‹ Paganisme et JudaïsmeChapitre 10 sur 35 · PAGANISME, ETC. T. HI · texte numérisé non relu

PAGANISME, ETC. T. HI

droite, lesigne etaitfavorable ; prenaient-ils ladirection contraire, l'aifaire devait etre remise ou il fallait y reiioncer. Les aigles, les vautours et quelques autres especes revelaient l'avenir par leur vol, tandis que les corbeaux, les corneilles, les pics, les hiboux, les coqs annon- ^aient, par leur voix, le bienou le mal, l'approbation ou ladesapprobation des dieux.Lecöte oü lavoix se faisait entendre, etait d'urie grande importance ; un corbeau criant ä droite et une Corneille criant ä gauche, donnaient un Augure approbatif, le cri du hibou etait toujours un mauvais presage ainsi que le silence de tous les oiseaux d'Augures (i). Mais en meme temps, les Auspices etaient divises en grands et en petits, suivant l'importance et la taille des oiseaux, en sorte que, par exemple, le signe donne par une Corneille etait toujours annule par le signe contraire, fourni par un aigle ; le grand Auspice l'emportait donc sur le petit {'■2). Le siftlement d'une souris etait capable de detruire l'effet des Auspicines les plus favorables.

156. — Lorsque l'Augure voulaitconsulter les Auspices, soit seul, soit avec un fonctionnaire de l'Etat, il choisissait une place d'observation (tabernaculum), suivant les regles de l'art, et au moyen de son lituus, il divisait le ciel et la terre (le templum) en partie de gauche et en partie de droite; tout ce qu'il apercevait alors, dans un temps donne, passait pour augure, apres qu'il avait supplie Jupiter de lui envoyer un signe de sa volonte (ö). Si, pendant vingt-quatre heures, aucun indice ne s'etait montre, le suppliant retournait en ville pour faire une nouvelle tentative le

(1) Civ. de Div. 1, 39. Plaut. Asin. 2, 1 v. 111. Hör. Cam. 5, 27, 10. Lncan. 5, 596.

(2) Serv. Mü. 5, 574.

(3) Cic. de Div. 2, 35. Varr. 1, 51. Liv. 1 ; 18.

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lendemain, en se plagant sur uii autre terrain d'observation. Mais dans cette aifaire il y avait encore beaucoup d'autres choses k observer et rien n'etait plus facile que de decouvrir apres coup une negligence ou une Omission qui annulait lout ce qui etait en rapport avec les Auspices, Or, aucun fonctionnaire civil ou sacerdotal ne pouvait etre elu ou nomme, le Senat ne pouvait se reunir, le peuple ne pouvait s'assembler sans Auspices prealables, c'est pourquoi l'obnunciation des Augures, c'est-ä-dire, l'annonce d'Auspices defavorables, dissolvait toute assemblee et arretait toute atfaire. Lorsque Tibere Gracchus presida l'assemblee populaire pour l'election de nouveaux consuls, un scrutateur tomba subitement mort. Le Senat consulta, ä cet etfet, les Aruspices qui declarerent que Gracchus n'etait pas l'homme pour presider une assemblee du peuple; mais Gracchus irrite repoussa les Aruspices, parce qu'ils etaient tusques et etrangers, et n'avaient rien k dire, en fait de divination romaine: il pr^tendit qu'il avait lui-meme consulte le vol des oiseaux, Selon toutes les regles de l'art. Cependant plus tard il decouvrit qu'il avait reellement commis une faute notable. En franchissant de nouveau le Pomoerium de la ville, pour se rendre dans son tabernacle, afin d'y observer les Auspices, il n'avait pas attendu les signes qui lui permettraient de depasser l'enceinte des murailles de la ville. Effectivement, en vertu d'une decision du Senat, les Consuls durent se demettre de leurdignite, puisque leurelection, par cette negligence de Gracchus etait entacheede nullit(i (i). C'est ainsi qu'Antoine put menacer d'empecher, en tous cas, ou de rendre nulle l'election de Dolabella comme Consul, et il mit sa menaceä execution « avec de fausses Auspices» comme dit

(1) Cic. >'. D. 2, 4.

Ciceron (i). On con^oitquun am, comme celui-ci, qui etait devenu un pedantisme rempli de formalites mesquines et qui consacrait Tarbitraire Ic plus illimite et les abus les plus abominables, devait succomber sous le mepris, plus tot meme que les autres methodes de consultations divines ; malgre son veritable caractere antique et romain, il dut ceder le rang meme ä i'extispicine tusque. Ciceron lui-meme pensa que depuis longtemps on n'avait laisse subsister les fonctions d'Augure que pour cause politique (2). En attendant, pour maintenir Timportance du Systeme des Augures on invoquait toujours encore l'histoire d'Attus Navius, ce vieil Augure, qui demontra au roi Briscus la verite de son art, en coupant une pierre ä aiguiser avec un rasoir (0).

