‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 41 sur 60 · Cela ne se fit cependant pas sans une lutte ar · texte numérisé non relu

Cela ne se fit cependant pas sans une lutte ar

s'appuyant sur Bérose. prétend que le Dieu Zervan n*est autre que Sem. Après avoir fait mention du déluge et du Xisuthros Babylonien, Bérose cite trois souverains :Zerovanes, Titan et Japetbestos, qui pour Moïse sont Sem, Cham et Japhet. Rawlinson, de son côté, pense que Zervan est le Ziru-Bauit des inscriptions cunéiformes. Cest là Tépilbète communément donnée à Bel, et le Prototype delà race sémitique. Les Scytbes Zoroastriques ou Cbamites, qui communiquèrent leur magisme et leur astrono^ mie aux Chaldéens, auraient reçu de ceux-ci le culte de Zervan on Bel. (i) Real- Encyclopédie de Pauly, vi. 2893.

dente où la prépondérance appartint alternativement à l'un des éléments opposés. Voilà comment l'inscription si remarquable de Bisitun, qui éternise les exploits de Darius, a pu représenter Ormuzd comme « le die» des Eriens. » Zervan était donc une divinité inconnue d'abord aux Eriens : ce n'est que plus tard*, qu'un lien théogonique la rattacha à Ormuzd et à Ahriman. La religion d'Ormuzd, privé d'un sacerdoce fortement organisé, ne put échapper à l'influence des mages dans les contrées, où ceux-ci étaient serrés en une caste sacerdotale (originairement Kuschitique) et très-puissante. Les mages, devant de leur côté, prévenir un échec qui les aurait livrés à l'oppression, se hâtèrent de combiner les dogmes Zends d'Ormuzd, d'Ahriman, de Mithra, de Homa, d'Anahita avec le culte qu'ils rendaient aux éléments. Ce mélange fut facilité par l'influence que l'adoration du feu exerçait sur les deux partis rivaux et les Athravas furent entièrement absorbés par leurs adversaires, plus puissamment organisés. Agathias, dit que Zoroastre, le chef des Mages, altéra la pureté du culte antique et introduisit des dogmes étrangers; cet auteur qui n'affirme rien à la légère, est donc ici dans le vrai, en tant que Zoroastre n'est en cet endroit que la personnification mythique de la caste des Mages (i). Certains faits tendent à faire croire que les Achéménides qui régnaient anciennement en Perse résistèrent auMagisme envahissant et s'eflbrcèrentde préserver les indigènes de cette désastreuse influence. La tentative d'usurpation, que \e mage Gumata fit sous Cambyse,. avait un caractère à la fois politique et religieux. Les Mages avaient transféré le s^iége de l'empire en Médie, où les masses leur étaient favorables et où leur caste

(i).\gaUï. 2, 24

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était plus fortenxeiït organisée. Beaucoup d'entr'eux payèrent de la vie leur téméraire entreprise ; en Perse, leur sang coula à grands flots. L'anniversaire de cette boucherie, qui mit fm à la domination des Mages en Perse, resta longtemps une fête nationale : ce jour-là, les mages descendants de ceux qui avaient péri, ne pouvaient paraître sur la voie publique. Dans l'inscription de Bisitun, Darius tient le langage suivant : « C'est à Ormuzd que je dois mon sceptre ; — j'ordonnai de ne plus vénérer ce que le mage Gumata avait vénéré. J'ai rétabli'les temples et le culte du Protecteur de l'Empire et rendu aux dieux ce que Gumata leur avait ravi. De cette manière et grâce à Ormuzd, j'ai réparé toutes les pertes (i). »

19. — Le tableau que les Grecs, surtout Hérodote et Strabon ont tracé de la religion persane, diffère totalement de l'idée qu'en donne le Zend-Avesta. IL ne faut nullement s'en étonner. Ces deux écrivains n'avaient jamais mis le pied dans la Perse proprement dite ; ils en ignoraient même la langue. S'ils virent quelques cérémonies du culte des Perses, ce ne fut que dans les provinces occidentales de cet empire; la forme ancienne du culte des éléments, y prédominait encore et ne permettait pas d'apprécier l'influence des idées religieuses des Eriens. Un Grec aurait dû, ce semble, être surtout frappé de l'antagonisme d'Ormuzd et d'Ahriman; le polythéisme hellénique n'offrait rien d'analogue. Malgré cela, ni Strabon ni Hérodote n'en font mention: Homa leur est inconnu. Hérodote semble avoir pensé à Zervan, quand il dit que les Perses donnent la nom de Zeus à la vaste circonférence du ciel (a). Aristote est le premier qui sût quelque chose

(îj Benfey-lnscript. Cunéiformes en Perse, p. 12. (2) Bàhr pense aussi qu'Hérodote n*avait nullement Ormuzd en vue; ISot. ad Herod. p. 27 1. Ed. ii.

sur Ahriman: Ormuzd est nommé pour Ta première fois dans un des dialogues de Platon (i) et encore Ty met-on en rapport avec Zoroastre.

20. — Un coup d*œil jeté sur la religion de Flran, telle qu'elle se montre dans le Zend-Avesta, suffit pour nous convaincre que, malgré une tendance assez accentuée au Monothéisme^ elle est toute Polythéiste. C'est là un fait incontestable » sait que le Monothéisme primitif n*ait pu empêcher les élém^ents polythéistes de surgir — soit que le Polythéisme^ ou déification des forces de la nature, ait été tempéré par les accroissements successifs que le culte monothéiste d'Ormuzd prit surtout sous l'influence de Zoroastre. Les anciens Iraniens et leurs sages « les allumeurs du feu, » ont eu des luttes ardentes à soutenir contre des adversaires, issus de la même souche qu'eux, les Indo- Eriens et leurs dieux anthropomorphiques de la nature. Le terme indien Deva (dieu) fut employé chez eux pour désigner les esprits du mal. Une prière révélée par Zoroastre, avait,, disait-on, obligé à se cacher sous terre les Darvas qui jusqu'alors circulaient partout sous la forme d'hommes (de dieux anthropomorphiques.)

21. — La doctrine persane ne reconnaît qu'un dieu unique, parfait, personnel. Lui seul apparaît, dans les livres Zends, avec tous les attributs, toutes les prérogatives de la divinité. Son nom est « Ormuzd (Ahura- Maza et signifie « le sage éternel: » le monde qu'il a créé par sa toute-puissance, il le gouverne par sa sagesse, et sa science infinies. « Personne,, dit-il, n'aurait pu créer la terre — que j'ai formée (î). » C'est de lui que toute vie„ tout bien descendent; il est,, par conse-

il) Prem. Aleibid.

