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C'etait, croyait-on, compromettre un succes

(i) Suet. Calis

ET .JLDAISJIE. \\7)

que nepas repeter troisfois, etencertains casneuf fois, une formule de prieres determinee (i); meme Cesar recitait, quand il montait en voilure, trois fois une formule, dans le but d'etre preserve de danger et cette habitude etait devenue generale du temps de Pline. On dit de Marc-Aurele, qu'etant President et 3iaitre des Saliens, il n'avait jamais eu besoin de recitateur pour lesinaugurations et pour les exaugurations, puisqu'il avait SU les formules par coeur (2). L'empereur Claude aussi, recitait lui-meme les prieres devant !e peuple. Dans toutes ces formules on ne demandait autre chose que prosperite et sante pour les individus, victoire et puissance pour l'Etat; supplier les dieux d'accorder des biens moraux aurait ete peu conforme ä la nature du Systeme religieux des Romains. Beaucoup de prieres et d'hymncs avaient pour uniqueobjetde glorifier etde saluer les dieux ; car beaucoup de personnes faisaient des visites aux divinites, des les premieres heures du matin ; Arnobes parle d'exhortations accompagnees de flute qu'on chantait le matin a l'adresse des dieux dormants pour les eveiller, et d'un salut du soir, oü Ton prenait conge du dieu en lui oouhaitant une bonne nuit(3). Au repas aussi on priait les dieux et ä la fin du premier service, quand on apportait la deuxieme table chargee de mets, on portait au foyer la partie durepas qu'on avait reservee et consacree aux dieux, et au milieu du silence solennol des convives, on la jetait dans le feu, apres quoi le domestique s'ecriait: Que les dieux soient propices (4).

(!) Marini, AUi dei Arv. p. 604.

(2) Capitolin. M Aur. c. 4.

(3) Arnob. 7, 52.

(4. Les passages chez Marini, Atti dei Fr. Arv. p. 536.

Ho. — Les Romains prelendaient etre la plus pieuse de toutes les nations, ä. cause du grand nombrede vmix qu'ils faisaient, et des soins scrupuleux qu'ils mettaient ä les accomplir. La promesse, faite a la divinite, d'un temple, d'un autel, ou de jeux publics pour en obtenir lebonheur de l'Etat, ou pour lui rendre gräces d'une faveur particuliere, d'une victoire, oude la prise d'une ville, etait un moyen frequemment employe par les hommes d'Etat et par les generaux romains ; ces derniers surtout, annoncaient un voeu ä haute voix avant le commencement d'un combat, pour stimuler le courage des troupes et leur donner la certitude de la victoire. En temps de paix, les veeux etaient les plus frequents dans les epidemies, et quand on ignorait lequel des dieux avait envoye le fleau ou quel autre dieu serait le mieux dispose a le detruire, on adressait des voeux ä plusieurs divinites b. la fois. En ce cas, le Senat prenait des decisions speciales avec une grande solennite, on pronongait les voeux en repetant une formule particuliere, dite par un pretre ou memo par le Grand- Pontife. On inscrivait la promesse sur une tablette, qu'on suspendait ensuite aux murs ou aux colonnes du temple.

116. — Laplupart destemples etbeaucoup d'autels de Rome furent eriges par suite de voeux ; souvent on promettait de grands sacrifices, une part dans le butin, ou les meilleurs armes conquises, des couronnes d'or, des jeux solenneis, ou des libations; quelquefois, on yjoignait des leclisternies ou, en temps de grande secheresse, des nudipedalies, c'est-a-dire despelerinages, que les matrones romaines entreprenaient ä pieds-nus et les cheveux flottants (i).

(1) Tert. de jcjun. 16 Apol. iO. Prtron. Sal. ii.

ET JUDAISME. 415

117. — Vers la fin de la republiquc s'etablit la coutume de faire des va?ux pour Ic salut des hommes qui etaient au pouvoir. Pompee, malade, fut le premierqui jouit de cet hoiineur, qu'on rendait ensuite tous les ans ä Cesar; naturellement, on en faisait autant pour les empereurs, qui obtenaient, en outre, des voeux pour leur heureux retour d'iin voyage ou d'une campagne, pour l'heureuse delivrance de l'imperatrice et pour d'autres övenements. C'est par les promesses de sacrifices et de presents, que les particuliers cherchaient ä se concilier une divinite pour les voyages et les entreprises, dans les tempetes et d'autres dangers. Lors d'un anniversaire de naissance, on adressait des voeux particuliers au Genie et a Junon Lucina. Le voeu le plus original etait celui d'un « printemps sacre. » On abandonnait ü Jupiter tout le betail ne du l*^'" mars au 1'='' avril. Ce Ver sacrj/m, dans la deuxieme guerre punique, fut voue ä la suite de la defaite et de la mort de Flaminius et execute plus tard. Chez les peuples de l'Italie, les Samnites, les Sabins et autres, le Versacriim avait une plus grande etendue et comprenait toute la generation d'un printemps, hommes et animaux; mais on laissait la vie aux enfants. Quand ceux-ci avaient atteint l'äge viril, on leur voilait la tete, on leur faisait passer ainsi la frontiere, et on les envoyait fonder une colonie (i).

