‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 8 sur 37 · C-l) Polit. p. 369. Tim. p. U · texte numérisé non relu

C-l) Polit. p. 369. Tim. p. U

(Z) Tim. p. 5i.5G.

ET JLDAISME. Hl

avant la formation du monde, il cxistait iine essence spirituelle, divisible mais incorporelle, et que iJieu prit pour base dansla formation dechaqueäme.Quaiid Dieu separa la matiere et Torganisa dans des corps particuliers, il divisa la substance spirituelle et forma des ämes differentes les unes des autres, c'est-a-dire, participant plus ou moins a rintelligence divine (i). Aussi Piaton appelle-t-il eternelle et divine cette partie de l'äme du monde, des ämes des astres et des honimes, qui contemple les idees (-2). La plenitude, la perfection absolue de l'intelligence ne se trouve que dans Dieu qui est intelligence meme: l'äme du monde, les ämes des astres y participent aussi quoiquc dans une moindre mesure. Plus faible dans les ämes humaines, eile y est toujours comme un rayon, une etincelle qui est äl'essence divine ce qu'est lerayon au soleil dont il emane. De la la double nature de l'äme humaine dans laquelle, selon l'expression mythique de Piaton, il y a deux coursiers, Tun noble, et l'autre d'un sang beaucoup moins genereux (0).

98. — Piaton n'est donc pas pantheiste: chez lui .ia matiere est entierement distincte de ladivinite; mais son Systeme a incontestablement une tendance pantheistique. Depuis l'intelligence jusqu'ä rhomme, tout fait, Selon lui, partie de la substance divine. C'est Dieu lui-meme qui, par l'activite intellectuelle emanee de Lui, estpresent danstoutes les ämes et s'y revele, quoiqu'ä des degres difterents.

99. — Dieu qui est un etre bon, exempt de Jalousie forma le monde de quatre elements; il harmonisa le mouvement desordonne qui emportait d'abord la matiere premiere, donna ä l'univers la ressemblance la

(1) l'lut quaest. Plal :2, 2. De ser. iiuni. vind. c. ;>.

(2) Politic. p 509. Tim. U c

(3) Phojdr. 2iÜ

plus parfaite avec sa divine essence et en fit une unite exempte de defauts et ä l'abri des ravages du temps. II doniia au monde la forme spherique qui est la plus parfaite et unmouvement circulaire.Lemondequi,etant corporel, ne peut jouir de rimmuable reposde la Divinite, semeutnecessairement; maiscemouvementdoitetreune image de la divine essence, se spiritualiser en quelque Sorte en s'executant sur lui-meme. Au sein du monde existent, naissent, changent une multitude d'etres particuliers ; ce monde qui cmbrasse tout, est en realite un animal intelligent, compose d'une äme et d'un corps. Piaton l'appelle un Dieu qui se suffit ä lui-meme (i), un Dieu qu'on perfoit comme l'image de l'intelligible et qui, ayant eu part a la beaute et ä la bonte, est le plus parfait, le plus heureux des dieux qui ont eu un commencement {'■2).

100. — ■ L'artisan du monde produisit ensuite une race toute Celeste, les dieux des astres, qui mesurent le temps, en parcourant la route qui leur est tracee dans l'espace. « Uranos, » est pour Piaton tantot l'univers avec les etres qu'il renferme et tantot le ciel, le regne sideral par Opposition ä la terre. L'univers est Selon lui partage en trois parties ou diacosmes: la region des etoiles fixes, fespace oü se meuvent le soleil, la lune et les cinq planetes, la terre. Celle-ci repose au centre de l'univers et est le premier, le plus-ancien des dieux intra-mondains (ö). Ces globes-lä sont des dieux, enfants du Pere eternel et visibles, et ici Piaton trouvait place pour les divinites du cultepopulaire, qui n'etaient originairement et ne sont encore cliez les barbares que des divinites siderales (4); Zeus, au conti) Tim. p. öi.B.68. E.

{■!) Syinpos. '202. C.

(ö) Republic. 10. p. 610. seqq. Tim. p. öS. C. seqq. (i) Cratyl. p..j97. C. Leg. 10. p, 88ö.

ET .lUDAlSME. 89

traire, estäses ycux, (au moiiis (juelquefois), le dieusupreme et l'auteur du niondc. Cos dieux dont les corps sont en grandepartic fonnesdc feu, ne sont pas immortels de leur nature; mais la volonte toute-puissante du Createur les soutientet Ics empechera de perir: chacun d'eux a une äme intelligente qui estle principe de son mouvement sideral (i).

101. — Piaton savait cependant que le peuple grec etait loin deconsiderer les divinites olympiques comme des dieux sideraux, et tout en croyant que les anciens Helienes n'avaient honore que les astres, il etait convaincu que la plupart des dieux helleniques ne pouvaient se ramener naturellement au Sabeisme. Dans son Timee, il s'exprime sur les divinites mythoiogiques avec une ironie peu deguisee : « Exposer leur origine, dit-il, est une chose qui depasse nos Forces: il ne nous reste qu'ä croire ceux qui en ont parle dans les äges precedents; si parfois ils emploient des arguments qui paraissent peu solides, il faut sc rappeler que, descendants des dieux, ils ont du connaitre leurs ancetres mieuxque personne (^2). » Ils Irouvent place dans son Systeme cosmique, mais seulement comme des etres d'un ordre inferieur, comme des demons ou des genies. L'univers se compose de douze regions ou spheres Celestes, dont liuit sontoccupees par les corps ignes. Les trois spheres au-dessous du regne sideral et placees entre lui et la douzieme, la sphere terrestre, les regions de l'ether, de l'air et de I'eau, sont peuplees de genies ou demons. Ceux-ci suivent en quelque sorte la marche reguliere des astres, et leurs corps sont formes d'ether, d'air ou d'eau, selon que leur sphere respec-

(1) Tim. p W 11 Log 10, p. 904. a.

