Ce ne furent pas seulement Séti et Nephtis
qui passèrent de l'étranger en Egypte : d'autres divinités nouvelles les suivirent. Depuis les expéditions des conquérant$ de la XVUl* dynastie, on trouve dans le pays du Nil Baal et Astarté, le dieu phénicien Renpu ou Réseph, la déesse Ken des Moabites et Anata, c'està-dire Anaïtis divinité persico-assyrienne (2), qu'on appelait aussi Satesch en Egypte. Cette dernière déesse porte les noms de reine du ciel, de maîtresse des dieux, de souveraine des deux mondes et de fille aînée du soleil ; dans les prières on lui demandait de montrer ses beautés dans les enfers aux suppliante (5). On la représentait aussi en chienne déchirant les ennemis avec l'inscription : Anata victorieuse (4).
174. La domination des Perses ne fut ni aussi hostile ni aussi destructive pour la religion égyptienne qu'on aurait dûle supposer d'après le contraste qui sé-
(i) Upwus, cycle des dieux, page 200 et suiv. Vaux Haodbook, pag
(2) Birch. Observations, etc. dans les Transactions of Ihe R. S of lit.
Ser 11,1. m, p. 161,162.
(3) De Rongé dans les Mém de TAcad des Inscr. T. xx,p 176 182.
{%) Orcnrti 11, 40.
BT JUDAISltE. Zii
parait les serviteurs d'Ormuzd d'un culte d'idoles et d'animaux. 11 est vrai que Cambyse pilla les temples et les tombeaux de Thèbes, qu'il fit fouetter les prêtres et qu'il blessa Âpis à mort, mais d'autre part il adora à Sais la déesse Neith, se fit initier aux mystères de cette divinité et en rétablit les prêtres et les temples dans tous leurs droits ; il agit de même à Memphis où il rendit les honneurs divins au bœuf Apis qu'il avait tué dans un accès de rage (i). Darius aussi se montra protecteur du culte national. Par contre, Darius Nothus tenta, vers l'an 420, de rapprocl>er la religion égyptienne de celle de la Perse et de la subordonner à cette dernière. Il nomma le Mède Ostanès chef des sanctuaires égyptiens ; le nouveau titulaire s'installa dans le temple de Memphis et, pour l'exécution de ses desseins, se servit de quelques étrangers, de Démocrite d'Abdère qui, élevé par des Perses, en avait adopté la religion ; il lui adjoignit en outre, Pammènes et la savante juive Marie. Ces derniers personnages, paraît-iU étaient chargés de soutenir, par leurs écrits, la réforme religieuse qui ne tendait probablement qu'à introduire le culte persan du feu et à le rattacher au dieu Phthah (â).
175. — Le plan échoua cependant ; car peu après l'Egypte se sépara de la domination des Perses et resta indépendante pendant environ cinquante ans (400-549 de J.-C.) A cette époque la ville de Mendès où naquit Néphéritos, fondateur delanouvelle dynastie, s'éleva jusqu'au rang de capi taleégyptienne (5) ; il s'en suivit, comme jadis que Mandu, dieu local de Mendès, obtint un rang
(t) Maury, découvertes sur TEgypte dans la revue des deux mondes» 1855,11,1009.
(2) SyDcelli Chronogr. 1,471. éd. Bonn.
(3) Diod.14,35.
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plus élevé parmi les divinités du pays. C'est probablement de force qu'on grava sur beaucoup de monuments égyptiens, la Bguredece dieu représenté comme dieu du soleil Mandu-Ra sous forme de milan et qu'à Thèbes on le substitua même à Ammon-Ra ; mais lorsque Mendès fut réduite de nouveau au rang de ville de second ordre «le dieu Mandu dut également redescendre (i).
