Les grandes fêtes nationales, communes à tou
(1) Paus. 5. 16, 2. Strab. â78.
(2) Plut, coujug praece. c. 42.
(3) Plut. ap. Euseb. praep. evang. 3, 1. p. 85.
tes les populations helléniques, étaient célébrées tous les quatre ans à Olympie et à Delphes, et tous les deux ans à Némée et sur Tisthme de Corinthe. Pausanias prétendait que les Olympies d'Elis étaient après les Ëleusinies les plus magnifiques fêtes de la Grèce. C'était ici que des envoyés de toutes les villes helléniques sacrifiaient en commun à Tautel de Zeus; mais les cérémonies principales dans celle-ci comme dans les trois autres fêtes étaient les jeux de combat. Les jeux pythiques consacrés à Apollon Pythique, dans la plaine de Crissa, non loin de Delphes, étaient primitivement célébrés par des concours musicaux, puisqu'ils s'adressaient au dieu protecteur de la musique; mais de bonne heure déjà on y ajoutait des luttes gymnastiques et des tournois à l'instar des jeux olympiques. Dans un bois sacré près d'Argos, et plus tard à Argos même, on célébrait les jeux néméens en l'honneur de Zeus Néméios; la fondation des jeux isthmiques, consacrés à Poséidon, était attribuée à Thésée et sous la protection de la ville de Corinthe, si riche et si favorablement située, la fête était très-fréquentée et avait une vogue telle, que la destruction de la ville par Hummius ne put pas même l'interrompre. Une trêve de dieu, ou un mois sacré, protégeait les voyageurs qui allaient à ces fêtes ou en revenaient. Tous les quatre ans, durant quatre jours, les Athéniens célébraient de la même manière leur fête principale, les Panathénées» en l'honneur de leur déesse tutélaire. Le principal objet de toutes les cérémonies, était la robe de safran qui, tissée par les femmes attiques pour l'image de la déesse, était portée processionnellement dans le temple de la citadelle. Le cortège était formé avec tout le luxe qu'on savait étaler à Athènes ; on portait toutes sortes de vases d'or et d'argent : les habitants des deux sexes, de toutes les conditions et
de tous les âges, depuis les enfants jusqu aux vieillards, dont on prenait les plus beaux, y prenaient part (i). On célébrait d'une manière analogue, à Délos, la fête d'Apollon et d'Artémis : tous les habitants des îles environnantes s'y donnaient rendez-vous avec une députation solennelle d'Athènes (2).
51. — Le cycle des fêtes d'Athènes, que nous connaissonsdelanianièrelapluscomplète,nousdémontreclairement que le Paganisme hellénique pouvait trouver toujours matière pour de nouvelles fêtes ; la tendance des Grecs d'employer à des fêtes et à des réjouissances les choses les plus futiles et même celles qui ne prêtent à aucune idée spirituelle ou religieuse, était extrêmement forte. L'habillement des images divines, le nettoyage et le lavage des ornements des images divines, sont transformés en véritable fête dans les Callynteries et dans les Plynteries. Dans cette dernière fête, le temple d'Athéné était fermé par les femmes au moyen d'une corde .dont on l'entourait, puis on dépouillait la statue de la déesse de ses habits et on la voilait jusqu'à ce «qu'elle put se montrer de nouveau dans ses robes lavées à neuf (3). Personne n'osait rien entreprendre ces jours là. A la fête de Scirophories, l'acte principal était une procession où les Etéobutades portaient un grand parasol, en souvenir de ce qu'Athéné avait la première inventé cet instrument pour se garantir des rayons du soleil (4). Ce fut à Athènes aussi que l'on jugea nécessaire de célébrer une fête commémorative, les Hydrophories, en l'honneur de ceux qui, il y a quelques inilliers d'années, avaient péri dans le déluge dcDeucalion;
(1) Xenoph. Symphos. 4, 17. Schol. Àristoph. Vesp. 544.
(2) Plut. nie. c. 3. Plat. Phaed. p. S8. (3)PoUux.8, 141.
(4) Harpocr. p 270. Anecd. Bckkcr, 1, 504.
ET judaïsme. 329
on versait de l'eau dans une ouverture qu'on avait faite dans la terre et on y jetait des gâteaux (i).