(2) Vend. Farg. I.

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quenty le Père du sens droit ; la pureté, la vérité viennent de lui. La doctrine de Zoroastre se glorifie d'être la religion d*Ormuzd et donne ainsi à entendre qu'elle a pour auteur le dieu, le créateur unique — centre, auquel elle rattache tout le reste. Cependant, d'après plusieurs auteurs modernes, les croyamîes de l'Iran et de rinde reposent en définitive sur la crainte des Spectres ; la lutte des bons esprits contre ces ténébreux fantômes est devenue chez les Iraniens une idée religieuse prédominante: la situation physique de ce pays en a favorisé le développement; Zoroastre n'a fait que réunir les esprits bons et mauvais, en leur donnant des chefs dans Ormuzd et Ahriman (i). Dans cette hypothèse, la doctrine Persane devient une énigme insoluble, un sombre chaos : jamais on ne parviendra à comprendre comment Zoroastre et son école se sont élevés à la notion d'un dieu-créateur, si rapproché de l'idée que l'Ancien-Testament nous donne de Jéhova.

22. — C'est par l'idée de la création que la doctrine religieuse des Perses se distingue de tous les autres mythes et systèmes du Paganisme. Ormuzd produit le monde, non par émanation, non en se développant soi-même, mais par le Verbe Créateur Honover, où se confondent l'activité et la pensée. Le plus ancien des livres Persans célèbre Ahuramazda, le créateur puissant et sage (â). Ce dogme inconnu au reste du Paganisme reçoit cependant une double atteinte. On admet une matière ou un monde particulier existant avant la eréation : les éléments généraux de la nature existent déjààcôtéd'Ormuzd. Ensuite, Ahriman prend une part active â la formation des êtres.

(l)Dtinker. ITist. de Tantiq. »•; 549-5â3. (allero.) (â) Burnonf. Comin surleYaçna, p. 146.

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â5. — Vis-à-vis de TAuleur de tout bien et de toute pureté, se trouve un être ennemi, un esprit mauvais, « DruckhSy » (mensonge) ou « Bendvo » (bourreau), appelé plus tard « Angro-Mainjus » (Ahriman), c'est-àdire esprit de perdition. Le mensonge est son essence: l'obscurité et la mort constituent son empire. C'est par le mensonge qu'il séduit les hommes; il les jette dans les incertitudes par le doute : mensonge et doute sont les sources des crimes que commettent les hommes. Il n'est pas cependant le souverain d'un royaume indépendant d'ombres et d'iniquités: ce qu'il désire, c'est de pouvoir mêler sa malice à tout ce qui est bon et pur, pour le subjuguer ensuite. Toutes les « mauvaises créatures, » les serpents venimeux, les animaux carnassiers et rampants, les insectes doivent leur existenceà Ahriman. Il a donc part à la force créatrice : s'il est pervers, ce n'est point par le choix libre de sa volonté qu'il Test devenu; il l'était dès le principe et par essence. Mais existe-t-il de toute éternité? — Lat doctrine Parse ne connaît point de dualisme abstrait : d'après un passage des livres sacrés, « !e bon et le mauvais esprit ont été créés par Ormuzd : » Ahriman est toujours représenté comme de beaucoup inférieur à Ormuzd. Ceîui-ci sait tout ; celui-là au contraire, n'a qu'une science peu étendue, et ne prévoit pas les effets de ses actions : sa connaissance est limitée au moment où il agit. Pour dévoiler toute la malice de son adversaire, Ormuzd l'engage dans leBundehesch à lui adresser des hymnes et à secourir ses créatures, lui promettant qu'à cette condition les siens seront pour toujours à l'abri de la mort et de la faim. A ces ouvertures,, l'orgueilleux Ahriman réplique : c Je ne veux avoir rien de commun avec toi : à tout jamais je voue tes œuvres à la mort : les créatures que tu hais posséderont toujours mes atîVctions, » Cette déclaration de guerre

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éternelle n'empêchera cependant pas que leur hostilité ne finisse un jour, comme elle a eu un commencement. « Il y eut un temps qu'il n'existait pas : un jour viendra, où il ne sera plus dans les créatures d'Ormuzd : à la fin il s'évanouira (i). »

24. — Anquetil a cru voir dans les livres Zends que Zervan Akarana ou le temps incréé est l'être unique et primordial, d'où, avant toute autre créature, seraient sortis Ormuzd et Ahriman. Mais c'est là une erreur provenant évidemment d'une méprise grammaticale (2). Ces livres parlent à la vérité, d'un élément' qu'Ormuzd n'a pas créé, qui existe par lui-môme. Zoroastre célèbre, sur l'ordre d'Ormuzd, le Firmament qui s'est placé lui-même, Zervan Arakana, le temps infini, le soufile (ou Fair) primordial et agissant dans les hauteurs (5). Le soleil, la lune, les astres sont désignés comme des lumières sans commencement, incréées. Ainsi, d'après la théorie ancienne des Perses, il y avait un monde complet, indépendant d'Ormuzd qui n'en est pas l'auteur et existant de toute éternité, un ciel, plein de corps sidéraux. A côté de ce monde est venue se placer la terre, créée par Ormuzd pour être le séjour des esprits et des hommes ; les êtres de ce monde étaient avec Ormuzd et d'autres agents l'objet d'un culte religieux. Ce dualisme fut sucx^essivement mitigé : une lumière primordiale, brillant sur les hauteurs et dans laquelle selon le Bundehesch, Ormuzd réside (4),. rem-

et) Ainsi parle le manuscrit pelvi d*un petit livre parse (Jos Mnller) dans les Mûnchner. Gel. Auzeigen, xx, 5^ii.

(i) D« cette opinion sont Jos. Mùller, Spiegel, Both, Brockhaus, Ha«g.

(5) Vend. 19, Farg. U.