(2) Tim. p. 40,41.

tive est remplie de Tun ou de l'autro de ces elements (i).

102. — Les etres inferieurs, mortels, ne pouvaient etre crees par le Dien supreme lui-meme; car ils eussent ete alors semblables aux dieux. Mais comme il fallait des creatures mortelles, pour faire du monde un tout complet, le Dieu souverain confia aux dieux des astres les elements immortels, les germes intelligents des ämes, pour les reunir ä des elements perissables et former ainsi, ä l'imitation du Createur, des etres vivants. C'est ainsi que fut cree l'homme, etre religieux et dont l'äme est faite de la meme substance que l'äme du monde (2). Le soin, la protection de l'humanite entiere est confiee aux dieux qui donnerent rexistence ä l'homme.

103. — L'äme humainc est dans ses parties et dans ses mouvements un abrege de l'äme du monde. Elle aussi est modelee sur Tidee du bien ; l'homme doit par consequent, retracer dans sa conduite l'image de la Divinite. L'äme n'est pas un etre simple ; on peut distinguer en eile trois parties essentielles. L'homme possede d'abord l'intelligence, qui est quelque chose d'immortel, un rayon du « Nus » divin. A cote de cette partie si elevee, il y a dans l'äme des elements mortels ; Tun, tout viril, est le principe du courage de la passion: l'autre, d'une nature et d'un sexe moins nobles, est la concupiscence basse et sensuelle. Ces deux Clements se joignent au corps, au moment oü l'äme di-

(1) Epinom.p- 981. Si cetecrit n'appartientjiasä Piaton, il reiid exaclement lesopiiiionsdeia vieille acadt^mie. La doctrine de Piaton est ainsi exposee par X^nocrate (ap. simpl. in Phys. L 263), Plutarque (Is. et Osir. c. 2(),de Sil Ora«.'. c. 10. 13), Maxime de Tyr (Diss. 14, p. 161, Markl.),Proclus (in Tim. p. 2S9.) et Chalcidius in Tim. p. i-22. 269, Meursi

(-1) Tim 69.

ET JUDAISME. 91

vine s'unit ä lui, et ils constituent sa vitalite (i). Les trois ämes sont isolees dans le Corps: la partie divine a son siege dans la tele; la plus noble des deux autres, Celle qui est le principe du courage et des passions, reside dans Ic coeur; la concupiscence sensuelle est fixee dans le foie (-2). L'äme divine doit predominer dans riiomme; l'äme mortelle doit etre soumise ä la premiere et se garder d'en troubler ou d'en entraver les augustes fonctions. On le voit : dans sa Psychologie, Piaton ne sait trop oü placer la volonte qu'il n'a pas assez nettement distinguee des autres facultes : eile est cachee dans les passions de l'äme inferieure, tant male que femelle.

104. — Avec tous lesphilosophes de l'antiquite, Piaton soutient qu'un etre ne peut etre connu que par un etre qui ait la meme nature. (3) L'esprit, ce qu'il y a de divin dans l'homme, est essentiellement intelligent: il peut donc connaitre les idees, s'elever meme jusqu'ä Dieu qui est la plus haute d'entre elles, et dont il est l'emanation et l'image la plus pure. Mais cette intelligence n'est qu'une etincelle detachee d'un immense foyer, qui est Dieu ; l'union avec la matiere arrete son essor,' obscurcit sa flamme et l'homme ne peut connaitre Dieu d'une maniere adequate, ou dans la plenitude de son etre. Dememe nos yeuxnepercevraient pas la lumiere, s'ils n'avaient aucune affinite avec le soleil ou ne lui empruntaient leur force visuelle : de meme nos yeux ne peuvent se fixer sur le soleil ou en supporter l'eclat, mais doivent le connaitre par ses effets, par les rayons lumineux qu'il projette (4).

(1) Rep. 4, ioO. Tim Ü9. 72. Politic. öllO Phftdr. -ZAn. 255. (-2) Tim. 70 84.

(:3j Sext. Emp. adv. Math. 7, IIG. Cfr. Jamblie- in Viiloison Anecd. -2. p J95

(4) Rep. 7, olo. b(iq.

iOo. — La natiire, Torigine de Täme montrent donc que sa fin supreme consiste a connaitre et ä savoir. En atteignant ce biit, eile trouve la vertu et le bonheur ; en le manquant, elledevient criminelle etmalheureuse. Elle porte en ellc-meme son bonheur et son malheur : le Premier consiste dans la jouissance qui nait de la science et l'autre dans la douleur qui resulte de l'ignorance et de l'erreur. L'äme voulant necessairement ce qui lui apparait comme meilleur, vertu et science sont synonymes — il n'y a d'autres crimes que l'erreur et l'ignorance.

