‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 31 sur 37 · Le clerge de chaque temple formait donc · texte numérisé non relu

Le clerge de chaque temple formait donc

une Corporation divisee en plusieurs ordres; les indi-

vidus appartenant aux divers degres ou classes por-

taient, selon les denominations grecques, les titres de

prophete, de stoliste, d'hierogrammates, d'horologue

ou d'horoscope, d'hymnode et de pastophore {-2). Les

plus consideres d'entre eux, les, prophetes, etaient parmi

les Egyptiens les savants par excellence, aussi Clement,

les traite de philosophes et les compare aux plus

sages des autres nations. Dans les processions, ils por-

taient une cruche ä eau, parce que l'eau etait la ma-

tiere primitive de toutes choses, ou, selon Plutarque,

parce que toute humidite, et le Nil avant tout, passait

pour etre l'emanation d'Osiris (0). Ils etaient cliarges

de l'administration et de la repartition des revenus du

temple, ils veillaient ä ce que les dieux fussent conve-

nablement representes par des Images exactes et que

les animaux sacres fussent introduits dans les tem-

ples (4) ; ils devaient savoir par coeur les dix livres

hieratiques, qui avaient pour objet la legislation divine

(1) Amphore, Revue archeol. 1849, p. 4-08-416.

(2) Cleni. Alex. Strom. 6, p. 635. Porphyr. Abslin. 4, 6. Synes. de provid. p. 65.

(5) Vilruv. de Archit. lib. 8, praef.

(4) Syucs. Encom. calv. p. ,0. .-E ian N. A-11, 10.

ET JUDAISME. ''>"">

et la ciiscipllne des pretres. Les stolisles etaient egalcment comptes parmi los prutres d'un grade eleve ; Porphyre (i) dit qu'ils possedaient la vraie Philosophie et qu'ils observaient rigoureusement les prescriptions dictetiques. Ils etaient principalement charges d'habiller et de döshabiller les Images divines et les bas-reliefs des murs des temples, qu'on avait l'habitude de parer. Ils veillaient ä ee que les pretres changeassent de costume suivant leurs fonctions ; dans leurs attribiitions, ils avaient encore la mosehosphragistique, c'est-ä-dire ils choisissaient les aiiimaux prealablement examines et ensuite destines ä etre sacrifies, attachaient des ecorces de papyrus a leurs cornes et y apposaient leur sceau (2). Celui qui sacritiait Uli animal non muni de l'empreinte de ce sceau etait puni de mort. Les scrihes des temples ou pretres aux ecritures etaient charges de fonctions plus importantes ; conjointement avec les prophetes, qui seuls leur etaient supörieurs en grade , ils procedaient, par exemple, a la recherche et a l'examen d'Apis ; comme eux, ils passaient pour etre philosophes; leurs etudes embrassaient toutes les sciences hieroglyphiques, la cosmographie et la geographie, l'astronomie et l'histoire naturelle du Nil ; ils connaissaient les traditions sacrees et les motifs des ceremonies religieuses, et il parait qu'on n'en exigeait pas des talents ordinaires, puisquePancrate, le scribe, eutbesoin de :2Ö annees d'etudes pour se familiariser avec l'erudition egyptienne. Dans les processions, ils avaient la tete ornee de plumes et portaient dans la main un rouleau de papyrus et des instruments d'ecriture (0). C'est a eux

(1) Deabstm.4, 6; 8.

(-2)Porpliyr. deabst. 4, 7.

(3) Clem. Alex. Strom, ü, p. 633. .-Elian. N. A. !i, (0. !.iiri;iii. IMiilopseud'öi.

504 P.vr.ANlSME

que s'adressaient les nombreux Grecs qui desiraient se famiiiariser avec les traditions et les sciences egyptiennes (i). Parmi les pretres intelligents il faut compter encore les horoscopes ou horologues, qui s'oecupaient particulierement d'astrologie; dans les processions, ils etaient pares du rameau de palmier et de l'horloge, symboles astrologiques [-2).

