Ces faits expliquent donc l'idée prédomi
(1) De Bougé, 1. c. 54.
(2) D'après Proclu& (corom in Tim 1 , 30 ) dont le lexte est plus juste ici que celui de Plutarque.
nante dans la mythologie égyptienne: le dieu est nonseulement le fils de la divinité féminine unie à lui, mais est en même temps Tépoux engendrant avec la mère un fils qui complète la triade. C'est ainsi qu*Arsaphis (Ammon ithyphaHique) de Thèbes, Manduli de Kalabsche, Har-Hat de Tentyra et autres sont les époux de leurs mères (i). Voici Tidée égyptienne du monde et des di^ux: il sort d*Hulè, matière primitive, qui est le chaos des Grecs, un principe, une première force spirituelle et toute-puissante; ce dieu, caché encore et non révélé, se crée un corps qui est le soleil, et devient ainsi un dieu révélé, lequel forme aussitôt, au moyen de la matière, un deuxième être divin, l'image et la puissance inférieure de sa propre essence {c'està-dire qu'il engendre un fils avec sa mère). Cette même idée a fait supposer l'existence de divinités hermaphrodites, lorsque le premier être suprême, avant que les deux sexes ou puissances, la passive concevante et l'active engendrante, se fussent séparés, était envisagé comme l'unité renfermant eficore les deux principes. Neith et Phthah furent des divinités hermaphrodites (â). Mais toutes deux se présentent aussi comme des êtres purement sexuels, la dernière comme dieu, la première comme déesse.
110. — Dans la Haute-Egypte, les plus anciens dieux, Mentu et Atmu, furent identiques avec Ra, par conséquent des dieux du soleil, en sorte que Tun représente le soleil levant ou celui du monde supérieur, l'autre le soleil couchant ou celui du monde inférieur. Le fils de Mentu, ou aussi d'Atmu, était Mu, qu'on appelle également fils de Ra; sa compagne Tefnet est la « fille du soleil. » La puissanc'e de Thèbes, où florissait le
(i) Le Normaut. Musée des antiquités Egypt. p. 65.
(2) Athéna et Hépheslus, dit Horapollou. 1, 12, p. 19. éd. Leemans.
ET judaïsme. 3â9
culte d*Ammon depuis la douzième dynastie, avait donné à ce dieu une plus grande autorité; par son union avec Ra, il devint dieu du soleil et « roi des dieux, » et, selon la manière de voir des Grecs, il équivalait à Jupiter. Hors de cette union, ou avant qu*il en eût été question, il était représenté, sur des images, sacrifiant même à Osiris, mais dans d*autres localités que Thèbes (i). Cependant on conserva Mentu et Àtmu, les dieux dusoleilthébains, mémeà Tépoque où le culte d*Ammon était le plus florissant à Thèbes ; Âmmon-Ra avait alors le pas sur Mentu ; pour éluder la diiBculté on fit une distinction entre le soleil du matin^ celui du midi et celui du soir. C*est avec Mut et Khonso qu'Ammon forma la grande triade de Thèbes, où on lui avait consacré le serpent à cornes ; une prétresse à laquelle il n*était pas. permis de communiquer avec un homme, dormait dans son temple, à Fimage de cette femme qui, passant pour la fiancée du dieu, couchait à Tétage supérieur du temple de Bélus à Babylone (2). Plus tard, il se produisit une autre forme d'Ammon-Ra: c'était le dieu Neph, Kneph ouChnubis, qui, selon Plutarque, était généralement vénéré en Thébaïde: on le représentait sous une forme humaine, ayant une tête de bélier, surmontée d*un serpent ou d*un vase ; plus tard on le représenta même avec quatre têtes de bélier. On en fit aussi un dieu solaire sous le nom de Neph-Ra et on le mit au même rang que les anciens dieux suprêmes, qui n'étaient que les diverses personnifications d'une même idée divine ; lui aussi était donc le créateur des dieux et des hommes. On le représentait formant les hommes dans une roue ou un four de potier (1). Ce n'est que très-tard, un peu avant ou après
(1) Wilkiuson, Sec. Ser. 1, 245.
(2) Hérod. 2. 51, 58 *
(3TVaux, Handbook to the Antiquities of the Br. Mus. 185i, p. 555.
J.-C, parait-il, qu'on a personnifié en lui l'esprit divin de la vie ou TArae du monde. Les Grecs l'appelaient Jupiter d'Ethiopie, et dans des inscriptions-postérieures on lui donne le nom de Jupiter-Ammon-Anubis (i). On le confondait si souvent avec Ammon, qu'on croyait reconnaître celui-ci dans le dieu à tête de bélier, et, en effet, les deux dieuxou formes divines se touchaient aussi de très-près sous le rapport géographique; dans la partie méridionale de la Thébaïde, à Eléphantineet àSyène, le dieu principal était Kneph, tandis qu'au Nord et à Thèbes même, c'était Ammon.