1 18. — Les ceremonies des sacrifices romains etaient le plus souvent les memes que Celles des Grecs. En general, les sacrifices etaient i)lus nombreux chez les Premiers que chez les derniers, les Athenienspeut-etre exceptes. Les sacrificesauxquelsonprocedait en dehors des epoques fixees, etaient offerts pour accomplir des

(1) Paul. Diac. p. .179. Fest. v. Mamertiiii. Liv. 22, 10. Justin. 2-i-, i. Plin.H. N.3, 18.

HG PAGAMSME

voeiix promis, remercier les dieux pour les bienfaits accordes et se les concilier; chez les Romains surtout, les sacrifices expiatoires etaient beaucoup plus frequents que chez les Grecs. II faut y ajouter encore les sacrifices de consultation, oflerts pour explorer par l'inspection des entrailles, la volonte ou les conseils des dieux; l'abandon d'une vie d'animal ä la divinite, qui etait ici un faitsecondaire, constituait un fait principal des autres sacrifices qui, par cette raison, portaient le nom de sacrifices animaux (i).

119. — La loi des Douze-Tables portait: « On doit se procurer les victimes qui conviennent ä chaque divinite et qui lui sont agreables. » Les animaux avaient donc certains rapports particuliers avec la nature des divers dieux. On ne pouvait sacrifier a Jupiter Capitolins que de jeunes boeufs blancs, aux cornes dorees, pas de taureaux ou de beliers (2) ; on n'offrait un taureau qu'ä Apollon, ä Neptune et ä Mars (r>); on sacrifiait ä ce dernier des änes, des coqs et des chevaux; ä Junon Calendaris, une vache blanche (a cause des cornes ä forme de croissant); un veau immacule a Minerve, la vierge, et une truie pleine a la Grande Mere; les pigeons et les moineaux, animaux lascifs, ainsi que les reins de certaines betes, etaient offerts u Venus. On sacritiait le porc a toutes les divinites agraires, ä Mars, ä Cdres, i\ Tellus, mais cet animal figurait aussi ä l'occasion de maledictions et de la conclusion de traites de paix. Pour les deesscs on immolait des animaux femelies. On oftrait des sacrifices expiatoires de chiennes allaitantes ä Robigus, aux La-

ll) Marcob. Sat. 5,5.

(2) Serv. AEn. 9. 628.

(2) Macrob. Sat. 5, 10>

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res et k Proserpino. Quant aux dieux iniernaux, oii leur offrait des animaux noirs ayant le cou courbe vers la terre, et Ton en versait le sang dans une fosse creusöe ä cet effet. Ce furent les brebis et les porcs qu'on sacrifiait le plus frequemment.

120. — Les depenses que l'Etat faisaitpour lessacrifices ordonnes par lui, etaient couvertes par les amendes et la confiscation des biens des criminels (i); mais ces ressources devinrent insuffisantes, et ces frais devinrent si onöreux pour l'Etat, que l'empereur Nerva abolit beaucoiip de sacrifices (2). Servius, ä la verite, dit (3) : II faut savoir que, quant aux sacrifices, on accepte l'apparence pour la realite ; si donc ils'agit d'immoler des animaux difficiles ä obtenir, on en fait de pain ou de cire, et l'on en off're les Images. Cependant, pourlessacrificespubIics,onnerecouraitikcetexpedient que dans les cas extraordinaires, par exemple quand la necessite de sacrifier des animaux rares decoulait du texte des livres sibyllins. Le nombre d'animaux composant un seul sacrifice etait souvent fort grand: c'est ainsi qu'apres la defaite du lac Trasimene, on immoIaSOO boeufs ä Jupiter et en outre de jeunes boeufs blancs aux autres dieux superieurs et des animaux d'une valeur moindre aux autres divinites. Des hecatombes etaient, parait-il, assez rares; cependant, Älarius en promit une dans la guerre des Cimbres et Paul Emile sacrifia cent boeufs pendant la guerre de Macedoine. Les Romains avaient l'habitude de construire alors cent autels de gazon tres-rapproches les uns des autres, et d'y immoler cent brebis, cent porcs, etc. Dans le sacrifice imperial, on y ajoutait meme des lions, des aigles et

(J) Fest V, Sacraracntum et suppücia.

(-2) Dio. Cass. G8, p. 770.

