AVANT-PROPOS. VU
milieu du deuxième siècle ap. J.-G.queles influences chrétiennes commencèrent à devenir perceptibles: à dater de cette époque le paganisme grec n'enfanta plus qu'un système digne de remarque, celui de Plotin, dont les modifications formèrent l'école des modernes Néoplatoniciens ; mais déjà cette école et ses doctrines ne furent plus un produit du paganisme pur, et le christianisme auquel elle emprunta ses éléments altérés, fut loin d'être complètement étranger à ses progrès. Il est à remarquer en effet, que l'extension du Néoplatonisme eut en grande partie pour cause l'antagonisme que suscitait de toutes parts le Christianisme naissant. Si je cite ce fait, c'est qu'il vient parfaitement à l'appui de mon assertion que la fin de l'histoire intime du paganisme antique, jusqu'au jour où parurent les symptômes palpables delà complète désorganisation, coïncide précisément avec l'époque que je viens de rappeler. Il me semble qu'on ne peut méconnaître une sorte de légitimité dans cette suprême agitation de l'esprit païen, forcé dans ses derniers retranchements, et qu'il est permis de considérer la plupart des grands événements qui se succédèrent depuis le commencement du siècle qui précéda la naissance du Messie, jusqu'au milieu du deuxième siècle ap. J.-C, comme la manifestation non douteuse de ces derniers efforts de plus en plus comprimés dans leur action.
Mil AVANT-PROPOS.
A cette époque, le génie de l'antiquité essaîetous les systèmes, fait arme de tout, épuise pour ainsi dire toutes tes combinaisons possibles et consume toute la force plastique qui réside en lui, pour raffermir ses bases ébranlées de toutes parts et qui lui manquent toutes à la fois. Et ce n'est enfin, qu'après s'être complètement assimilé avec le corps social, après avoir éprouvé et assuré la vitalité de chacune des doctrines de ses formes et de ses institutions, que la grande révolution pressentie seulement par le petit nombre, et qui échappait à la conscience des masses contemporaines, se révèle au grand jour, ouvrant sur l'ère des Antonins, une des plus glorieuses pages des annales de l'esprit humain.
Telle est la perception vive et claire qui s'offre à mon âme comme la récompense de mes longues investigations: conviction sincère et profonde que j'espère faire partager au lecteur, si je ne suis pas resté trop au-dessous des hauteurs de ma thèse et trop en arrière de ses mille exigences.
Munich, 6 avril 1857.
J. DÔLLINGER.
INTRODUCTION