156. — Les pastophores ou colchytes sont plus souvent mentioiines que ces deniiers ; dans les processions, ils portaient les petits temples ou cassettes de bois renfermant une Image divine ; seuls ils exergaient l'art de guerir appartenant exclusivement aux pretres, mais ils devaient rigoureusement s'en tenir ä la lettre des livres hermetiques. Les chanteurs enfin devaient posseder deux des livres hermetiques, dont Tun renfermait les liymnes des dieux et l'autre des preceptes applicables ä la vie d'un roi. II faut y ajouter encore les classes inferieures des comastes, des gardiens des temples et des tresors sacres ; ils etaient partiellement ou totalement dispenses de la maniere de vivre severe et des abstinences, imposees aux pretres des classes elevees.

157. — Les pretres devaient conformer leur vie a des prescriptions et ä des defenses innombrables, dont la violation la plus insignifiante entrainait la degradation et la destitution (ö). En dehorsdes solennitesreligieuses ils se montraient peu en public; ils cachaientconstamment leurs mains sous leur habit compose d'une robe de toile blanche ; toujours chauves, ils se rasaient le Corps entier de trois en trois jours, surtout la barbe et les sourcils ; ils se lavaient avec de l'eau froide deux fois le jour et autant de fois la nuit, et se preparaient

(1) Jamblicli. de myst. i, 1.

(2) Horapoll. 1, 42; 49. Porph. Abst. i, tJ.

(3) Porphyr. Abst. 4, 5 ; G.

ET JLDAlSMi:. oOo

aux plus importants actes religieux par une abstinence de sept, et quelquefois de quarante deuxjours (i). Une foule de mets leur etaient interdits ; les feves passaient pour tellemeiit impures qu'ils ne pouvaient pas meme les regarder, ä plus forte raison il leur etait defendu de s'en nourrir. Manger du froment et de Torge, ou en faire du pain, c'etait un grand crime pour eux comme pour tout autre Egyptien ; un pretre ne pouvait meme se nourrir de poisson. Toutes ces defenses avaient des motifs religieux ; le pretre devait s'abstenir de manger des ognons, parce que ces fruits venaient le mieux ä l'epoque dela lune decroissante; la defense de se nourrir de poisson se rattachait au mythe d'Osiris et de Typhon (2). II etait defendu de manger de la chair de porc, excepte ä l'occasion d'un seul festin de sacritice, parce que cet animal ne s'approchait de la truie qu'i la lune decroissante et etait un etre impur. En temps de careme, ils s'abstenaient de faire usage de sei et de vin, et pour toute viande ils ne mangeaient que celle d'oiseaux tres-tendres. En general, le Service des pretres etait tellement penible qu'un Grec pretendit qu'il fallait plus que des forces ordinaires pour s'en acquitter (ö).

158. — Les pretres etaient soumis ä la circoncision comme tous les Egyptiens (4) ; quant au mariage, ils durent se contenter d'une seule femme, tandis que la polygamie etait permise ä tout le monde (3). L'idee de la purete physique, exigee pour le service des dieux, etait plus developpee en Egypte que partout ailleurs ; les pretres ne pouvaient porter sur le corps que des

(1) Hei'od. 2, Ö'J. Porphyr. Al>t. 4, 7.

(■2) Plut. Isid. c. 7.

(5) Porph. l.r. 419.

(4) Herod. :J, 37 ; 104. Üiod. I, 28 ; 53.

(o)Diod. 1, 80.

etoffes de toile, de byssus ou de coton, et ils ne pouvaient coucher que sur des feuilles de palmier. Aussi n'etait-il permis qu'ä eux seuls d'entrer dans radytum ou sanctuaire, temple reel oü se trouvaient les images divines ; le vulgaire penetrait jusque dans les avantcours, mais un rideau ou un grillage rempechait de rien voir; les porchers etaient iinpitoyahlement exclus (i). Ell general, chez les Egyptiens, tous les etrangers passaient pour impurs, parce qu'ils faisaient et mangeaient beaucoup de choses regardees comme des horreurs ; aucun Egyptien n'aurait embrasse un Grec, bu dans la meme coupe que lui, ou fait usage d'un couteau dont celui-ci s'etait servi.

