‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 18 sur 60 · En prenant pour base ce qui existait à Athènes · texte numérisé non relu

En prenant pour base ce qui existait à Athènes

(1) Tertnll. Apol. 13. Plat. Rep. 2, p. 381 D.

on doit croire que le nombre des prêtres et des personnes employées au service des dieux a été extrêmement grand. Il y avait là une prêtresse chargée uniquement d'orner le siège d*Athéné, un « cataniptès » qui, lors des panathénées, lavait le peplos (voile) de la déesse, tandis qu'une autre prêtresse était préposée à la table d'Athéné. A Olympie, les descendants de Phidias jouissaient seuls du droit de conserver la statue de Jupiter en état de propreté. En général, la garde, le nettoyage et rornementation des temples et des statues des dieux occupaient beaucoup de mains; il y avait des néocores, des cléduches (porteurs de clefs) avec leurs adjoints et leurs valets; TÉtat avait créé des fonctionnaires publics particuliers portant le titre de hiéromnemones ou épimélètes, chargés d'administrer les édifiées sacrés et les revenus des temples, de régler la pompe des cérémonies du culte, de choisir et d'acheter les animaux destinés aux sacrifices et de rendre d'autres services semblables. Il est probable qu'en instituant de nombreux fonctionnaires, on s'était proposé pour but de soumettre les prêtres à une surveillance exacte et à diverses, restrictions.

7. — La divination accordait aux hommes, chargés de cette branche importante de la religion^ un pouvoir plus grand et une position plus indépendante que ne pouvait leur donner le sacerdoce circonscrit dans des limites assez étroites. Les devins avaient pour mission de s'enquérir de la volonté des dieux,, de la révéler et de prédire l'avenir. Souvent cependant,, le sacerdoce et la divination étaient exercés par la même personne ; mais le plus souvent celle-ci était pratiquée de différentes manières et comme une vocation particulière. Dans une religion reposant sur la déification de la nature, toute la vie naturelle doit réellement paraître â l'homme une manifestation de la volonté divine» l'or-

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gane, par lequel la divinité lui adresse des admonitions, des encouragements, des terreurs ; mais on cherche de préférence la révélation de la volonté divine et des choses futures dans les phénomènes étonnants et rares, qui s'écartent du cours ordinaire de la nature. La divination était donc un art qui reposait sur la tradition ; dans les premiers temps il se conservait héréditairement au sein de certaines familles de devins, dont quelques-unes, comme les Jaînides d*01ympie, les Clytiades et lesTelliades d*Elide, parvinrent à une grande extension et à une haute autorité. Après les guerres des Perses et plus tard, il y eut partout des devins qui jouissaient d'une grande autorité et qu'on consultait pour toutes les entreprises importantes. Les devins acarnaniens qu'Hésiode (i), dit-on, eut pour maîtres d'art de divination, étaient célèbres avant tous les autres. De tels devins ou explicateurs de signes accompagnaient l'armée dans la guerre et, par la confiance que les généraux et les troupes avaient dans leurs conseils, exerçaient une influence souvent décisive, quelquefois pernicieuse; c'est ainsi que l'entreprise des Athéniens contre la àSici le échoua en partie parce que, d'après le conseil du devin Nicias, Farmée resta à cause d'une éclipse de lune, trois fois neuf jours dans une position militaire désavantageuse (2). C'est pourquoi Xénophon proposa d'ordonner que le général se familiarisât luimême avec la divination, afin de pouvoir surveiller les devins et les empêcher de le tromper par la production de faux signes (5). À Athènes, on entretenait, dans le prytanée, et aux frais de l'état (4), de semblables devins.

(1) Paus. 0;31,4.

(2) Thucid. 7, 50.

(3) Cyrop. 16, 2 ; cf. Aen. Tat. c. 10.

