III. — ABLUTIONS RELIGIEUSES
26. — Avant d'aborder les pratiques et les solennités religieuses des Grecs, leurs sacrifices, leurs prières et leurs fêtes, nous devons nous occuper de leurs ablutions, lesquelles précédaient toujours tous les actes concernant la divinité. Autant qu'il est possible d'approfondir la chose, l'accomplissement de ces ablutions et de ces lustrations était purement mécanique; les prêtres et le peuple ne cherchaient et ne désiraient rien de plus que de se débarrasser de toute souillure, non sous le rapport moral mais sous le rapport physique; et à ces usages hilastiques, au moyen desquels on croyait y parvenir, on accordait une action magique qui, malgré la volonté intérieure constamment dirigée vers le mal, réussissait néanmoins, pourvu que nulle pratique ordonnée par le rite ne fût négligée. Ainsi dans les temps historiques, les ablutions et les fumigations auxquelles on se soumettait, n'étaient aucunement dans l'opinion des Grecs une image de la purification intérieure; lorsque Platon dit: qu'il n'est permis qu'à l'âme pure de l'homme vertueux d'honorer les dieux par des sacrifices, et que les dieux n'acceptent nul présent d'un individu en état de souillure (2), c'est une belle pensée dé Platon, mais c'est aussi la pensée d*un philosophe voyant au delà de son siècle et de son
(i; Notamment duraut la guerre du Péloponèse. Thucyd. 2, 8 ; 2, 21 ; 8,1, 8. Àristoph. Aor. 700—25 ; 959—91. (2) Plat. Legg. 4, p. 716 D.
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peuple. L'inscription du temple d'Epidaure, laquelle prescrivait pour pénétrer dans le sanctuaire la pureté nécessaire dans le sens sacré (i), est trop isolée et elle remonte à une époque trop reculée, pour pouvoir être considérée comme l'expression d'une opinion régnante. 27. — A l'entrée des temples il y avait donc des vases remplis d'eau destinée aux aspersions ; on sanctifiait cette eau moyennant un tison pris sur l'autel et plongé dans le liquide; les aspersions avaient lieu soit avec la main de ceux qui entraient, soit avec une branche de laurier trempée dans l'eau (2). Les cadavres et les femmes en couches passaient notamment pour devoir être purifiées. En conséquence quiconque avait touché un mort ou une accouchée, ou s'était simplement trouvé dans leur voisinage, ne pouvait pénétrer dans un temple ou procéder à une pratique religieuse qu'après une purification complète (s). C'est pour cela que devant les maisons renfermant un cadavre il y avait des vases pleins d'eau pour s'asperger (4) et après les funérailles, ceux qui y avaient assisté se soumettaient encore à une purification spéciale. Xorsque les Athéniens purifièrent l'île de Délos, il fallut pour cette cérémonie enlever tous les cercueils et tous les tombeaux (5). Quant à la souillure que causait le meurtre d'un homme, peu importait que le fait fût criminel, ou innocent et involontaire. La purification ensuite d'ho-
f1) Porphyr. Abstin 2, 19. Le passage de Clément Alex. Strom. 4, p. 531, que cite K. F. Hermann (antiq. religieus. des Grecs, p. 103, n. 20) donne encore une explication des philosophes qui vécurent plus tard, laquelle s'appuie sur cette inscription.
(S) Hippocr. morb. sacr.c. 2. Poil. onom. 1, 8. Lys. adv. audoc. 255. Athen. 9, 409. — Aristopb. Pac. 957.
(3) Eurip. Iphig. Taur. 380.
(4) Poil. 8, r
(5) Tbuc. 3, 104.
micide se faisait souvent par une simple ablution, mais pour cet objet il exist^ùt aussi des prêtres spéciaux, tels que le Koes dans la Samothrace et les Psychagogues à Phigalée en Ârcadie (i), et naturellement ils se servaient d'un certain rite et de pratiques particulières. La purification de toute une ville ou de tout un peuple pouvait sembler nécessaire, comme à Athènes, après le carnage de Cbylon (2), et à Argos, après la sanglante vengeance accomplie sur les mercenaires de Bryas (3). A Athènes, lors de chaque assemblée du peuple, il était d'habitude d'asperger avec le sang d'un porc immolé les bancs oh les citoyens s'asseyaient.
â8. — La superstition avait ici devant elle un champ incommensurable. L'usage des purifications, la ca* thartique formait pour bon nombre . de gens un métier fructueux; aussi la grande quantité de méthodes employées s'enrichissait-elle toujours de nouvelles inventions. Le plus fréquemment on se servait pour les ablutions de l'eau de la mer, qui passait pour être trèsefficace vu le sel qu'elle contient. Non-seulement on se lavait soi-même avec cette eau, mais encore les vases, avant de les employer pour un sacrifice ou une liba* tion ; et Pénélope, avant d'adresser ses prières aux dieux, s'en servit pour laver ses vêtements qu'elle remit ensuite (4). On racontait que des personnes, qui s'étaient approchées de l'autel de Jupiter, sans avoir lavé préalablement leurs mains, avaient été tuées parla foudre. Pour certaines purifications, on arrosait la main avec le sang d'un porc sacrifié, ou l'on foulait du pied gauche la peau d'un bélier immolé à Jupiter (5) ; on se
(1) Pans. 3, 17, 8.
(2) Dtog. Laert. 1, 110.
(3)Paus. 2, 90, 1.
(4) Odyss. 4, 735.
(5) Atben. 6, 78 Hesych. i, p. 1005.
frottait avec de la terre, ou Ton faisait courir un jeune chien autour de soif(i). Le soufre, la scille et les œufs étaient aussi d'une grande efficacité. Ensuite on enterrait ordinairehient ou on jetait à la mer les objets ayant servi à la purification.