(4) Voyez le passage dans Jos. Mûller, (Trav. de la cl. philos.-philol. de Ir'acad. de Munich, 1840 p 61'). Selon Biirnoof, au contraire (comm. sur le Yaçna, cette lumière priroilive n'est pas nommée une seule foi» dans Uts livres Zends (pii sont parvenus à nous €et aoteur prétend- que le so-

plaça le» corps célestes ihcréés, d'abord admis par cette doctrine: lumière, firmament, air et temps furent considérés comme un être primordial unique (Zervan) ; Ormuzd est pour lui ce que le dieu visible est au dieu caché. Mais ce sont des interprétations relativement bien récentes: dans les parties authentiques du Zend- Avesta, Zervan n*est jamais placé au-dessus d'Ormuzd. Bien plus, Zervan fut probablement inconnu dans l'ancienne doctrine de l'Iran : il paraît n'être entré dans la religion des Parsis que par l'influence des Mages, et comme dietr primordial des Assyro-Chaldéens, le Ziru- Banit des inscriptions cunéiformes, le Belitan ou « vieux » Bel. Plus tard on sentit la nécessité de le mettre en rapport avec Ormuzd. L'école particulière des Zervaniens, qui honoraient Zervan comme dieu principal et refusaient leurs hommages à Ormuzd, paraît avoir subsisté assez longtemps.Schahrastani les mentionne encore avec les Mages de Zoroastre (vrais Parses) et les Thanawiehs ou dualistes (Maguséens).

28. — Ainsi, ce n'est que plus tard que la doctrine de Zervan sortit des écoles des Mages et pénétra dans les croyances religieuses du peuple ; alors elle revêtit une forme mytho-théogonique, d'où l'ancien Dualisme paraît être entièrement banni. D'après cela Zervan est le Dieu unique, éternel: depuis mille ans il désire avoir un fils (Ormuzd) qui donnât l'existence au ciel et à la terre: dans ce but, il offrit des sacrifices durant dix siècles. Cette période écoulée^ il douta si ce fils lui serait accordé — et aussitôt il produisit Ormuzd et Ahriman : celui-ci naquit du doute, l'autre de la conconfiance qui avaient accompagne les sacrifices. Devenu

]é\\y la lune, les astres y sont désignés comme des lumières sass commeneemenl. Il tra(jtoit donc, Yaçna- c. 1. 37, p. 550 : J'invoque— les astres, la lune et le soleil, lumières qui sont sans commencement, incréées.

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père, Zervan fit vœu d'assurer l'empire à celui d'entr'eux qui se présenterait le premier à ses yeux. Ahriman eut connaissance de ce vœu par l'indiscrétion de son frère; pour le prévenir, il déchira le sein maternel et parut devant Zervan. Celui-ci le trouvant laid, et fétide voulut le repousser; mais Abriman lui rappela le vœu qu'il avait fait. Zervan lui accorda donc une autorité qui finirait après neuf mille ans: Ormuzd au contraire, fut investi d'un pouvoir qui n'a pas de terme: son père lui dit: jusqu'ici j'ai oftert le sacrifice pour vous; désormais vous allez l'offrir pour moi (i).

26. — Les six Amschaspands ou saints immortels, auxquels Ormuzd se joint, qu'il dirige et protège, sont des forces, des propriétés personnifiées: leurs noms sont formés d'abstractions. Ils s'appellent « le bienveillant, » le a souverainement pur, » et ainsi de suite. Ils paraissent cependant comme des êtres individuels et exigent un culte particulier; dans le Paradis où ils séjournent avec Ormuzd, ils jouissent d'une fé-

(1) Réfut. des sectes, par Ëznig, trad. par Le Vaillant de Florival, Paris 1853, p.75-11o. Eznig, rArméoien vivait au S** siècle après J.-C. Ce mythe était très-répandu et très-populuire. On en a la preuve dans la proclamation du grand-vizir, de Perse, Minersch (chez Eliseus, hist. of Vartan, transi, by Neumann, p. 9) Ce qui le prouve encore, c*est que Théodore de Mopsaeste consacre le premier livre de son ouvrage, ^fpt rns u ïlipo-lft f^ttytKKz, à Texposition des récits sur Zervan et de ses fils (Photius. Biblioth. cod. 81, p. 63. Bekker) Théodore appelle Zervan

trtKtv tKilfùv KMt rov Hetretvecf. Il s'agit donc ici du sacrifice de Homa, parla puissance duquel Zervan voulut, pour ainsi dire, se mettre en état d'engendrer un fils. Ce sacrifiée rendit un service analogue à Vivanhvat, le premier mortel qui exprima du raisin le jus destiné au culte; il obtint par là un fils nommé Yima (Yaçna c.9 chez Brockhaus, Vend. Sade. p 409^ Le degré de développement où cette doctrine était arrivée du temps de la conquête Macédonienne, est marqué dans un passage remar-

licite complète et inaltérable. Ahriman créa six mauvais génies (Dews), qui luttent contre les Amschas-^ pands. Ces douze esprits régnent alternativement sur les douze mois de l'année: l'influence prépondérante d'un Âmschaspand est combattue dans chaque mois par un Dew et réciproquement. Plus tard, on voit grandir, l'importance et Tinfluence de tel ou tel Amschaspand en particulier. Bohman apparaît comme rot du ciel et les animaux sont appelés ses sujets : le feu est placé sous la protection d'Ardibéhescht. Schehriver préside aux métaux : Sapandomad, la chaste fille d^Ormuzd protège la terre. Amerdad veille sur le règne végétal : Khordad est le dieu de l'humidité.

27. — Les Izeds (dignes d'adoration) ont une nature et une personnalité beaucoup plus concrètes que les Amschaspands. Inférieurs à ceux-ci, ils sont ou furent cependant des dieux ; quelques-uns d'entr'eux occupent dans le système Persan une position fort importante. Mais ici encore, la différence n'est pas nettement tracée : quelques Izeds, comme Mithra, Se-

qwable d*Eudéme chez Damascius (De princip. ed'. ^opp. p iBA\ Cri Eudème ne peut avoir été que le disciple dWristote de Rhodes. Damas^ ciu^ lui-même écrivit la biographie de cet homme célèbre et le passage en question pourrait bien être emprunté à son 'Ao-rpoAoyi*^' Irro^tet (Fabric. Bibl. Grsec. m, 649. ed. Harl.). Or, d'après Eudème, les Mages et tous les Eriens donnaient à Tuni vers intelligible et même à ce qui est uni (t« ïojjrov kvuv KUi ro iva/titvov, c'est-à-dire. à ce qui existe dans l'unité de temps, d'espace, d'air et de lumière), tantôt le nom de lien (espace, firmament), tantôt le nom de temps (Zervan); et c'est de cet uni>ers que le Dieu bon et le mauvais génie, la lumière et les ténèbres s'étaient d*abord dégagés. On le voit : Zervan est déjà uni ici à Ormuzd et à Ahriman par un lien théogonique, qui dans la doctrine antique n'existait pas. Zervan cependant y est impersonnel, comme substance primitive : ce n'est que plus lard qu'une théorie mythique fit de lui un Dieu personnel, snprême et le Père d'Ormuzd. En môme temps, elle expliqua l'origine du mal, eu l'attribuant à la divinité même.