(3)Aeii. 2, llü.

d'aulresanimaux semblables (i).On a calcule qu'apresla niort de Tibere et ä ravenement de Caligula, on a immole dans l'Empire romain, en tcnipignage de la joie publique plus de 160,000 victimes (probablement pour la plupart des boeufs et des veaux) (2). Auguste et Marc Aurele eurent besoin d'une teile quantite de victimes qu'on disait: « Tous les boeufs et tous les veaux desirent que l'empereur ue revienne jamaij de ses voyages ou de ses campagnes, afin de prevenir la destruction de leur race (0). »

121. — Les evenements remarquables qui se passaient dans lavie privee et de famille, surtout lemariage, etaicnt fetes par des sacrifices. Ceux-ci donnaient ä la fiancee le droit de communaute des sacra de son epoux. Dans les anciens tenips, on ne contractait aucun mariage qui ne fut aecompagne de sacrifices (4); s'ils furent plus tard, regardes comme inutiles, parce que le consentement des parties donnait force legale au mariage, on continuait de les employer assez frequemment ä titre de consecration religieuse.Le fiance, assiste de sa future, sacrifiait ordinairement lui-meme un porc ; plus tard, ce soin fut abandonne ä des hommes speciaux, ä des popes ou victimaires (tueurs de victimes).

122. — LeRomain reellement religieux,devait proceder ä un grand nombre de sacrifices expiatoires, car les fautes, les negligences et les mauvais presages, qui devaient etre expies ou detournes par des sacrifices, etaient si varies que, dans la plupart des cas, on ne pouvait guereles eviter. Un sacrifice, interrompu par la maladiesubited'unassistant, dcvait etresuivi d'un autre

(1) Capitol. in Max. et Balb. c. 11.

(2) Siiet. Calig. U.

(3) Seil (lo benef. 3, 27. Amm. Marc. 2-2, U; 25, 4.

(4) Serv. /En. o, 156.

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sacrificeexpiatoire.Celui qui,un jour de fc'te,avait lave des animaux ou arrose ses champs, — la Vestale qui avait place sur le sol son vase sacre, devait reparer cette faute par un sarritice. Les « Suovetaurilies » (i) constituaient une autre espece de sacritice; on conduisait les victimes, un porc, un mouton et un boeuf, trois fois autour de l'objet qu'il s'agissait de puritier, principalement autour du peuple assemble, et ensuite on les immolait k Mars. On reconnaissait, en examinant les entrailles, si la divinite etait reellement apaisee, et, en cas de mauvais signes, il fallait repeter cet acte jusqu'ä ce que l'etat des entrailles annonfät le contentement du dieu. Caton indique meme la formule prescrite pour la repetition du sacrifice (2) : « Pere Mars, si quelque chose t'a deplu dans le sacrifice precedent,celui-cit'offriraunejustereparation.» Dans les derniers temps de la decadence du paganisme, Symniaque ecrit encore qu'il etait tres-inquiet dece que le prodigc de Spolete n'eüt encore pu etre apaise par des sacrifices reiteres, et que Jupiter n'eüt ete satisfait que par l'offre de la huitieme victime (s). Cesar, le jour oü il fut tue, fit immoler successivement cent animaux et ne put obtenir le « litamen, » c'est-ä-dire la veritable expiation indiquee par l'etat favorable des entrailles (4); Paul Emile ne l'obtint qu'au vingtieme sacrifice.. 123. — Le triage des victimes dans le troupeau exigeait de grands soins, beaucoup de choses, meme la longueur de la queue , etaient prises en consideration. Un veau ne pouvait servir de victime si sa queue n'atteignait pas la region du genou ; une brebis ne devait pas avoir la queue pointue ni la langue fen-

(1) Dionys. 2,2-2.

(2) Cat. deR. R. c. lil.

(5) Syramach. epist. 1,49. Plaut. Pocn. act. 2, sc. o. (4) Flor. A, 2.

(lue (i) ; un bceuf devait etre blanc ; s'il avait quelques taches, on les frottait avec de la craie (:*). 11 y avait en outre, dans l'acte de sacrifice meme, une foule de mauvais signes : si l'animal mugissait en arrivant devant l'autel ou en recevant le coup mortcl, s'il ne restait pas tranquille devant le sanetuaire, ou qu'il s'enfuyait, on doutait de racceptation du sacrifice par la divinitö (3). Des que la victime se trouvait devant l'autel, on la debarrassait de ses liens, dont la presence aurait ete d'un mauvais augure (4) ; un pope tenait l'animal par une des cornes. On regardait aussi comme signe defavorable quo le sang de la victime atteignait les assistants, que l'animal ne saignait pas abondamment (^i), qu'il ne tombait pas sur le sol de labonne maniere (e), que la partie de chair jetee sur le brasier ne brülait pas bien (7), ou enfin que la flamme de l'autel ne montait pas pure et en ligne droite vers le ciel.