106. — C'est ici surtout que Piaton se montre le disciple de Socrate: dans sa theorie de la beaute et de l'amour qu'elle produit, il marche sur les.traces de celui qui se glorifiait de ne connaitre, de ne pratiquer d'autre art que l'Erotique. La beaute est pour Piaton la splendeur du bien supreme et du monde ideal (i); le reflet que l'oeil en trouve dans les choses exterieures, produit dans l'äme le sentiment de l'amour, oii le desir et le plaisir se confondent ; le regard jete sur un bei objet rappelle ä l'intelligence l'archetype de toute beaute, Dieu et le monde ideal, qu il lui a ete donne de contempler dans uneexistence anterieure. L'essence du bien, dit Piaton, s'identifie pour nous avec la nature du beau (-2) ; en aimant le beau, Fhomme aime, a proprement parier, le bien (3).

107. — Profondement convaincu de rimmortalite de l'äme, Piaton soutenait energiquement qu'avant la naissance de l'homme eile avait joui d'une vie anterieure. L'äme existe avant le corps qu'elle regit: « nous ne somnies pas des creaturcs terrestres, dit-il ; notre

(I) Phoedr '2:30.

{i) Pliileb. Gi.

(ö) Coijviv. i>0^.

KT JUDAISME. 95

nature est toute Celeste (i). Lc nombrc des ämos est dctermine et ne varie jamais : toutes Celles qui sont maintenant unies aux corps, ont vecu sans exception, dans un etat extra-corporel {-i). Avectous les scctaleurs de la preexistence, Piaton admet quo les actions de la premiere vie determinent pour chacun le caractere de rexistence terrestre. Par lä, il croit introduire Tordre et la stabilite dans rexistence humaine, livree jusqu'a- Jors aux caprices du hasard, et detruire le prejuge des Grecsqui rejetaient la responsabilite de leurs fautes sur les dieux ou Taveugle fatalite. L'acte libre par iequel l'äme, encoreexemptedesliensdu corps, fixe elle-meme son etat posterieur, est presente dans son Phedre d'une autre maniere que dans sa Republiquo. Dans Phedre, tout depend de l'energie avec laquelle l'ämc s'eleve et s'attache ä la contemplation de ce qui est, de Dieu, des idees: si eile ne parvient pas ä cette vision, ou si par paresse et par oubli, eile n'y persevere point, eile descend vers la terre, pour entrer dans un germe humain, dont le merite est proportionne au plus ou moins de perfection de la vision. Dans la Repubüque au contraire, le philosophe enveloppe cet acte d'un volle mythique : il represente les ämes choisissant, chacune selon ses lumieres, entre les ditferentes destinees; c'est d'aprescechoixque leur sort est fixe. Conformement a cette theorie, il dit dans son dernier ouvrage: « les ämes ont dans elles-memes la cause des changements qu'elles subissent; mais en se changeant, t41es suivent l'ordre et la loi de k fatalite (r>). »

108. — Les ämes sont donc tombees, avant d'etre unies aux corps. Qu'elle provienne de l'impuissance ä

(1) Tim 90.

(i) Rep. Gll. Tim. Ü.

(5) Leg. 90i.

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connaitre le Divin, ou d'uii choix imprudent, la chiite estcertaine aux yeux de Piaton. Dans la premiere hypothese, il faut regarder comme dechues les ämes de tous les hommes ; dans l'autre cas, la faute ne pese que sur le grand nombre; les unes ont fait un choix insense; les autres se sont laisse egarer par une passion qui datait d'une vie anterieure; bien peu ont procede avec la prudence requise. La faute, ajoute-t-il, en est ä elles, et non pas ä Dieu. Les ämes immortelles ont pu dechoir avant de vivre ici-bas, parce qu'elles n'etaient plus meme alors des emanations pures du «Nus »divin ; mais des etres composes de diverses parties; Dieu a pris les ämes humaines dans le reservoir, oü l'äme du monde avait ete formee d'elements heterogenes (i). Dans l'äme Immortelle de l'homme il y a donc des parties moins energiques, moins eclairees, qui entrainent et obscurcissent souvent l'element superieur et divin. Notre philosophe devait donc ramener ä la liberte individuelle ce qu'on regardait ordinairement comme I'oeuvre du destin ou de la divinite. 11 enseignaque la Situation, la profession oü rhomme se trouve, les dispositions morales et intellectueiles, qui se developpent en lui des son enfance, sont le resultat d'un choix libre et spontane. Dans son dernier ouvrage nous lisons : Dieu a ordonne le tout, de maniere que ce qui nait occupe la place qui convient ä sa nature particuliere. Mais il a laisse ä notre volonte libre la faculte de choisir les dispositions et la nature de nos ämes (;2).

L09. — Quant ä la morale, Piaton affirme ä differentes reprises que personne ne se livre volontairement au mal. L'injustice est ä ses yeux une infirmite de l'äme, aussi peu dependante de la volonte que les maladies du

(1 Tim. öo, se(iij.

(■2) Leg. 904.

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Corps (i), L'hommeqiii peche manque de connaissancc, d'aptitude pour distinguer le bien, mais il ne veut pas reellement le mal : son jugement s'est egare et cettc erreur est moins un acte de la volonte libre, qu'une infirmite, qu un defaut physique. Quand il se trompe, son intelligence souffre une violence irresistible de la part des objets exterieurs, ou des defauts de sa nature, de son temperament physique et moral. Meme l'acte par lequel les ämes, avant d'etre unies aux corps, fixent elles-memes leur destinee terrestre n'est pas au fond un acte libre et spontane. C'est le resultat necessaire du degre de penetration dont cette äme est douee; et cette penetration depend elle-meme des rapports qui lient entr'elles les diverses parties de cette äme. Elle choisit necessairement, dit Piaton, le sort qui lui parait le meilleur (2). En vertu de son divin principe, eile est vertueuse, quand les penchants sensuels, les passions de ses deux parties inferieures et Tinfluence du Corps ne viennentpas arreterson elan, Lesdispositions corporelies, l'education, les objets exterieures exercent sur l'äme intelligente, une influence que Piaton a beaucoup exageree. De ce cöte encore la necessite remplace chez lui la liberte — l'homme a rinteliigence saine ou lesee et est par consequent inevitablement vertueux ou coupable.