1*1 • — Dans la capitale de la Basse-Egypte, àMemphis, le dieu principal était Phthah, que les Grecs prenaient pour Héphestius. Il doit, paraît-il, la haute importance qu'il acquit plus tard — carManéthon le place à la tête de tous les dieux, — au rang qu'occupait la ville de Memphis. Sur les monuments, il est représenté comme père des dieux, et surtout comme père deRa, le soleil, et c'est ainsi que le connaissaient déjà les anciens (a). Cependant on trouve aussi un « très-ancien enfant de Phthah » du nom de Inhotep (s). Phthah luimême est appelé le premier-créé, c'est-à-dire celui qui, sans avoir un père, s'est donné lui-même l'existence individuelle; voilà pourquoi, en sa qualité d'être primitif, il était des deux sexes comme Neith ; de plus, il est le « maître de la vérité, » le dieu bienfaisant qui demeure dans la maison d'or et porte dans sa main le nilomêtre, symbole de la stabilité. C'est à lui particulièrement qu'était consacré ce coléoptère, le scarabée, connu par d'innombrables images, qui forme une boule avec du fumier, puis, se tournant
(S) Letronite, Recueil des Inscr. I. 396.
(2)Cic. N. D.3, 21.
(3) Brugsch, rclat. de voy. 193.
ET judaïsme. 261,
vers l'Est, la roule d'Orient en Occident et Tenfouit ensuite pendant 28 jours; ses trente pattes indiquent les trente jours du mois (i). A Philé «il était représenté comme dieu-créateur, formant Tœuf du monde (2), et dans les inscriptions il est appelé Phthah roulant son œuf (le soleil) dans le ciel. Par les attributs qu'oq lui a donnés, il ne paraît donc pas en véritable dieu solaire, comme Ra; il est plutôt Têtre primitif précédant le soleil, la première force créatrice sous la forme du feu primordial. Le titre qu'on donnait à sa divinité féminine, Pascht, la déesse à la tête de lion, donne à cette explication une nouvelle probabilité: à Philae, cette déesse est appelée : « la grande maîtresse du feu de Senem, la déesse vivante consumant les flammes (5). » 112. — Dans un vers de Cratinus il est question d'un dieu ég^^ptien Soc^am, qu'on ne rencontre dans les monuments qu'en société de Phthah ou d'Osiris, comme Phthah-Socari ou Socari-Osiris, ou bien fondu avec les deux dieux en une seule divinité, comme Phthah-Socari-Osiris. Ce fut lui qui, à cause de sa taille de nain et de sa ressemblance avec lesPatèques phéniciens, s'attira les railleries de Cambyse ; on le représentait souvent avec une tête de milan surmontée du scarabée. Souvent Phthah-Socari est debout sur deux crocodiles, emblèmes du temps et des ténèbres (4). La procession, où l'on exhibait son canot sacré, était une des plus grandes solennités (5). Iji encore on voit le rapport intime des principales divinités égyptiennes entre elles, et la difficulté ou l'impossibilité de saisir leur indivi-
(1) Borap. i, iO. Plut. Isid. 34.Plin. H. N. 30, if.
(2) Rosellini, Monum de! culto, pi. 21.
(3) Brugsch, relat. de voy. 263.
[A) Monumens £g;yp. du Musée de Leide, H. 8. (o) V^ilkiQson. Sec. Ser. 1, â54.
i&% PAGANISME
dualité tant dans l'idée qui s'y rattache que dans leur vie et dans leur cuite. Osiris n'était au fond que la manifestation terrestre de Phthah, qui s'est rapproché de l'homme et s'est soumis à la condition humaine. C'est pourquoi le bœuf Apis, dans les inscriptions du Sérapéum, est appelé Phthah revivant ou ressuscité (i), tandis que les prêtres assuraient, de leur côté, que l'âme d'Osiris demeurait dans son corps (2).
113. — La ville de Chemmis ou de Panopolis, dans le district de Thèbes, est ainsi appelée du dieu Khem qu'on y vénérait sous la forme ithy phallique, et que les Grecs comparaient à leur Pan. Il n'était qu'une forme d'Ammon, le soleil créateur et vivifiant ; sur les monuments les plus anciens il est appelé « Ammon dans sa force, » < Ammon l'époux de sa mère. » Mais on rencontre Horus aussi désigné comme « dieu fécondant sa mère (3), » et, d'après le livre des Morts du Musée de Turin, le défunt, parmi d'autres choses, doit déclarer que Khem Horus avait été le coopérateur de son père, que sa sortie ou son apparition, objet d'une fête particulière, n'avait pas ^té autre chose que sa naissance, et que les plumes sur sa tête signifiaient Isis et Nephthys (4). Le dieu de Mendes dans le Delta, qui, selon Hérodote, était entièrement représenté comme Pan, moitié homme, moitié bouc, difiérait de Khem. Suivant Diodore, beaucoup de personnes confondaient Osiris avec Pan, et par conséquent le dieu de
(1) Brugsch, rel. de voy 78.
(2; Plut. Isid. c. 20, 29.