124. — Le sacrifiant, apres s'etre baigne dans de l'eau de source, devait mettre des babits neufs de couleur blanche, et se laver les mains avant les fonctions sacrees. Pour certains sacrifices, il fallait s'abstenir des devoirs conjugaux durant la nuit precedente, et quelquefois pendant plusieurs jours. Ces cpnditions ne representaient nullement l'idee de la purete morale, mais la purete physique indiquee deja par l'ablution des mains, les babits laves, etc., et absolument necessaire pour paraitre devant la divinite, et pour s'unir <i

(i) Plin.H. N. 8,70.

(2) Juveii. 10, 6G.

(5) Sib. Ital. 5, (5. Luoaii. !, 611. Flor. '(, 1. Siiet. Tit. 10. Liicr-n 7, 160.

(4)Serv. ?L\\. 2, lö.i.

(o) Liv. 21 , 63.

(6) Fest. V. piacularia. Senec OEdip--?, 2, 0!.

(7) Virg. Georg. 5, 486.

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eile par le sacrifice. De \h les paroles du poete: « La puretc plait aux divinites, » et le precepte de Ciceron : « On se presentera purifie devant les dieux » (i).

125. — Generalement, on se voilait pendant les sacrifices, ceux de Saturne et d'Hercule exceptes. On eprouvait d'abord Tanimal en lui versant du vin ou de Teau sur la tete ; s'il faisait un mouvement ou s'il tremblait, on pouvait s'en servir (2). Ensuite, on repondait sur lui du « far, » c'est-ä-dire de la farine melee de sei (immolation) ; et l'on en faisait de meme des couteaux et de l'autel. Puis, le pretre coupait les poils du front de la victime conime pour la consacrer totalement, et les jetait dans le feu avec de l'encens et un peu de vin ; on examinait la fumee et le petillement qui en resultait, pour juger dti succes que le sacrifice obtiendrait aupres de la divinite. Enfin, le victimaire, suivant l'ordre du pretre, tuait Tanimal soit avec la hache, soit avec le couteau ; si l'on immolait la victime ä un dieu du ciel, le coup de couteau etait porte de haut en bas dans la gorge de la bete ; quand il s'agissait

(1) M. Zumpt doiine la jiiste trailiiclion de Ad Divos adciinto caste, de Legg. 2, 8. Celle de Lasaulx (Etudes p- 153) n'est point exacte: « C'est avec Uli coeur chaste qu'oii doit s'approclier des dieux ; » il ajoute merae que c'6tait la regle generale dans rantiquitö. Cependant, dans tous les tönioignages romains, citfc par lui, il ne s'agit que de purete physique, d'ablution des niains, etc., ce qui est designö par le terme castus; les aulcurs ne pensaient pas a Tidee moderne de cliastelö, qui pouvait tr^sbien se concilier avec les clioses d(^fendues ici. D'autre part, il resulte des passages des poetes que ceux qui invoquaient les dieux et leur offraient des sacritices pour en obtenir la satisfaction de leuis passions honteuses, se soumettaient ponctuellenient ä Tabstinence exigoe durant uue ou plus.eurs nuits. Quant aux passages de Ciceron, Vico et Bayle ont d6jä reconnu qu'il ne s'agit pas ici de chastetö; celui-la (Scienza iiuova, H, U, Opere V, 278) dit : che si andasse ä sagrificare, fatte le sagre lavande prima. Les paroles de Layle se trouvent dans ses OEuvres, 111, 256.

(2)Serv. JEü 6,2U.

d'une divinitc infernale, on procedait en sens inverse. On repandait le sang sur l'autel et tout autour ; l'animal, couche sur la table d'appret, etait alors arrose de vin et decoupe (i). On ne pouvait toucher les entrailles qu'avec les couteaux. Si l'Aruspice declarait les signcs favorables, on passait audeuxieme acteprincipal, compose d'une libation ; le sacrificulus presentait aux assistants une coupe remplie de vin. Le pretre jetait ensuite du vin, de la larine et de Tencens sur les entrailles et les faisait consumer par la feu. Les Romains, parait-il, n'offraient que rarement des holocaustes, excepte aux divinites infernales. Jadis, on transporlait la chair de l'animal chez les Questeurs du Tresor public, qui la vendait pour compte de la caisse de l'Etat (2); mais il arriva quelquefois que des masses de viande accumulee et corrompue donnerent lieu ä desmaladies contagieuses qu'il fallut detourner par l'institution de « jeux de taureaux » (5). Plus tard, les pretres, les popes et les victimaires se partageaient les gäteaux et la viande apres le sacrificc; les particuliers, quand ils avaient sacrifie, rapportaient les restes, le polluctum, chez eux et en faisaient un repas (4). Les pauvres se cotisaient pour un sacrifice d'animal ; ils se contentaient aussi d'offrir aux dieux des pains, representant des animaux et cuits par des boulangers speciaux (5), ou ne sacrifiaient que du lait, du sei et de la farine.

