‹ Paganisme et Judaīsme (volume 5)Chapitre 51 sur 60 · Hérodote soutient qu'en Egypte tous les · texte numérisé non relu

Hérodote soutient qu'en Egypte tous les

(i) Plut. l. c. c. 73.

(2) Porpb. deabst. A. 0.

ET judaïsme. 281

animaux, tant domestiques que sauvages, ont été regardés comme sacrés, mais il faut apporter deux restrictions à cette opinion. D'abord plusieurs espèces telles que le chameau, la giratfe ne Tétaient pas et ensuite quelques-uns seulement étaient généralement vénérés, et la plupart étaient adorés dans un district seulement. C'est ainsi que dans une contrée on vénérait un animal dont on mangeait la chair dans une contrée voisine. Parmi les quadrupèdes, on adorait généralement les bœufs, les chats, les lions, les chiens, les belettes et les loutres; parmi les oiseaux, répervier, la cigogne et Toie ; parmi les poissons l'anguille et le lépidote. On adorait la brebis à Sais et dans laThébaide: on la sacrifiait et on la mangeait à Lycopolis, parce qu'ici le loup, regardé comme dieu, en faisait autant; l'hippopotame était sacré dans la province Paprémitique; le crocodile passait pour sacré dans la plus grande partie du pays, mais on le poursuivait et on le chassait à Tentyra et à Apollinopolis (i) ; l'oxyrynque, vénéré dans la ville du même nom était généralement détesté, de même que le poisson phagrus adoré par les Syénites. Le serpent sacré Thermuthis, qui servait de coiffure à Isis, avait des retraites dans tous les temples, où on les nourrissait de graisse de veau (s).

133. — Les différentes manières de considérer et de traiter les animaux, conduisaient à de véritables guerres de religion. Du temps de Plutarque, une pareille guerre éclata entre les habitants d'Oxyrynque et ceux de Cynopolis; les premiers avaient mangé un poisson oxyrynque et les derniers, par contre, avaient immolé un chien. Les Romains pour faire cesser le

(l)Strab. 8U. iClian. H. N 10» 24.

(2) iElian. 10. 31.

282 PAGASISME

carnage, les séparèrent de force (i). Juvénal fait le récit d*un combat semblable entre les Cophtes et les Tentyrites, où un prisonnier fut même dévoré par les vainqueurs (2). Les motifs de pareilles guerres ne faisaient jamais défaut, parce que Toccision d'un animal sacré était regardé par ceux qui le vénéraient comme un cricrime qui méritait la mort. Diodore vit un soldat romain, qui par mégarde avait tué un chat, tué par le peuple, malgré Tintercession du roi; les Egyptiens, lors d'un incendie, pensaient plutôt à sauver les chats sacrés qu'à éteindre le feu. Quand par hasard quelqu'un trouvait dans les champs un animal mort, il s'arrêtait et affirmait aux passants, avec force lamentations, qu'il l'avait trouvé inanimé. On embaumait les animaux morts et on les renfermait dans des cercueils sacrés ; le pays méritait réellement d'être appelé une grande maison de bétes saintes et est aujourd'hui encore rempli de momies d'animaux. Même des rats, des hirondelles, des grenouilles, des crapauds étaient momifiés quoiqu'ils ne fussent pas sacrés.

134. — Les saints animaux avaient besoin de nombreux gardiens et domestiques; dans certaines familles ces charges étaient héréditaires. Ces animaux avaient leurs édifices sacrés et leurs cours particulières; des champs entiers étaient destinés à leur fournir la nourriture. On entreprenait de grandes chasses pour procurer aux oiseaux de proie la chair qu'ils aimaient. On brûlait devant eux des parfums, on les oignait, on les parait magnifiquement et on les faisait passer la nuit sur des coussins moelleux; on amenait à chacun les plus belles femelles de l'espèce qu'on

(i) Plut. Isid. c. 72.

(â) Sat. 15, ou au lieu d*0iubos v. Zo il faul lire Koptos..