(3) C'est ainsi gue CbampoUion Ta trouvé à Kalabscbe. Bougé dans les Annales de philos, cbrét. xxxiii. 374.
(4) Birscb, Archeol. xxxiv, 371.
Hendes était une forme (ithyphallique) d'Osiris (i), ou d'Ammon-Ra, ou plutôt de tous deux. On le trouve en effet sur une colonne de Turin avec Tinscription : « Hendes, Ammon-Ra, époux de sa mère, maître du ciel, » et sur une colonne du Musée Britannique sous la désignation du < grand Hendes avec les deux plumes, Horus (2). » C'était donc un dieu de la force générative, et le bouc, animal lascif, y était vénéré comme son symbole.
Ii4. — Le culte d'Isis qui avait son siège principal dans Philé, île du Nil, était le plus répandu en Egypte ; on l'appelait c la déesse aux dix mille noms, » et elle était en effet, ou plutôt elle devint un protée brillant de toutes les couleurs et prenant les formes les plus variées. Les Grecs la comparaient à Athénè, à Déméter, à Perséphone, à Thétys, à Séléné (3), les Egyptiens la confondaient avec Hathor et Mut, mais ses attributs passèrent aussi à Pascht et à Nephthys, et on la rencontre quelquefois elle-même avec la tête de chat, particulière à la déesse de Bubastis. On la représentait avec des cornes et portant un disque ou une couronne sur la tête, parfois aussi tenant dans les mains un bonnet de faucon, un sceptre de fleurs et la croix de la vie. C'était aussi une déesse cosmogoniqtie comme les autres, la Hulè, la femme passive inséparablement liée à Osiris, le principe actif, génératif, plastique, dont elle étart la sœur, l'épouse, la fille et la mère. La vieille cité de This, et celle d'Abydos située à peu de distance de là dans la Haute-Egypte, ainsi que Memphis, colonie de This, furent le siège du culte d'Osiris
(1) Cesl ropinion de Lepsins, cycle des dieux égypt. p. 475.
(2) Orcurti, 11, 40.
(5) PluUrcb. de Is. etOsir. 9, 27; 34; 52. Bircb, Gallery 1. p. 32. Wilkins Sec. Séries i, 366.
et dlsis: là régnèrent les plus anciennes dynasties; et de là le culte des deux divinités se répandit sur toute la vallée du Nil.
il5. — Seuls parmi les dieux égyptiens, Isis et Osiris étaient devenus l'objet d'un mythe varié, orné en partie de traits étrangers et d'emprunt, et intimement lié avec les divers mystères qu'on célébrait en Egypte. Cependant Isis, déesse principale de tout le pays, jouissait de plus grands honneurs qu'Osiris, quoiqu'elle fût la force de la nature féminine qui désire et cherche le principe mâle, fécondant, et qui s'afflige en son absence. Aussi était-elle pour les Egyptiens, tantôt leur pays fécondé par le Nil, tantôt la terre éclairée et vivifiée par le soleih Dans la marche du soleil, ils voulaient même voir Osiris cherchant Isis, quoiqu'Osiris fût primitivement le dieu solaire et que Ra fût confondu avec lui. Isis, par rapport à lui, passait pour la déesse de la lune ; car, d'après l'opinion que Diodore à probablement puisée chez Manéthon, les Egyptiens n'avaient, dans l'origine, que deux dieux, Hélios et Séléné, celle-ci représentant Isis, celui-là Osiris; selon Plutarque, Osiris est fils d'Hélios, et ensuite Hélios lui-même, et ce n'est qu'à cause de ses rapports avec les enfers que les Grecs en firent Dionysos.
116. — Le mythe d'Isis et Osiris, tel que les auteurs grecs le présentent en y ajoutant toutefois des éléments helléniques, est au fond celui-ci : Osiris, frère et époux d'Isis, laquelle naquit, comme lui, de Kronos et deRhée, en arrivant -au pouvoir, civilisa les Egyptiens en leur donnant l'agriculture et la vigne, des lois et une religion; puis il parcourut le monde, mais à son retour il fut perfidement enfermé dans un cercueil par Typhon, qui s'était conjuré contre lui avec 12 alliés et Aso, reine d'Ethiopie. Isis, qui le cherche et le pleure.