159. — LesGrecs trouverentfortetrange que lesEgyptiens, avant le tcmps des Lagides, n'eussent point de pretresses, et ils regarderent cette circonstance comme une des particularites qui distinguent les habitants du pays du Nil de tous les autres peuples; cependant il y avait des hierodules, jeunes tilles consacrees ä Ammon, lesquelles, avant leur mariage, se prostituaient ä plusieurs hommes de leur choix. C'est Strabon, temoin oculaire, qui nous raconte ce fait en ajoutant ce trait singulier, que, pour uue teile hierodule, on ordonnait le deuil avant son mariage (2). Herodote (3) pretend que, de meme que dans le sanctuaire de Bei ä Babylone, une femme passait la nuit dans le temple d'Ammon de Thebes, mais ii a soin d'ajouter, comme un fait particulier, qu'il ne se passait rien d'impudique dans les temples. Le College des prctres du Nil se composait d'eunuques, probablement parce qu'on exigeait

(1) Porph. Abst. i, G;8.

(2)Strai).p. 816.

(ö; HCTod. 1, 181.

ET JUDAISME. 307

une abstineiice continuelle et qu'on ne pouvait comptersur une absti nenne volontaire (i).

160. — Le choix et Texamen des animaux destines ä etre immoles etait une attaire tres-diüicile. On visitait I'animal avec la plus grande minutie, on le placait debout, puis le couchait sur le dos, et ensuite on tirait sa langue hors de la bouche; si l'on decouvrait sur le boeuf un seul poil noir, il etait impur et impropre au sacrifice; les sphragistesdevaient procederäcet examen d'apres des regles d'une science particuliere exposee dans des ecrits hermetiques. Le sceau dont on marquait les victimes representait un homme agenouille, attache ä un pieu et ayant les mains liees sur le dos ; un couteau lui per^ait la gorge (^). Ceci prouve a l'evidence que les anciens sacrifices humains ont ete remplaces par les sacrifices d'animaux; et en effet, Manethon (:s) rapporte que jadis, ä Heliopolis, on sacrifiait tous les jours trois hommes ä Hera (Säte), que le roi Amosisavaitaboli cettecoutume en rempla^ant les hommes par des Images de cire (plus tard probablement abandonnees pour des animaux) ; ensuite, que dans la ville d'Ilithyia on avait brüle, en l'honneur de la deesse de cette localite, des hommes « typhoniques, » c'est-ä-dire des hommes aux cheveuxroux,dont on avait repandu les cendres dans rair(4). Cet usage, ainsi que le sacrifice d'homme qu'on accomplissait sur la tombe d'Osiris et dont Diodore fait mention,etaient probablement abolis depuis longtemps ; cependant Sextus parle d'un sacrifice d'homme ott'ert ä Kronos (Sebek) comme s'il avait ete en usage de son temps encore (5).

(1) Euseb. Vit. Const. 4. 58. Greg. Naz. ür. i, p 128. Carm (jl in Nemes. vs277. Cf. Eustath. p. 1833.

(2) Wilkinson, See. Ser. 11, 552. — (ö) Ap. I'uipiiyr. Abst. -2, ob.

(4) Ap. Plut. Isid. c. 75.

(5) Sext. Einp. Pyrrli. :3, 2-21, p*. 175. Rekk.

161. — Herodote fait le tableaud'un sacrifice annuel d'un boeuf en l'honneur d'Isis: on detachait les membres de ranimal et onen brülait le venire apres l'avoir rempli de pain, de miel, de corinthes, de figues et d'encens (i) ; les morceaux detaches etaient consommes au festin. Cet acte etait un Symbole se rapportant ä la mort d'Osiris et a la dispersion de ses membres; le dieu lui-meme representait la force naturelle generative qui, pour donner la vie, doit etre soumise au procede de la mort et deladivision ; le corps duboeuf d'Osiris etait donc rempli des plus fins produits de la nature, et l'acte lui-meme etait accompagne de gestes de deuil ; les assistants se frappaient et se blessaient. Une fois par an, on sacrifiait a Osiris et a Isis un porc, animal que l'Egyptien regardait avec horreur, qu'il ne touchait pas et dont il mangeait encore moins; mais comme par le fait du sacrifice, l'animal devenait sacre ä la divinite et que l'idee de la communion exigeait qu'on en mangeät, on servait de la viande de porc au festin, mais dans ce cas seulement. Un troisieme sacrifice, mentionne par Herodote, demontre le rapporl intime qu'on croyait exister cntre la divinite et l'animal qui lui etait sacre : ä Thebes, oü il etait defendu de tuer des beliers, on en sacrifiait un tous les ans lors de la feto d'Ammon a la tete de belier; on ecorcliait l'animal, dont la peau servait de vetement a l'image du dieu. Les assistants se frappaient eux-memes, et ensevelissaient cnsuite le belier dans un cercueil sacre {-2). L'absence de festin, le deuil, l'enterrement, l'habillement du dieu avec la peau — tout cela prouve que le belier etait l'organe sacre, la demeure de la divinite, et qu'il etait ä Ammonce que le boeuf Apis etait äPhthab.