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rosch, Behram, Taschter son* parfois appelés Amschaspands : le culte s'occupe d'eux plus spécialement que de ces derniers. L'univers des Parses étant peuplé d'un nombre infini de génies bons ou mauvais, ou personnifications de forces naturelles, on compte aussi parmi les Izeds des vertus, des notions personnifiées et on leur rend les honneurs divins. Mithra a reçu d'Ormuzd une dignité, un éclat refusés aux autres Izeds du ciel ; il se trouve très-près d'Ormuzd et est souvent invoqué avec lui. C'est le courrier céleste, muni de mille yeux etd'autant d'oreilles. Il accompagne le soleil et la lune, veille sur l'univers et, triomphateur brillant, il repousse victorieusement l'hiver, amené parÂhriman. Taschter, (Tistrya, constellation du chien,) règne dans les airs, donne la pluie, dispense les germes et la sève, lance la foudre et ranime la nature défaillante. Le Bundehesch lui attribue un triple corps: il est homme, cheval et taureau. Behram (Veretpragna) était l'Ized du triomphe et particulièrement de la force victorieuse du feu.

28. — Dans les Ferwers (Fravaschis) se confondent plusieurs idées : ils représentent les anges tutélaires, les éléments divins des âmes et les types célestes des choses créées. Le Ferwer est la réalisation la plus complète de la pensée créatrice, en tant qu'elle est dirigée sur les êtres individuels. Le Ferwer, qui d'abord se trouve isolé, s'unit aussi à l'être qu'il a représenté : il en devient l'âme totale ou partielle. C'est en même temps un génie qui veille sur l'homme, l'éclairé et le protège (i). Entendus ainsi, les Ferwers président au monde, à l'eau, aux arbres, aux montagnes, aux troupeaux : les dieux, Ormuzd lui-même a son Ferwer. Ils forment une armée céleste qui défend les créatures du dieu bien-

(1) Burnouf, comnir sur le Yai^na, p "110.

veillant contre les attaques du mauvais génie : ils descendent sur la terre, exaucent les prières des cceurs purs et les portent aux pieds d^Ormuzd (i). Dans le monde dont Dieu a réglé la marche, tout, dit-on, a pour but de faire briller d'un vif éclat les Feniiers (des hommes) — les âmes séparées des corps par le trépas. Quand donc le fidèle se voit menacé par le génie du mal, il dira : « J'exalte, J'aime les Ferwers si purs, si puissants, si excellents : » alors les saints qui vivent, ceux qui ont cessé de vivre et ceux qui vivront, le feront sortir victorieux de la lutte ; ils vivifieront et conserveront tout. Et en effet, on invoquait aussi lesFerwersdes générations futures, <k les Fer\^ers de tous ceux qui mourront avant l'avènement de Soslosch. »

29. — Il est probable que Zoroastre trouva le culte des éléments établi chez les Ericns. Ormuzd, le dieu libre, personnel, créateur était certes le centre de la religion Parse ; mais quand celle-ci se fut confondue avec le magisme, le culte des éléments en devint le caractère principal ; les chrétiens furent plus tard persécutés, pour avoir refusé les honneurs divins au feu, à l'eau et au soleil. Mais Ormuzd n'ayant rien créé, qui ne fût pur, bon et bienfaisant, le Parse honorait dans les éléments ce qu'ils avaient de bienfaisant et d'utile et non leurs effets redoutables et désastreux. Le feu et l'eau, disent les livres Zends, saints et soumis à l'empire d'Ormuzd, ne tuent personne, ne détruisent aucune des œuvres qu'Ormuzd a créées : ils attirent à eux les parties de la création qui appartiennent à ce dieu (2). L'étranger qui visitait la Perse devait regarder le culte du feu et du soleil comme le trait caractéristique de la religion de cette contrée. « Avant les sacrifices qu'ils

(i) Z. A. Il, 259, 286.

(2) Vendid 5, 24-3i,p. 104,Spiegel.

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offrent à leurs divinités, les Perses, ditStrabon, adorent le feu perpétuel qu'ils entretiennent sur leurs autels (i). » Le feu, disaient les Parses, est l'élément le plus pur, le plus brillant : rempli de ce qu'il y a de plus divin dans la nature de la lumière ; il est beaucoup plus noble que l'air, la terre, Teau (2). Le feu est dans l'homme comme l'étincelle de vie : il est le conducteur de la lumière : c'est la force naturelle purifiant tout.

30. — Dans le Zend-Avesta, le feu est appelé fils d'Ormuzd, et le plus rapide des saints immortels. Le culte du feu était le culte de la vie, de la pureté, de la lumière. < Afin que ta prière soit exaucée, il faut, dit Ormuzd, l'adresser au feu qui est le grand roi. » D'après une tradition un peu plus récente, c'est du ciel que Zoroastre reçut le feu qu'on devait adorer désormais : il brûla sans être alimenté; la main qu'il touchait, resta entière (3), Ormuzd lui dit que c'est une production de la gloire divine. L'ancienne doctrine distinguait cinq espèces de feux sacrés ; les trois premières ont leur auguste séjour dans des Dadgahs. Les trois rois que la mythologie perse regarde comme les fondateurs de la civilisation et du gouvernement Erien, ont vénéré le feu, propagé son culte et bâti des pyrées. Dans les li* vres Zends les invocations, les louanges du feu abondent : les anciens Parses s'absorbaient avec délices dans la méditation de cet élément et de ses propriétés. Ceux qui dans tout le cours de la nature voyaient la lutte de deux puissances rivales ; ceux qui avaient continuellement sous les yeux, le contraste de la pureté et de l'impureté physique, admirèrent dans le feu la force qui

(1) Slrab. p. 732-733.

(2) Voyez les pass. chez Wilson. The Parsi religion, Bombay. 1843. p. 199.

(3) Wilson. p. 204.

absorbe tout, qui triomphe de tout : ils y virent Tarme la plus puissante d*Ormuzd, un élément à Ténergie brillante et calorique auquel se rattachenttoute beauté, toute impulsion, enfin tout ce qui nourrit dans la nature ; c'était l'être qui se rapprochait le plus de la divinité.