ET JUDAISMK. 285

pût trouver. Chaque maison, chaque famille avait Ha bôto sainte, et en pleurait la mort comme on aurait pleuré un enfant chéri ; quand un chat mourait, tous les habitants de la maison se rasaient les sourcils ; quand c*était un chien, on se rasait la tête et tout le corps (i). Certaines villes possédaient le privilège de recevoir dans leurs murs les momies de certaines espèces d'animaux; les ibis étaient déposés à Hermôpolis, les éperviers à Buto, les chats à Bubastis ; on plaçait les bœufs dans une barque et on les conduisait dans rtle de Prosopitis.

138. — Les Egyptiens vouaient leurs enfants à ces bâtes ou au dieu auquel elles étaient consacrées. Ils leur rasaient la tête entièrement ou en partie, pesaient les cheveux coupés et dépensaient le poids équivalent d'argent pour soigner Tanimal. Cependant il y avait encore des usages plus mauvais qui exposent dans un jour frappant les idées qu'on se faisait des dieux-animaux. Lorsqu'on avait découvert un nouvel Apis, on admettait auprès de lui, pendant quarante jours, les femmes égyptiennes, auxquelles en toute autre circonstance, il n'était pas permis de le contempler, et elles devaient lui montrer leurs corps tout nus (2). Les femmes se prostituaient même aux boucs vénérés comme dieux à Mondes et à Thmuis, usage dont Pindare fait déjà mention (5). Lorsque Hérodote était en Egypte cela se faisait au vu de tout le monde': on explique facilement la défense de la bestialité, défense souvent et si énergiqucment répétée dans le Pentateuque, lorsque l'on considère) que les mœurs et les infâmes habitudes des Egyptiens s'étaient com-

(i)Herod.3,00.tf7,Diod. 4,8^.

(2)Diod. 1,8».

(5) Slrab. SOS. Herod. 3. 40. Ocm. k\n, Cohort. p. 0.

muniquées aux Israélites pendant leur long séjour dans le pays du Nil. Il a bien fallu leur interdire formellement l'adoration du bouc (i).

136. — Au premier rang parmi les animaux étaient les bœufs divins, que les Egyptiens vénéraient au nombre de quatre. Le premier s'appelait le bœuf Hapi (Apis), le Phthah ressuscité: le deuxième, Mnévis à Héliopolis, s'appelait le soleil revivant; le troisième, était désigné comme le « dieu ancien et deux fois grand; » le quatrième, portait le nom de « grand dieu et roi du ciel. » Cependant le culte d'Apis et de Mnévis n'était point borné à ces deux villes, mais s'étendait sur tout le pays du Nil (2), c'est-à-dire, qu'ailleurs aussi on avait des bœufs adorés comme Apis ou Mnévis ; à Memphis on avait même un Mnévis à côté d'Apis (s).

137. — Apis, ou Hapi-Anch, Apis vivant, aussi Anenchi, c'est-à-dire, le roi de tous lesanimaux divins, représentait la « deuxième vie de Phthah, » et était, par conséquent, l'incarnation de ce dieu, qui passait à Memphis pour le plus grand de tous. Mais il était aussi Osorapis, c'est-à-dire, Osiris Apis (4). Comme à Memphis, le vieux dieu local Phthah, l'être spirituel et créateur, avait procréé le dieu solaire Ra, ce qui veut dire qu'il s'était donné le jour lui-même (5), et qu'Osiris, regardé comme l'autre moitié de Ra, tournée de préférence vers les enfers, était au fond identique avec lui, les prêtres pouvaient soutenir que leur Apis était la véritable et belle image de l'âme d'O-

(1) Levit. 17. 7.

(2) Brugttch, Reisebers, 513.

(5) LetroDoe. Recueil des fnscrip 1, 296.

(i) Il y a dans un papyrus à Leyde un Patesis qui s*appeUe

Reuvens, Lettres, m. p. 50.

(5)Lepsius, cycle des dieux Egyptiens, 213.

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siris (i) ou que celui-ci, qui se montrait tel qu'il était, aux morts de TÀmenthé, se manifestait sur la terre sous la forme du bœuf Apis. Sërapis ou Osorapis était le même dieu, le bœuf mort, identique avec Osiris ; on le représentait comme Osiris d'Amenthé, mais avec une tête de bœuf. Ce culte du bœuf divin remonte jusqu'au temps des premières dynasties; on voit déjà sur les murs du Sérapion de Memphis Ramsès le Grand et son fils sacrifiant à Sérapis (2).