(1) Hcrod. -2, il.

{2) Hörod. 2, 'i±

Ei JüDAlSME. -309

Les victimes ordinaires n'etaient cependant pas prises parmilesbetes sacrees, mais parmi lescspeces typhoniques; on offrait donc aux dieux lavie d'un etrequileiir etait hostile, par exemple, celle d'un bcßuf roux ; on en coupait la tele et on la chargeait de maledictions, en souhaitant que le malheur, menagant le sacrifiant ou le pays tout entier, frappät cette tete, qu'on vcndait ensuite k des etrangers ou qu'on jetalt dans le fleuve (i), 16:2. — En dehors des sacrifices d'animaux, on ofltrait aux dieux des presents composes de vivres et d'encens. Aux temps des anciens rois, ces oblations et ces presents etaient extremement riches et varies; quelques rois meme chercherent k depasser leurs predecesseurs en magniücence. Le roi Thotmes III fit inscrire dans ses annales qu'il avait donne k son pere Ammon-Ra 878 portiers mäles et femelies (probablement des esclaves negres), puis quatre vaches pour lui fournir le lait qu'on servait au dieu tous les jours, vers le coucher du soleil, dans des vases d'or ; il enumere combien il a fourni d'oies, de pain, d'encens, de vin et de fruits pour les oblations quotidiennes ; qu'il a assigne au dieu trois villes dont il destine les revenus ä couvrir les frais desanourriture journaliere. Plus loin, il dit qu'il a decrete pour chacun des quatre obelisques, qu'il a fait construire en l'honneur de son pere Amnion, une oblation de 28 pains et d'une mesure d'eau. Cette longue liste de sacrifices ou de i)resents mentionne en outre des etoffes de toile, de l'or, de l'argent, des cliamps entiers, des prairies et des viviers (2). Les pretres, sans aucun doute, s'emparaient des vivres qu'on servait tous les jours au dieu; sur des monuments funebres de pretres, il est dit souvent qu'ils

(1) Herod. -2, 59 Flut. Isid. c. 51.

(:2) Bircl), Archaeologia, xxxv, 130-154.

olO PAGANISME

avaient pris. les gäteaux places sur la table des dieux. Mais le roi affirme qu'il a ajoute ses dons ä ceux qui etaient institues deja anterieurement, et que l'entretien des temples doit etre couvert par les revenus de l'Etat. Cependant, ces riches presents n'etaient reellerent regardes que comme un echange ; les annales contiennent, k cote de la precedente enumeration, une affirmation faite par le dieu qu'a titre de service de retour, il accorderait au roi de nouveaux pays, et celui-ci, pour sa part, promet de doubler les dons, au cas qu'il reviendrait houreusement d'une nouvelle expedition militaire.

163. — Un caractere et une pensee, sombres et melancolique, predominaient en general dans la religion ögyptienne; on remarque comme une particularite que les Egyptiens, lors des sacrifices, plaignaient la victime et se frappaient eux-memes quand eile etait morte (i). Les dieux egyptiens, dit Apulee, se rejouissent des lamentations, les dieux grecs aiment la danse, les divinites barbares pröferent le bruit des tambours et des fifres (2). Ils offrent egalement aux dieux, dit un autre Grec, des larmes et des honneurs (3). Dans leurs festins, ils passaient de main en main un petit modele de momie, afin de rappeler aux convives la certitude de la mort et l'incertitude de la vie. L'unique chant national etait une complainte de Maneros sur la mort d'Osiris. Par contre, l'Egyptien se dedommageait par l'idee orgueilleuse, qu'il faisait partie d'un peuple privilegie qui seul etait pur et qui seul adorait les dieux de la bonne maniere. Les anciens rois deja rcgardaient tous leurs ennemis comme des impies : « cbätier les

(1) Lucian. de sacrif. c I'j.

