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III. RELIGION DES GAULOIS ET DES GERMAINS

161. — Les Gaulois avaient une classe de pretres, les Druides, qui occupaient chez eux une position analogue ä Celle des pretres egyptiens. Sans former une casle veritable, puisque leurs dignitcs n'etaient pas liüreditaires, ils formaient cependant une Corporation separee, possedant une doctrine secrete, et entour6e d'une enveloppe symbolique. Quoique les eleves qui sollicitaientleur admissiondans leur ordre, dussent quelquefois passer jusqu'ä vingt ans de preparations et d'epreuves, les fils des familles les plus notables aspiraient cependant ä enlrer dans ce corps (-2). Les Druides seuls possedaient toute l'education spirituelle; leur enseignement ne se bornait pas u la religion, mais s'etendait aux mathematiques, a l'astronomie, k la physique et ä l'ethique. Cependant ils ne sc servaient point d'ecrits, et l'instruction qu'iis. donnaient etait purement verbale, afin que leur doctrine restät d'autantplus secrete. Ala tetedetoutl'ordrc, divise probablement en degres et jouissant de la contiance illimitee du peuple, se trouvait un pretre superieur qu'une election, terminee souvent par un combat , avait investi de cette dignite pour toute sa vie. II avait le plus grand pouvoir sur la nation ;

(1) Plut. Marc 5. Qiiaest. Rom. 83.

(-2) Caes.Bell Galt ü, 15 14. Mch 5,2.

les Druides qu'il presidait, formaient une classe d'hommes dominant toute la vie sociale et politique des Gaulois; le droit de jugeret depuniretait confieä leurs mains, et chez les Eduens, ils nommaient, tous les ans, le Vergobret, chef de l'Etat (i). Ils tenaient leur assemblee principale au coeur de la Gaule, sur le territoire de Chartres, et les parties y accouraient de tous les points du pays, pour faire terminer leurs differends. Celui qu'ils excommuniaient, c'est-ä-dire, qu'ils excluaientdessacrifices,n'avaitplusni droit ni honneur et etait evite par tout le monde. Cependant au temps de Cesar, la puissance des Druides, par suite du pouvoir des clans nobles, etait dejä en decadence. A. Thierry (2) se fondant sur une tradition des Kimris, pretend que tout le Systeme druidique a ete introduit parmi les Gaulois, attaches jusqu'alors ä un culte grossier de la nature, par une Invasion des Kimris, commandes par Hesus, qui fut divinise plus tard. Mais cela est invraisemblable, parce qu'un tel dualisme, d'une race etrangere conquerante et d'une race subjuguee, qui aurait du s'etablir, par suite de cet evenement, n'a laisse aucune trace dans la Gaule proprement dite. II est vrai que Thierry pense que, dans la Gaule Orientale et meridionale, le culte des Druides a fmi par prendre le dessus sans l'emploi des armes, mais il reste toujours ä expliquer comment une institution etrangere, qui n'avait pas de racines dans le pays, a pu parvenir k une autorite qui domine toute la vie des Gaulois.

162. — II parait que les Bardes, chantres religieux et les Eubages (5), charges des ceremonies, formaient un ordre inferieur des Druides, qui menaient une vie reti-

(l)Caes 7,23.

(2) AniM. Thierry, Hist. des Gaulois, Brus. 184-2. 11, !28

(3) Amm. Marc. 15, 9.

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ree et consacree aiix travaux d'esprit. Les Druidesses jouissaient d'iine influence considerable, puisqu'il y avaitdes sacrifices qui ne pouvaientetre accomplis que par elles; ces pretresscs etaient en partie mariees, en partie celibataires, soit pour un temps, soit pour la vie. II yavaitdans I'ile de Sena, en face dupromontoire Occidental de I'Armorique, un corps de neuf vierges, qui pronongaient des Oracles, et auxquelles on attribuaitun pouvoir miraculeux sur la nature (i). Un autre College de pretresses, de la tribu des Nannetes, habitaient une petite ile situee ä l'embouchure de la Loire, oü ,aucun homme ne pouvait mettre le pied. Une fois par an, elles devaient dömonter le toit de leur temple, et le remonter endeans une des nuits suivantes. Quand une des pretresses laissait tomber un objet de construction, eile etait aussitot niise en pieces par les autres (2).