138. — La naissance même d'Apis était miraculeuse, d'après la croyance égyptienne; la vache qui le mit au monde, le conçut d'un éclair du ciel, ou, selon Plutarque, de la lumière génératrice de la lune; on le reconnaissait à vingt-neuf signes dont il devait être marqué et dont les plus importants étaient la couleur noire, une figure d'aigle ou plutôt de vautour sur son dos et une bosse charnue de la forme d'un coléoptère qu'il devait avoir à la langue. C'est que, selon Horapollon, Phthah était hermaphrodite , qualité qu'on expliquait au moyen des hiéroglyphes du vautour et du coléoptère. Les autres signes avaient trait aux étoiles, à l'inondation du Nil, à la forme du monde et à autres choses semblables (5). Quand on l'avait trouvé on le nourrissait pendant 40 jours avec du lait, puis on lui donnait une suite nombreuse, on le plaçait dans un vaisseau sacré et on le transportait à Memphis. Là on procédait à son intronisation dans le temple de Phthah et on cherchait à lui rendre la vie aussi douce que possible. La vache qui l'avait mis au monde était soignée et honorée avec lui, et dans des salles particulières on gardait pour lui les plus belles génisses qu'on

(i) Plut. Isid. c. 20.

(2)Bnigscb. Reiseber. 33.

(3) iElian. H. A 11, 10.

put trouver; le propriétaire du troupeau dans lequel il avait été trouvé passait pour le plus heureux des mortels: quand on montrait Apis en public, ses serviteurs écartaient la foule et une troupe d'enfants chantant des hymnes, l'accompagnaient. Cependant il ne pouvait vivre au-delà de vingt-cinq ans (période d*Apis), car il paraît que l'âme d'Osiris ne voulait pas séjourner plus longtemps dans ce corps ; s'il ne mourait pas avant cette époque, on le noyait, avec beaucoup de solennité, dans le puits des prêtres, puis on se lamentait et on en cherchait un autre. S'il mourait de mort naturelle, toute l'Egypte prenait le deuil, jusqu à ce qu'on en eut trouvé un nouveau : on l'embaumait et on lui faisait des funérailles magnifiques et curieuses. Sous Psammétique, le culte d'Apis ayant pris un nouvel essor, on construisit une grandiose nécropole souterraine, surmontée d'un temple ou mausolée, monument qui, jusqu'au temps des Romains, recevait tous les cadavres d'Apis, et qu'on a découvert tout récemment. Même les Grecs, auxquels les prêtres égyptiens faisaient croire que leur Dionysos n'était autre qu'Osiris ou Osorapis, accouraient en foule pour adorer leur divinité dans sa patrie primitive ; cependant on n'accordait à leurs inscriptions sacrées (proskynemen) aucune place dans le véritable Sérapion; on n'y n'admettait que des formules de dévotion égyptiennes ; les formules grecques étaient réléguées dans un Pastophorion particulier relié au Sérapion par une longue galerie (i).

(l)Maury, dans la revue des deux moudes 1855, ii, 1073.

ET iUDAmMK. 2H7

in. — mmm sorTKHnAiN.- i:tat hm mm\m \vnk%

U MOtlT.

<51). — Helon le Uiniolgiirtgo d'Iirîrodotcs Ior Egyptien» furent les premier» (|ui, en croyant l'Ame immortelle supposaient (|u'elle passait dons d'autres eorps; c'est à eux que les Pythagoriciens empruntèrent la métempsycose (I). Aucun autre peuple, avant l't'^re clinStienne, n'a diWelnppri si complc^tement et junque dans les moindres dcUalls les idées qu'il s'était ftiiles des enfers et de la situation de Thomme apn'^s la mort; aucun n'a établi un systrmie si bien détermliu! et limité, si soigneusement conservé et mointonu parles prêtres; et cependant, chose énigmatique, ce peuple remarquable, qui avait une si haute idée de la vie future et de ses avantages sur la vie terrestre, maintenait en même temps avec une grande ténacité et sur une vaste échelle le culte des animaux.

140. — La Métensomatose, ou croyance qui, apn^s la mort humaine, fait passer l'ftme par des corps d'ani-^ maux pendant une période de Sothis de 5000 ans pour retourner ensuite dans un corps humain — formait la base de» idées que les Egyptien» avaient des cuifers et des épreuves aux(|uelles ils soumettaient le» morts (a).