126. — Le far qui, suivant une ordonnance de Numa, etait indispensable dans les sacrifices, servait aussi ä la confection de gäteaux qui avaient les forraes et les nonis

(IjOvid. Fast, 4,95-4 sq. Hör- Od. 1, 19, 14.

(2) Val. Max. 2, 2, 8.

(3) Fest. s. V. Taurii.

(4) Plaut. Rud. 5, 3, 63. M\\. glor. 3, 1 , 1 17. (ö) Ficlores, a fingeiidis libis, Varr. 7, 44.

r-T JLDAISME. d23

Ics plus varies. On offrait ccs liba (i), qu'on jctait dans le feu, de preference ä certains dieux, tels que Tellus, Ceres, Janus, Priape, Terminus. « Les gäteaux, l'offrande sont prets, venez offrir, » dit l'affranchi de Varron (2). Du reste, les pretres avaient un art culinaire religieux et des connaissances speciales de boucherie, avec une foule de termes lechniques inconiius du public; au moyen de toute sorte d'ingredients et de certaines parties de la chair des victinies, ils preparaient des boudins, des gäteaux ou des tourtes, qu'ils offraient ensuite aux dieux ou qu'ils brülaient sur l'autel. II parait, dit un auteur posterieur, qu'on se fait une singuliere idee de la gourmandise des dieux; on invente des plats innombrables pour eux; on leur sert tantot du roti, tantot de la viande saignante, ou ä moitie cuite, ou presque toute crüe, et l'on pense se concilier la faveur des divinites en leur offrant des testicules et des gorges d'animaux, des boyaux prepares ou des tronfons de la queue (0).

127. — Les repas que les Romains offraient aux dieux, avec des invitations formelles, peuvent etre egalement consideres comme une espece de sacrifice (4). C'est ainsi qu'on donnait tous les ans, lors des jeux romains et plebeiens, un epulum ä Jupiter, k Junon et ä Minerve; le dicu supreme reposait alors , sur un divan,tandis que les deux deesses etaient assises sur des chaises. Les leclisternies avaient lieu dans plusieurs temples pendant la plus grande partie de rannee,par consequent presque tous les jours(ö); ä des

(1) Virg Eclog. 7, 55. Dioiiys. 2,74. Ovid. Fast. 4, 745.

C2)Varr. R R.2, 8.

(5).\rn()b.7,24,2o.

f4) Val. Max. 2, 1, 1, 2. Arnob. 7, 52. Liv. o, 52 ; 51, 4 ; 55. 42.

(5) Liv. 42, 50.

occasions extraordinaires, lors des actions de gräce ou de supplications, surtoutpour conjurer un danger menacant ou l'effet d'un prodige, on organisait ces festins en l'honneur d'un grand nombre de dieux eton pla^ait les Images par deux, soit assises soit debout, sur les coussins ranges autour de la table. Ces repas duraient alors plusieurs jours. Le plus ancien lectisternium eut lieuTanSSSde la fondation dela ville.TiteLive raconte qu'un jour les dieux se detournerenl de la table, et que les mets furent devores par les souris (i). Lors d'un epulum de Jupiter, les Senateurs, en compagnie du dieu, faisaient bonne obere au Capitole, tandis qu'ä Toccasion de lectisternies,quietaient des fetes populaires de paix, on tenait table ouverte et Ton pratiquait l'hospitalite la plus large. C'est ainsi au moins queTite Live decrit, un peu poetiquement, la celebration du premier lectisternium ; plus tard, on ne fait plus mention de cette confraternite et de cette hospitalite generales. Quelquefois on invitait formellement les dieux k manger. Uno vieille tablette porte qu'ä l'anniversaire de la naissance des empereurs Auguste et Tibere, avant que les Decurions se missent a table, on offrit sur l'autel du vin et de l'encens aux Genies des Cesar, et on les invita ä prendre part au repas (2). Sur les monuments, on aper^oit souvent l'image d'un serpent, embleme du Genie, se nourrissant de libations. II parait que les Romains croyaient generalement que les dieux se regalaient de la vapeur et de la fumee des mets.

128. — Des traces nombreuses, conservees dans les coutumes et dans les fables traditionnelles, attestent

(1) Liv.40, ;i9.

(2) Marini^ Atti dei trat. Arvali, p. 91.

