‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 50 sur 60 · CULTE DBS ANIMAUX · texte numérisé non relu

CULTE DBS ANIMAUX

130. — Des prêtres égyptiens racontèrent à Hérodote la fable suivante : c Héraclès (Khons) voulut absolument voir Ammon ; celui-cî refusa longtemps de lui apparaître, mais comme Héraclès multipliait ses instances, Ammon ôta la peau d'un bélier, s'en enveloppa, tint la tète de l'animal devant lui et se présenta au suppliant. » Cette fable indique l'origine du culte des animaux en Egypte ; les motifs doivent en être recherchés dans le besoin de contempler la divinité cachée et de la savoir auprès de soi, ainsi que dans la crainte de la nature et des actes des animaux, nature mystérieuse et inexplicable pour l'homme. < Chez les Egyptiens, » dit Olympiodore, < les animaux sont les symboles des dieux auxquels ils sont consacrés et ont la même valeur que les images divines des Grecs. » Il est vrai que les Egyptiens ne voyaient pas seulement dans leurs animaux sacrés de simples symboles ou emblèmes des dieux ; le peuple vénérait les animaux, comme le fait remarquer Plutarque, directement et immédiatement (2). Ils étaient pour lui les dépositaires, les demeures de la divinité, les intermédiaires par les-

(1) Plut. c. 73.

(2) Plut. c. 71.

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quels les dieux cohabitaient avec les hommes. En choisissant ranimai pour son domicile terrestre, le dieu accordait à l'homme la facilité de Tavoir toujours auprès de lui et de l'obliger à la reconnaissance et à des services rémunératifs par des soins assidus et respectueux. Les instincts, le merveilleux pressentiment de l'avenir, la sécurité et l'uniformité de la vie des animaux — tout cela semblait prouver aux Egyptiens que l'animal était la demeure et Torgane d'un être supérieur, et ils comprirent que le dieu avait choisi, à cet effet, l'animal de préférence à l'homme qui est placé en face de la divinité comme un être individuel, ayant sa volonté et son libre arbitre et dont les dieux ne pouvaient se servir en guise d'instrument passif.

iSl. — En tout cas il est certain que plus tard ni Egyptiens ni Grecs ne purent indiquer les véritables causes du culte des animaux ; les motifs que les pre* miers en donnaient aux derniers avaient été inventés, parce que cette coutume même qu'ils voyaient dans toute sa force régner sur l'esprit du peuple, était devenue énigmatique et incompréhensible pour eux. Celui qui n'étaitpas satisfait delà fabled'après laquelle, vers le temps de la persécution de Typhon, les dieux s'étaient transformés en animaux, recourait à un prétendu usage d'aller au combat avec des drapeaux ornés de figures d'animaux, ou alléguait l'utilité de nombreuses espèces d'animaux, ou citait la politique d'un roi, qui, par l'introduction de ce culte, avait voulu pour toujours semer la discorde parmi les Egyptiens (i). Plutarque pense qu'on s'était abstenu de manger de la chair d'animaux et qu'on les avait déclarés inviolables, parce qu'on craignait de commettre un parricide ou un

(I) Diod. I, 37. Plut. Isid. e. 72.

fratricide, mais cela ne suffit pas pour expliquer la déification des bétes. La doctrine qui dit que les âmes des animaux étaient généralement de la substance de Typhon et qu'on les vénérait pour ne pas provoquer la colère de ce dieu misanthrope, ne peut également pas être regardé comme concluante (i). Aussi le motif que Porphyre tirait du panthéisme, comme si la divinité était Tunique substance spirituelle pénétrant les hommes comme les animaux (2), ne peut être le véritable. Les Egyptiens (à l'exception des rois postérieurs) n'ont jamais adoré des hommes vivants. Les explications que donne Plutarque sur l'adoration de certaines espèces d'animaux paraissent encore plus étranges: le chat, dit-il, est vénéré par les Egyptiens parce qu'il conçoit par l'oreille et qu'il met ses petits au monde par la bouche, qualités qui le rendaient semblable à la raison humaine; le crocodile est vénéré parce qu'il est muet et ressemble à cet égard à la divinité qui gouverne le monde sans son ni parole. Le muset était, disait-on, un objet d'adoration parce qu'il avait les yeux enfoncés profondément et paraissait presque aveugle comme la taupe. Dans toutes ces interprétations absurdes et forcées on reconnaît l'impuissance des prêtres tant Grecs qu'Egyptiens; ces derniers même ne comprenaient plus leur propre culte, parce qu'ils ne se trouvaient plus dans la caste où le culte des animaux avait pris naissance ; ils n'étaient plus familiarisés avec les idées populaires qui servaient de base à cette religion, quoique ce culte, partie essentielle et héréditaire de la religion populaire, se maintint avec une force toujours égale.

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