(1) Mérndote, asi). Ce n'est puiiit In doctrine de l*imniorlulllé de rame en ellc-m^nie quilérodote truite d'inventinn (égyptienne, rnnime on pourfait snppoMer en lisant la citation de Unnclter (UiAt. de l'Ant. t, 70, 'i'^ (^dlt ), on ceile d^tlliieniann (Ttiolti p. 5H.); il n'agit de r:ette doritrine «ions Torme de niétenip»y(;o(;e.

(9) nérud.l c. Acn. Oax. Tlieopln'.p. 10. éd. tîui<;«.

Les fragments d'écrits hermétiques renferment des détails à cet égard, mais malheureusement nous ne savons pas ce qui dans ces livres est d*origine égyptienne ou a été ajouté plus tard par les Grecs. D'après ces fragments les âmes, à cause d'un péché ou d'une tache, ne peuvent communiquer avec la Divinité et sont renvoyées sur la terre où elles subissent beaucoup de transformations. Rampant d'abord, ils se changent successivement en animaux aquatiques, en quadrupèdes, en oiseaux et finalement en hommes; < dans ce dernier état ils reçoivent le germe de l'immortalité en devenant des génies et ils parviennent ensuite dans le chœur des dieux (i). »

141. — Si, comme l'insinue Hérodote, la vie humaine apparaissait aux Egyptiens comme un grand cercle embrassant le passé et l'avenir avec leurs vicissitudes infinies, le tribunal des morts était le moment décisif ou plutôt la clef de te cercle. Osiris, depuis sa mort sur la terre, est juge et roi de l'Amenthi souterrain c de la région de la vie de la contrée inconnue. « Dans les images qui représentent le tribunal des morts et qu'on trouve dans les rouleaux qu'emportaient les morts dans la tombe, il apparaît sous forme de momie, entouré de bandelettes et muni d'une couronne, d'un fouet et d'une crosse, insignes de sa dignité. Trois autres dieux l'assistent dans ses fonctions; le premier d'entr'eux est Anubis à la tête de chacal qui est en même temps gardien du tombeau ; il s'occupe d'un plateau de la balance, où l'on pèse les actes du décédé : Horus, à la tête d'épervier, règle l'aiguille de la balance et Thoth, à la tête d'ibis, le Hermès Psychopompos des Egyptiens < le maître de la langue sacrée, » note le résultat.

(1) Ap. Stob. Eclog. Phys. p 930. 1000. sq.

C'est à lui que dans les livres des morts on adresse la prière de justifier le défunt, de laisser approcher la vérité de son corps et d'en éloigner le mensonge (i). Osiris a quarante-deux assesseurs divins devant lesquels le défunt doit prononcer l'aveu négatif de ses péchés, c'est-à-dire, qu'il doit prouver à chacun d'eux qu'il n'a pas commis un des quarante-deux péchés capitaux. « Je n'ai » — lui fait dire le livre des morts — « ni volé, ni tué, ni menti, ni calomnié, ni commis d'adultère ; je n'ai pas volé les présents destinés ûux dieux, ni mangé ce qui était consacré aux temples; je n'ai pas déshonoré un pontife ou un seigneur divin : je n'ai pas refusé l'herbe aux animaux, ni déshonoré les oies destinées aux dieux, ni tué le bœuf voué à une divinité ; je n'ai fait souffrir ni la faim ni la soif à personne et je n'ai fait verser des larmes à qui que ce soit; je n'ai injurié ni le roi ni mon père (2). »

142. — Les parents survivants supposaient naturellement que le défunt avait été acquitté par ce tribunal; on le représentait donc si intimement uni à Osiris qu'on joignait à son nom celui de ce dieu. On voit dans les monuments et dans les écrits trouvés auprès des momies quelle était la situation de la personne décédée après qu'elle avait passé devant ce tribunal et de quelles richesses et bienfaits elle jouissait dans l'Amenthi. « Ton corps » — est-il dit — « est purifié maintenant par l'eau et par le sel de soude (c'est-à-dire parla momification), aucun de tes membres n'est impur; débarrassé de tout mal, et de toute souillure, tu arrives devant le siège du juge ; là, les déesses do la vérité t'ont purifié, tu es justifié pour toute l'éternité; blanc et

(1) Bnigsch. Saï An. Sinsin, p. 9.