ET JUDAISITE. 265
est ensuite représentée dans le mythe absolument comme Déméter avec des fables textuellement identiques. Elle trouve enfin le cercueil, qui avait été jeté à la mer et charrié par Jes vagues jusque sur le rivage près de Byblos, mais Typhon la surprend et met le cadavre d'Osiris en 14 pièces qu*il disperse; il jette le membre viril dans le Nil, où il est dévoré par les poissons. Isis enterre les pièces après les avoir recherchées, voilà pourquoi il y a en Egypte autant, c'est-à-dire quatorze tombeaux d*Osiris; la déesse fit faire une imagedu seul membre qui manquât et ordonna de le vénérer comme un dieu. La division du corps d*Osiris est une idéequi doit évidemment son origine au grand nombre de tombeaux de ce dieu, qui tous prétendaient posséder le véritable corps divin. Dès lors, Osiris était roi des enfers, tandis qu*Horus, fils dlsis et d*Osiris,n*est aufond qu'un Osiris rajeuni ou ressuscité, qui, comme héros, a pris place dans le mythe. La déesse Buto, que les Grecs prirent pour Léto, avait des temples et des oracles dans la ville de ce nom et passait pour la gouvernante du jeune Horus; le père assassiné apparut au fils et Texhorta à venger sa mort. Avant le commencement du combat, Thueris, concubine de Tiphon, passa à Horus. Typhon fut vaincu, garrotté et remis à Isis, qui lui rendit la liberté; mais Horus, irrité de cet acte de sa mère, lui arracha la couronne de la tête, et Hermès (Thoth). la coiffa d'une tête de bœuf. Tout le mythe, le seul que les Egyptiens, si dépourvus d'imagination, aient forgé non sans avoir emprunté quelques traits aux Grecs, exerçait une influence des plus puissantes sur la conscience du peuple; c'étaient surtout deux parties de cette fable, l'aflliction que ressentaient Isis et Nephthys du sort d'Osiris et les combats des dieux vengeant Osiris avec Set ou Typhon, qui rendaient l'année religieuse des Egyptiens tantôt sombre, tantôt joyeuse.
L'autre mythe, qu6 Plutarque nous a transmis, démontre à l'évidence que le caractère égyptien était peu propre à saisir et à revêtir d'une forme mythique, les dieux et leurs rapports avec les hommes. Rhée entretenait un commerce secret avec Kronos (Nut avec Seb); Hélios la chargea d'une malédiction qui eut pour effet qu'elle ne pouvait être délivrée ni endéans un mois, ni endéans une année. Mais Hermès (Thoth), qui entretenait également une liaison avec la déesse, gagna cinq jours à la lune dans le jeu de dames, et c'est alors seulement que Typhon et Nephthys naquirent le troisième et le cinquième jour. La fable avait été évidemment imaginée par les prêtres dans Je double but, de stigmatiser les deux dieux Set et Nephthys comme étrangers et illégitimes et comme admis au nombre des dieux par une tromperie, et de justifier par un acte divin l'addition des cinq jours intercalés (i).
117. — Osiris a toujours été compté parmi les grands dieux, et c*est par suite d'un malentendu qu'Hérodote lui assigne une place parmi les derniers dieux du troisième cycle. La variété des noms, par lesquels les Grecs cherchaient à désigner la nature de ce dieu et qui ne convenaient jamais qu'à une. seule idée ou à un seul rapport partiel, démontre suffisamment qu'ils ne purent trouver dims leur Panthéon un dieu qui le représentât réellement. Ils l'appellent Hélios, Dionysos, Hadès, Pluton, Pan, Océanus, Néilos, Zeus. Les noms d'Epaphos ou d'Ammon étaien mieux choisis ; celui-là était fils de Zeus et de lo et né sur les bords du Nil, et comme lo était représentée sous la forme d'une vache, il était facile de l'assimiler à
(t) Plut. Isid. f2 Gomp. Diod. 1, i3.
Iftis; le nom d^Osiris-Ra, c'est-à-dire de dieu du soleil, comme Ammon-Ra, qui se trouve même dans le livi:e des morts, nous autorise à le confondre avec ce dernier.
118. — Osiris parait comme dieu de la force générative dans la fête des Pamylies célébrée en son honneur. Cette fôte, dit-on, ressemblait entièrement à une fête de Dionysos, à cette exception près que les femmes, au lieu de phallus, portaient des pantins de la longueur d'une aune, dont elles faisaient mouvoir par une ficelle, un membre qui n'était guère plus petit que tout le corps ; on exposait à la même occasion une statue munie de trois phallus (i). Mais en même temps Osiris était le dieu de l'élément humide ; toute force humide, nourrissante, venait de lui, toutes les eaux lui étaient consacrées. Voilà pourquoi les Grecs en faisaient tantôt Océanos, tantôt Dionysos Hyes, dieu de la pluie; mais, avant tout, le Nil avec ses sources inconnues passait pour le torrent versé par Osiris, ou bien Osiris était le Nil lui-même. Un Grec pouvait bien s'aviser d'en faire l'Océan, mais un véritable Egyptien ne pouvait avoir cette idée, parce qu'il regar-^ dait la mer comme une matière corrompue, malsaine, hostile; il appelait le sel de mer, écume de Typhon; les prêtres ne s'en servaient pas, surtout pour les sacrifices, et ne saluaient pas les marins (2).
119. — Horus ou Har passait chez les Grecs pour un Apollon égyptien, probablement parce qu'il tuait les serpents. Dans l'origine, c'était un dieu local du soleil ;
(i) Hérod. 2, 48. Plut, isid c. 36. Wilkinson (Lcc Ser 1, 342) penne que la fôte devait élrc celle du dieu Khcni, et Rosellini (Moiium clv, in, 80) est d*avis qu*elle concerna Animon fthyphalliquc, puisque, dans les monuments, Aminon est toujours représenté avec le phallus. Khein, Ammon et Osiris n*étaient, au fond, que le même être.