(-2) DedeoLocr. 685.

(3) Max. Tyr. üiss. 8, p. tb, Markland.

ET JLUAISME. 511

nations » etait leur formule favorite (i). Toute l'Egypte etait une terre sacr^e, image du ciel (2), divisde en 36 nomcs correspondant aux 56 astres du ciel ; et, comme ceux-ci protegeaient le ciel et contemplaient la vie et les actions des hommes, chacun de ces nomes avait un animal sacre pour dieu tutelaire terrestre (5). C'etait un peche pour un Egyptien que de quitter sa patrie et de se rendre au milieu d'hommes impurs qui adoraient les dieux d'une maniere absurde (4). II n'y avait donc aucun moyen de se soustraire au joug des obligations et des abstinences religieuses, joug qui assurement, dans aucun autre pays civilise, ne pesait sur l'individu aussi lourdement qu'en Egypte. Lorsque les habitants de Marea et d'Apis, fixes en Egypte sur les confins de la Lybie, etaient mecontents de cette religion onereuse (5) et desiraient manger de la viande de vache, ils demanderent la permission ä l'oracle d'Ämmon de manger de tout, puisqu'ils n'etaient pas des veritables Egyptiens ; mais ils essuyerent un refus. Les soins ä donner dans les maisons aux animaux divins et leur vcneration dans les familles etaient certainement ce qu'il y avait de plus onereux; ces fonctions n'etaient pas remplies par le pere de famille, mais elles etaient confiees ä des gardiens particuliers, tant mäles que femelles, qu'on reconnaissait de loin ä certains signes, et auxquels il fallait temoigner le plus profond respect(6). La mort d'un animal sacre etait un malheur pour toute la famille. D'un autre cote, l'Egyptien se sentait amplement dedommage de tous ces fardeaux

(1) De Rouge, Rev. arch. 1833, p. 680.

("2) Porpliyre (Abst. 2, 5.) appelle l'Egypte nfurürvi x^'p*i-

(5) Brugsch, Joiirn. dela Soc. Orient. d'Alleni. ix, 513.

(4) Torph- Abst, 4, 8.

[o) Ax^öuivoi ryj' TTifii rU ioa Sp^iTÄEiJ), dil lierodote, 2, 18.

{G) Diod. i,8i.

par cette idee rejouissante, qu'il possedait sans cesse, dans sa maison, le dieu qui protegeait sa famille et rendait des oracles ; il s'estimait heureux d'avoir cette divinite sous ses yeux et d'en pouvoir connaitre la volonte.

464. — La vue des ceremonies religieuses en Egypte faisait une Impression particuliere sur les etrangers. Le plus grand nombre abordait le pays des merveilles avec une haute attentc ; les Grecs surtout se faisaient une idee extraordinaire de la sagesse des pretres qui, « connaissant toutes les clioses divines, » passaient pour les « peres des disciplines philosophiques(i), » et chez lesquels Thaies, Pythagore, Pherecyde, Anaxagores, Piaton et tant d'autres avaient cherche et trouve la science. Et alors ils voyaient les processions pompeuses oü les pretres se masquaient eux-memes pour represönter lesdieuxauxtetesd'animaux(;2); ils voyaient les promenades qu'on faisait faire aux images divines sur l'eau ; ils trouvaient qu'ä Peluse on venerait le pet comme une divinite (ö), qu'on adoraitun homnievivant ä Anabis (4) ; ils voyaient de magnifiques temples entoures d'avant-cours, de portiques et de bois, et n'apercevaient dans l'interieur aucun autre objet d'adoration qu'un b(Buf, un bouc ou un crocodile (o); s'ils etaient admis aux mysteres de ce pays, ils decouvraient pour unique objet de ce culte que la fable d'Isis cherchant et trouvant le menibre viril d'Osiris (u). Tout le

(I) Maci'üb. Sat. 1, l-i, ö.lii soiiiii. Seip. I, 19, -2.