457. — La divination par le manger des poulets etait plus commode pour decouvrir la volonte des dieux, moins incertaine et moins livree a l'arbitraire de l'Augure. On employait, k cet effet, de jeunes poulets, que le gardien, Pullarius, tenait enfermes (lans une cage et qu'il laissait expressement jeüner; si ces animaux se precipitaient avec aviditö sur la nourriture qu'on leur pr(^sentait et qu'apres l'avoir prise dans le bec, ils en laissaient tomber un peu par terre, ce qu'on appelait Tripudium, on croyait reconnaitre un signe favorable. Ciceron nous fait un tableau de cette ceremonie, teile qu'on la pratiquait de son temps; jadis le general devait s'adjoindre un expert, mais alors on appelait le premier venu. Celui-ci, a la question s'il y avait silentium, repondait aussitöt, .sans regarder autour de lui, qu'il lui scmblait y avoir

(1)2 Philip. 3j.

(2) Cic. de Legg. 2, 8.

(ö)Cic, dcDiv. 1,17.

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Silentium, c'est-ä-dire, qu'il nc rcmarquait rien siir le ciel qui put rendre l'Augure vicicux (i). En atteiidant, ici aussi, le succcs constata d'unc maniere etonnante la vertu divinatoire des poulets. Claudius, qui fit jeter les poulets ä la mer, parce qu'elles ne mangeaient pas, fut batlu avee toule sa ttotle, et Flaminius qui, au Heu de differer le combat d'un jour, d'apres l'avis du Pullarius, s'en etait moque, en disant qu'il fallait agir pendant que les poulets avaient faim et se reposer quand ils etaient rassasies, perdit la bataille et la vie (ti).

'lo8. — En dehors du vol et de la voix des oiseaux, et du manger des poulets, l'eclair etle tonnerre jouaient un röle important dans le Systeme des Augures de Rome. C'etait la regle, qu'aucune assemblee populaire ne pouvait etre tenue, quand Jupiter tonnait ou fou~ droyait (ö) ; c'est ainsi que Marcellus dut renoncer au consulat, parce qu'on entendit le tonnerre le jour de son Installation. Du reste, l'eclair etait un signe favorable, surtout quand on s'acquittait pour la premiere fois de fonctions publiques. Mais comme il n'etait pas facile d'obtenir un eclair au moment voulu, on arrangea les choscs assez commodement plus tard. Quand un dignitaire de l'Etat entrait en fonctions, il se levait avant le soleil, et, accompagne d'un Augure, il se rendait dans la campagne, oü il faisait sa priere; l'Augure disait alors qu'il avait vu un eclair, meme quand il n'avait rien vu, et cela suffisait (4),

159. — Les livres Sibyllins ofl'raient un moyen, moins ordinaire, tres-rare et uniquement employe a l'occa-

(J) Cic. de Div. 2, 54.

(-2) Ibid. 2, 73.

(3) Ibid. 2, 18;35. Tac.Hist. J, 18.

(4) Dionys. 2, G.

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sion de prodiges sombres et mena^ants pour decouvrir la volonte des dieux. La tradition des Grecs et des habitants grecs de l'Italie inferieure, conserva les noms de plusieurs femmes qui, inspirees par Apollon, predirent l'avenir ; des recueils de leurs sentences prophetiques circulaient parmi le peuple, mais redigees d'une maniere grossiere, elles etaient obscures et enigmatiques et offraient un vaste champ ä l'interpretation. La collection, qu'on conservait ä Rome, et que le dernier Tarquin y avait fait venir de Cumes, ville de la Campanie grecque, probablement ä roccasion de sa liaison avecAristodemequi y demeurait, paraitetre originaire del'Hellade, et avoir passe de Gergis, eiiTroade, parErythrseet Kyme, metropole de Cumes. Lerecueil de dictons sibyllins d'Erythree fut le plus celebre et probablement le plus riebe. Lorsque, apres l'incendie du temple d'ApoUon ä Rome, les livres sibyllins qu'on y conservait, etaient devenus, en l'an de la ville 670, la proie des flammes, les Romains envoyerent ä Samos, ä Ilion, en Afrique, en Sicile, dans les villes grecques et aussiäErythree desbommescharges de reunir des dictons, et alors on decouvrit que la collection conservee danscette derniere ville, etait la meme que celle qui vede perir k Rome (i). Les Romains rapporterent de lä une copie d'environ mille vers, auxquels on ajouta ce qu'on avait recueilli dans d'autres localitös. Ni les anciens, ni les nouveaux oracles sibyllins, n'etaient originaires de Cumes; ils etaient venus d'Erythra^, ville lonienne de l'Asie: c'est pourquoi Pausanias pretend que les habitants de Cumes ne pouvaient produire aucune sentence de leurs Sibylles (2). En meme temps que