(2) Plut. Osid. c 32.
dans la Haute-Egypte, on rappelait le triple Horus, c'est-à-dire le seigneur de Scham, de Behai et de Bak; on le reneontre aussi sous la désignation de < Har, seigneur de Bak (i) ; » à Edfu, la grande ville de TÂpollon des Grecs, il avait un célèbre temple, où il était vénéré comme c Har-Hat, le grand dieu, le raaitrc du ciel, l'épervier doré, le fils d'Osiris, maître des dieux et des déesses (i). » Ici, sa mère était Hathor, et c*est probablement plus tard qu*on le rattacha généalogiquement avec elle, ou Isis, et avec Osiris ; car, suivant une autre opinion, il était (comme Ârueris) fils de Ra et de Nutphe, et frère aîné d'Osiris: on en a voulu faire aussi un fils de Seb.
120. — Uarpocrate (Har-pe-chrot), c'est-à-dire Horus Fenfant, était identique avec ce dieu et fut représenté posant le doigt sur la bouche; les Grecs et les Romains conclurent à tort qu'il était le dieu du silence, tandis que des auteurs modernes le prennent pour le symbole de la force de la nature agissant silencieusement et mystérieusement pendant l'acte de génération. Harpocrate était plutôt un jeune dieu solaire, c'est-àdire le soleil du matin; dans une inscription on dît de lui : c Quand sa tête paraît à l'horizon, elle éclaire le monde, qui était plongé dans les ténèbres. » Quoique Harpocrate ne peut réellement pas être séparé de Horus, dont il n'est qu'une forme, on chercha cependant en Egypte à maintenir la séparation de trois êtres qui se confondaient sans cesse: Harpocrate, Horus le jeune et Horus l'aîné. Ce dernier, Uar-uer, Arueris, était représenté en homme à tête d'épervier, et formait une triade avec la déesse Tsénénofré et son fils Pnebto ; le plus jeune, que les Grecs prirent pour
(1) Birch (laDs TArchaîoIogia, T. xxxiv, p. 3G8. 359.
(2) Bnigsch, Rel. de voy. p. â27.
ET judaïsme. 269
leur Apollon, était appelé « Tappui et le défenseur d'Osi ris, son père. )> Cependant, on ne peut songer à une individualité bien déterminée de ces dieux qui s*évanouissent toujours et se réduisent à Tidée du soleil. Les interprétations des Grecs sont arbitraires, changeantes et erronées. Il paraît que Hor-Hat, avec la tête de milan et le symbole de la boule ailée, était le même personnage que les Grecs postérieurs appelaient Agathodémon; c'était le bon génie qui accordait sa protection particulière aux rois et aux temples des dieux ; sur des images, on le voit, lors d*un couronnement de roi, verser les emblèmes de la vie et du pouvoir et les répandre sur le souverain. Dans les symboles, dont nous venons de parler, on voit réunis les attributs de Ra (soleil), ceux de Kneph (serpent) et ceux de Mut (ailes de faucon) (i).
121. — Les Grecs prirent le dieu Thoth unanimement pour leur Hermès, à cause de quelques traits communs à tous deux. Toutes les inventions et toutes les connaissances, surtout Fart d'écrire, provenaient de Thoth. Il est placé à côté d'Osiris comme Fauteur divin de la société et de la civilisation humaine; si celui-là a créé Tagriculture, celui-ci a propagé les arts plus nobles de la société humaine. Représenté en homme à tête dUbis, portant pour symbole un ibis perché sur une branche, ayant sur la tête une pleine lune ou une demi-lune, et muni d'une ardoise et d'une touche, il porte, sur les monuments, le titre de c doublement grand, » et est appelé l'écrivain de la vérité. Comme tout savoir est fondé sur l'écriture, il passe pour le dieu de la sagesse, l'auteur des livres (Hermétiques) contenant les traditions sacrées, et le dieu tutélaire des corporations de prêtres. Le grand
(i; Wilkinson, Sec Ser. i, 412.
PAGAN1S)1E, ETC. T. lU t«
âTO PAGANISME
nombre de villes d'Hermès en Egypte est une preuve que le culte de ce dieu était fort répandu. Une déesse, Néhémauaï, portant Temblème du faucon, était sa compagne dans les temples (i). On la nommait comme les autres déesses : « La fille du soleil, la maîtresse du ciel et la souveraine de tous les dieux, » tandis que Thoth était a le maître de la langue des dieux, celui qui inspire aux divinités des sentiments de bonté. » Le troisième membre de cette triade était Har-Horus à la tête d'éper\ ier (2), maison ne$ait pas s'il a été considéré ici comme fils des deux premiers, et si, par conséquent, Néhémauaï ne fut qu'une forme d'Isis. Au reste, Thoth était en même temps une divinité de la lune, un deus hmus égyptien et, comme tel, il était appelé sur les monuments Aah ou loh, nom que portait également Osiris; selon Plutarque, il était androgyne comme dieu lunaire. Sous ce rapport, son représentant animal était le singe cyqocéphalus ou à tête de chien (s).