("i) Apul. M6tani. p. 775 Hcrod. 2, 12-1.

(ö) Orig- adv. Gels, o, Tj Hiöi'ou. coiiim in .iesai. 13, -56 Cf. Diss. sur le Dieu Petdiviiiis6 par les Egyptieiis, dans les Jienioircs de litt- et d'hist. par DesMoiets, i, -58.

(4) Porph apudEus. Prap. evg. p. 1)5, 117.'

(5) Celsus ap. Orig. 1 c. 3, i, 2.

(0) Hippolyt. PhilüS. p: lüi.

KT .llltAlSME. 313

cuitc des animaux Icur semblait etre une absurditö, qui, cependant, etait contagieuse; on auraitdit qu'avec l'air du pays ils en respiraient aussi la superstition, car peu de temps apres les moqueurs etaient souvent transformes en devots adorateurs. Quand les etrangers viennent pour la premiere fois eii Egypte, dit PhiJon, ils ne peuvent reprimer des eclats de rire en voyant les betes divines, jusqu'a ce qu'ils partagent la superstition commune (i). Un poete comique grec fait decrire par son heros, d'une maniclre amüsante, ce que la religion egyptienne renferme de repoussant: « Je ne puis, » lui fait-il dire, « etrevotre compagnon d'armes, car nos moeurs et nos lois difierent trop; tu adores un boeuf, moi, je le sacrifie aux dieux; tu consideres Tanguille comme un dieu puissant, tandis que pour nous eile constitue la meilleure friandise ; tu ne manges pas de viande de porc, mais moi, je l'aime tout particulierement. Tu adores le chien, tandis que je le bats quand je le surprends mangeant un mets cuit. Chez nous, la loi veut que le pretre n'ait point de defaut corporel : chez vous, il doit etre chätre. Quand tu vois un Chat malade, tu pleures, mais moi, je le mets gaiment k mort et je m'empare de sa peau. Chez vous, le muset est un etre puissant, chez nous, il ne vaut absolument rien (2). »

165. — Apollonius de Tyane, le neopythagoricien, bläme la religion egyptienne avec un ton plus severe: qu'est-ce qui peut avoir porte les Egyptiens ä presenter les dieux aux hommes sous des formes, ä peu d'exceptions pres, si etranges et si ridicules? peu d'images sont faites sagement et comme il convient ä des dieux ; dans

(1) Dp/v r<3v iyx^tipiov Tt/(pov rcii? o luvoict? iiioiy.iiT-ua-Bcit- Phil, de (lecem orac, opp. ed. Mangus, 11, 194.

{•i) Anaxandrid. ap. Meincke, Fragm. Com. Grrec iii, 181.

314 PAGAMSMF,

les autres temples on lionore evidemment des animaux prives de raison et meprisables, au Heu d'adorer des dieux, et il semblc qu'on persiffle la divinite plutot qu'on ne la venere. II ne faut pas objecter ici la sagesse egyptienne, comme si les dieux, representes par des symboles et par des allegoriessousla forme d'animaux, etaient d'autant plus venerables ; qu'y a-t-il done d'imposant dans un milan, un ibis ou un bouc? les Egyptiens enlevent aux dieux le pouvoir de paraitre beaux et d'etre representes de meme (i),

166. — II est inconstestablequelespretresägyptiens, appeles « la race la plus savante de toutes » par le prudent Theophraste {-2) lui-meme, possedaient ce que n'avaient pas les Grecs : une theologie traditionnelle. Celle-ci etait l'objet des dix premiers de leurs 42 livres sacrös; mais leurs dogmes etaient secrets. « Mysterieux et peu communicatifs, » dit Strabon, « ils se laissaient deeider, ä la longue et ii Force d'attention et de politesse, ä reveler quelques-uns de leurs preceptes (astronomiques) , mais neanmoins ils en cachaient la plus grande partie (ö) ; » et il ajoute que l'annee complete des Egyptiens etait meme pendant longtemps restee inconnue aux Grecs . Raison de plus qu'un etranger ne pouvait songer ä obtenir d'eux des Communications concernant leurs dogmes religieux; car celui qui ne voulait pas se soumettre ä la circoncision ne pouvait rien savoir d'eux ; il ne pouvait pas meme apprendre l'ecriture sacerdotale des hieroglyphes (4). On ne connait qu'un seul Grec, Pythagore, qui, pour obtenir l'acces ü leur doctrine mysterieuse,

U) Pliilostr. Vit Apoll. 6, l'J.