110. — Piaton fut pour la Grece d'alors l'apötre de l'immortalite de l'äme. Personne avant lui n'avait tente d'appuyer cette idee sur des preuves puisees dans la nature meme de l'homme; parmi ses contemporains, il etait, si Ton en excepte un petit groupe de Pythagoriciens, passablement isole avec ses nobles esperances. Les ecoles Socratiques (ce qui d'ailleurs se comprend

(1) Leg. 861.

(•2)Rep. (;i8-ßi9. clr. ilö. 389.

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tres-bien pour les Cyrenaiques), semblaient exclure rimmortalite de l'ensenible de leurs doctrincs. Püur Piaton ce fut le point central de longues meditalions, la pierre angulaire de son Systeme et la base essentielle de ses theories de la connaissance et de Tordre moral dans le monde. Aussi trois de ses plus magnifiques dialogues sont destines ä mettre ce dogme en lumiere: le Phedre et'ablit la preexistence des ämes ; le Banquet expose rinfluence de l'lmniortalile sur les rapports de la vie presente ; le Phedon depeint la mort comme le mediateur d'un avenir fortune. La vie presente n'est pas seulement la consequence, le fruit d'une existenco anterieure: eile est aussi le germe d'une vie fiiture. Si la prämiere existence a fixe notre destinee terrestre, celle-ci fixera de son cote notre sort dans l'avenir.

441. — La premiere preuve platonique de Tinimortalite est tiree de latheorie d'Heraclite sur le mouvement oü tout nait, oü tout perit et sur reternelle vicissitude des situations les plus diverses. Si la mort etait pour les etres vivants un aneantissement complet, la nature devrait finir par eprouver un arret, un epuisement total. L'ämc passe donc eternellement de Tun u l'autre de ces deux etats corporel et extra-corporel : un mouvement circulaire Temporte de la vie a la mort et de la mort a la vie. La deuxieme preuve est tiree de Thypotliese de la preexistence des ämes: Piaton qui la regarde comme un fait certain, expose ici sa maxime tant de fois repetee ailleurs et d'apres laquelle connaitre n'est que se souvenir de ce qu'on a su auparavant. De son existence anterieure l'äme a garde une science qui sommeille jusqu'a ce que .Fexperience sensible vienne l'eveiller : quand eile saisit la verite, eile se souvient de ce qui est reellement, de l'ldee que, dans sa premiere vie, eile a pu contempler en presence de son

ET JUrtAISMK. 97

Dien II) ; eile aspire de nouveau ä ce bonlieur. Ensuite viennent les preuves puisees dans la nature mt-me de Tame. Elle est pour le corps le principe vital, la realisation de l'idee de la vie ; les idees d'äme et de vie sont meme identiques (•2) ; ce serait donc une contradiction que de supposer l'äme mortelle (5). Si eile pouvait etre aneantie, ce ne serait que par un defaut qui lui serait propre, par le mal; mais l'experience prouve que le mal ne produit pas cet effet (i). Enün, l'objet et le sujet de la connaissance ayant necessairement la meme essence, l'äme participe k la nature des idees qu'cilc peut eonnaitre et quelle connait: eile doit par consequent aussi posseder les proprietes des idees, la simplicite, l'eternite, Tindestructibilite. Notons-le cependani: la simplicite que Piaton admet ici ne se concilie pas tres-aisement avec le triple etre qu'il attribue h l'äme dans son Phedre et dans sa Republique.

M^. — Subissant l'inüuence des doctrines orphicopytbagoricieniies, il a fait de la metempsycose une partie essentielle de sa theorie des etres. Cette idee est reproduite dans les plus importants de ses ouvrages ; eile s'y allie ä la croyance populaire des expiations de l'Hades, quoiqu'il soit tres-difficile de determiner ce qu'il y a d'ornements mythiques ou de poetiques conjertures dans les peintures detaillees que le philosophe a laites de cet etat expiatoire. II y a six degres de migrations dont chacun embrasse une duree de dix siecles ; l'äme s'y cboisit toujours librement sa vie nouvelle et expie ainsi dix fois ses fautes, jusqu'ä ce que, degagee des liens du corps, eile entre dans une existence heureuse, oü eile contemplera Dieu et le monde

(1) MeiiL«n p 81. Phad. l-l- seqq.

(2) I'hcpd lOo. seqq.cfr Rep. 1, ö55 Leg 10, 890,

(3) Vhisi. 102-7.