465. — On croit generalement que sur l'etat de l'äme apres la mort, les Druides enseignaient une metempsycose, analogue ä celle des Pythagoriciens. Diodore le dit en termes precis, et Cesar (3), semble le dire, mais l'examen approfondi des paroles dont il se sert, combine avec les temoignages certains de Mela et de Lucain (i) et des ceremonies funebres des Gaulois, demontre qu'ils admettaient, non la metempsycose de Pythagore, mais une vie dans un autre monde. Selon Lucain, la mort ne faisait que separer la courte vie terrestre de la longue vie dans l'autre monde. Ceci explique aussi la coutume gauloise de brüler avec les morts, tout ce qui leur avait appartenu et ce qu'ils avaient particulierement aime : des ustensiles, les

(1) Mela B. 5.

(2) Slrab. p. 498.

(5) Caes; 1. c. 6, 142. Aninias — ab aliis post mortem transii'c ;i(i alios.

(4) Mela 3, 2. Lucan. 1, 4ü6, sq.

animaux, des armes et meme des esclaves ; on jetait au feu des lettres destinees ä etre remises k d'autres morts. Mela, qui ecrivit vers l'an 44 ap. J.-C, raconte qu'on avait brülö autrefois meme des comptes et des obligations ä Charge du defunt, que quelquefois des amis dumort s'etaient fait brüler avec lui surle bücher, pour pouvoir jouir de sa societe dans l'autre monde, mais que de son temps, — et il en etait ainsi sous Cösar — on se contentait de livrer aux flammes,les objets dont la personne decedee s'etait servie de son vivant.

164. — Partout oü la religion des Druides dominait, les sacrifices humalns etaient extremement nombreux et les Romains regardaient les Gaulois, comme un peuple qui so distinguait entre toutes les autres nations, par sa soumission k un culte sanglant et cruel. Le pretre, place derriere la victime avec un glaive, lui portait le coup mortel au-dessus du diaphragme ; on voulait connaitre la volonte de la divinite et l'avenir en examinant la chute de la victime, les mouvements convulsifs des membres, la couleur et le jet du sang (i). Ordinairement on ne sacrifiait point les enfants, mais des adultes. Suivant la doctrine des Druides, la divinite irritee de la mort d'un homme, ne pouvait etre apaisee que par la mort d'un autrc homme ; eile preferait les sacrifices humains, parce que riiumanite etait la meilleure de toutes les semences {-2).

165. — La victime n'etait pas toujours abattue avec le glaive; quelquefois on attachait Thomme ii un pieu dans l'interieur du temple, et on le tuait ä coup de tleches et de javelots; plus souvent encore, une forme humaine et colossaie, faite d'osier tresse, etait rcmplie

(I) Cic. pro Foritey. c. 10. Lucan. I, 414, Solm c. 21. {i) YaiT. ap. Aug. C. D. 7, 19.

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d'hommes et d'animaux qu'on brülait ensuite (i). De tels sacrifices etaient surtout offerts par suite d'un voeu; caravant le commencement d'une bataille on promettait le butin et par consöquent, aussi les prisonniers ; en cas de maladie grave, on offrait la vie d'esclaves et de clients a la divinite. Quant aux sacrifices d'Etat, on se servait de criminels qui etaient condamnes ä la mort et qu'on conservait, ä cet effet, pendant plusieurs annees; quand on n'en avait pas, on achetait des hommes qu'on nourrissait et qu'on conduisait le jour de la fete par la ville, pour les crucifier ou les tuer d'une autre maniere, hors de la cite. En attendant il y avait des hommes qui offraient demonter volontairement sur le bücher, pour etre brült's avec un mort qu'ils aimaient, ou pour donner leur vie pour Celle d'une personne malade. Quand les Romains eurent severement interdit ces sacrifices humains, on continua de couper, devant Fautel, dans la peau de la personne consacree, et d'offrir a la divinite le sang qui coulait de la blessure (2).

166. — Le gui, cctte plante parasite, croissant sur les ebenes et autres arbres, etait regarde, par les Druides, comme un don particulier de la divinite, une espece de panacee etun remede certain contre la sterilite et les empoisonnemcnts; la recolte de cette plante se faisait avec une grande solennite; on se servait d'une faucille d'or et 011 sacrifiait une couple de boeufs blancs (5). Les prctres pretendaient qu'un ceuf de serpent, dont ils racontaient des choses etranges, surtout quant ä sa formation, etait d'une efficacite non moins grande; mais d'apres une description de

(l)Caes. 6, IG. Strab. p. 198.

(-2) Mela 3, 2.

13) Pliii. H.-N. IG, U4.