31. — Entretenir le feu, y jeter du bois et des parfums est un acte des plus méritoires (i) : la bénédiction des troupeaux, des champs, une nombreuse postérité lui est promise, a En m'apportant le bois sec qui me fait jeter un vif éclat, on se sanctifie, dit le feu, et l'on ôte la rouille de ses actions. » Le Parse avait donc un incessant devoir à remplir à Tégard du feu sacré : tous les instants du jour et de la nuit lui rappelaient, pour ainsi dire, ce devoir. La nuit était divisée en trois parties. Au commencement de chaque veille le feu dit : « Je soupire après du secours : que Ton m'apporte du bois (2). » Le nombre des délits qu'on pouvait commettre contre le feu était considérable. Etait criminel quiconque s'en approchait sans s'être préalablement lavé les mains, qui y jetait du bois vert ou humide, l'éteignait, y versait de l'eau. L'attiser de la bouche, y jeter quelque chose de mort ou d'impur, était au rapport d'Hérodote, un crime puni de mort, comme les précédents. Une grande récompense attendait celui qui transportait un feu employé aux besoins de la vie ou de l'industrie dans un Dadgah, ou foyer sacré, où il pût se défaire des souillures contractées, dans le premier état. Le feu est d'une délicatesse extrême : l'approche d'un être impur, par exemple d'une femme soumise aux menstrues, suffit pour le souiller. C'étajt une profanation que d'y jeter le bois d'un arbre, où s'était perché un oiseau

(1) Vendid. 4», 134, p 2î|2, Spiegeî.

(2) Vendid, 19,43 ff. p. 231. Spie^eL

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après s'être repu sur un cadavre. De pareilles vexations abondaient dans le Zend-Âvesta.

32. — Le culte des autres éléments n'était pas à beaucoup près aussi fatiguant, vexatoire. La terre et Teau devaient cependant être aussi préservées de toute souillure. Selon des écrivains grecs, les Perses ne permettaient à personne de se laver les mains ou la figure dans un fleuVè, d'y cracher ou d'y jeter quelque chose d'impur (i). L'eau salée de la mer paraît toutefois avoir été considérée d'une autre manière. L'eau, indispensable aux cérémonies de la purification subissait une préparation particulière. La terre, de son côté, voulait être honorée et invoquée; sa pureté devait être respectée. On se rendait coupable à son égard, en dévastant un champ fertile ou en ne l'ensemençant pas. C'était un crime que de fouler la terre d'un pied nu, d'y enterrer un cadavre et de ne pas détruire les trous, où s'abritent les animaux d'Ahriman (2).

33. -^ Le culte rendu au soleil par lesEriens remonte incontestablement à la plus haute antiquité : le soleil, foyer de lumière, était pour le Parse le plus noble être du monde visible < l'œil d'Ormuzd. » Quand, entouré de mille Izeds célestes, il verse ses rayons brillants et répand une bienfaisante chaleur, il purifie l'eau, la terre et le peuple des saints: les Dews bouleverseraient tout, s'il ne paraissait pas au firmament. Trois fois par jour, on lui adressait des prières. On attribuait aussi à la lune, aux astres une vertu purifiante: celui qui a contracté quelque impureté restait durant neuf nuits exposé aux clartés des étoiles (s). Un culte particulier ne leur était cependant pas rendu, quoiqu'on les

(1) Herod. 1, 138. Strab. 733.

(2) Vend. 3, 22. ff. p. 80, Spiegcl.

(3) Vend 19, 78, p. 248. SpiegeK

invoquât avec d'autres êtres, par exemple, les animaux mondes. La constellation du chien, Tistrya ou Taschter, dispensatrice de la pluie faisait seule exception. Plus tard, et probablement par suite de rinvasion de doctrines Chaldéo-Babyloniennes, on attribua aux astres une influence magique ou fatale sur le cours des destinées de l'homme. « Le bien, le mal, est-il dit dans le Minokhéred (i), que Thomme et les autres êtres rencontrent ici-bas, sont l'œuvre des sept et des douze. » Ceux-ci sont les constellations du Zodiaque, ou les «douze chefs d'armée; » Ormuzd les a conjointement avec le soleil et la lune rendus dépositaires de toutes les faveurs: les sept au contraire, sont les astres qu'Ahriman leur a opposés pour détruire ce qu'ils élèvent de bon e.t de sage.

34. — Le cours des choses terrestres embrasse, d'après la doctrine de l'Iran, une année cosmique de dousie mois, chacun de mille ans. Cette durée est divisée en quatre périodes ; d'une période à l'autre se déroule en un cycle exactement mesuré, la lutte des deux principes ennemis. Âhriman y paraît comme rivalité et envie: il hait les créatures de son rival; il déteste jusqu'au bien même, parce que c'est Ormuzd qui le produit et le protège. Nous l'avons déjà dit : originairement Âhriman ne se montre pas comme maître d*un royaume indépendant. Plus tard, on l'a représenté comme le roi des ténèbres ; avec les escadrons de ses esprits, il occupe un empire qu'Ormuzd ne peut ni subjuguer, ni même atteindre: de cet abri si sûr il s'élance pour envahir l'empire de son rival et y exercer ses ravages. Dans la première période du monde, quand la4umière et les ténèbres existaient

(1) Spiegel: Etudes sur le Zend-Âvesta, Zoitschrifl, f. die D. M. Gesellsch. VI, 80.

seules, il était, dit le Bundehesch, enchaîné et comme mort dans son sombre royaume. Il se releva, menaça d*engloutir la lumière, mais ne put en supporter Téclat et la beauté. Alors il donna naissance à ses mauvais génies, aux Dews, aux Dàrvands, aux Daroudis, et à la têtede ces hordes dévastatrices, il envahit Tempire d'Ormuzd. C'est de ces esprits malfaisants que vient tout ce qui est moralement et physiquement niMsible et impur : ils ne travaillent qu'à amonceler les ruines, empêchent la génération et la propagation dans le monde d'Ormuzd, pour diminuer le nombre de ses sujets. Ils empêchent la pluie de tomber, enchaînent Teau, répandent la sécheresse et la stérilité, multiplient les animaux nuisibles et les plantes vénéneuses, déchaînent les vents arides et les ouragans dévastateurs. Ils se complaisent dans tout ce qui corrompt et ^putréfie.

35. — Dans toute la nature, le mal et le bien, le nuisible et l'utile, la pureté et l'impureté se trouvent mêlés : toute créature porte en soi un défaut, un vice, qui est comme le stigmate d'Ahriman et de ses Dews. Si le feu si pur est défiguré et souillé par une fumée acre et désagréable, si à côté des animaux utiles et bons grouillent d'innombrables « Kharfesters, » la vermine et les animaux immondes, tout cela est l'œuvre des esprits du sombre abîme. L'homme cependant, à quelque nationalité qu'il appartienne, est la créature du Dieu bon: nulle part les livres Zends ne parlent d'hommes créés par Ahriman. A plus forte raison ne font-ils jamais mention des serviteurs des Dews, dénomination qui semble comprendre tous ceux qui abandonnent le culte d'Ormuzd et la loi Parse, pour offrir leurs hommages à d'autres divinités.