176. — Lors de la nouvelle conquête de l'Egypte par le roi des Perses Artaxerxès Ocbus, on renouvela les attaques contre la religion nationale : le vainqueur pilla et détruisit les temples, présenta aux Egyptiens, comme leur dieu tutélaire un âne, animal qu'ils détestaient le plus, leur ordonna de l'adorer et immola le saint Apis à la nouvelle divinité (2). Bientôt après le conquérant grec procéda tout autrement. Alexandre étant à Hemphis, entra avec grande pompe dans le temple d'Apis, sacrifia au bœuf saint comme l'avaient fait les rois indigènes lors de leur couronnement et entreprit ensuite une expédition vers l'Oasis d'Ammon en Lybie. Chaque roi égyptien avait pris le tilrede«filsdu soleil, • et Alexandre aussi voulut apprendre du célèbre oracle d'Ammon-Ra (ou plutôt de Kneph-Ra), qu'il était aussi fils du soleil Ammon-Ra. Son vœu fut exaucé.
177. — La domination grecque, qui lors de l'élévation des Lagides et de la prospérité d'Alexandrie, s'étendit sur tout le pays du Nil, fut mieux supportée par le peuple que celle des Perses ; les Grecs ménageaient ses dieux, et allaient même jusqu'à les adorer. Dans les plus anciens temps déjà, la vie et les arts de l'Egypte avaient atteint leur apogée; leur prospérité ne s'accrut plus; aussi le contact avec les Grecs qui ne fut jamais un mélange de nations ou
(1) Sharpe Hist. of Egypt., éd. 111,1, 152.
(2) iiiaiaD. H. A. 10, 25.
ET Jl'OAISNE. 3â3
une véritable fusion, ne produisit ni changements essentiels ni autres développements dans Tétat social et religieux du peuple. Le premier des neuf rois» Ptolémée Soter dépensa la somme de cinquante talents (100,000 florins) pour les funérailles d*Apis; le sanctuaire intérieur du grand temple de Karnak, détruit par la haine religieuse des Perses, fut reconstruit. Un nouveau dieu ou un ancien en habits neufs fut trouvé fort à propos pour personnifier le syncrétisipe gréco-égyptien : ce fut SérapU, Les Egyptiens le prirent pour Osorapis, c'est-à-dire, Apis mort identifié avec Osiris ou le soleil ; Ramsès-le-Grand et son fils avaient déjà introduit le culte de cet Osiris ou Apis à tête de bceuf. H est probable que du temps de Psammétique déjà, les prêtres égyptiens avaient présentéce dieu aux Grecs comme Dionysos infernal ; beaucoup de personnes s'imaginèrent que le Dionysos était venu d*Egypte et qu'ils perpétuaient leur adoration du véritable Dionysos égyptien, c'est-à-dire d'Apis» Osiris dans un Sérapeum expressément construit pour eux, et attenant au véritable Sérapeum d'Apis accessible seulement aux indigènes (i). C'est alors que Ptolémée en exécution d'une révélation et d'un ordre prétendument reçus en songe, fit transporter la statue colossale de Jupiter Sinopéus de Sinope à Alexandrie. Ce Jupiter était un dieu du soleil asiatique confondu avec Pluton : deux savants égyptiens, Timothée et Manéthon, reconnurent à ses attributs. Cerbère et le Dragon, qu'il était le Sérapis d'Egypte (s). Dès lors le nouveau dieu était Pluton et Dionysos aux yeux des Grecs; pour les Egyptiens il devait être Osiris, mais en même temps dieu principal et général, par conséquent
(I) Bévue de«deax monde», 1855, ii, 1073. (i) Tac. blst.'4, 83 Plut. U. et 0»ir. 28.
identique avec Ra; c*est pourquoi dans les inscriptions grecque£ il reçut bientôt le nom de c Jupiter, le grand Qélios. » Peu à peu son culte se répandit dans le pays de telle manière qu'un grec postérieur compta jusqu'à quarante-deux sanctuaires de cette divinité (i) et qu'Osiris fut supplanté même à Memphis (2). Ce changement, paraît-il, ne s'opéra point sans contrainte ni violence (3), mais le succès fut tellement complet que dans les papyrus de Memphis, du temps de Philométor (180 à 44S avant J.-C.) il n'est déjà plus question d'Osiris ; il est vrai qu'on le rencontre plus tard mais rarement et exclusivement dans des inscriptions grecques, latines ou non-égyptiennes.