Pline (i), ce n'etait qu'une petrification. Ils pretendaient que cet oeuf faisait gagner des proces,et un Chevalier romain du pays des Vocontiens qui, ä cet effet, en portait un sur lui, fut condamne ä mort par l'empereur Claude, ennemi et persecuteur desDruides et de leur religion.

167. — On a peu de donnees precises sur les divinites celtiques ; les Romains, tels que Cesar, donnaient les noms des principaux dieux romains aux divinites qui leur ressemblaient et qui leur paraissaient les plus remarquables. C'est ainsi que Cesar cite Mercure, Apollon,Mars, Jupiter, Minerve et Dis, comme les six principaux dieux Gaulois ; Lucain seul mentionne les trois principaux dieux indigenes: Hesus, Taranis et Teutates (2); qui etaient, par consequent, desdivinitesmäles, tandis qu'il se trouve unedeesse parmi ceux dont parle Cesar. II est probable que les Gaulois n'avaient que cette deesse principale; cependant on trouve dans une inscription une deesse ßelisana, qu'on prend pour la Minerve de Cesar, et une Arduinna, qu'on dit etre Diane. Au nombre des cultes repandus, on compte celui des Matrones, dont on rencontre souvent le nom dans des inscriptions et qui furent probablement des genies feminins, des esprits tutelaires et des deesses du destin ; le plus souvent il y en avait trois, et quelquefois d'avantage. A la suite de l'introduction des moeurs romaines en Gaule, on les voit remplacees, sur les monuments, par des Junons, des Parques et des Nymphes. L'Apollon de Cesar, un dieu de la guerison, porte le nom celtique de Belenus; le dieu de la guerre s'appelle Camulus, et Taranis, le dieu du tonnerre,

(2) Caes. 6, 17. Lucan. 1, 44b sq.

(5) r>iai'tin. Relig. des Gaulois, i, 504.

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etait Jupiter pour los Romains. Selon Cesar, Teutates- Mercure avait le culte le plus ^tendu et les Images les plus nombreuses ; on l'honorait comme l'inventeur de tous les arts, le dieu du profit et du commerce, le protecteur des routes et le guide dans les voyages (i). On ne sait rien de precis sur le dieu Esus ou Hesus, qui, sur un monument ä Paris, est represente coupant des branclies d'un arbre.

168. — Toutes les Images divines, qu'on a trouvees en Gaule, appartiennent ä l'epoque de la conquete romaine, et pourtant il est vraisemblable que les Gaulois possedaient de telles images avant la domination des Romains. II est sur, qu'ils avaient dejä des temples (2), quoique des bois epais, comme celui-ci dont Lucain fait la description poetique, fussent le Heu favori de leurs cultes, et recussent, le plus souvent le sang des hommes immoles. Mais les temples les plus considerables ne furent construits que du temps des Romains, et alors les noms de leurs dieux remplacerent les noms celtiques ou leur furent adjoints.

169. — Les Druides, par leur Organisation et par I'influence qu'ils exer^aient sur le peuple, etaient une Corporation trop puissante pour que les empereurs eussent pu les tolerer. Ils formaient le noyau et le lien conservateur de la nationalite gauloise qu'on voulait briser en imposant au peuple les mceurs, la langue et la religion de Rome. .Cette Fusion reussit, en general , ä I'aide des nombreuses colonies italiennes et du Systeme elastique des dieux Greco- Romains, capable d'absorber des cultes grossiers, comme celui des Gaulois. Elle reussit d'autant plus facilement que les dieux romains s'etaient, par le

(l)Caes. 6, 17.

(2) Suet. Caes. 54. Phit. Caes. id.

fait meme de la victoire, montres en veritables souverains et maitres des destinees terrestres, tandis que les dieux Gaulois avaient abandonne leurs adorateurs, ou avaient ete trop faibles pour les proteger. Cependant il fallait detruire la hierarchie des Druides. Tibere deja essaya de supprimer cette institutiori et Claude qui defendit cette religion des Druides, sous peine de mort, prit des mesures beaucoup plus energiques (i). Nous ne savons point s'il y eut de vraies persecutions; il est certain que, lors des revoltcs ulterieures des Gaulois, l'on ne dit pas que l'oppression de la religion determinät la levee de boucliers.

