‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 30 sur 37 · IV. — F^TES, SACERDOGE ET SACRIFICES · texte numérisé non relu

IV. — F^TES, SACERDOGE ET SACRIFICES

149. — Le nombre des fetes, des temps et des jours saints etait plus grand chez les Egyptiens que chez tout autre peuple de l'antiquite ; les Atheniens eux-memes, ces grands amateurs de solennites religieuses, sont loin de les egaler sous ce rapport. On fetait le cours du soleil, le Nil, les anniversaires de la naissance des (lieux, et surtout la grande lutte d'ösiris et de Seti. Dans une roligion dont le caraetere predominant etait

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\o culte du soleil, lout le calondrior uvec sos tlivisioiis, grandcs et j^etites, avait une signification religieuse ; les dieux etaientlesmaitresdes temps; chaque moisetchaque jour, dit Herodote, etait gouverne par un dieu (i), et c'estau nom des divinites et suivant leur culte (ju'on reglait la Chronologie. Les Egyptiens fetaient deux commencements d'annee; car ils avaient une annee solaire, naturelle et invariable, composee de36oi/4 jours, et une annee mobile deo6o jours sans intercalation ; leurs fetes traversaient done toutes les saisons, en sorte que tout le cycle s'accomplissait au bout de 1461 annees (2). On fetaitenoutrela fin de l'annee, le premier et le seizieme jour de chaque mois et le commencement des trois Saisons, dont chacune comprenait quatre mois. II y avait une fete de l'apparition de l'etoile de Sothis (Sirius); d'autres fetes avaient trait ä la crue et ä la baisse periodique du Nil, aux semailles et ä la moisson, aux solstices et aux equinoxes; on fetait les grandes clialeurs et les petites, ainsi que les cincj jours intercalaires (5). Les fetes principales, celebrees en Thonneur des dieux les plus eleves, furent, selon Herodote, Celles de Bubastis, dans la ville du meme nom,d'Isis dans la ville de Busiris, de Neith a Sa'is, d'Ammon ä Heliopolis, de Leto ou Buto dans la ville de ce nom, et d'Ares äPapremis. Cet auteur, parait-il, n'a pas connu les fetes de la Haute-Egypte.

150. — On celebrait meme des fetes particulieres d'accouchement ; car le moment oü une deesse donna le jour au dernier personnage de la triade represente toujours sous forme d'enfant, etait, selon la maniere de voir des Egyptiens, de la plus haute signification; l'endroit oü cet evenement avait eu lieu, ou celui qui

(1) Herod. -2, 82.

(2) Gemin Isiig. c. G p. '<:?. Halma.

(.■)) Unigscli. i'fl de voy. p 97. Expl. des iiioiuiin. de l'Eg. p. 43.

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avait conserve un souvcnir de cette delivrance, etait sacre. C'estainsi qii'il est dit dans une inscription d'Ombos : « C'est ici le pays et Ic Heu oü la deesse Ape (representee en hippopotame) est accouchee ; c'est en cet endroit qu'elle a mis son fils au monde (i). » Pour cette raison il existait souvent h Cüte des temples principaux un plus petit temple contenant le mammisi ou appartement de la divine accouchee; le petit temple d'Ombos renferniait meme un double mammisi oü etaient representees la nalssance de Khons-Horus, fils d'Hatbor et de Serak-Ra, et celle de Pnevtho, fils de la deesse Tsonenufre et d'Arueri (^). A Hermonthis, la derniere Cleopätre avait fait etablir le mammisi en Souvenir de la naissance de son fils Cesarion ; la deesse Ritho y est representee donnant le jour ä son fils Harphre. II y a la des scenes de toutcs les periodes de la naissance; meme la Lucine des Egyptiens, la deesse Suben est presente.

151. — Parmi les six fetes generales, on compte la fete des lampes de Sais, celebree en l'honneur d'Osiris enterre en cette villedans le temple de Neith. Lors des Pamylies, fetes de l'anniversaire de la naissance d'Osiris, on portait processionnellement une statue de ce dieu i\ triple phallus (5). La fete de Busiris etait consacree au souvenir de la mort d'Osiris; on sacrifiait et l'on brülait un baaif, tous se frappaient la poitrine, et les Cariens, habitant l'Egypte, se fendaient la peau du front avec un couteau (4). Deux jours apres, on celebrait la fete de la decouverte et de la resurrection d'Osiris; une procession se dirigeait vers la mer

(1) Bi'ugsch, rel. de voy. ^118.

(2) Cliampollion-t'igeac, anc. Egyp. 255. (5) Herod. 2, 62.

(i) Herod. 2, Gl. Diod. 1, Sä.

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avec la boite sacree et un vase d'or, et pendant ([uoii remplissait celui-ci d'eau potable, les assistants s'ecriaient: « Nous l'avons trouve, nous felicitons; » puis, au moyen de terre de culture petrie d'eau, on confectionnait une petite image en forme de croissant qu'on habillait et parait ensuite. On ne sait pas si ce rite, qui signifiait que la terre arrosee d'eau produisait tout, representait encore d'autres idees (i). II parait qu'il y avait plusieurs fetes destinees ä rappeler aux tideles la tristesse d'Isis et ses recherches, Selon Plutarque, l'une d'elles durait quatre jours ; les pretres s'y livraient ä des ceremonies sombres et exhibaient, comme image de la deesse pleurant son epoux mort, une vache doree couverte d'un voile de byssus. Dans une autre description d'une fete de ce genre il est dii : Isis avec sa tete de chien (Anubis) et les pretres chauves, pleurent son fils perdu : eile se lamente et cherche, et, quand eile a trouve son enfant, eile se rejouit, les pretres se livrent a une joie bruyante, et la tete de chien qui a fait la decouverte, en devient fiere(-2). La crecelle dont on se servait en meme temps, le sistrum, etait destine k chasser Typhon ou Seti, qui etait declare vaincu des la decouverte d'Osiris; et au mois de Payni on cuisait, en signe de cette victoire, des gätoaux ayant la forme d'un äne garrotte.