(4) Aristoph. Pax. 1084 ; cf. Schol. ad h. 1.

auxquels on préposait un fonctionnaire particulier chargé de les surveiller pendant le sacrifice (i). On les consultait beaucoup sur les affaires privées et leur art était hautement respecté; plusieurs particuliers avaient chez eux un devin (2) qui devait, jour par jour, examiner les entrailles des animaux immolés ou expliquer des songes ; on aimait à les consulter sur les maladies, et Ton soumettait généralement à leur interprétation tout signe extraordinaire qu'on croyait avoir remarqué. 8. — L'inspection des entrailles, dont Homère ne fait pas encore mention et qui probablement est venue d'Orient en Grèce, était un art exercé d'après des règles fixes ; la couleur et la forme des parties intérieures, surtout du foie et de la bile, y jouaient un grand rôle. C'était l'espèce de divination la plus recherchée, et on lui attribuait le plus d'influence sur les affaires publiques ; la vertu et la valeur du sacrifice en dépendaient au point que, si le résultat des extispices était défavorable, on interrompait ou ajournait toute la cérémonie (3). Mais la marche du sacrifice, la manière dont se comportait la victime, ses cris, les figures qu'on croyait voir dans les cendres de l'animal brûlé et qui, souvent, étaient en partie le résultat dé l'imagination, offraient d'abondantes matières pour explorer l'avenir. L'une des formes les plus anciennes de la divination était l'augure du vol et du chant des oiseaux défendue même par Socrate,quila regardait comme unemanifestation faite par les dieux pour révéler leur volonté (4); on fit de l'observation minutieuse des oiseaux un art qui n'obtint cependant pas en Grèce la haute signification et l'influence sur les affaires publiques qu'on lui accordait à Rome.

(1) Qui s'appelait ttp«wétêç. Schol. Deroosth. Mid. § 115.

(2) Plut. Nie. 4.

(5) Thucyd. 5. 54. Hérod. 9, 38.

(â)Xénopli Memor.l, 13.

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9. — En dehors de certaines voix réputées divines ou démoniaques, on attribuait une vertu présageante aux phénomènes de la nature, aux éclairs et à d'autres signe» célestes. C'est ainsi que les éphores de Sparte devaient procéder, tous les neuf ans, à une inspection du ciel, les pythaîstes d'Athènes devaient se livrer au même acte avant le départ de la députation solennelle de Délos (i) ; du reste, ce genre de divination n'était pas fort répandu chez les Grecs. Aussi l'astrologie n'appartient qu'à la période romaine, et était, pour la plupart, exercée par des étrangers, par des Chaldéens et des Egyptiens; mais elle parvint à acquérir une plus grande vogue, lorsque tous les autres genres de divination étaient tombés en décadence et livrés au mépris (2).

iO — Souvent, les prédictions de victoires, faites par les explicateurs de signes, se réalisèrent par le courage et par l'assurance que les devins inspirèrent à leurs com* patriotes ; cependant, des hommes d'état et des généraux grecs ne se faisaient pas scrupule d'inventer les prodiges dont ils avaient besoin ; les devins le faisaient même plus fréquemment ou arrangeaient les signes conformément à leurs vues. Us parvenaient quelquefois à leur but malgré les princes ou les généraux. C'est ainsi que l'augure Théodote réussit à empêcher la conclusion d'une paix entre Lysimaque et le roi Pyrrhus (3) ; mais lorsque le devin Diopithe voulut exclure Âgésilaus de la dignité royale en lui appliquant un oracle suivant lequel les Spartiates avaient à se prémunir contre une royauté boiteuse, il vit son plan déjoué par les représentations de Lysandre. On savait bien se tirer d'embarras quand les interprétations des devins contrariaient trop ouvertement les désirs des grands

(I) Plut. Agis. 11. Stepli. Byz. s. v. Pytho- {'2) Orig- apud. Eus. Praep. 6, 11.

(3) Xéoopb. Hell. 3, 3.

OU du peuple ; on gagnait d*autres devins qui opposaient des signes heureux et encourageants aux augures défavorables. Cela arriva, par exemple, lors de l'expédition que les Athéniens projetèrent contre la Sicile ; en vain les augures et beaucoup d'autres personnages cherchèrent-ils à en détourner la nation par des prodiges et par des signes effrayants ; Âlcibiade avait des augures qui lui étaient dévoués, et des oracles auxquels le peuple d'Athènes ajoutait foi (i). Lorsqu'un semblable contre-poids n'existait pas, les devins étaient assez puissants pour pousser les Grecs à des actes qui répugnaient à leurs sentiments ; ce fut d'après les conseils de l'augure Euphrantide que Théroistocle sacrifia des Perses prisonniers à Bacchus Omestes. On rencontre certainement aussi des exemples que leur influence, employée en sens contraire, sauva la vie d'un homme (2) : lorsque Pélopidas était sur le point de sacrifier une jeune fille conformément aux interprétations des augures, l'un des devins, Théocrite, sut lui persuader que le sacrifice devait se composer d'une jument blonde au lieu d'une vierge blonde (s).

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