(-2) Ap. !'orpli.Abst.2, 5.

(öj Sli-ab. 17, p. 8t6.

0) Oi'ig Conmi.in ep. ad Rom. Opp. iv, 495.

ET JUDAISME. 515

se soit prete acette Operation (i). Sous les Lagideset sous les Romains, ce Systeme de mystere ne pouvait plus etre maintenu avec la meme rigueur ; et quand le pretre Manethon, outre son ouvrage chronologique, eut ecrit un livre sur plusieurs divinites egyptiennes, riiierogrammates Cheremon, qui professait la Philosophie sto'icienne, publia, vers le temps des premiers empercurs romains, un travail sur les hieroglyphes, riiistoire et la religion de sa patrie; quelques siecles plus tard, vers l'epoque de la decadence du paganisme, le neoplatonicien Jamblique, ou un autre contemporain de la meme. ecole, composa son ouvrage sur les mysteres egypliens. Cependant Hecatee d'Abdere, qui vivait du temps du premier Ptolemee, profitant des ecrits de Manethon, avait dejä publie un livre sur la Philosophie des Egyptiens.

167. — Or, il arrive que ces auteurs rapportent des choses eontradietoires sur la theologie egyptienne, etla divisent en deux systemes. Les uns sont materialistes, les autres pneumatistes ou idealistes, d'oü Ton peut dejä conclure que la tradition egyptienne se pretait aux deux appreciations, c'est-ä-dire qu'au-delä du culte du soleil eile ne contenait pas de doctrine positive concernant la nature spirituelle de la divinite. Hecatee, Manethon et Cheremon sont d'aecord sur ce point qu'il n'y a point d'element spirituel dans la doctrine egyptienne, qu'il n'y a qu'une Hule primitive d'oü provinrent les quatre elements , qui se separerent ensuite et formerent les etres vivants ; qu'Isis et Osiris sont le soleil et la lune, qu'il n'y a point d'autres dieux que les corps Celestes, que cependant Jupiter (Ammon) est le pneuma (l'äme du monde prise materiellement) penetrant toutes choses.

(1) Porph. Vit. Pyth. TlKiOdoret Therap. t. p. i67.

Ils declarent que le soleil est le createur, dit Porphyre puisant dans Cheremon, et rattachent les fables d'Osiris et d'Isis, ainsi que tous les mythes hieratiques, en partie aux astres, ä leur apparition et ä leurs mouvements, en partie ä la croissance et ä la decroissance de la lune, ou au cours du soleil et au Nil, jamais, au contraire, ä des etres vivants et incorporels (i). En consequence, la plupart croyaient ä un destin emanant du mouvement des astres et reglant les clioses humaines ; dans les temples et dans les statues, ils n'adoraient donc que des ßtres capables d'influer sur ce destin.

168. — L'auteur de l'ouvrage sur les myst^res egyptiens, soit Jamblique, soit un contemporain de la meme ecole, reconnait, pour sa part, qu'il n'y a point d'unite de doctrine chez les pretres egyptiens tant de l'antiquite que du temps d'alors; il ne donne donc sa theorie que comme la doctrine d'une seule ecole (2). Cheremon, dit-il, et tous les autres qui se sont occupes des principes cosmiques, n'enumerent que les principes les plus communs (:>), aussi, le plus souvent, n'a-t-on parle au peuple que de l'univers visible et corporel, precisement parce que le peuple est incapable de s'elever jusqu'aux theories du monde intelligible; mais la verite est, pretend-il, que les pretres enseignaient l'existence, au-dessus de ce monde, d'un etre primitif et supreme, simple, indivisible et immuable, une monade (unite), qui se reconnaissait elle-meme, qui se suftisait parfaitement et qu'il fallait adorer en silence. Cette monade est, selon lui, l'image primitive du deuxieme dicu, qui est unite sortie de l'unite ou la pre-

ll 1 Porpli. ap. Eiiseb. P. t;. 5, 4. p. 92. cC p. 118. (--) Jaiubl. 8, 1,p. 157.