(2) Bnigsch. collection de doc. démot i, 41, 42. Explic. de inonum. Eg}'p. de Berlin p. 57.

resplendissant, tu regardes Ra (le soleil) et le dieu Atum dans le royaume des ombres ; Ammon te donne Fesprit et Phthah rassemble tes membres; ton âme est admise dans la barque avec Osirls, et se prépare des repas de mort avec des pains, des boissons, des bœufs, des oies et des libations : tu bois et tu manges des gâteaux de sacrifice avec les âmes des dieux : Anubis t'accompagne et Thoth écrit ton livre de voyage avec ses doigts ; c*est par lui que ton âme voyage sans cesse ; ton cœur est maintenant le cœur de Ra ; tes membres sont les membres du grand Horus« Tu vois avec tes yeux, tu entends avec tes oreilles, tu parles avec ta bouche et tu marches avec tes pieds, ton âme divine est dans le ciel pour accomplir toute transformation que tu aimes ; Ammon te permet de paraître chaque jour sur la terre. Horus, le vengeur de son pèfe, accompagne ton corps divin tandis que ton âme reste dans la demeure de tous les dieux et se rend dans le sanctuaire qui lui plaît; elle vit dans le ciel et ton corps vit à Tabtu (le tombeau terrestre). Tu vis maintenant et tu manges en toute vérité, car tu as donné du pain à celui qui avait faim, de Teau à celui qui avait soif et des vêtements à celui qui était nu ; tu as donné des gâteaux de sacrifice aux dieux et des repas mortuaires à ceux qui luisent d*un éclat blanc (au défunt) ; puissestu maintenant vivre, recevoir ton livre de voyage et accomplir toutes les transformations ; puisse ton âme parvenir dans le sanctuaire qui lui plaît (i). »

143. — L'homme après la mort, s*il avait été acquitté par le tribunal, avait donc en quelque sorte une existence double. D'une part l'âme restait en communication continuelle avec son corps terrestre qui, purifié par un embaumement, et préservé de la

(l) Brugseh. Sai An Sinsin. p. 52-32.

forruption, pouvait se conserver pendant des milliers d'années. C'esten vertu de cette croyance enracinée que les Egyptiens avaient plus que tous les peuples soin des tombeaux, ces « demeures éternelles, » comme ils les appelaient. Chez eux les maisons des vivants ne passaient que pour des auberges dont il ne peut faire tant de cas puisqu'il faut tôt ou tard les quitter ; mais les demeures funéraires qu'on achetait tout achevées aux prêtres, étaient richement ornées de tableaux et de scupltures, elles se composaient d'appartements et de deux étages et étaient souvent taillées dans le roc. Les momies des classes pauvres étaient déposées dans des espaces communs et plus simples«^ Souvent aussi la momie était conservée dans un appartement construit à cet effet dans la maison habitée par la famille. C'est pourquoi, dans le rituel, on supplie Ra ou Osiris de vouloir permettre que le corps se conserve des milliers de jours et ne se corrompe jamais (i), ou bien que le défunt puisse fréquemment visiter sa tombe (2). Le dieu Anubis était le génie protecteur du corps momifié ; c'est de lui qu'il est dit qu'il demeurait dans le corps ou dans les entrailles, qu'il forme les membres du défunt, et« dans une inscription, il dit au décédé: « Je viens, je t'apporte tes membres (5). » Cette possession d'un corps dans lequel l'âme pouvait rentrer quand il lui plaisait, parait avoir été regardée comme un des plus grands bienfaits qu'on pût faire aux justes, c'est-à-dire à celui qui avait été absous par un tribunal. Une autre inscription porte : « Ta tête est à toi, tu vis par elle : ton œil l'appartient, tu vois par lui : tes oreilles sont à toi, tu

(1) Orcurt. If. 100.

(2) Orc. n, 25 ; i7.