36. Âhriman, qui a introduit dans le monde les animaux carnassiers, la vermine, les maladies, l'hiver,

les ouragans, la sécheresse, est aussi l'auteur du mal moral, des excès qui épuisent et énervent, de la paresse, du mensonge et de Tincrédulité. Parmi ses Dews se distinguent le méchant Buschiankta qui porte les hommes au sommeil et à la fainéantise : Eschem, gSnie de la colère et de l'envie ; Buiti, esprit du mensonge et de la fausseté; Aschmoph, démon de l'hypocrisie; Dawesch, Dew de Terreur et de la séduction. Mais incomparablement plus que de tout autre, la loi de Zoroastre s'occupe de Daroudi Nesosch ; sous la forme d'une mouche, il pénètre dans le corps dont la vie s'est retirée et s'empare de tous ceux qui viennent en contact avec le cadavre. Quand des lotions le chassent d'un membre, il se réfugie dans un autre et ne cède que devant des eiforts obstinés.

37 . — Durant trois mille ans, la terre resta inhabitée et fut à l'abri de toute calamité; dans les trois mille ans qui suivirent, elle fut peuplée ; Ahriman avait essayé, mais en vain, d'infecter de son poison la virginale beauté de la création. Il n'y réussit qu'après l'expiration de ces 6000 ans. Le système de Zoroastre, tel qu'il se montre sous sa dernière forme dans le livre Bundehesch composé du temps des Sassanides, jette sur l'origine des êtres vivants un voile mythique. Goschurun, taureau primordial, fut tué par Âhrîman ; de son flanc droit naquit Kaîomorts,le premier homme: de la queue s'élevèrent les tiges des blés et les arbres : le sang produisit le cep de vigne : de l'humeur séminale sortirent les diiférentes espèces d'animaux. La mort de ce taureau fut donc une source féconde de biens pour la terre, pour les hommes et pour le meurtrier lui-même. Le taureau étant entré dans le ciel, c'est-à-dire la semence ayant été transportée dans le ciel lunaire, tout ce qui se trouve sur la terre sera conservé; bien plus, k la fin du monde, le plus malfaisant des Darvands, le

menteur par essence, Âhriman deviendra saint et tout céleste et offrira à Ormuzd un long sacrifice de louange (i). Kaiomorts fut, à la vérité, tué parles Dews, mais de sa semence surgit un arbre à double tronc : son fruit devint par la force créatrice d'Ormuzd, le premier couple humain Meschia et Meschiane.

38. — L'homme fut placé sur la terre, pour être le Roi de ce temps et lutter contre les Devs^s (2). Son âme a une origine céleste : elle descend du ciel pour s'unir au corps qui se forme dans le sein maternel (3). Cette âme descendue du ciel, est-elle le Fervi^er de l'homme? est-elle distincte de ce Ferwer? ou bien ce Ferwer se trouve-t-il en dehors de l'homme, en qualité de protecteur externe? Les livres Zends ne fournissent pas des données suflSsantes pour résoudre ces questions-là. La dernière hypothèse une fois admise, les Perses auraient dû admettre que l'âme de l'homme rentrée dans le ciel, continue d'exister, avec le Ferwer, comme deux êtres distincts l'un de l'autre. Mais alors aussi, cette théorie aurait dû laisser au moins une légère trace dans les livres Zends. En outre, le Parse adresse journellement des prières à tous les Fenvers de ceux qui ont existé, qui existent et seront un jour: il croit que ces Ferwers accourent par troupes au secours de ceux qui les implorent. Ils ne sont donc pas distincts des âmes humaines.

39. — Le ciel était destiné à l'homme, à condition que ses pensées,^ ses discours et sa conduite restassent purs. Mais déjà les commencements de son histoire sont souillés par la chute et le péché. Celui-ci, commencé par l'orgueil et l'égarement de la pensée, mûrit, fut

(2) Z. A. Il, £6. 350.

(3)Z. A. T. i,P. 11, p. xxxvii et 220.

coiisonimé dans raction. D'abord Meschia et Heschiane disaient : € C'est d'Ormuzd que tout bien descend. » Mais peu à peu Ahriman s'empara de leur intelligence, ' défigura leur âme et osa leur dire que lui seul avait créé Feau, la terre, les arbres et produit tout ce qu'il y a de bon. Ils ajoutèrent foi aux paroles de l'imposteur et devinrent par là des Darvands — ils prévariquèrent en mangeant des aliments défendus. Ils burent te lait d'une chèvre et acceptèrent de la main du Dew des fruits créés par Ahriman. Les biens dont ils avaient joui jusqu'alors leur furent ravis : ils ne conservèrent que la centième partie des avantages qui leur avaient été primitivement accordés (i).

40. — On a affirmé récemment (2) qu'aux yeux des Parses, le corps humain était encore dans sa pureté primitive et qu'ils n'avaient pas l'idée d'une souillure héréditaire. Hais comme l'empreinte d'un pied nu souillait la terre, que la salive et le souffle de l'homme profanaient le feu, on peut dire que son corps était regardé comme impur. L'àme humaine a depuis la chute perdu l'innocence et la perfection. Le Daroudi murmure la parole maudite à l'oreille de l'enfiint et l'enfant séduit répète : le Ahriman est le vrai dieu (3).

41. — L'antique tradition parle d'un kg^ d'or. Yima fils de Vivanghvat, qui cependant avait décliné l'insigne honneur d'annoncer la doctrine d'Ormozd, gouvernait alors la terre, encore exemple de toute calamité. Les vents glacés, les ardeurs de la canicule, les ténèbres et la mort étaient ineonnos. Les homm^ toojours unis ignoraient les douleurs de la séparation.

ihZ. A. u« p. 377.578.

i) RlHHie p. 39«l. el Duoker p. 391, coolre Aa^ietil, Kleeker et

Quand ils commencèrent à souffrir des intempéries de Tair, Yima créa sur Tordre de Ormuzd, un Eden où il introduisit les germes des choses et les meilleurs d'entre les hommes (i) ; les vents froids et brûlants n'y soufflaient pas: la mort et la corruption en étaient bannies (2), une lumière pure l'éclairait perpétuellement de ses rayons; les hommes y coulaient une existence fortunée. Ce qui distingue ce paradis Erien de FEden de TAncien-Testament, avec lequel il a d'ailleurs une si grande ressemblance, c'est qu'il n'est pas placé au commencement de l'histoire; il est occupé par un groupe d'élus sortis du genre humain déjà multiplié sur la terre. Ensuite on ne voit pas pour quel motif il a cessé d'exister.