(;i) Ibid. 8, -I, p. 100.

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mi^re essenco; ce deuxieme dieu, Kneph, est son propre pere, car, par un mouvement spontane, il est sorti du sein incomniensurable du premier etre primitif unique et renferme cn lui-meme. C'est sous lui, seulement qu'est place le dieu createur, Ammon procreatour, qui s'appelle Osiris quand il est le createur artistique Phtliah, ou le bienfaiteur, ou bien l'auteur des sensations agreables, et qui porte encore d'autres noms suivant les etfets qu'il produit (i). Si les materialistes confondaient l'äme du monde avec le soleil, par contre cet astre etait, pour les idealistes, l'etre le plus puissant forme de la matiere par le createur servant sous ses ordres et possedant le pouvoir supreme sur tous les Clements et sur leurs forces.

169. — Les pretres egyptiens avaient l'habitude de menacer non-seulement les animaux sacres, mais encore les autres dieux, et Porphyre, puisant dans le livre de Cheremon, nous communique ces moyens d'intimidation; on menagait d'ebranler le ciel, ou de trahir le mystere d'Isis ou de reveler le secret d'Abydos (il y avait la un tombeau d'Osiris), d'arreter le vaisseau du soleil dans sa course (2) ou de jeter les membres d'Osiris aux pieds de Typhon (3). Le defenseur des Egyptiens replique que les menaces des pretres causaient certainement de la terreur, puisque la conservation du repos du monde dependait du secret absolu des mysteres d'Isis et de ce qui etait cachö ä Abydos; que la revelation de l'etre ineftable des dieux mettrait le salut de l'univers en danger ; mais que si les pretres Egyptiens, coutrairement ä l'habitude des

(T^Jamb. 8.5, p. 139.

(-1) Ty,v ßä^tv TTy,Tii. La K-pliqiie de Jamblique 6, 7, p. 149, proiive qu'il s'agit de la barqiie fabuleiise du soleil. (3) Porph. cp ad Ancb.

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Chaldeens se servaient de semblables menaces, ils coiif'ondaient evidemment les choses divines et demoniques, et qu'ils ne voulaient qu'elfrayer les demoiis appartenant ä la terra et les plier a leur volonte. II est vrai que c'est lä iine idee neo-platonique que Jamblique at^ tribue gratuitement aux Egyptiens ; la doctrine des pretres ne disait rien de pareils moyens.

170. — Le defenseur de la religion egyptienne justitie meme le culte ithyphallique et les propos obscenes (ju'on se permettait lors de la fete d'Osiris. La promenade du membre viril, dit-il, a une signification symbolique se rapportant ä laforce generative de la natura qui se reveille au printemps; les propos lubriques sont le Symbole de la matiere nue et difformequi doit encore etre ornee. Du reste cette excitation des instincts physiques est bonne parcequ'il faut leuraccorder une cerlaine licence pour qu'ils se tiennent en repos plus tard (i). II resulte au iTioins de ces palliatifs que les pretres egyptiens de celte epoque n'avaient en tous cas rien de mieux ä alleguer en faveur de leurs usages ; et Ton peut conclure de l'harmonie qui regne entre les idees exprimees dans ce livre et Celles qui sopt fonte^ nues dans recritbermetique « Asclepios » que l'auteur, malgre la couleur neo-platonique qui se manifeste en <juelques points, ne rapporte au fait, que les vues et les traditions d'une seule ecole de pretres. Cetouvrage <ioit etre beaucoup plus ancien que celui de Jamblique, |)uisque Lactance en a dejä tire profit.

171. — En attendant, il parait que la doctrine ma^ ferialiste de la mythologie egyptienne continua de rallier des partisans ; car plus tard Damascius (au VI*^ siecle) soutient encore que des Egyptiens philosoplies de son epoque, avaient decouyert dans les tra-

(I) Janihl. 1, ll,p. 21,2^2.

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ditions nationales ce fait longtemps cache que, suivant cette doctrine, les tenebres impenetrables (Hule du chaüs) etaient le premier principe de toute chose (i).

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