122. — Quant à plusieurs autres divinités égyptien-r nés, nous ne pouvons, faute de renseignements, en déterminer la signification avec quelque certitude. A Ombos, on vénérait le dieu Sèbek^ qu'on représentait avec une tête de crocodile. Il y a deu)c divinités, une mâle et une femelle, avec des têtes de grenouille, et comme cet aqimal était le signe hiéroglyphique de Tembryo» humain, il est possible que ces dieux étaient de nature oosmogonique. Le dieu du Nil, Hapi-Mau^ figure humaine chargée d'embonpoint, ayant des plan-, tes aquatiques sur la tête et dans les mains, avait
(1) Chanopollîou-Figeac, Egypte anc. p. 249,
(2) Brugscb, Relat. de voy. j, 5.
(3) WilkinsoD. Sec. Ser. ii 5.
(4) Wilkinson, i, 256. ibid.
ET judaïsme. 271
des prêtres particuliers dans toutes les villes situées sur les rives du fleuve. Â Silsilis,il était vénéré comme formant avec Ra et Phthah une triade née de cette idée que le Nil est le produit des deux autres : de la force naturelle générative et du soleil (i). Héliodore (s) dit que les Egyptiens considéraient le Nil, dont ils célébraient la fête avant toutes les autres avecle plus grand empressement, comme le plus grand des dieux; et cette opinion estconfirmée parle titre de « père des pères des dieux » qu'on lui donnait ; aussi le même Héliodore ajoute que ceux qui connaissaient les mystères, ne voyaient en lui qu'Osiris, qui lui-même se rapprochait du dieu Ra jusqu*à être identique avec lui. D*autres divinités locales n'étaient pas mieux connues, telles que Paytnuphis de Pselcis, Aménébis de Tschonémyris, et peut-être aussi Ântée, qui a donné son nom à la Ville d'Ântéopolis ; Diodore Fa pris pour un gouverneur d'Osiris; son nom était peut-être Entés, dont les Grecs ont fait Antée.
123. — Plutarque explique très-justement le nom de Neith par les mots : « Je vins de moi-même, » ce qui détermine clairement la nature des plus anciennes déesses égyptiennes : elles représentent la matière primitive maternelle, et sont ordinairement comme déesse-mère ou mère des dieux ; Neith était par conséquent appelée aussi la vache qui mettait au monde le soleil. C'est par suite de ressemblances accidentelles que les Grecs, comme Platon, croyaient y reconnaître Athéna ; aucune divinité égyptienne ne ressemble complètement à une divinité grecque. Le siège de son culte était à Sais dans le Delta, mais elle
(1) WilkiDSoUfScc. Ser. ii, 58.
(2)Albiop.9,p 425.
il'i PAGANISME
était vénérée aussi à Latopolis (Esneh) dans la Haute- Egypte, et la ville était nommée ainsi d*après un poisson du Nil, Laton, qui lui était sacré. Plus tard, le culte de cette déesse semble avoir remplacé celui de Pascbt, déesse de Bubastis (i).
424. — Dans la triade de Thèbes, Mut était la déesse* mère, tandis qu'à Bubastis on attribuait la même signification à Pascht, « fiancée de Phthah, » vénérée beaucoup dans les deux Egyptes. Les Grecs crurent y reconnaître leur Ârtémis. Représentée avec une tête de lion ou de chat, elle était appelée la souveraine de Memphis. Mais on la nommait aussi « la grande roaîtresse du feu, » et dans Tîle de Philé elle portait le nom de la c déesse vivante, dévorant les flammes (2) ; » ell& était donc en même temps une déesse du feu, et c'est surtout par suite de cette circonstance, et à cause de sa liaison avec Pbthab, que les Grecs prenaient celui-ci pour leur Héphestius. Des statues représentant la déesse debout ou assise, avec une têtede lion, étaient placées comme gardiennes aux portes des palais royaux et des temples ; et comme on confondait généralement les déesses-mères les unes avec les autres, Pascht portait aussi, dans les inscriptions, les noms de Sati, Anuke, et fut réunie non-seulement à Phthah, mais encore àAmmon-Ra (3).
125. -^ Les Grecs reconnurent une déesse de la Naissance dans Neben^ qu'ils appelaient en conséquence Eileithyia; ils aimaient à désigner la ville, où elle était particulièrement vénérée, du nom de ville d'Eileithyia. En effet, parmi les images du temple d'Hermonthis que Cléopatre fit construire en mémoire de
(1) Brugsch, Rel. dcvoy. p. 77-
(2) Brugsch, ibid. p. 263.
(5) Orcarti, Catalogo dei Monuip Egi;. di Torino. 1852, i, U.