42. — La religion des Parses les poussait à une incessante activité, à un emploi constant des forces corporelles, à une continuelle vigilance; aucune autre forme du paganisme ne l'a égalée en cela. La terre est le champ de bataille où les deux rivaux, Ormuzd et Ahriman, mesurent leurs forces : l'homme est appelé auprès d'Ormuzd pour combattre Ahriman et ses Dews qui, de leur côté dirigent leurs coups principalement contre l'homme. Le Perse soutenait cette grande lutte, en tuant le plus grand nombre possible d'êtres de la création d' Ahriman, en détruisant les animaux carnassiers, les tortues, les lézards, les grenouilles, les serpents, les fourmis, la vermine. Toujours les Athravas ou prêtres étaient armés d'un bâton dans ce but d'extermination : tuer un certain nombre de ces animaux et les apporter aux mages comme une preuve irrécusable de piété, était, au dire d'Agathias, un important détail de la plus grande solennité des

(1) Roth : légende de Dscbemschid (Zeitsch. de D. M. G. iv, 4i8 iï.

(2) Vend. 2, 46-129 p. 73. ff. Spiegel.

Perses (i). On l'imposait aussi en expiation de certaines fautes. Fermer les trous, détruire les antres où ces animaux se réfugient était un devoir de religion.

43. — Le chien jouissait au contraire de la plus haute considération: il était, sous certains rapports, égalé à l'homme ; il lui était même préféré quelquefois. Ces honneurs étaient la récompense de l'ardeur avec laquelle il aide l'homme à combattre les Kharfesters et veille sur les troupeaux, enfin de la ressemblance qu'a sa manière de vivre avec celle du prêtre. Nourrir mal un chien était un crime qu'on devait expier sous le bâton. Qui bat un chien, mourra misérablement. Si c'est à un chien canard qu'on fait subir cet outrage, on commet un des plus grands forfaits connus en Perse. Le code règle les rapports des hommes avec ces animaux avec bien plus de soin que les devoirs de l'homme envers ses semblables. Cet animal vénéré n'échappe cependant aux sévérités du code pénal : des peines très-sévères, par exemple, la mutilation sont comminées contre le chien qui blesse un individu de sa race.

44. — Cette religion qui attachait une importance si grande aux fonctions animales, à tout ce qui se rapporte au corps, prescrivit encore de fréquentes prières. Le Parse priait en éternuant, en se coupant les ongles ou les cheveux, en préparant les aliments, en allumant les lampes, etc. Ormuzd était le plus souvent invoqué: on s'adressait cependant aussi au ciel, à la terre, aux éléments, aux astres et jusqu'aux arbres, et aux animaux. On priait même devant sa propre âme (considérée comme Fenver.) Les formules prescrites contiennent avant tout Ténumération élogieuse de tous les noms et attributs d'Ormuzd et d'autres divinités. Le nombre de fois que chaque formule devait être ré-

(l) Agalh. 2, 24.

ET judaïsme. 205

pétée était exactement déterminé. Dans certaines circonstances, on répétait vingt et jusqu'à douze cents fois la même invocation (i). Pour conjurer l'influence maligne de l'impur Âschmog, il fallait, durant trois jours et trois nuits, réciter sans interruption le Jescht en l'honneur de Serosch le saint (2). La position que devait occuper celui qui prie, le côté de la terre vers lequel il doit se tourner et autres prescriptions étaient marquées avec une précision minutieuse. Il fallait encore adresser des prières au génie tutélaire de chaque jour, à l'eau et au feu, dont on s'approchait. Certaines formules jouissaient, croyait-on, d'une puissance magique et détournaient des maux corporels. Il y avait une prière qu'on attachait au bras de l'enfant que la peur avait rendu malade ou qui souffrait des yeux : une autre était dite sur l'eau qu'on présentait à une femme stérile ou prise des douleurs de l'enfantement.

4S. — Les sacrifices des Perses différaient de ceux des autres cultes : jamais la victime n'était consumée par les flammes ; l'y jeter eût été une profanation du feu. Rien n'était réservé à la divinité: le propriétaire recevait des mains du prêtre l'animal tombé sous ie couteau sacré. On croyait, au moins à ce que disent les Grecs, que la divinité ne demandait que la Psuchè (l'âme) qui réside dans le sang de la victime : aussi la main du prêtre reposait-eUe dans le sacrifice sur l'animal égorgé, jusqu'au moment où le souffle vital s'y éteignait et le sang cessait de couler (3). Cependant les livres Zends disent quelque part que la tête, la langue, Toreille et l'œil gauche sont particulièrement agréables à la divinité (4) : on ne donne pas le motif de cette pré-

(1)Z. A.ll, 7,429.

(2)Z. A.T I, P. II, p 384.

(3) Slrab. 15, p. 732. Herod. 1, iZ'2.

â04 PAGANISME

dilection. La loi exigeant pour l'expiation de certains crimes le sacrifice de milje jeunes animaux, il faut bien croire que la chair des victimes était; au moins en partie, cédée aux prêtres (i). On offrait des fleurs, 'des parfums, du lait, doFhuile et des pains de petite dimension: ces derniers étaient abandonnés aux prêtres. S'il faut en croire Hérodote, les Perses sacrifiaient sur . les cimes des plus hautes montagnes (2). La lecture de la loi formait une partie essentielle du culte : c'était là un sacrifice en l'honneur de la parole primordiale Honover, sortie de la bouche d'Ormuzd et maintenant incorporée dans la loi : c'était en même temps une nourriture journalière pour la divinité qui se mettait ainsi en contact avec Honover et par son intermédiaire avec Ormuzd. Les Perses avaient encore un sacrifice, le plus fréquent et sous certains rapports le plus caractéristique et le plus important de tous, c'était le Homa que chacun pouvait offrir dans sa maison. Ce breuvage, identique avec le Soma dont les Yédas célèbrent les salutaires effets avec des éloges fastidieusement répétés, était préparée avec le suc laiteux de l'Âsclépias. Cette plante était broyée avec beaucoup de solennité: on en mêlait le suc avec du petit-lait, de la farine de froment ou autre. On laissait fermenter le tout; on le répandait sur le foyer en guise de libation, puis on le versait dans une coupe qui circulait parmi ceux qui offraient le sacrifice. Un effet narcotique se faisait immédiatement sentir. Dans cette ivresse extatique les an- Ci) Vend. 18, 137. 138. 143. Il y est dit:« Avec pureté et bonté apportez au feu les jeunes des animaux en victimes > (Spiegel. p. 239). Mais cela veut dire seulement que ces animaux étaient offerts au dieu du feu. Naturellement ils n'étaient pas consumés par les flammes. De la même manière doit s*entendre ce qui est dit un peu plus loin (v. 143) de la chair offerte à Teau.