1S2. — Herodote declare que la fete d'Arlemis (Pascht) a Bubastis etait la plus importante de toutes. Une foule d'hommes et de femmes — qu'on evaluait quelquefois a 700,000 — descendaient le Nil en barquc en faisant un vacarme eftroyable avec des crecelles et des flütes, en chantant et en frappant dans les mains ; quand ils passaient devant une ville, les femmes se

(1) Pkit. Isid c. 39.

(2) Minuc. Fel.c. 21.

montraient sans vetements ou adressaient des injures ou des taquineries aux citadines, ensuite on celebraitla fete ä Bubastis avec force sacrifices et consommation de vin(i).Les usages en vigueur dans la fete d'Ares egyptien n'etaient pas moins etranges ä Papremis ; l'image du dieu, placee dans une niche de bois, et escortee de mille hommes armes, devait etre transportee dans le temple de sa mere ; dans ravant-cour du temple se trouvait une troupe de pretres armes de bätons et resolus ä defendre l'entree au dieu arrivant; on en venait aux mains et quelques-uns y perdaient toujours la vie (2), quoique les Egyptiens assurassent le contraire. Le dieu, parait-il, etait ici aussi l'epoux de sa mere, et l'on raconte qu'il a rencontre la meme resistance lorsqu'il a voulu partage la couche de sa mere.

loo. — Le plus grand nombre des fetes et des jours saints avaient trait au grand combat des dieux, auquel avaient pris part Osiris, Horus, Sebek et Set, ainsi que les deesses Isis et Nephthys ; les vicissitudes de cette lutte donnaient ä l'annee une couleur tantot sombre tantot riante, et rendaient les jours en partie heureux, en partie funestes; les dieux fetaient ces victoires dans le ciel, et les hommes le faisaient sur la terre. C'est ainsi qu'il est dit dans un calendrier sur papyrus: on ne doit pas sortir le 12 du mois de Cho'iak, parce que, cejour-lci, Osiris s'est transforme dans l'oiseau Wennu; le 14 du mois de Toby, on ne peut ecouter des chansons d'amour, parce qu'Isis et Nephthys pleurent Osiris; le o Mechir, on ne peut voyager, car Set a entrepris une de ses expeditions hostiles; le 14 Mechir, Sebek refut le coup dans la barque des dieux, de lä, defense de sortir ce jour-lä, et le :29 on ne peut se li-

(1) Herocl.f>,60.

(2) Mi'Od. 2; 19; Gö. '

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vrer a aucune espece d'occupation, parce que, cu pareil jour, Set s'est livre aux plus grandes fureurs. Par contre, le 9 du mois de Paophi etait un jour tres-hcurt'ux; les dieux se rejouissaient d'avoir frappe leur cnnemi (Seti). Un enfant, ne cejour-Iä, ne pouvait mourir que de vieillesse. Le 7 Mecliir et plusieurs autres jours etaient consacres aux oblations qu'on presentait aux morts. D'autres jours encore rappelaient le Souvenir de la tristesse d'Isis et de Nephthys, qui pleuraient leur frere Osiris a Abydos, et des combats de Sebek, de Thoth et d'Horus avec Seti (i).

154. — En Egypte, il n'y eut ä aucune epoque un veritable pontife, qui, comme chef d'un clerge hierarchiquement organise, etait place ä la tete de tout ce qui concernait la religion. Du reste, le polytheisme ne l'admettait point. Mais, dans les temps anciens, les rois faisaient etfectivement partie du clerge et remplissaieni des fonctions sacerdotales; les temples etaient en meme temps des palais royaux et des forteresses importantes; il est donc possible que, sous beaucoup de rapports, les souverains etaient en meme temps pontifes (2). Generalement, il y avait autant de pontifes qu'il existait de temples, car chaque edifice sacre avait son clerge particulier. En regle generale, la dignite sacerdotale etait hereditaire dans les familles, sans qu'il y eüt cependant une caste de pretres separee ; c'est par erreur qu'on a attribue ä l'Egypte un Systeme de castes comme oeiui des Indes. La concentration de plusieurs emplois dans une seule personne etait tres-frequente ; les pretres etaient en meme temps commandants militaires, gouverneurs provinciaux, juges ou architectes ; ils pou-

(1) De Rouge dans la R^vue archeol. 1835, p. 687-091.

(2) Leemans, Lettre a Üalvolini, p. i4.

vaient donc remplir des fonctions laiques. Les familles de pretres ne formaient nullement une societe separee ; on a vu la fille d'un pretre se marier avec un guerrier, et Ton sait que Joseph, etranger mais naturalise daiis le pays, epousa la fille du premier pretre d'On ou Heliopolis. Les fils de guerriers entraient quelquefois dans le sacerdoce, tandis que des fils de pretres embrassaient la carriere militaire, ou bien, de trois freres, Tun se faisait pretre, l'autre entrait au service militaire, et le troisieme occupait un emploi civil (i).

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