[i) Rep. 10, (309.

des idees (i). Les ämes des philosophes choisissent toujours la meme existence et sont delivrees apres une triple migration. Les autres ämes sont, apres leur premiere vie, envoyees dans les regioris souterraines ; elles y sont jugees et expient leurs fautes dans differentes parties du sombre empire. Celles-lä seules, dont il n'est pas permis d'esperer la guerison, sont precipitees pour toujours dans le Tartare (2). Certains forfaits sont punis par des ehätiments eternels ; Celles qui ont vecu dans la justice, entrent dans un astre dont la nature correspond k la leur, yjouissentd'un repos fortune, jusqu'aumoment de commencerune secondevie. Entre le bonheur et le malheur eternels, Piaton a incontestablement admis un etat intermediarre oü les ämes se puritient. Les hommes qui ont vecu dans la souillure, changent de sexe dans la premiere migration, et si dans cet etat ils se livrent encore aux memes desordres, ils entrent dans les corps des animaux, dont ils ont imite les ignobles exces (5). La, Piaton s'arrete et il ne fait pas, comme Empedocle, passer les ämes dans les plantes. ?s"otons encore le trait suivant; il est digne de remarque: les grands coupables chäties dans le Tartare doivent humblement implorer le pardon de ceux qu'ils ont otfenses; ils ne sont delivres qu'apres que leur priere a ete exaucee (4).

115. — Tout cela ne resolvait pas le grand probleme de l'origine, du siege du mal physique etmoral. Piaton ne semble pas s'en etre beaucoup occupe et n'avait jias des idees fort nettes sur cette question. Ce n'est que dans son dernier ouvrage qu'il admet le dualisme; il y affirme que l'äme est la cause du bien et du mal,

(1) Rep. iO,<)lo.

(-2) Pticedr. ^219. Pho'd. 107. llö. Kci). 10, ül-i. Gorg. 3^(i.

lö) Tim. All.

(-4) Pha-d, llS.

El .KIiAl^MK. 99

du jjoau et du laid, du juste et de Tinjuste ; par coiisequent, il faut admettre deux ämes (du monde), dont l'une produit le bicn ot Tautre le mal (i). Selon la remarque tres-juste de Plutarque, ce mauvais principe n'etait auxyeux de Piaton que « l'Anagke, » le sombre element de la nature, la force desordonnee, inintelligente qui meut la matiere et qui, opposee ä Dieu et au bien, n'estpas etre entierement assujettie par la puissance du divin artisan du monde. Car, dit Piaton, tout cequerunivers renfermc de beau, il l'are^u de son auteur ; le mal, le desordre qui se trouve sous le ciel, est un heritage que les etres vivants tiennent du premier Chaos (2). Le malexistera donc toujours dans le monde; toujours il y aura necessairement un principe oppose au bien;mais, « ce principe-lä n'apoint de place parmi les dieux; ilest inherent ä la nature des mortels et a la terre qu'ils habitent (r>). »

114. — Le siege du mal est donc dans la matiere; le peche a sa source dans l'union de l'äme avec la substance du corps. Dans son etat actuel, l'intelligence est comme couverte de scories ; cette masse terrestre l'entraine vers la terre, la remplit de convoitises et l'infecte d'un poison, dont la science conjure les desastreux eft'ets, mais dont la mort pourra seule la delivrer, en brisant les liens du corps. Le mal, sous quel- (|ue forme qu'il se produise, est pour Piaton une force (jui envahit l'äme pour en briser l'harmonie. L'iniquite est une lutte entre les trois parties de l'äme, dont l'une empiete sur le domaine de l'autre, une revolte de l'element inferieiir, qui refuse de se soumettre et vcut meme arracher l'empire ä celui que la nature a

(1) Leg. 10, p. i-w.

{-) Politic. 275.

(ö)Theoptet. 176.

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fait pour reü;ner. II admettait et devait admettre l'influence que los fautes de la premiere vie exercent sur l'existence prescnte: les paroles suivantes qu'il adresse a un voleur sacrilege, le prouvent : « Le coupable penchant qui t'entraine ä profaner les temples ne vient ni des dieux ni des hommes: une convoitise criminelle profondement enracinee dans l'homme par une prevarication ancienne et non encore expiee t'a maitrise ; mais tu dois la combattre de toutes tes forces. »

41o. — Latheoriedes ideesforgait Piaton d'identifier la morale avcc la physique. Ce qu'il y a de bon dans le monde ne Fest que pour avoir participe aux idees: la science du vrai (de l'idee) et en meme temps la science du bien; les idees qui sont le fondement de nos connaissances doivent etre aussi la regle de nos actions. Pas plus que Socrate, Piaton n'a precise les rapports qui existent entre Tintelligence et la volonte, entre la science et l'action. L'activite intellectuelle devient vertu en s'ölevant jusqu'ä la sagesse, ou ce qui revient au meme, le vrai philosophe est l'homme le plus vertueux: il n'y arien de plus important que d'etendre Sans cesse le cercle des connaissances, puisque la sagesse, la science eclairee est la seule, l'universelle vertu. Apres cela, Piaton reconnait quatre vertus particulieres: aux trois puissances par lesquelles l'äme pense, ose et desire, correspondent la sagesse, le courage, la sobriete. La justice qui represente surtout la loi de la moderation et rend a chacun ce qui l«i est du, est la quatrieme vertu ; eile n'est pas essentiellement distincte des trois autres ; eile les resume plutöt et n'est pour ainsi dire que la sagesse consideree dans son cote pratique et realisee dans la conduite. Le but supreme des efforts de l'homme doit etre de realiser l'idee du bien, de ressembler ä Dieu. II doit travailler Sans cesse a assurer l'empire de Tintelligence sur les

ET JLDAISME. lOf

choses sensibles et la concupiscence, ä la faire triompher de cette puissance inferieure, ä subordonner Tambition et l'amour du gain au noble desir d'apprendre, qui perfectionne la vertu ; ce triomphe, cet empire repose egalement sur le developpement progressif de l'activite intcllectuelle, sur la science, Disciple de Socrate, Piaton n'avait rien ä repondre quand on lui demandait quel moyen Thomme avait pour conformer toujours sa conduite ä ses connaissances? II suppose constamment que celui qui connait le bien, l'exeeute toujours — que lanon-execution du bien ne doitpasetre imputee ä la volonte, mais ä l'intelligence, au defaut d'une science qui, il faut bien le dire, n'est accordee qu'ä un petit nombre d'hommes, capables de suivre les speculations philosophiques. Ici on reconnait facilement l'influence de la theorie qui attribue une nature divine a Tarne intelligente de l'homme ; cette theorie obscurcit, altere necessairement les notions de liberte, de peche, de gräce et d'amour.