ET judaïsme. 273
la naissance de Césarion, elle figure comme déesse de la naissance dans le groupe représentant la déesse Ri" tho donnant le jour à Tenfant divin Harphré. Mais Neben était aussi déesse de la lune, c*est pourquoi le$ Grecs lui donnèrent le nom deSéléné(i) ; unie à Thoth, comme Luna à Lunus, elle était mère d*Horus. On la représente sous forme de vautour, et, le jour de la pleine lune, on lui sacrifiait un porc, animal d*ail-leurs si odieux aux Egyptiens. Dans les inscriptions d'Eileithyia elle porte le titre de la première de toutes les divinités, souveraine du pays de « Put » (Phénicie) (s).
126. — Chez les Egyptiens, la déesse Ilathor semble s'être développée d'une manière plus individuelle et plus matérielle. Elle a donné son nom aux villes de Tentyra (maison d'Hathor) et d'Âtarbéchis, sièges principaux de son culte. Les Grecs la prenaient pour Aphrodite Uranie; cette comparaison n'était pas tout à fait fausse, en ce que cette déesse, comme les autres, comme Mut et Pascht, était un être cosmogonique. Elle portait les titres de maîtresse du ciel, de grande reine de la couronne d'or, de la dorée parmi les déesses ; le plus souvent, on la désignait cependant par le nom de maîtresse du jeu et du chant. La vache lui était consa^ crée, ce qui prouve que la déesse était une « grande mère » ou déesse féconde de la nature ; on la représentait souvent en vache couverte de taches en forme de plante; quelquefois elle avait une tête d'homme, souvent seulement des oreilles et des cornes de vache, au milieu desquelles se trouvait un disque solaire. Uans son temple d'Aboccis, on la voit placée dans un vaisseau sacré, où le roi et la reine lui offrent des fleurs et des
(1) Easeb. Praep. evg. 3, 12.
(2) Brugsch, 224-225.
libations (i). Dans les principaux sièges de son culte on entretenait une vache sacrée (3) ; quelquefois les images placées dans les temples la représentent en vache allaitant un enfant royal. Hathor était confondue avec Isis, quand on lui donnait les attributs d'Amenta, déesse des enfers.
127. — Dans la déesse Anuke, les Grecs reconnurent leur Hestia; cependant elle était une déesse-mère nourricière, tout comme les autres déesses. Dans le temple de Beit-Ually, le roi Ramses II est représenté sur le sein d*Isis et d*Ânukc ; cette dernière lui dit: « Moi, ta mère, maîtresse d'Eléphantine, je te reçois sur mes genoux, et je te*préscnte mon sein, afin que tu y prennes ta nourriture (s). » Nephihys, en égyptien Nehti^ avait beaucoup d'analogie avec Anuke, ou était identique avec elle ; dans une inscription elle est appelée c la secourable sœur Anuke ; » les Grecs la mettaient au même rang que leur Aphrodite. Cependant Nephthys était, de préférence, mise en rapport avec Amenthe, le royaume des morts ; elle passait pour la déesse sombre, chez laquelle Osiris descendit en quittant le monde du soleil, et elle fait partie des deux triades infernales: « Osiris, Isis, Nephthys, » et « Isis, Nephthys, Harpocrate. » Plus tard, les Grecs prirent pour leur Héra une compagne d'Ammon, la déesse Sate^ qu*Hérodotc avait désignée comme une déesse inconnue aux Egyptiens. On lui donna aussi un vautour comme symbole de la maternité. Dans un temple de la Nubie, une inscription consacrée àErgamun, roi d'Ethiopie, renferme ces mots « fils de Neph, né de Saté, nourri et soigné par Anuke; » et eh face de
(1) Wilkinson, Sec. Ser. i, 389.
(2) iElian. Hist. anc iO, 27.
(3) Champollion-Figeac, Egypte ancienne, p. 248.
ET judaïsme. 275
cette inscription il est dit du même roi : « Fils d'Osiris, né d'Isis, nourri et soigné par Nephthys. » L'opinion émise par HorapoUon, que chez les Egyptiens Alhéna (Neith) était le ciel supérieur, et Héra (Satc) le ciel inférieur, est probablement une interprétation inventée plus tard sous Tinfluence des Grecs*
128. — Le plus énigmatique des dieux égyptiens est ce* lui que les Grecs appelaient Typhon, Set ouSeti,oubien Sudech, dieu local d*Ombos, qui, par conséquent, s'appelait aussi Nub ou Nubti. On le représentait ayant la téteoula formation d'un animal inconnu (ou fabuleux), de couleur jaune, avec des oreilles élevées et tronquées, un museau recourbé et une queue longue, raide et cambrée; il ne différait pas du dieu phénicien Baal, fi* guré par le même animal. Dans les inscriptions des rois Seti I et Ramsès III, il est invoqué sous les trois formes de Set, de Nuba et de Baal, comme « le grand dieu, le maître du ciel » et uni à Horus (i). H est probable que Setou Sutech était déjà venu de l'étranger (Asie occidentale) avant l'époque des Hyksos et qu'il y jouissait déjà d'une certaine vénération. Or, quand les Hyksos s'étaient fixés dans le 4)ays, ils le reconnurent comme leur dieu national. Avaris, leur ville forte, était consacrée à Typhon (â). Dans un vieux papyrus se trouve ce passage remarquable: c Le roi Apepi, chef des révoltés (Aphobis, quatrième des rois pasteurs de la Phénicie), devant lequel tout le pays paraissait en tributaire, choisit le dieu Sudech pour son maître, lui construisit un temple et ne servit aucun autre des
(1) Lepsius. Cycle des dieux Egyp.p â06. Ed. Bar, mais PoiteTiii, dans la Rev. Archéol. 18S5, Août, p. 263, remarque qu*il faut lire Bd ou Baal. Ghesenius traduit le nom de Ja ville Baal Tsephon par Locus Typhonis, Typhoni sacer.
