EGYPT1E>'>'E
172. — La tenacite et rimmobilite si roide du Systeme l'eligieux en Egypte a ete remarquee avec raison ; eile est fondee tantsurle caractere du peupleque sur l'organisation du clerge; cependantil possedait ces qualites moins dans les temps anciens que depuis la domination des Perses. Par l'invasion et par la domination des Hyksos, ce peuple de patres et de guerriers venu de l'Arabie, le culte du dieu Seti ou Typhon et probablement aussi celui de Nephthys furent, ou bien introduits en Egypte ou Kleves ä une espece de preponderance ; mais par suite de l'expulsion des conquerants etrangers qui eut lieu 300 ans apres, le dieu, jusqu'alors venere comme un protecteur puissant, tut transforme en un etre mechant et abomi nable. On Irouve dans la plus ancienne histoire du pays diverses traces de lüttes religieuses ; les rois Cheops et Chephren tirent fermer les temples pendant trente ans, et, selon Diodore, l'impiete des rois egyptiens fut la cause de revoltes frequentes. Le fait le plus reniarquable de ce genre est la reaction contrele polytheisme et surtout contrele culte d'Ammon qui fut provoquee vcrs 1430 avant J.C. par Amenophis IV, Tun des i'ois de la dix-huitieme dynastie. Ce roi voulut ramener le culte egyptien ä
(I) Damasc. in Wolfii Anecd Gr. iii, 2G0.
l'adoration de Ra, le dieu du soleil, et ne tolerer aucuno image que celle du disque du soleil brillant ; il fit detruire dans las temples et dans les tombeaux les noms et les Images d'Ammon, des deesses Mut et Neben et meme des autres dieux. Mais apres sa mort, on detruisit ce qu'il avait introduit et l'on retablit ce qu'il avait detruit. On fit disparaitre nonseulement tous ses temples et ses palais, mais encore on effa?a dans les tombeaux tailles dans le roc et sur les murs formes par les rochers des montagnes les sculptures qui le representaient lui et son disque du soleil (i).
175. — Ce ne furent pas seulement Seti et Nephtis (jui passerent de l'etranger en Egypte : d'autres divinites nouvelles les suivirent. Depuis les expeditions des conquerants de la XVIIF' dynaslie, on trouve dans le pays du Nil Baal etAstarte, le dieu phenicien Renpu ou Reseph, la deesse Ken des Moabites et Anata, c'esta-dire Anaitis divinite persico-assyrienne (2), qu'on appelait aussi Satesch en Egypte. Cette derniere deesse porte les noms de reine du ciel, de maitresse des dieux, de souveraine des deux mondes et de fille ainee du soleil ; dans les prieres on lui demandait de montrer ses beautes dans les enfers aux suppliants (5). On la represenlait aussi en chienne dechirant les ennemis avecl'inscription : Anata victorieuse (i).
{-^ — La domination des Perses ne fut ni aussi hostile ni aussi destructive pour la religion egyptienne qu'on aurait düle supposer d'apres le contraste qui se-
(I) Lepsiiis, cycle des dieux, page iOO et siiiv. Vaux Haiulbook, p;ig Ö58, 559.
(-2) Birch. Observations, elcdaiis les Transactions of Ihe R. S of lit. Sei' ii,t. ni, p. 161, 16:2.
(3) De Roug6 dans les Mem de l'Acad des Iiiscr. T. \\,p 176 182.
(i) Oreurti 11, iO.
ET JIDAISMF. 321
parait les serviteurs d'Ürmuzd d'un cultc d'idoles et d'animaux. II est vrai que Cambyse pilla les temples et les tombeaux de Thebes, qu'il fit fouetter les pretres et qu'il blessa Apis ä mort, mais d'autre part il adoraru Sais la deesse Neitli, se fit initier aux mysteres de cette divinite et en retablit les pretres et les temples dans tous leurs droits ; il agit de meme a Memphis oü il rendit les honneurs divins au boeuf Apis qu'il avait tue dans un acces de rage (i). Darius aussi se montra protecteur du culte national. Par contre, Darius Nolhus tenta, vers l'an 4:20, de rapprocher la religion egyptienne de celle de la Perse et de la subordonner a cette derniere. II nomma le Mede Ostanes chef des sanctuaires egyptiens ; le nouveau titulaire s'installa dans le temple de Memphis et, pour l'execution de ses desseins, se servit de quelques etrangers, de D»'mocrite d'Abdere qui, eleve par des Perses, en avait adopte la religion ; il lui adjoignit en outre^ Pammenes et la savante juive Marie. Ces derniers personnages, parait-il, etaient charges de soutenir, par leurs ecrits, la reforme religieuse qui ne tendait probablement qu'a introduire le culte persan du feu et ä le rattacher au dieu Phthah (:2).