178. — Le culte des rois divinisés se mêla alors abondamment à celui des divinités traditionnelles de la nation. Mais cette coutume n'était ni neuve ni introduite par les Lagides : au contraire de bonne heure déjà il y eut des apothéoses des vieux Pharaons. Abstraction faite de cette circonstance, que les rois des deux premières dynasties devinrent des personnages mythologiques et jouirent des honneurs divins, Aménophis I (vers 1550 avant J.-C), et son épouse avaient déjà un culte prouvé par beaucoup de monuments, et l'on sait qu'un prêtre de ce roi divinisé, Piahési, invoquait dans le monument funéraire les deux divinités, le roi et la reine (4). AménopbisIII (vers 1430) érigea en l'honneur de son propre génie, littéralement « à son image, Raneb-Ma vivant sur la terre, » un temple qui existe encore (5) et le grand Ramsès Sésostris est
(1) Aristid. 8, 56.
(3) Letronne, Recueil i, 155.
(3)Macrob. Sat. 1,7.
(4) Orcurti. i, 71.
(5) Lepsius, lettres d*Egypte p. 256. 415.
ET judaïsme. 325
représenté dans les temples qu'il a construits comme divinité contemplative à cdté de Phthah et d*Âmmon ; il s*y adore lui-même et porte le titre de soTuverain des dieux (i). L'usage de placer à côté de leur personne terrestre un génie divin et céleste et de lui offrir même des sacrifices parait avoir été particulier aux rois : on ne le rencontre pas chez les prêtres. La coutume qu'avaient les rois de rendre les honneurs divins à leurs prédécesseurs ne se rapportait pour la plupart qu'à certains souverains de la même dynastie. C'est ainsi que le culte du roi Âménatep dont le prêtre Tianum est encore nommé sur des monuments, ne dépassa point la dix-huitième dynastie. Les rois postérieurs^ appartenant à une autre race, laissèrent dépérir ce culte (2).
197. — Les Lagîdes conservèrent mieux le culte de leurs ancêtres que les Pharaons; le roi régnant ainsi que tous ses prédécesseurs partageaient les temples et les autels avec les vieux dieux nationaux ; on y érigea leurs statues et on portait leurs chapelles dans les principales processions; on établissait même de ces chapelles dans les habitations privées et on les y adorait en même temps qu'Isis et Osiris ou Serapis (s). Or, il y avait des prêtres, des dieux Soters, des dieux Adelphes, des dieux Euergêtes, des dieux Philopators, et autres, non-seulement à Alexandrie et à Ptolemaïs, mais encore à Thèbes et à Memphis; aussitôt qu'un Lagide succédait à son père sur le trône, qu'il fut majeur ou mineur, on le comptait au nombre des dieux et le pontife d'Alexandrie en présidait le culte. Ce
(1) Lepsius. il3 Comp. son traité: sur les preuves de quelques monuments égyptiens, etc. 1855, p. 6. (2)0rcurti ii,128.
(5) Letronne. Recueil I. 365.
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dernier cumulait les fonctions de prêtre des Ptolémées, de directeur du Musée d'Alexandrie et d'in* specteur de tous les collèges sacerdotaux du pays. En sorte que pour toute la religion égyptienne, il était à la disposition des rois (i). Tous les ans des députations de tous les collèges de prêtres devaient se rendre à Alexandrie, afin d*y reconnaître leur dépendance du pontife. Cette institution eut de si bons effets qu'elle fut même maintenue par les empereurs romains. Les prêtres et le peuple souffraient complaisamment l'intronisation dans leurs temples de ces nouveaux dieux remplis de vices et inondés de sang — comme Tétaient le plus grand nombre des Lagides — cela prouve suffisamment que le clergé de cette époque était en pleine décadence ; heureux et contents de pouvoir vénérer les vieux dieux nationaux d'après leur ancienne coutume, d'accorder des places d'honneur dans leur panthéon et à côté de leurs bœufs, boucs et chats divins, aux souverains morts et vivants quelqu'étrangers et quelqu'impurs ils restassent toujours pour eux.