170, — Quant au Systeme divin des Germains, nous sommes reduits aux a^uvres de Cesar et de Tacite, surtout a Celles de ce dernier; car Cesar semble s'ctre contente d'une impression tres-generale et tres-superficielle.« Les Germains» dit-il « n'ont point de Druides qui President aux choses divines et ne sont point zeles dans les sacrifices. Ils ne reconnaissent d'autres dieux que ceux qu'ils voient et dont la puissance les soutient evidemment, tels que Sol, Yulcain et Luna; ils ne connaissent les autres pas meme par ou'i dire. » En consequence, la religion germaine n'aurait ctö qu'un simple culte des Clements et des astres, mais ce qui est etonnant c'cst que ce peuplc ne deifiait qu'un seul Clement, le feu. Si cet auteur ajoute que les Germains ne connaissaient d'autres dieux que ces trois, il parle de divinites romaines, ou de dieux qu'on pouvait facilement confondre avcc un dieu romain. Longtemps avant Cesar, i\ l'epoque deja de Pytheas de Massilia, les Germains posscdaient encore d'autres dieux que ceux dont parle Cesar, enir'autres deux

(I) Pliii. H. N. 50, 1. Suct. Claud 2u.

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fr^res, eternellement jeunes, que les Grecs et plus tard aussi les Romains prirent pour les Dioscures.

171. — Les recits de Tacite, ecrits loO ans plus tard, sont plus exacts et plus certains, quoiqu'ils ne soient point exempts de melange romain. Cependant en soutenant que les Germains n'avaient point d'images divines, ni de temples, parce que c'etait, selon eux, une absurdite de renfermer les dieuxdansdes murs, et d'en faire des images, il leur a probablement prete ses idees stoiciennes. Les Germains n'avaient pas de temples, parce qu'ils n'avaient pas de cites, qu'ils changeaient souvent de residence et qu'ils manquaient de l'adresse necessaire pour construire des temples et pour sculpter des statues. La regle n'etait point generale; car Tacite lui-meme fait mention d'un temple de Tanfana et raconte que la deesse Nerthus ^tait promenee dans une voiture et baignee dans un lac, ce qui en fait supposer l'image (i). Semblables aux Romains et aux Grecs, les Germains dans les plus anciens temps, avaient des objets sacres, moitie fetiches moitiesymboles,despieux ou des colonnes, ou meme des images d'animaux et ils elevörent des temples dans les lieux oü ils s'etablirent, plus tard, d'une maniere permanente.

172. — Tacite nomme trois dieux, particulierement veneres par les Germains: Mercure, Hercule et Mars. II ne faut point douter que le premier soit Wuotan ou Wodan, dieu supreme, commun a tous les Germains, si Ton s'en rapporte au temoignage de Paul Diacre, quoiqu'il soit dillicile de dire, en vertu de quels attributs, les Romains le prirent pour Mercure, qui occupe chez eux une position fort inferieure.Le dieu duSoleil, dont Cesar fait mention, n'est probablement pas autre

(1) Gem. iO.

que Wodan. Quoiqu'on lui attribuät la prosperite des semailles et l'abondance de la recolte, il etait pour les Germains d'une nature sombre et effrayante; il parait avoir ete en meme temps le dieu de l'enfer et de la mort, et ä des jours determines, on lui offrait des victimes humaines, et le plus souvent des prisonniers de guerre. Le bois sacre des Semnones, oü tous les peuples de ce nom, ä des epoques fixees, envoyaient des deputes pour assister ä un solennel sacrifice humain, etait probablement consacre ä ce dieu. Pour entrer dans ce Heu saint,ilfallait avoir les mains liees; celui qui y tombait ne pouvait plus se relever, et on Ten faisait sortir en le roulant sur le sol (1).

173. — On peut supposer, sans l'affirmer, que l'Hercule et le Mars de Tacite, correspondent aux deux divinites germaniques, Thunaer ou Donar et Ziu ; en tous cas , c'etaient des dieux guerriers qu'on invoquait dans les batailles. Les chants guerriers s'adressaicnt ä « Hercule, » avant toute autre divinite. Considere comme dieu de la foudre et du feu, Donar etait, sans doute, ce Yulcain que Cesar rencontra chez les Germains. Certaines tribus de la Germanie, telles que les Sueves, avaient des cultes particulicrs. Tacite mentionne trois deesses ; Isis, dont-il crut reconnaitre le culte chez un partie des Sueves, parce que ceux-ci avaient comme Symbole de la deesse, un vaisseau en forme de galere ; en effet, dans les siecles suivants, ils avaient encore la coulume de promener un semblable vaisseau au milieu d'une procession pompeuse. Chez les Estyiens, on venerait la mere divine, dont les symboles etaient des figures de sangliers, protegeant celui qui les portait dans la bataille (2). Nerthus,

(l)Tac. Geim 59.

(2) Gem. 9, -45.