ET JUDAISME. 125

suffisamment que los Romains et les nations de meme race sacritiaient des hommes avant les temps historiqiies, Tous les ans, aux Ides de mai, les Vestales precipitaient dans le Tibre, du haut du pont Sublicius, vingt-quatre figures d'hommes formees de roseaux, remplavant autant de personnes qu'on jetait dans le fleuve, pieds et mains lies, en l'honneur de Saturne (i). Lors de la fete de Mania et des Lares compitales, on suspendait, dans les carrefours et aux portes des maisons, autant de poupees, (oscilla,) que la famille renfermait de personnes des deux sexes. Ces poupees remplafaient les sacrifices huniains, usites jadis (2) ; on esperait que la Mania et les Lares s'en contenteraient et feraient grace aux vivants. La coutume etablie chez les plus anciens Romains de precipiter les vieillards sexagenaires dans le Tibre doit s'etre conservee jusqu'aux temps historiques (r,) ; il est possible que les hommes de roseaux les remplapaient.

129, — Cependant, les sacrifices humains ne disparaissaient pas toujours devant ces equivalents innocents ; en depit de l'aversion que les Romains manifestaient contre cette coutume et qu'ils ne cachaient pas aux nations qui s'en rendaient coupables, ils employerent frequemment eux-memes ce moyen. En 227 av. J.-C, on decouvrit dans les livres sibyllins que des Gaulois et des Grecs s'empareraient de laville; pour detourner le danger, on resolut d'enterrer vivants, sur le forum, un homme et une femme de chacune des deux nations, et de realiser la prediction, en faisant passer cet acte pour une prise de

(1) Ovid. Fast. 5,621. Pliit. Quaest. Rom. 32. Test. p. Ö2. Varr. 7,44.

(2) Macrob. Sat. 1, 7, 34, 35.

(3) Ovid. Fast. 5, 623. Test. p. 534. Varr. ap, Non. p. 86. 5i3. 214.

PAGAMS.ME, ETC. T. 111. 6

possession accomplie par ces malheureux (i). On fit ce qu'on avait decide; bien que Tite Live dise que c'etait « Uli sacrifice absolument antiromain, » on le repeta plusieurs fois dans la suite, Plutarque parle d'un semblable sacrifice de Gaulois et de Grecs, execute parce que deuxVestaless'ötaient laisse seduire etqu'une troisieme avait ete frappee de la foudre, ce qu'on considera comme un predige menapant de malheur {-2). En 9o av. J.-C, les sacrifices humains furent interdits par une decision du Senat Pline dit que jusqu'alors, on les avait offerts en public, mais il ajoute que de son temps encore on en avait vu des exemples et, en effet, dans des occasions extraordinaires, on croyait pouvoir enfreindre la loi (0). Pour cette immolation on se servait d'une formule de priere speciale que le magister du College des Quinze devait reciter et qui, Selon Pline, faisait une singulicre Impression sur celui qui la lisait.

130. — Aux öpcques de violences et de troubles, l'idee de Teflicacite particuliere des sacrifices humains renaissait toujours dans le peuple. A l'occasion d'une sedition, provoquee k Rome par les soldats de Cesar, les Pontifes et le Flamine de Mars en sacrifierent deux au dieu Mars sur le champ qui porte son nom et leurs tetes furent cxposees devant la regia, comme celle du cheval d'octobre (4). Du reste, les Romains etaient familiarises avec cette idee qu'un holocauste humain offert en expiation serait agreable aux morts et cette idee donna naissance aux combats de gladiateurs (5). Dans la guerre des esclaves, Spartacus se vengea cruel-

(1) Liv. 22, 57,

(2) Plut. Mareen. 3. Oros. 4, 15.

(3) Plin.H.N. 28, 2.

(4) Dio. Cass. 43, 24.

(5) Val.Max.2, 4, 7.

lement en oflrant k Crixus, son collegue, qui avait ete tuö, un sacrifice funebre de 500 prisonniers romains, qu'il fit combattre aiitour du bücher (i). Octave , triumvir, imita plus tard le geiieral-esclave, en faisant immoler, apres la reddition de Piluse, 300 prisonniers devant l'autel de Divus Julius, ä titre de sacrifice expiatoire {-2). On a conteste le fait en soutenant qu'il n'ätait justifie ni par l'epoque, ni par les moeurs (0), mais il n'est que trop bien etablis: l'assassinat prccite, commis sar des guerriers romains au milieu de la ville par des pretres du rang le plus elevö, demontre que la coutume n'etait pas une regle inviolable ; c'etait d'ailleurs l'epoque des proscriptions et des rnassacres reciproques, oü l'on repandait le sang des citoyens commede i'eau. Vers cette epoquc, Sextus Pompee fit jeter des chevaux et des hommes vivants ä la mer, ä titre de sacrifice oficrt ä Neptune, parce qu'une tempete avait de truit la flotte de son adversaire (4). Caligula fit parer des hommes innocents comme des victimes et les precipita du haut des rochers (.,) en guise de sacrifice expiatoire pour la Prolongation de sa propre vie; c'etait lä le fait d'un tyran sanguinaire, mais en meme temps il prouve que dos idees barbares avaient encore cours. Malgre la nouvelle defense faite par Adrien, l'Etat, en cas de danger, recourait de temps en temps aumeme moyen pour calmer les dieux irrites,et l'empereur Aurelien, en 270 apres J.-C, lors de l'invasion des Marcomans, oü'rit au Senat de lui fournir « des pri-

(1) App. B. Civ. 1, 124. Flor. 3, 20. Oros S, 2i.