(2) Haneth frag. dans le fragm. Uist. Gaaec ii, 579.
dieux qui étaient en Egypte (i). » Voilà la tendance, ailleurs déjà manifestée, de combattre et de supplanter les anciens dieux, de TEgypte par l'intrus étranger Sudech ou Baal. Cela est également confirmé par les mythes. Les fables de prêtres racontent que les dieux égyptiens déposaient leur couronne en voyant le pouvoir de Typhon (2) ; ou bien : qu'à l'arrivée soudaine de Typhon, l'ennemi des dieux, ceux-ci s'étaient changés en animaux (3), ce que, selon Diodore, ils ne firent que pour se soustraire à l'impiété et à la cruauté des hommes nés de la terre (c'est-à-dire des Hyksos). On y reconnaît, d'un côté, la tendance à donner une base mythologique au culte des animaux, qui plus tard était devenu inexplicable pour les prêtres, mais, d'autre part, aussi la trace des luttes religieuses provoquées par l'invasion phénicienne. Et si les Grecs appelèrent Héracléopolis la ville de Sethro, c'est-àdire la porte de Set (4), située à l'O. de Péluse, désignation qu'on n'a pas réussi à expliquer (5), ils se fondaient uniquement sur la ressemblance qu'ils reconnurent entre le dieu de la ville et Héraclès le Phénicien (Baal.)
129. — Quand après l'expulsion des Hyksos, la grande restauration avait eu lieu, Set ou Typhon reçut peu à peu une autre forme et une autre signification ; par suite du souvenir des violences, exercéesen son nom, et de l'oppression dont se rendaient coupables les odieux étrangers qui le servaient, on le regardait comme un être persécutant les dieux Egyptiens et haï par eux.
(1). Bni^h , Etudes sur TEgypte dans la revue des D. M. Chap. IX, 209.
(i) Hellaiiic : ap. Atheu. 15, p. 680. r3) Hygin. 2, 28.
(4) Ou d*après Brugsch, c la ville Set du garde. » (o) Schweuck; Mythol. des Egyp.. 11 liv. p. 205.
Son image et son nom furent eifacés et mutilés sur presque tous les monuments ; il devint alors le dieu de cette chaleur malsaine, desséchante et insupportable aux Egyptiens, et dans la fable d*Osiris où il est représenté comme meurtrier de celui-ci, se confondaient des phénomènes de la nature et des souvenirs historiques . Dans un papyrus il est invoqué comme « le dieu, qui réside dans le vide, le tout-puissant destructeur et ravageur (i). » Dans toute la nature il représente le principe sombre, destructif. Comme Tâne était pour les Egyptiens Timage de leurs ennemis du nord, habitants de la Syrie et de la Palestine, Set était représenté maintenant avec la tête de cet animal, ou comme un âne couché (â). Aussi le méchant crocodile et le vilain hippopotame lui étaient consacrés. A de certaines fêtes, pour plaire au dieu persécuté par Typhon^ on avait Thabitude d*insulter ses favoris ou les êtres qui lui étaient consacrés, on injuriait les hommes à cheveux roux ^t les habitants de Koptos précipitaient un âne du hautd*un rocher (3). Les géants qui, d'après le témoignage de Diodore, étaient fustigés dans les temples par les prêtres d'Osiris, étaient probablement Typhon lui-même avec ses complices. Mais comme c'était un dieu puissant et redoutable, on faisait quelquefois aussi le contraire. Quand un vent chaud et pernicieux persistait longtemps, les prêtres éloignaient, la nuit, en çilence et tour à tour, les animaux sacrés, c'est-à-dire ceux qui étaient chéris des dieux ennemis de Typhon, et les effrayaient d'abord par des menaces ; mais si le fléau continuait, ils les immolaient non, comme pensait Plutarque, pour punir le
(!) Reuvens. LeUres sur les Papyrus. 1830. i. p. 59«
(2) PartheyiiPlut.,p. 219.
(3) Plut. Isid c. 30.
is.
mauvais esprit, mais se le concilier en tuant un être qu'il détestait (i). Cependant Tanniversaire de sa naissance, le troisième des jours intercalaires, était même un jour de malheur; les rois ne s'occupaiont avant la nuit ni d'affaires, ni du soin de leurs personnes.