116. — Fidele aux traditions des Orphiques et des Pythagoriciens, qui regardaient le corps comme la prison et le tombeau de l'äme, Piaton saluela mort comme le liberateur de l'äme captive et leplus grand des biens auxquels puisse aspirer le sage (i). Cette delivrance cependant commence des cette vie; l'äme doit se soustraire successivement au tyrrannique empire du corps, jusqu'ä ce que le trepas vienne rompre le dernier anneau de cette chaine brisee. Elle y parviendra en combattant les convoitises sensuelles, en s'adonnant ä la contemplation des idees, enaspirant ä laveritable Philosophie. Cette mort, commencee au milieu de la vie et consistant dans la victoire remportee par l'intelligence sur la sensualite est une de ces pensees par les-

(1) fha'd. 0:2. Gorg.49-2. Cratyl. 400. I'ha'clr.2:j0.

JO^ PAGANiSMr;

quelles Piaton s'est eleve le plus au-dessus de soii temps et de sa nation, et qui ont fait de lui comme le precLirseur d'une doctrine plus relevee. En meme temps, il condamne le suicide que les Grecs regardaient parfois comme un devoir et un acte de vertu. Cependant, 11 ne parle jamais que de la connaissance theorique des idees; ilne sortpasdelä,meme en declarantque puisque « le mal existera toujours, nous devons nous detacher de la terre et prendre un rapide essor vers les Dieux; c'est-ä-dire nous rapprocher le plus possible de la divinite, en faisant le bien avec reflexion (i). »

ilT. — La «Republique» est l'ouvrage oüle gönie de Piaton deploie toute sa grandeur et sa richesse. L'idee du souverain bien y est la loi fondamentale: apres avoir forme Tindividu qui est « FEtat en petit, » eile doit regier aussi « l'homme en grand, » c'est-ä-dire, la societe humaine, l'Etat. Piaton s'appuie sur le caractere et les idees du peuple grec; il pousse ä ses dernieres consequences les principes politiques de Lycurgue, auxquels il pretend allier le Systeme oriental des Gastes. Et cependant il s'eleve infiniment audessus des notions et des formes öthico-religieuses de l'antiquite. L'idee d'une communaute morale et religieuse, caressee par Piaton, n'est autre que celle qui se realisa plus tard dans l'Eglise chretienne, quoique d'une maniöre que le philosophe n'avait nullement pressentie. Sa Republique est avant tout un vaste etablissement d'instruction et d'education ; eile fournit aux individus les moyens de remplir leur destinee et d'arriver au bonheur. Gar, quoique dans une vie anterieure, on aitchoisi et fixe son propre sort, l'instruction est toujours necessaire pour eveiller et regier les Souvenirs : dans un etat bien ord'onne, et non ailleurs,

(1) TlKWtet. 170.

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l'intelligence pourra trouver une nourriture saine et abondante. C'est ainsi que Piaton, l'oeil fixe sur l'ordre moral du monde et l'existence de l'individu, bätit sa Republique comme l'image et l'antitype de Tun et de l'autre. Ne voyant dans l'existence terrestre qu'un moment fugitif resserre entre la noble vie qui l'a precede et qui doit la suivre, il permet au pouvoir absolu de sa Republique d'absorber toute volonte individuelle, tout droit, toute activite personnels. L'autorite est entre les mains d'une aristocratie du savoir, qui est dans l'etat ce que l'intelligence est dans l'äme: les citoyens sont divises en trois ordres, qui correspondent aux trois parties dont l'äme humaine est composee.

118. — Dans la pensee de Piaton, le peuple grec avait seul droit ä la liberte, c'est-ä-dire, k l'independance nationale ; les nations barbares etaient nees pour la servitude. — Cet exclusivisme ne doit etonner personne. L'etat exerce une autorite absolue sur les relationsdelavie des citoyens: l'existence de l'individu s'absorbe entierement dans la vie generale de l'etat: l'interet personnel doit disparaitre et faire place k une communaute d'interets et d'etforts. Pour obtenir ce resultat, le philosophe recourt k des moyens, qui accusent un tel mepris de la personnalite humaine, une ignorance si profonde des rapports moraux des deux sexes, que les siecles posterieurs ont du s'etonner de les rencontrer dans un homme tel que Piaton. II condamna k un esclavage absolu la troisißme classe, c'estä-dire, l'immense majorite des citoyens : il detruit ensuite le droit de propriete dans les deux classes superieures, et renverse et la famille et le mariage qui en est la base. Lafemme doit partager k mesure egale avec l'homme les travaux de la politique, de l'industrie et de l'education. La propagation de l'esp^ce humaine est soumise au contröle et ä ladirection de l'etat: les classes