(2) Dio. Cass. -48, 1-4. Suet. Octav. lo. Senec. de Clem. !, 11. Zonar 10, 21.

(3) Druniaiin, liist de Roma, i, 412, CO Dio. Cass. 48, 48.

(3) Suet. Calig. 27.

sonniers de toutes les nations » pour les sacrlfices expiatoires qu'il pourrait ordonner(i).

131. — Mais il existait aussi un sacrifice regulier de ce genre. Tous les ans, on arrosait de sang humain l'image de Jupiter Latialis. On faisait servir ä cet effet les combats de gladiateurs livres ä roccasion de jeux publics ; un pretre recueillait dans un vase le sang d'un gladiateur et le jetait au visage de la statue divine. Cette ceremonie etait en vigueur encore au 2'' et au 3° siecle apres J.-C; Tatien et beaucoup d'autres en parlent comme temoins oculaires (2).

132. — Plus les relations du Romain avec ses dioux etaient materielles et systematiquement reglees, plus les divinites passaient pour des etres qui, etroitement unis ä la nature, pouvaient etre continuellement offenses par des choses naturelles, par des actions involontaires. II y avait une foule d'actes et d'accidents purement physiques, oft'ensants pour les dieux, dont la colere devait alors etre calmee par des sacriüces expiatoires. Le sentiment et l'intention n'y etaient pour rien ; il ne s'agissait pas simplement de reparer des fautes commises sans l'avoir voulu ; on pouvait, de propos delibere, faire ce qui conslituait une offense de la divinitc, pourvu qu'on le fit suivre, ou meme preceder du piaculum, c'est-a-dire de l'expiation (5). C'est ainsi que, pour entretenir les bois sacres en bon etat , il fallait de temps en temps entreprendre des coupcs , elaguer les arbres ; er , comme le contact du fer profanait et souillait les arbres, il fallait oflrir en piaculum un porc, toutes

(1) Vopisc Aurel.

(2) Aucforlibri de spectac. post (]ypriani opp. p. 5. Mimic. Octav. 21, 30. TertuU. adv. Gnost. 7. Apoll. 11. de spcct. G. Just. Marl. Apol. 2. 21. Lact, i, 21. Tacian. c. 40. Äthan. adv< Gr. c. 25. Firmic. Mal. 26.

(5) Comp. Cato, de R. K. c. MO.

ET JUD.VISMF.. 129

les fois qu'on faisait une semblable Operation, ou memo qu'on bechait la terre dans le champ attenant au bois. Un sacrifice reparateur etait necessaire quand on transportait seulement un instrument de fer ä travers la foret sacree. Les fr^res Arvaliens avaient un lemple dans le bois de Dia, leur deesse, et inscrivaient leurs actes religieux sur des tablettes de marbre appendues dans le sanctuaire ; or, toutes les fois qu'on y introduisait et qu'on en emportait la touche de fer servant ä Tecriture, il fallait proceder ä un sacrifice , expiatoire. Celui-ci devait etre remplace par des suuvetaurillies quand un figuier avait ete arrache dans le bois, ou qu'on purifiait celui-ci apres qu'unarbre avait ete frappe de la foudre, ou qu'on reparait le temple de Dia (i). De meme, toute infraction, quelque petite et involontaire qu'elle füt, aux prescriptions et aux usagcsrituels, devait etre reparee par un sacrifice expiatoire.

153. — De temps en temps, on accomplissait, par ordre del'Etatjdes Imtrcüions ougrands sacrifices d'expiation et de purification. On en celebrait une, sur le champ de Mars, ä la fin du census, c'est-ä-dire du recensement des citoyens et de l'evaluation de leur fortune ; eile etait oiferte au nom du peuple present, et consistait dans l'imniolation d'un porc, d'un bölier . et d'un boeuf, animaux auxquels on avait prealablement fait faire le tour de la foule. On purifiait ainsi l'armee avant son entree on campagne, avant et apres une bataille; on procedait k la lustration de la flotte en construisant un autel sur le rivagc mouille par les flots, puis, ä la vue des vaisseaux ancresetconiplotement ^quipes, las pretres s'avancaient dans l'eau, tuaient les victimes, les transportaient dans desbarques effai-

(1) Marini, Atti dei frat. Arv. p. 218, 309, 359, 563. Cato. 1. c.

