nombre de quatre. Le premier s'appelait le boeuf Hapi (Apis), le Phthah ressuscite: le deuxieme, Mnevis ä Heliopolis, s'appelait le soleil revivant; le troisieme, etait designe comme le « dieu ancien et deux fois grand; » le quatrieme, portait lenom de « grand dieu et roi du ciel. » Cependant le culte d'Apis et de Mnevis n'etait point borne ä ces deux villes, mais s'etendait sur tout le pays du Nil {-2), c'est-a-dire, qu'ailleurs aussi on.avait des boeufs adores comme Apis ou Mnevis; ä Memphis on avait meme un Mnevis ä cote d'Apis (5).

437. — Apis, ou Hapi-Anch, Apis vivant., aussi Anenchi,c'e3t-ä-dire, le roi de tous les animaux divins, representait la « deuxieme vie de Phthah, » et etait, par consequent, Tincarnation de ee dieu, qui passait ä Memphis pour le plus grand de tous. Mais il etait aussi Osorapis, c'est-ä-dire, Osiris Apis (4). Comme ä Memphis, le vieux dieu local Phthah, l'etre spirituel et createur, avait procree le dieu solaire Ra, ce qui veut dire qu'il s'etait donne le jour lui-meme {0), et qu'Osiris, regarde comme l'autre moitie de Ra, tournee de preference vers les enfers, etait au fond identique avec lui, les pretres pouvaient soutenir que leur Apis etait la veritable et belle image de l'äme d'O-

(1) Lfivit. 17. 7.

(-) Brugsch, Reisebers, 313.

(3) Letronne. Recueil des Inscrip 1, 296.

(4-) II y a dans un papyrus ä Leyde un Patesis qui s'ap;;elle

up^ivrci<picei7-T>i? ToZ O<ropu7tios y.oti Os-opoiuvitoi. Beav uiyKrrMv. Reuven«;, Lettres, in. p. 50.

(ö) Lepsius, cycle des dieux Egyptiens, 213.

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sii'is (i) ou qiie celui-ci, qui se montrait tel qu'il etait, aux morts de TAmenthe, se manifestait sur la terre sous la fürme du hoeuf Apis. Serapis ou Osorapis etait le meme dieu, le boeuf mort, identique avec Osiris ; on le representait comme Osiris d'Amenthe, mais avec une tete de boeuf. Ce culte du bceuf divin remonte jusqu'au temps des premieres dynasties ; on voit dejci sur les murs du Serapion de Memphis Ramses le Grand et son fils sarrifiant ä Serapis (-2).

158. — La naissance meme d'Apis etait miraculeuse, d'apres la croyance egyptienne; la vache qui le mit au monde, le con^-ut d'un eclair du ciel, ou, selon Plutarque, de la lumiere generatrice de la lune ; on le reconnaissait a vingt-neuf signes dont il devait etre marque et dont les plus importants etaient la couleur noire, une tigure d'aigle ou plutot de vautour sur son dos et une bosse charnue de la forme d'uncoleoptere qu'il devait avoir ä la langue. C'est que, selon Ilorapollon, Phthah etait hcrmaphrodite , qualite qu'on expliquait au moyen des hieroglyphes du vautour et du coleoptero. Les autres signes avaicnt trait aux etoiles, a l'inondation du Nil, a la forme du monde et ä autres choses semblablcs (:>). Quand on l'avait trouve on le nourrissait pendant 40 jours avec du lait, puis on lui donnait une suite nombreuse, on le pla^ait dans un vaisseau sacre et on le transportait ä Memphis. La on procedait ä son intronisation dans le templo de Phthah et on cherchait a lui rendre la vie aussi douce que possible. La vache qui l'avait mis au monde etait soignee et honoree avec lui, et dans des salles particuiieres on gardait pourlui les plus belies genisses qu'on

(1) Plut. Isid. c. 20.

(2)Ilnigsch. Reiseber ."53. (ö) ÄAi n. n. A II, 10.

puttrouver; le proprietaire du troupeau dans lequel il avait ete trouve passait pour Ic plus heureux des mortels: quand on montrait Apis eii public, ses serviteurs t^cartaient la foule et uiie troupe d'enfants chantant des hymnes, raccompagnaicnt. Cependant il ne pouvait vivre au-dela de vingt-cinq ans (periode d'Apis), cur il parait que Farne d'Osiris ne voulait pas sejourner plus longtemps dans ce corps ; s'il ne mourait pas avant cette epoque, on le noyait, avec beaucoup de solennite, dans le puits des pretres, puis on se lamentait et on en cherchait un autre. S'il mourait de niort naturelle, toute l'Egypte prenait le deuil, jusqu'a ce qu'on en eut trouve un nouveau : on reml)aumait et on lui faisait des funerailles magnifiqucs et curieuses. Sous Psanimetique, le culte d'Apis ayant pris un nouvel essor, on construisit unc grandiose necropole souterraine, surmontee d'un temple ou mausolee, monunient qui, jusqu'au temps des Romains, recevait tous les cadavres d'Apis, et qu'on a decouvert tout recemment. Meme les Crecs, auxquels les pretres egyptiens faisaient croire que leur Dionysos n'etait autre qu'Osiris ou Osorapis, accouraient en foule pour adorer leur divinite dans sa patrie primitive; cependant on n'accordait ä leurs inscriptions sacrees (proskynemen) aucune place dans le veritable Serapion; on n'y n'admettait que des formules de devotion egyptiennes ; les formules grecques etaient releguees dans un Pastopliorion particulier relie au Serapion par une longue galerie (i).

;i)Maury, dans la rcviic des deux moiidcs iJsrjo, ii, 1U75.

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