‹ Paganisme et Judaïsme (volume 4)Chapitre 9 sur 37 · HO PAGANISME · texte numérisé non relu

HO PAGANISME

le monde typique des idees et le monde ou Täme du monde qu'il appelle dieu. Mais ä ses yeux, celle-ci n'est pas une divinite eternelle : eile a eiiun commencement; entre l'ensemble des idees que Piaton ne represente jamais comme une unite vraiment personnelle et le Verbe, le Logos des chretiens il y a un abime.

124. — Ensuite, le dieu de Piaton n'est pas le createur, mais l'artisan du monde. II ya deux principes: le Demiurge et la matiere preexistante: si celle-ci doit etre representee comme n'ayant aucune qualite, aucune propriete ; si le philosophe va jusqu'ä lui refuser l'Etre, eile est toujours quelque chose, une Hule. Ce dualisme a en outre une tendance pantheistique ; les ämes possedent toutes un element divin. La race humaine qui, d'un cote participe ä l'essence du Dieu supreme, en est separee par un abime infranchissable; dans l'ensemble de son etre, l'homme est une oeuvre indigne de Dieu ; une divinite subalterne et finie, l'a cree sur les ordres du dieu supreme. La fatalite paienne (Anagke), la necessite naturelle est pour le dieu de Piaton, pour le bien supreme un obstacle insurmontable: l'äme ne saurait rester entierement pure, entierement exempte du pechö, qui n'est cependant qu'une infirmite, un obscurcissement de rintelligence. La laute qui des hauteurs du monde supra-sensible a precipite les ämes dans le monde materiel, n'est pas precisement une faute : c'est quelque chose d'accidentel, un manque de force intellectuelle. Aussi le salut et la redemption n'est qu'un retour de l'esprit ä lui-meme, un recueillement de l'äme qui s'elance ä la contemplation des idöes, un amour plus eleve de lui-meme, et cette

il la ü'iplc sphöi'o oü Platoii a place les iüees, les diviiiiles sidemles et les homuies, qui tous doivent a Dieu le degre de boiite et d'excellencc uü ils sont elev6s.

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redemption est le partage exclusif du pelit nombre d'esprits philosophiques. Le vaste Systeme de Piaton manque de conclusion et se meut dans un cercle fatal. Les ämes les plus pures, les plus dignes de contempler e monde des idees, retombent inevitablement dans les spheres inferieures : rentrees dans les espaces de l'Ether, elles s'y rendent toujours coupables de quelque taute, de quelque negligence et sont condamnees a rentrer dans le corps, pour fournir une nouvelle carriere de fautes et d'expiations. Aucune ame ne parvient Jamals ä une imperissable felicite.

12o. — Les docteurs de l'Academie renongant d'un cote au doute, aux hesitations de Socrate, firent autant de dogmes des hypotheses et des conjectures de leur niaitre Piaton, et d'un autre cote, ils abandonnerent quelques-unes de ses plus importantes doctrines, tout en restant fideles ä son esprit. Cela resullait naturellement du caractere general de ces doctrines. Speusippe, neveu de Piaton, revint a la theorie pythagoricienne des nombres; il distingua la divinite, le nous de l'unite de Pythagore et du bien supreme de Piaton (i). A ses yeux, ceci n'est pas quelque chose de primordial, mais se developpe dans les etres : l'etre bon et complet nait du sein de l'imperfection. En meme temps, la divinite est « une force animale qui regit tout » {-2}, etqui (comme äme universelle) penetrele monde apartir du centre et l'entoure ä l'exterieur (3). II semble avoir traite d'abstraction pure l'idee platonique de la bonte supreme qui est Dieu; il met ä sa place l'äme universelle des Pythagoriciens, concrete, materielle, mais en meme temps intelligente. Ensuite, il se separa entiere-

(1) Stob. Ecl. 1,08.

(2) Visaniraalis. Cic. N. D. 1, 13.

(3) Theophi. Metaph. 9, 52-2.

ment de Piaton, en attribuant rimmortalite ä toutes les parties, meme inintelligentes de l'äme humaine. En cela il etait consequent; car il la regardait comme une emanation touta la fois intelligente et non-intelligente de l'äme du monde (i).