(1) Je comprenils ainsi les paroles Je Servius (.-En. 6, 56) dans Varron; ainid Erythrani ipsa inventa sunt carniina. Cunip. Lact. 1,6, U. 14. Dionys. 4, 67.

(2) raus. 10, 1-2, 8.

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ces livrcs, arrha a Rome, le culte d'Apollon, cedieu qui avait inspire ces predictions, etc'estainsi qu'on apprit ä faire remonter jusqu'ä lui toute force fatidique. Or, dans ces sentences la Sibylle, en parlant d'elle-meme, dit qiie son corps tomberait, apres sa mort, en poussiere, mais que celle-ci nourrirait des plantes et des herbes qui, employees comme fourrage, rendraient les animaux propres aux extispicies. Son äme se confondrait avec l'air et communiquerait a cet eleraent des sens et des voix prophetiques (i).

160. — Auguste etTiberefirentreviser les livres sibyilins et en eliminer les passages suspects; ils ordonnerent en meme temps de detruirc les collections peu authentiques, qui se trouvaient entre les mains des particuliers, et provoquerent ainsi la destruction de 2000 manuscrits. Les livres reconnus authentiques etaient composes en vers grecs acrostiches, de sorte que le mot, forme en rapprochant l'initiale de chaque vers, exprimait la pensee d'une piece entiere. Cette forme acrostiche, criUrium pour l'epuration, et moyen divinatoire dans les consultations, servait ä trouver une exacte reponse. Ainsi, par exemple, en Consultant les livres sibyllins ä l'occasion d'une epidemie, qui venait d'etlater ä Rome, on approchait les six vers commengant successivement par les six lettres du mot, « lo'iraos » et on decouvrait souvent, ä force de science exegetique, la prescription de moyens expiatoires ou preventifs (2). La lecture des livres n'etait permise qu'aux Decemvirs, ou, plus tard, aux Quind^cemvirs, qui avaient deux interpretes grecs ä

(!)Plut. de Pyih. orac. p. 398.

{H) Cic. de Dir. 2, oi. Dionys. 4, G2.

leur disposition (i), mais sans un ordre prealable du Senat, ils ne pouvaient faire, au peuple, aueune communication de ce qu'ils avaient decouvert(2).Lesreponses qu'on y trouvait, exigeaient ordinairement l'institution d'une nouvelle fete, l'addition de nouvelles ceremonies aux anciennes, raccomplissement de tel ou tel sacrifice pour obtenir la faveur d'une divinite, ou pour apaiser la colere d'un dieu irrite. Le plussouvent, on procedait auxconsultations, quandlesespritsetaient effrayes par un danger ou par un prodige epouvanlable, ou qu'on avait des craintes serieuses pour le bien de l'Etat, ou bien pour son existence (ö). II est evident que tont dependait de l'interpretation adoptee par les Decemvirs ou par les Quindecemvirs. Voilä pourquoi les plebeiens attaebaient tant d'importance ä leur admission dans le College. Les predictions etaient arrangees de fagon a etre applicables ä tous les cas possibles, ou que, comme dit Ciceron, tout ce qui sc passail, scmblait avoir ete propbetise, puisque ni les hommes, ni les epoques n'y etaient determines. II ajoute meme que l'auteur avait employe des phrases obscures, afin que les memes vers puissent s'adapter ä difierents temps et k divers objets (i). Boethus, chez Plutarque, pretend que les auteurs avaient rassemble au hasard des mots et des pbrases et les avaient abandonnes ä l'ocean des äges, en sorte que leur application etait purement accidentelle. Du reste, comme les livres sibyllins des Romains etaient d'origine grecque, on y recommandait, naturellement et de pr^ference, des cultes helleniques, ceuxd'Apollon, deLatone,

(l)Zonür. 7, II.

(2) Dio Cass. 59, 15.

(3) Liv. 2-2, 9. Varr. de R. R. 1.

(.i)DcDiv. 2, S4.

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sa mere, que los Romains apprirent ä connaitre par cette voie, ensuite ceux d'Esculape, de Dis, de Ceres et de Cybt'le. Chosc ctrange ! des sacrifices humains y sont meme ordonnes (i).

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