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la terre-mere, invoquee par cette tribu Sueve, fixee sur les bords de la mer Baltique et une ile voisine, etait probablement la meme deesse. Tous les ans, oii la promenait dans une voiture attelee de vaches et couverte d'iin drap blanc; partout eile etait regue avec des manifestations de joie, et ensuite baignee dans un lac par des esclaves, qu'on noyait apres cet acte (i). Un pretre habille en femme etait, chez les Naharvales, Charge du culte des deux freres « Alcis; » dans lesquels les Grecs et les Romains crurent reconnaitre les Dioscures (2).

174. — Tacite nous apprend, en ouire, que le chef divin des Germains fut le dieu Tuisco, fils de la terre, et que les trois branches principales de la nation descendent de son fils Mannus et des trois fils de celuici (5). On pourrait verifier cette assertion, et en general, eclaircir le Systeme des dieux Germains, avec le concours de la mythologie scandinave ; mais on ne sait pas encore jusqu'ä quel point ce concours pourrait etre admis pour expliquer les donnees romaines, fort obscures et extremement incompletes. En tous cas, il n'est plus possible, les bases des deux mythologies etant communes, de preciser ce qui appartient ici au scandinavisme, apres son developpement de 800 ans. Les Anglo-Saxons pretendaient descendre de Wodan lui-meme. D'autre part, en considerant la formation du mot, il est vraisemblable, que Tuisco ou Tiusco est un fils de Tiu ou Ziu, dieu de la guerre.

173. — L'opinion de Cesar disant que les Germains n'aimaient pas les sacrifices, doit etre prise dans un sens relatif ; ils n'etaient pas aussi zeles en cela

(1) Germ. -40.

(2) Ibid. 43.

(3) Ibid. 3.

que les Gaulois , c'est-a-dire , ils ne versaient pas le sang par torrents, pour de simples affaires privees. II parait qu'ils offraient des victimes humaines ä Wodan seul, et ii Hercule et ä Mars certains animaux, qui leur etaient consacres (i). Le pretre acconiplissait tous les actes religieux, au nom de l'Etat : le pere de familie le faisait pour lui et pour les siens. Generalement estimes, revetus d'un grand pouvoir et en cas de guerre ayant seuls le droit de punir, les pretres ne formaient pas un etat hereditaire ou separe, ou hierarchiquement organise. 11s etaient charges, dans l'intöret de l'Etat, de rechercher la volonte des dieux et d'executer les sentences capitales, prononcees contre les criminels et les traitres, ce qui passait pourun acte religieux, une expiation Offerte aux dieux ; ils presidaient, en meine temps, les assemblöes populaires et formaient la classe la plus elevee et la plus puissante. Les Germains n'avaient point de pretresses — on n'en rencontre que parmi les Cimbres, qui ne furentprobablement pas d'origineveritablement germanique — mais il y avait des prophetesses reputees saintes; comme, du temps de Vespasien, Yellea, chez les Bructeres, comme Aurinia etGanna; les Germains, qui generalement estimaient et respectaient les femmes, croyaient que celles-ci etaient les organes de ladivinite, et, si Tacite n'exagere pas (2), ilsveneraient meme certaines femmes comme divinites.

47G. — Chez les Germains comme chez les Gaulois, les bois sacres etaient les lieux preferes pour l'exercice du culte. II y avait Ki les demeures des pretres et les autels; on y conservait les objets sacres nationaux, les drapeaux et les ustensiles de sacrifices. Certains

(I) Germ. 3.

(2)Ilist.4,61.

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arbres etaient particulierement sacres,telsque le ebene du tonnerre pres de Geismar dans la Hesse, auquel se rattachait le culte de Tbor ou Donnar; les apotres du Cbrist durent, plus tard, interdire souvent le culte des arbres et l'adoration de sources et de fleuves. On nientionne des colonnes d'Hercule dans TAllemagne septentrionale, ce qui prouve qu'il y avait des colonnes sacrees ; entr'autres l'Irminsul, tronc d'arbre d'une grosseur extraordinaire, dont le nom signifie une colonne du monde portant tout. Charlemagne la detruisit. On ne rencontre pas chez les Germains un veritable culte d'animaux, comme en Egypte; neanmoins ils avaient des animaux sacres; des coursiers blancs, entretenus dans les bois saints, aux frais de l'Etat, trainaient le char sacre, et leur hennissement prophetique etait Interpret^ par les pretres et par les rois (i). On prenait aussi des auspices par le vol et le chant des oiseaux.

(I) Germ. 10.

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