17o. — Le plan echoua cependant ; car peu apres l'EgA'pte se separa de la domination des Perses et resta independante pendant environ cinquanteans (400-549 de J.-C.) A cette epoque la ville de Mendes oü naquit Nepheritos, fondateurdelanouvelle dynastie, s'elevajusqu'aurangdecapitaleegyptienne(5); ils'ensuivit, comme jadis que Mandu, dieu local de Mendes, obtint un rang
(t) Maury, decouvertes sur TEgypte dans la revue des deu\ moiii-tes, 1855, II, 10()9.
(2) Syncelli Chronogr. 1,471. ed. Bonn.
(3) Diod. 1^,35.
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plus elcve parmi los divinites du pays. C'est probablement de force qu'on gravasur beaucoup de monuments egyptiens, la figuredece dieurepresentecommedieudu soleil Mandu-Ra sous forme de milanet qua Thebes on le substitua meme ä Ammon-Ra ; mais lorsque Mendes f'ut reduite denouveau au rang de villede socond ordre le dieu Mandu dut egalcmcnt redesceiidre (i).
176. — Lors de la nouvelle conquete de l'Egyple par le roi des Perses Artaxerxcs Ochus, on renouvela les attaques contrc la religion nationale : le vainqueur pilla et detruisit les temples, prcsenta aux Egyptiens, comme leur dieu tutelaire un ane, animal qu'ils detestaient le plus, leur ordonna de l'adorer et imniola le Saint Apis ä la nouvelle divinite (-2). Bientot apres le conquerant grec proceda tout autrement. Alexandre etantä Memphis, entraavecgrandepompedansletempie d'Apis, sacrifia au boeuf saint comme l'avaient fait les rois indigenes lors de leur couronnement et entreprit ensuite une expedition vers l'Oasis d'Ammon en Lybie. C.haqueroiegyptienavait prisle titrede« fds du soleil, » et Alexandre aussi voulut apprendre du celebre oracle d'Ammon-Ra (ou plutot de Kneph-Ra), qu'il etait aussi tils du soleil Ammon-Ra. Son va>u tut exauce.
177. — La domination grecque, qui lors de l'elevation des Lagides et de la prosperite d'Alexandrie, s'etendit sur tout le pays du Nil, fut mieux supportee par le peuple que celle des Perses; les Grecs menageaient ses dieux, et allaient memo jusqu'ä les adorer. Dans les plus anciens temps döja, la vie et les arts de l'Egypte avaient atteint leur apogee ; leur prosperite ne s'accrut plus; aussi le contact avec les Grecs qui ne fut jamais un mclange de nations ou
(1) Sharpc Hist. of Egypt., ed. iii,i, 152.
(2) .*:iian. H. A. i0,'-i'6.
ET JUDAISME. 02O
une veritahle fusion , ne produisit ni changoments essenliels ni aiitres developpemeiits dans l'etat social et religieux du peuple. Le premier des rieuf rois, Ptolemee Soter depensa la somme de cinquante talents (100,000 florins) pour los funerailles d'Apis ; le sanctuaire interieur du grand temple de Karnak, detruit par la Iiaine rcligieuse des Perses, fut reconstruit. Un nouveau dieu ou un ancien en habits neufs fut trouve fort ä propos pour personnifier le syncretisme greco-egyptien : ce fut Serapis. Les Egyptiens le prirent pour Osorapis, c'est-a-dire, Apis mort identifie avec Osiris ou le soleil ; Ramses-le-Grand et son fils avaient dcjä introduit le culte de cet Osiris ou Apis ä tete de hceuf. 11 est probable que du temps de Psammetique dejä, les pretres egyptiens avaient presentece dieu aux Grecs comme Dionysos infernal ; beaucoup de personnes s'imaginerent que le Dionysos etait venu d'Egypte et qu'ils perpetuaient leur adorationduveritable Dionysos egyptien, c'est-ä-dire d'Apis, Osiris dans un Serapeum exprcssement conslruit pour eux, et attenant au veri table Serapeum d'Apis accessible seulement aux indigenes (i). C'est alors que Ptolemee en execution d'une revelation et d'un ordre pretendüment recus en songe, fit transporter la statue colossale de Jupiter Sinopeus de Sinope ä Alexandrie. Ce Jupiter etait un dieu du soleil asiatique confondu avec Pluton : deux savants egyptiens, Timothee et Manethon, reconnurent ä ses attributs, Cerbere et le Dragon, qu'il etait le Serapis d'Egypte {'■2). Des lors le nouveau dieu etait Pluton et Dionysos aux yeux des Grecs; pour les Egyptiens il devaitetre Osiris, mais en meme temps dieu principal et gcneral, par consequent
(1) Revue des deux mondcs, 1855, 11, 1073. (-2) Tac. liist. 4, 83 Plut. Is. et Osir. 2H.