(3) Orc. II, 114.

i9i PAGANISME

entends par elles, et ton nez t'appartient, tu respires par lui. » Et Ton invoque Tapheruou Anubis, afin qu'il accorde au mort la permission d*aller et de venir dans le Hernuter (le monde souterrain) de respirer par ses narines Tair de minuit (i).

i44. — Mais les âmes avaient aussi besoin de nourriture physique et surtout de celle qu'elles avaient prise dans la vie terrestre. Une des prières les plus ordinaires des inscriptions funéraires était donc celle-ci : c Que Phthah Socari Osiris accorde une bonne habitation munie de vivres, de viande de bœuf et d'oie, d'encens, de cire et de bandelettes, et tous les autres biens purs qui constituent la vie divine (s). Les parents ne manquaient pas d'offrir des dons et des oblations de cette espèce, d'autant moins que dans l'autre vie le défunt avait l'obligation d'offrir continuellement de pareils sacrifices aux dieux, c Je présente des offres» — dit l'Osiricien Famonth — c composées de pain, de boissons, de bœufs, d'oies et de tous les sacrifices bons et convenables pour toi, Osiris (3). » Un autre prie pour pouvoir offrir les libations dues au Père Ra (4); ou bien il demande qu'Osiris fasse en sorte que son fils lui accorde une bonne tombe et des libations, ou enfin il s'écrie : « Osiris, accorde-moi tous les mets sur ton autel, tous les dons chaque jour. » Et dans le livre des morts il est dit : Tous ceux qu'il aime seront reçus dans sa demeure : on leur présentera des pains, des boissons et de la cire sur l'autel de Ra (5). Aussi les images représentent-elles le mort tantôt rece*

(I) Orc. II, iU;47.

(i) Orc. II, 20.

(3) Brogsch. ass. de doc. Démot. 1,41, 42. ExpUcatîoo des inscr. egypt. ^ BerUo 1857.

(4) Orc. II, 35

(5) Orc. Il, 202.

ET /UDAISME. 293

vant des honneurs et dés dons de ses héritiers, tantôt sacrifiant aux dieux.

145. — Les Egyptiens, comme les autres peuples de Tantiquitë, ne croyaient pas que l'&me fût un être purement spirituel et immatériel; ils la prenaient pour une substance corporelle mais subtile, qui étaitsoumise dans Tautre vie à toute sorte de phases jusqu'à ce que parvenue à Tétat de purification — et alors elle était représentée sous forme d'un épervier à tête humaine — elle pût s'élancer jusqu'en face de la lumière du divin soleil et la contempler (i). Sur les monuments funèbres, on ne rencontrait pas moins de soixantequinze transformations de l'àme (2). Cependant, on ne se figurait pas cette félicité préparée à l'homme, comme un état de contemplation tranquille ; on croyait plutôt que le défunt continuait dans l'autre monde les occupations auxquelles il s'était livré en cette vie, que dans les champs célestes il labourait, semait, moissonnait, et battait le blé (3) ; « au moyen de ces choses, » est-il dit dans le livre des morts, c il vit audessous de la terre comme il vivait dans le monde terrestre (4), 9 et sur quelques portraits de personnes décédées, on voit une charrue et un petit sac de blé, symboles de leurs occupations dans l'autre monde (5). Aussi, la nourriture céleste n'y fait-elle pas défaut, car il est souvent question de l'arbre de la déesse Nutpe, qui fournit Teau et le pain aux bienheureux (6), et d'une source, dans laquelle ils boivent tous les jours (7).

(i) Bnigsch, expl. des mon. égyp. p. 63.

(2) De Rougé, Mém.tfur Tinscr. du tombeau d^Abmès, p 56.

(3)Lep8iu8, liv. des morts, p. 12.

(4) Orc. Il, £0i.

V5) Orc. 11, 58.

(6) Bnigi»cb, exp. p. 24.— (7) Orc. 11, 35.

PAGANISME, ETC. T. 11. iS

146. — Les morts mènent donc une vie double ; ils aiment à visiter fréquemment et les sanctuaires des dieux et leur propre enveloppe qu*ils ont laissée sur là terre et dont chaque membre est placé sous la protection d'une divinité particulière. Le corps entier était donc protégé par dix-neuf dieux, d*où il suit qu'on attachait un grand prix à la conservation de la dépouille mortelle (i). 11 faut ajouter à ces protections le pouvoir tutélaire du dieu Seb, dont la sphère parait avoir été la région des tombeaux ; de là cette formule souvent répétée :« Dans le ciel, il est devant Phré, dans la terre, son corps est devant Seb; » ou bien: « Ton âme vit dans le ciel auprès du soleil, et ton corps se trouve bien dans la demeure des étoiles (la tombe) (2). » Voilà aussi pourquoi c'est Seb qui, sur un monument, fait aspirer la vie divine au roi Aménophis-Memnon, en pressant contre les narines de celui-ci la croix à anses, symbole de la vie bienheureuse (3). Cependant, on demandait aussi à Osiris d'accorder au mort l'air nécessaire à la respiration (4).