52. — Les fêtes qui se rapportaient aux actes de la vie sociale et domestique, au passage d'une époque de la vie à une autre et à des faits semblables étaient plus significatives. C'est ainsi que les Spartiates avaient une fête, les Tithénides, pour les nourrices et leurs nourrissons; lesApaturies, si particulières à la race Ionienne, qu'Hérodote (2) les cite comme le signe distinctif de nationalité ionienne, étaient destinées à donner de la solennité à l'acte par lequel les enfants nouveau-nés étaient reçus dans la communauté paternelle, la Phratria; à cette occasion on offrait un sacrifice à Zeus Phratrios. Les Gymnopédies étaient une fête de la jeunesse mûre, à Sparte, où les garçons et les adolescents en dansant tout nus par la plus accablante chaleur de l'été, s'habituaient à* supporter avec calme les fatigues les plus dures (5). Et, comme les femmes célébraient leurs fêtes et leurs cérémonies particulières, en les cachant lé plus souvent à leurs maris, les métiers avaient aussi leurs propres solennités destinées seulement aux memj)res de la confrérie.
53. — Avant tout les fêtes étaient célébrées par des sacrifices et puis encore par des processions et des jeux gymnastiques, musicaux et théâtraux et par de$ jeux de course. Plus que tout autre peuple les Grecs aimaient les exercices du corps et les jeux de combats, et, selon Platon, ils se représentaient leurs dieux comme amis des jeux (a). On instituait donè des courses à pied et à cheval aux flambeaux ou avec des armes;
(1) Plut. Syll. 14, Schol. Aristoph. Acharn. 1073. (9) Herod. 1, 147. cf. Schol. Aristoph. Acharn. 146.
(3) Plat. Lpgg 633.
(4) 1 ratjl. 206.
on jouissait du plaisir des courses en cbars à deux et à quatre chevaux, avec des poulains et avec des mules : on se disputait l'honneur d'obtenir la couronne en luttant, en lançant le javelot et le disque, en luttant corps à corps, et au pugilat. Ceux qui demandaient des jouissances plus raflSnées se trouvaient satisfaits par des concours de musique, qui étai^ent institués d*abord dans les fêtes Pythiques et puis aussi dans les jeux isthmiques et néméens. Chez les Mégaréens, lors de la fête de Dioclès, il y avait même des jeux de baisers (i). Des honneurs splendîdes, une réception brillante attendaient dans leur patrie ceux qui dans une des quatre fêtes nationales étaient sortis vainqueurs de ces luttes. Le nombre de Grecs qui, aspirant à la palme, passaient toute leur Tie à s'exercer dans les arts gymnastiques, était considérable. En général, et dans la plupart des fêtes, les jeux solennels, les chœurs, les processions étaient les actes pricipaux pour le peuple et c'est à cause de ces divertissements que ces fêtes, dont on attendait le retour périodique avec impatience et qu'on saluait avec joie, étaient regardées comme le meilleur condiment de la vie grecque. Cette vie et la magnificence de beaucoup de fêtes furent encore augmentées par les « Théories » ou ambassades: les villes de même race avaient l'habitude de se les envoyer pour prendre part aux hommages qu'on offrait à la divinité et mettaient alors tout en œuvre pour faire honneur à leur patrie par l'éclat de leur apparition, par l'ornementation de leurs chars, par la beauté de leurs coutumes et par le nombre et l'excellence de leurs animaux de sacrifices ; ainsi, par exemple, à l'occasion des jeux Pythiques, on réunissait un millier de jeunes bœufs et dix mille victimes d'autres espèces.
(i) Thcocrit. 12, 27. Schol. ad. 1.
S4. — Conformément à la nature des fêtes grecques, la célébration avait lieu en plein air : ainsi on était entouré de ces objets de la nature qu'on servait réellement, après les avoir élevés à la dignité et à la personnification divine. C'est pourquoi chez les Grecs, même dans les temps postérieurs, les autels se trouvaient encore en plein air ; entourés par des arbres ils se prêtaient d'autant mieux à la solennité que la fumée des holocaustes pouvait plus librement monter au ciel. On célébrait également en plein air les sacrifices mortuaires, qu'on répétait périodiquement dans tous les états helléniques, et qui étaient consacrés, non^^seulement aux dieux infernaux, mais encore aux ombres des morts, qu*on plaçait en quelque sorte au même rang que les héros ; car on y brûlait sur un bûcher un holocauste avec des objets précieux qu'on voulait envoyer aux morts : on y ajoutait des libations et on versait le sang de la victime dans une fosse.