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identique avec Ra; c'est pourquoi dans Ics inscriptions grecques il recut bientot le nom de « Jupiter, le grand Helios. » Peu ä peu son culte se repanditdanslepays de teile manierequ'un grec posterieurcompta jusqu'aquarante-deux sanctuaires de cette divinite (i) et qu'Osiris fut supplante meme ä Memphis {-2). Ce changement, parait-il, ne s'opera point sans contrainte ni violence (3), mais le succes fut tellement complet que dans les papyrus de Memphis, du temps de Philometor (180 ä 145 avant J.-C.) il n'est dejä plus question d'Osiris;il est vrai qu'on le rencontre plus tard mais rarement et exclusivement dans des inscriptions grecques, latines ou non-egyptiennes.
178. — Le culte des rois divinises sc mela alors abondamment k celui des divinites traditionnelles de la nation. Mais cette coutume n'etait ni neuve ni introduite par les Lagides : au contraire de bonne heure dejci il y eut des apotheoses des vieux Pharaons. Abstraction faite de cette circonstance, que les rois des deux premieres dynasties devinrent des personnages raythologiques et jouirent des honneurs divins, Amenophis I (vers 1550 avant J.-C), et son epouse avaient dejä un culte prouve par beaucoup de monuments, et Ton sait qu'un pretre de ce roi divinise, Piahesi, invoquait dans le monumentfuneraire les deux divinites, le roi et la reine (4). Amenophis III (vers 1430) erigea en l'honneur de son propre genie, litteralement « ä son image, Raneb-Ma vivant sur la terre, » un temple qui existe encore (5) et le grand Ramsös Sesostris est
(1) Aristid. 8, 56.
(2) Letroinie, Rcciieil i, löö.
(3) Macrob. Sat. 1,7.
(4) Orcurti. i, 71.
(ö) Lepsics, lettres d'Egypte p. 2o6. 415.
ET JUn.USMF. 5^0
represente dans les temples qu'il a conslruits comme divinite contemplative ä cute de Phthah et d'Ammon ; il s'y adore lui-mome et porte le titre de souverain des dieux (1). L'usage de placer a cute de leur personne terrestre un genie divin et Celeste et de lui ofTrir nieme des sacrifices parait avoir ete particuüer aux rois : on ne le rencontre pas chez les pretres. La coii turne qu'avaient les rois de rendre les honneurs divins ä leurs predecesseurs ne se rapportait pour la plupart qu'ä certains souverains de la meme dynastie. C'est ainsi que le culte du roi Amenatep dont le pretre Tianum est encore nomme sur des monuments, ne depassa point la dix-huitieme dynastie. Les rois posterieurs, appartenant ä une autre race, laisserent d(''perir ce culte (^2).
497. — Les Lagides conserverent mieux le culte de leurs ancetres que les Pharaons; le roi regnant ainsi que tous ses predecesseurs partageaient les temples et les autels avec les vieux dieux nationaux; on y örigea leurs statues et on portait leurs chapellcs dans les principales processions; on etablissait meme de ces chapelles dans les habitations privees et on les y adorait en meme temps qu'Isis et Osiris ou Serapis (r,). Or, il y avait des pretres, des dieux Soters, des dieux Adelphes, des dieux Euergetes, des dieux Philopators, et autres, non-seulement äAlexandrie et a Ptolemai's, mais encore ä Thebes et ä Memphis; aussitot qu'un Lagide succedaiti son pere sur le trone, qu'il füt majeur ou mineur, on le comptait au nombre des dieux et le pontife d'Alexandrie en presidait le culte. Ce
(1) Lep.siiis. 115 Comp, sontraile: sur les preuves de quelques monuments (''ctyptiens, etc. i8o5, p. G.
(2) Orcurli 11, 128.
(5) Letronne. Recueil I. 365.
dernier cumulait les fonctions de pretre des Ptolemees, de directeur du Musee d'Alexandrie et d'inspecteur de tous les Colleges sacerdotaux du pays. En Sorte que pour toute la rcligion egyplienne, il etait ä la disposition des rois (i). Tous les ans des deputations de tous les Colleges de pretres devaient se rendre ci Alexandrie, afin d'y reconnaitre leur dependance du pontife . Cette Institution eut de si bons effets qu'elle fut meme maintenue par les empereurs romains. Les pretres et le peuple soufi'raient complaisamment l'intronisation dans leurs temples deces nouveaux dieux remplis de vices et inondös de sang — comme l'etaient le plus grand nombre des Lagides — cela prouve suffisamment que le clerge de cette epoque etait cn pleine decadence ; heureux et Contents de pouvoir venerer les vieux dieux nationaux d'apres leur ancienne coutume, d'accorder des places d'honneur dans leur pantheon et ä cöte de leurs boeufs, boucs et Chats divins, aux souverains morts et vivants (juelqu'etrangers et quelqu'impurs ils restassent toujours pour eux.