147. — Contempler le soleil dans tout son éclat, l'accompagner dans toute sa course autour du monde et être reçu, par conséquent, dans la barque du dieu solaire et dans la société des divinités qui la font voguer à coups de ramas, voilà les récompenses du fervent serviteur des dieux, les jouissances de la félicité éternelle (5). Les justes, les « Osirisiens » ne parlent constamment que de semblables joies, de la contemplation de la lumière divine et de leur propre éclat, des

(l)Brugsch, expl. 62. Lep&ius, Uv. des morts. 10.

(i) Orc. II, 53.

(3) Lo NormaDt, Mus des aut. ég. p. 4.

(i) Oro. If, 60.

(5) Oit. Il, 202. Cf. Brugsch, rel. de voy. p. 331.

ET JUDAISMK. 295

transformations qu'ils ont accomplies volontairement. Parmi leurs voyages il faut compter aussi les visites et le séjour que Tàme fait de temps en temps au caveau et à la momie, dans les divers espaces de TAmenthi et du ciel étoile; mais il n*est pas question de métempsycose, celle-ci étant le châtiment des méchants. De telles peines sont quelquefois, mais rarement, mentionnées dans les documents; il est dit dans le livre des morts que les 42 juges et assesseurs d*Osiris forcent les méchants de manger de leur propre sang, le jour do la distinction des paroles (i). La chienne des enfers, le Cerbère égyptien, déchire le cœur de celui qui arrive avec ses péchés (i) ; sur une image funéraire, un mort condamné par le juge divin, est ramené dans une barque sur la terre ; son âme est entrée dans un porc, au-dessus duquel on voit le mot « voracité, » nom de son principal péché (s). Dans une autre image, on voit les âmes des condamnés à genoux, ayant les mains liées sur le dos; des torrents de sang sortent de leurs tôtes; Tun d'eux, décapité, est pendu par les pieds, d'autres traînent le cœur sur le sol, d'autres encore sont jetés dans des marmites remplies d'eau bouillante (4). Selon Théophraste, les Egyptiens croyaient que l'âme, après avoir accompli sa migration à travers le corps de différentes espèces d'animaux, retournait dans le corps humain qu'elle avait habité primitivement (5), ce qui avait probablement lieu à la fin d'une période de Sothis de 8000 ans ; mais il est vraisemblable que l'&me épurée commençait sa deuxième carrière dans un nouveau corps humain.

(l)Orc. II, 907.

(â) Urugftcb, Sal. An, Slnitin, p. 9.

(5) Le Norroant, Mus. dos ant. ég. p. 20.

(4) Lo Normant, l. c. ChampolUoii, lettres d^JâgyptSi p. SS5.

(») Wllklnsoii, Sec. Ser. 11, 444.

i\H\ PAGANISME

148. — En dehors du tribunal souterrain d^Osiris et de ses assesseurs, il y avait aussi une Cour de justice terrestre, qui fonctionnait encore vers le temps de Diodore, c'est-à-dire vers le commencement de l'ère chrétienne. Lorsque le cadavre embaumé était arrivé au bord du lac qui le séparait du lieu de la sépulture, tous ct^ux qui avaient eu à se plaindre ou qui savaient du m^l de la personne décédée, pouvaient Taccuser devant les 42 juges assemblés. Si la faute était d'une certaine gravité, les juges refusaient l'inhumation et les parents devaient rapporter la momie chez eux et la placer dans leur maison ; ils ne pouvaient alors obtenir de permis d'enterrement qu'après avoir payé les dettes du défunt ou contenté l'accusateur à prix d'argent. Mais si le mort était déclaré innocent, ou s'il ne se présentait pas d'accusateur, les parents déposaient leurs vêtements de deuil et prononçaient le panégyrique du défunt; les assistants faisaient chorus et l'on récitait des prières pour la félicité du décédé; ensuite le corps était transporté sur le lac et conduit à la nécropole.

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