126, — A Speusippe sueceda Xenocrate. Compagnon inseparable de Piaton, universelleinent estime ä cause de sa vie ascetique et irreprochable ; il fut, durant 25 ans, k la tete de l'ecole academique d'Athenes (396- 314.) II s'ecarta tellement des doctrines de son maitre, que Numenius et d'autres accuserent Speusippe, Xenocrate et Polemon d'avoir cause la ruine du Platonisme, en y melant des theories etrangeres (2). Xenocrate y introduisit l'element pythagoricien et fondit la Philosophie avecle polytheisme; double tendance, ä laquelle obeit ensuite toute la jeune Academie. La theorie des idees de Piaton fut ramenee au Systeme des nombres de Pythagore : le nombre, non plus ideal mais mathematique, devint l'expression adequate des idees ; les notions de Dieu, de monde et d'äme furent revetues d'une forme toute arithmetique. La Monade est le dieu supreme ou Zeus : eile resume l'etre imnmable, et ä cöte de ce dieu male, ä cöte du Nous, il y a une divinite femelle, la Dyade, qui est la mere auguste de l'äme du monde. Zeus reside dans la spheredel'immuable, dans le ciel des etoiles fixes : la Dyade regit le monde qui change et oü se meuvent le soleil, la lune et les cinq planstes: eile animeles astres et rösideen meme temps au sein des elements, sous la forme de genies sublunaires (Here, Poseidon, Demeter.) Ces globes Celestes et animes formentavecZeus leshuitdivinites olympiques,

(l)Olympio(l Comin. in Phoed. dans le fragmeut conimunique par Cousin. Journal des Savaiits, 1835, Mars. p. lio- {2) .\p. Euseb Praep. evang, 14. 5.

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et ä Cüte d'elles se trouvent les trois dieux elemenlaires que nous venons de mentionner (i).

1:27. — Xenocrate developpa avec ardeur la theorie des genies ou demons ; et cette partie si importantc de sa doctrine exerca une immense influence sur les siecles suivants. Ces etres, intermediaires entre les dieux et les hommes, facilitent les relations qui relient les habitants de la terre ä ceux de l'Olympe ; mais n'ayant pas conserve intacte leur nature divine, ilssont devenus sujets aux passions des mortels. II y a entr'eux des degres de moralite : quelques-uns sont malfaisants et tenebreux; tout malheur est leur oeuvre ; les parties du culte qui deplaisent aux dieux et aux bons genies fönt leurs delices ; ils se rejouissent aux jours de malheur et aux fetes marquees par des rixes, des propos obscenes, des macerations et des jeünes (2).

128. — Se rapprochant d'Empedocle et de Piaton qui, dans le Cratyle et dans le Phedon avait designe les ämes humaines commedes demons, Xenocrate les place aussi dans le monde des genies : l'Eudemonie est le partage de celui qui a l'äme bonne : Cacodemon est celui en qui rösideune äme malfaisante (3).Engeneral, il defmissait l'äme, k la maniere des Pythagoriciens, comme un nombre qui se meut lui-meme : eile vient du dehors dans Thomme et est, au dire du philosophe, enfermee dans le corps, comme dans « une prison titanique (4). » II la regardait probablement comme un « apospasma » une partie, un Fragment arrache ci l'äme du monde, et devant rentrer danslegrandtout, quand la mort l'aura delivre du corps tombe cn dissolution. Ce

(t) stob. 1,65. ArLsl. de cn'lo 1, 10. Tlieodorcl. Gr. äff. cur. p. W-i. Plut. de fac in hin. c. 29.

(2) Plut. Isid. c 16

(3) Ari.st. Pop 2, 6. Stob Serm. 104, U Clem Strom 2, p. ill.

U) OKmpiod in Phoed. 1. c Allusion au myihe orphique de Zagreus.

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qui le prouve, c'estque meme aux animaux il attribuait une äme Immortelle, c'est-ä-dire, une äme qui, loin de perir ä la mort, retourne k la source inepuisable de la vie.

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