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superieures sont groupees en familles, oü femmes et enfaiits seront en commun. Tous les ans on formera, dans les solennites religieuses, les couples, charges de pourvoir l'etat de nouveaux citoyens: les magistrats presideront a ces ceremonies et pourront y user de supercherie. Les enfants seront allaites par des nourrices ofllicielles ; l'onanisme et l'avortement sont permis, pour eviter un surcroit dans la population: on pourra exposer ou tuer les enfants mal conformes au physique et au moral. Enfin, pour couronner ces infaniies, il tolere la pederastie, ce crime que dans ses « Lois, » il avait fletri comme la ruine des etats. II est inutile de le prouver : ce ne sont point la des caprices de l'imagination, mais des theories serieusement professees par le philosophe; Epictete, Plutarque, Luden, Clement ont vainement essaye d'excuser ou d'attenuer ces doctrines barbares,

119. — Quant ä la position que Piaton prit ä l'egard du culte dominant, on peut dire en general, que, bien clitferent de ses predecesseurs et de ses contemporains, il ne s'accommodapasseulement par calculä lareligion populaire, mais lui voua un veritable respect et lui attribua une tres-haute valeur. La religion traditionnelle des Grecs est la seule admise dans sa Republique ideale: les formes du culte ne sontchangees en rien; un grand nombre de points doivent meme etre fixes et precises par l'ApoUon de Delphes(i). Sondernier ecrit, (les Lois), tient compte de la realite plus que ne l'avait fait la Republique: Piaton y entre dans les details de la vie et netrace plus seulement le tableau d'un etat-modele, regi par les philosophes. Dans cet ouvrage tout pratique et adapte aux besoins des classes inferieures, la religion, revetue d'une forme toute polytheiste, est

(I) Rep. 4, «7; 5, i(il ; 7,5i().

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la base et l'äme de tout. Piaton y donne l'ordre hierarchique ä suivre dans le culte d^s etres superieurs: d'abord, les dieux de l'OIympe, les dieuxprotecteursde la cite, puls ceux de la terre, ensuite les genies et les heros (i). II faut les honorer, selon les routumes existantes, par des sacrifices, des prieres, des vceux : c'est lä la plus digne, la plus belle des oceupations. Tout ce qu'il y a de bon dans la vie de l'etat, vient des dieux; tout doit, par consequent, leur ctre consacre : violer leur sanctuaire est le plus execrable des forfaits. Les fetes religieuses ont ete donnees aux hommes par les dieux, emus de compassion pour le sort des mortels et desireux de relever les meeurs de la degradation oü elles etaient tombees {-2) ; les fetes de Bacchus sont formellement autorisees.

120. — Platon afTirme hautement quil n'y a point de contact entre les dieux et les hommes: tout sc fait par l'intermediaire des Genies: de ceux-ci dependent les sacrifices, les consecrations, les oracles et toute la science des devins. La religion n'etait donc en grande partie que le culte des Genies; aux yeux du philosophe, eile n'en etait cependant ni moins respectable ni moins necessaire. Le sage meme que la contemplation des idees inonde d'inetiables delices ne peut, sans imprudence, negliger le culte de ces etres intermediaires. S'il a devant lui la perspective de monter un jour dans une sphere plus relevee que la leur, il n'en aura {»as moins dependu d'eux dans le cours de son existence terrestre. Quand ces gönies, dit Platon, ont pris possession d'une contree, les habitants ont le plus grand interet a etre bien accueillis par eux (ö). Apres cela, il

(l) Leg. 717.

(-2) Leg. 655.

(5) Leg. 747.

exprima le voeu que le peuple honorät particulierement les dieux d'un ordre plus eleve, les divinites siderales : le culte et la connaissance du dieu supreme etaient reserves aux gouvernants. Deux grands motifs nous portent k croire aux dieux (i) : d'abord, la superiorite de notre äme sur les choses creees, et puls le iiiouvement des astres, qui doli etre necessairement attribue ä une äme intelligente qui y reside. Ce dernier point est Selon lui une decouvcrte receiite et inconnue aux äges pr^cedents. Par consequent, rctudc de l'astronomie est indispensable : ce serait blasphemer les grandes divinites, comme Helios, Selene et les astres, que de formuler de fausses theories sur leur mouvement (2). L'astronomie etant le meilleur moyen de connaitre Dieu, est signalee, dans l'Epinomis, comme le degre le plus eleve, oü la sagesse humaine puisse atteindre.

4'24. — Le Systeme de Piaton laissait donc un vaste champ aux croyances populaires; mais, se placant au point de vue moral, le philosophe n'en attaqua que plus vigoureusement la mythologie des poetes et les prejuges repandus alors sur les rapports qui lient les hommes aux dieux. II combattit surtout trois grandes erreurs du paganisme grec: l'idee des lüttes intestines des Üieux, le prejuge qui leur altribue la Jalousie, la haine, la colere et autres passions humaines, et puis la croyance superstitieuse qui veut acheter l'impunite du crime au moyen de quelques sacritlces, prieres et ceremonies. 11 fit surtout ressortir ladesastreuseinfluencede cette derniere aberration et montra que les crirainels cherchaient l'expiation de leurs forfaits dans les orgies celebrees en l'honneur des dieux. Tout cela ren-

(!)Leg. 9G:.

(2) Leg. 821.