(2) Hérod. 7, 43.

ET judaïsme. ^05

ciensFarses avaient des visions quifaisaient sur leur imaginsttion une impression profonde et durable; par suite delà déifieatioilde la naturo, propagée par Zoroastre, ils acceptaient comme une preuve et un complément de leur foi religieuse tout ce qu'ils voyaient et sentaient dans cet état d'exaltation. Le suc qui produisait ces admirables effets était à leurs yeux le plus noble des agents vitaux de la nature: c'était ce qu'il y a de plus divin au fond des êtres : Homa, le breuvage, l'offrande devint un génie, un dieu.

46. — Les anciens Thraces, les anciens Hellènes trouvaient aussi, par la faveur de Dionysos, la félicité, l'enthousiasme prophétique dans les fumées du vin. Ainsi plus tard les assassins (Haschisch in), enivrés par le suc de l'Hyoscyamus, tombaient dans un demi-sommeil, où les images les plus attrayantes se présentaient à eux et leur donnaient un avant-goût des jouissances du Paradis: quand ils sortaient de cet état, ils méprisaient la mort et exécutaient aveuglément les ordres sanglants du Vieux de la montagne (i). Les effets produits par le breuvage Homa constituaient dans la religion Parse, le côté orgiastique toujours saillant dans les cultes basés sur la déification de la nature. Le Homa était le sacrement de leur religion : bien plus, c'était par lui que la Divinité se manifestait aux hommes: une grande partie de Zend-Avesta n'a pas eu d'autre origine. Aussi, quand sous Ardeschir Babekan la dynastie des Sassanides fut fondée et qu'il s'agissait de rétablir dans sa pureté primitive la doctrine de Zoroastre, défigurée depuis la conquête des Macédoniens, ce fut au Homa qu'on eut recours. Un mage, Ardai- Yirasp, ayant bu dans la coupe sacrée, fut ravi dans une extase qui dura plusieurs jours ; à son réveil il ra-

(1) Hammer, hist. des Assassins p. 212. if.

conta ce qu'Ormuzd lui avait révélé, ce qu*il avait vu dans un autre monde. Il n'en fallut pas davantage: la secte des Magusées, jusqu'alors assez influente à la cour, fut désormais regardée et traitée comme hérétique (i).

47. — Aux yeux de ceux qui lui devaient des moments si fortunés, des révélations si importantes, Homa était donc un Dieu, l'esprit vital de la nature. Il apparut à Zoroastre comme l'être le plus parfait, revêtu d'un corps lumineux et se donna pour celui qui éloigne la mort, c Invoque-moi, lui disait-il, exprime mon suc, pour jouir de moi. » On lui attribue les plus nobles dons : il est le germe de la vie, et annonça, avant Zoroastre, la loi sainte (2). Zoroastre lui avait demandé six dons : l'immortalité, la fermeté, la santé du corps, une longue vie, le triomphe sur ses ennemis et la protection contre les calamités imprévues. Les Âîeux, les anciens Héros lui avaient rendu leurs hommages : sa gracieuse intervention leur avait donné pour fils les fondateurs de l'âge d'or et les exterminateurs de la vermine d'Ahriman. Zoroastre lui-même avait été accordé à Purusaspa, son père par la grâce de Homa; <k car, est-il dit dans le Bundehesch, Homa ne donne pas seulement la santé, mais aussi la force génératrice ; lors de la résurrection il rendra la vie (3). »

48. — Le Parse allait jusqu'à célébrer les nuages, l'humidité qui font croître le corps de Homa (la plante

(1) Faucher, dans lesmém. de TAcad. des Inscript. T. xxn. p. 453 et T. xxïix, p. 7â5. Arda-Virasp est compté au nombre des âmes choisies ou des saints, en qualité de c Ferwer très-pur. > Z. A. 11, 53.

(2; Comparez le Dabistan, edit. Troyer, T. i. p. 355. Note.

(3) Bumouf, études sur la langue et sur les textes Zends. Joum. Asiat. 1840 ff. Quatremère, Mémoires sur la divinité Védique Soma. Mém. deTacad. des Inscript. 1851. T. xix, p. 326. ff.Fr. Windischmann (Abhandl. d. phil. cl. der Bayer. Akad. 1847, iv. p. 438.)

ET judaïsme. ^07

Asclépias) sur la cime des montagnes : il exalte la terre qui porte le Homa, le sol d'où il surgit avec ses parfums. Ahriman ayant demandé à Zoroastre avec quelles armes lui et les êtres purs comptaient combattre les créatures de l'adversaire d'Ormuzd, le prophète répondit: le mortier (où la plante du Homa est pilée), l'écorce (d'où le suc est exprimé), Homa et les paroles prononcées par Ormuzd, voilà mes armes (i). Plutarque qui donne à la plante le nom d'Omomi et qui connaissait l'usage auquel les Perses la faisaient servir, nous apprend qu'ils la pilaient dans un mortier en accompagnant l'opération d'invocations adressées à Hades et aux ténèbres : ils y mêlaient le sang d'un loup récemment abattu, le portaient ensuite dans un lieu où les rayons du soleil ne savaient pénétrer et là ils l'épanchaient. C'est dans ce rite que c Satan et Ormuzd mêlaient leur sang; » car le loup appartenait à la création d'Ahriman. Ce rite dont Théodore de Hopsueste faisait déjà mention (2), ne s'appuie nullement sur les livres Zends: les anciens et austères disciples de Zoroastre y auront vu probablement une profanation, un horrible forfait. C'était une conséquence naturelle du dualisme cosmique qui se développa plus tard. Ainsi dans ce sacrifice se consommait l'union des deuxprincipes qu'on trouve mêlés dans toute la nature: en même temps le désir d'apaiser ou au moins de calmer le courroux d'un être aussi puissant qu'Ahriman y aura peut-être contribué. Ormuzd luimême avait, dans le principe, offert le breuvage Homa à son implacable adversaire (3).

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