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dait la position de Platoii assez singuliere vis-a-vis des legendes religieuses des Grecs. D'un cute, les dieux proposes k l'adoration du peuple, ne pouvaient etre de vaines abstractions et devaient avoir une histoire: il n'etait pas possible de se passer dans l'education, de ces mythes qui donnaient un aliment ä l'intelligence de la jeunesse et initiaient l'enfance ä la religion officielle. D'un autre cöte, la plupart de ces mythes representaient les dieux et les heros sous les couleurs les plus odieuses, et devaient necessairement produire une Impression funeste sur le coeur de la jeunesse. II regardait comrne un supreme malheur la grande autorite dont jouissaient les poemes d'Homere et deplorait que les Grecs allassent puiser ä cette source empoisonnee leurs idees religieuses. II exclut donc cette poesie de l'education, tout en rejetant les explications physiques et allegoriques par lesquelles les sophistes avaient torture Homere. Par une contradiction manifeste, il permet dans un but d'utilite, d'entretenir les illusions: les fables et les legendes peuvent servir de moyens pedagogiques. On continuera donc de composer des poemes, des legendes divines et heroiques; mais les auteurs devront soumettre leurs oeuvres au contröle de l'etat; les meres et les bonnes seront chargees de raconter aux enfants ces fictions ofticiellement reconnues (i).

122. — Jamais le genie philosophique des Grecs ne prit un essor plus sublime que dans les belies theories de Piaton. Plus que toute autre doctrine, elles agirent vivement sur les esprits et durant sept siöcles, elles conserverent cette influence; mais aussi elles s'harmonisaient avec les aspirations et les besoins religieux de la nature humaine; elles s'alliaient aux elements les

(I) P.op 2,077. öS-2.

plus purs et les spiritualistes des croyances populaires et comblaient les lacunes du culte rcligieux du Paganisme. Le Platonisme pretend etre, avant tout, une doctrine forte et moralisatrice, annon^ant et donnant le bonheur. La philosophie, dit Piaton, detache Täme du Corps; eile apprend ä mourir et ä mediter la mort ; eile purifie l'äme de toute volupte, de toute douleur, qui la materialisent, la clouent au corps (i). 11 attribue ä ses theories une vertu regeneratrice; ceux, dit-il, k qui elles auront appris ä connaitre la cause des incertitudes oü ils sont encore ballottes, seront mecontenls d'eux-memes et se refugiront dans le sein de la Philosophie, pour y devenir des honimes tout nouveaux (2). En fixant son oeil d'aigle dans les profondeurs de l'avenir, il y voit la supreme justice, la plus haute vertu epuree et glorifice par les soutfrances: il peint le vrai juste, couvert des dehors du crime, Charge de chaines, livre aux plus cruelles tortures, mais conservant, pendant qu'on le cloue, les yeux bandes, ä un gibet infame, une inebranlable constance (0), Piaton est donc le herauf, le precurseur du Christian isme, mais seulement d'une maniere negative; sa doctrine eveilla des besoins, des esperances qu'elle ne pouvait satisfaire d'une maniere complete et durable : ses essais de reforme mirent ä nu le vide et la fragilite de la theologie hellenique; en voulant donner un corps k ce culte vaporeux, il infusa dans un vase souille la liqueur genereuse qui doit le faire voler en eclats.

123. — Un coup d'oeil jete sur les points capitaux de la doctrine de Piaton, suifira pour resoudre des ques-

(1) Phoed. 64, 67.

(2) Theoetet. 168.

(öjRep. 2,561.362.

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tions recemment agilees; ainsi iious saurons ä quoi nous en tenir sur la ressemblance qu'on pretend trouvcr entre eile et le Christianisme, et iious verrons si le meme noyau, les memes idees sont caches sous Tecorce d'expressions presque identiques. Piaton est monotheiste ; mais s'il donnesur Dien des idees qui, par leur purete, leur elevation depassent tout ce que la speculatioti a trouve avaiit ravenement du Christ, il n'est poiiU parvenu ä reconnaitre la personnalite pleine, vivante et libre de la divinite. L'antiquite et les premiers äges chretiens ont plus d'une fois voulu trouver chez lui une Trinite. Alcinoüs tortura les enseignemeuts de Piaton, les mela avec les theories d'Aristote et reussit a en faire sortir ainsi une Triade divine ; les Neo- Platoniciens regarderent comnie des hypostases absolues les attributs de Dieu entre lesquels Piaton n'avait etabli qu'une distinction de raison. Des theologiens chretiens, seduits par les apparences, s'appuyerent sur quelques expressions isolees pour lui attribuer une doctrine ou au moins pour lui faire l'honneur d'avoir pressenti une doctrine, qui en realile n'etait pas la sienne (i). Sans doute, Piaton distingue entre Dieu,

(1) Les principaux passages oü Ton a cru voir une Trinite, sc troiivonl, dans le Timee, (37.c.) etdans la R6publique(7, p 51 7j. Dans le preniiei-, Dieu estlePerc qui prodiiitcemon(le,tonuue souFils est rimuge des dieux öterncls ou des Idees. Si Platou eiit reellement vu une coninuinication de Fessence divine dans cctte genöration, il serait Panthöiste. Le second passage parle de Dieu, (idöe du bleu), de rintelligence qui ämane de lui et du soleil qui est son ouvrage. Si l'ou peuse ici ä une Trinite, le soleilen est necessairement la troisi^nie personue. Enfin, on cite la seconde lettre de Piatun (p. 312. E.); mais ce passage qui a exerce la subtilite de Plotin, est cxtreniement obscur (ap.Eiis. Praep. Ev. 11, lT);rauteurdt5clare luinieme qu'il ne parle (|ue pour cenx qui sont inities aux arcanes de sa doctrine. Abstraction faite de la queslion d'authenticite, qui est tres-controvers6e, il senible que les mots : £«e<»a airiov uTfcivrci^y rm kx/mv,

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