130 PAG.VMSME

saient le tour de la flotte ; ensuite on depe^ait les Corps, on en brülait une moiti^, et on jetait l'autre dans la mer (i).

4o4. — Tons les sacrifices d'animaux etaientnaturellement accomplis hors des templeseten pleinair; l'autelqui etait enface de l'entree principale etait ordinairementorne d'une tripleecharpe dolaine,deguiiiandes de verveine et de fleur.s (2). Ces autels n'avaient pas toiijours la meme hauteur; cependant, ceux de Jupiter et des dieux Celestes devaient etre tres-eleves, ceux de Vesta et de Tellus, tres-bas (5). Sur les autels places dans l'interieur des temples, on brülait de l'encens devant les Images divines, usage qui, selon Arnobe, ne s'introduisit que plus tard et n'etait connu ni des anciens Latins, ni desEtrusques (4). Quant aux veritables autels de sacrifice, les chretiens disaient plus tard que ce n'etaient que des theätres d'incendie, oü l'on brülait des betes; que la fumee et l'odeur provenant des peaux, des os, des poils, de la laine et des plumes de poule qu'on brülait, ne pouvaient etre agreables aux dieux, puisque les sacrificateurs eux-memes ne pouvaient supporter cette odeur (o). Aussi, les Images divines placees en plein air etaientgcneralement nolrcies par la fumee des bolocaustes (e).

435. — Les Romains, malgre le peu de developpement de leurs notions sur la vie future s'occupaient cependant beaucoup des ämes des defunts, et celebraient les fetes des morts avec une grande exactitude. Des que les os du cadavre qu'on brülait

(I) App. CG 3,96.

• (2) Propert 4.f>, 6. Virg Ecl. 8, 64 Hör carm. 4, 11,6. (3) Vitriiv. 418.

(4)Arnob 7.26.

(5)Ibid. 7, Iß.Tertull. Apol.

(6) Ibid. 7, 15.

ET JUDAISME. 131

t'taiciU mis a nu par Ic feii, Ics plus proches parents s'ecriaient que ledefuntötait devenu dieu(i); ils recueillaient les ossenients non encore consumes, les arrosaient de vin et de lait et, apres y avoii' mele des epices et des eaux de senteur, ils les renfermaient dans un vase qu'on deposait dans le caveau.Neufjours apres, on celebrait les novemdialies en memoire de la personne decedee ; ä cette occasion avait Heu le silicernium, repas funebre fort splendide. A la morl de Romains riches et notables, on celebrait en meme temps des jeux solenneis et des combats de gladiateurs, On offraitä Ceres un porc ou un mouton ä l'intention du mort ; dans le caveau, on procedait ä une libation de vin, et c'etait alors seulement qu'on ensevelissait, c'estii-dire qu'on couvrait de terre, un membre detache du cadavre, un doigt ou une jambe qu'on avait retiree du bücher, ou bien, si cela ne pouvait se faire, on jetait de la terre sur la tombe. La faniille, pour etre purifiee, devait proceder ä Fun ou ä l'autre de ces actes {-2) ; en outre, il fallait accomplir encore les denicalies, ceremonies parliculieres de purification ; car les Romains, tout comme les Grccs, croyaient que tout attouchement de cadavres humains et de femmes accouchees constituaii une souillure, dont il fallait etre soigneusement purifie, avant de proceder ä n'importe quel acte religieux. Mais , suivant la decision du Grand-Pontife Mucius, une famille dont un membre etait decede en mer et avait ete jete par-dessus le bord, resiait pure , par la raison qu'aucune partie du cadavre n'etait visible sur la terre; l'heritier du defunt devait cependant s'abstenir de tout travail durant trois jours et immoler un porc en sacrifice expiatoire {z).

(1) Plut. Qufest Rom. p. 2ü7.

(-2) Varr 5. 25. Test, s- v- membrum abscindi. Cic. de Leg. 2, 24.

(3) Cic de Leg. 2, 22.

156. — Le 19 fevrier, on celebrait les Feralies ou Parentalies, fete generale, annuelle et publique des morts et on deposait sur les tombeaux des vivres destines aux defunts. Generalement, le eulte funebre des Romains etait un singulier melange d'idees confuses et contradictoires ; meme ceux des parents, auxquels on avait neglige de rendre les devoirs de pietö et de respect de leur vivant, passaient pour des dieux apres leur mort. « Quand je ne serai plus, » ecrivit Cornelie a son fils Gracchus, « tu me sacrifieras et tu invoqueras la divinite de ta mere. Ne seras-tu pas honteux alors de demander l'intercession d'un etre divin que tu n'as ni ecoute, ni respecte quand 11 vivait sur la terre et aupres de toi (i)? » Mais un pere, n'aurait pas invoque son fils comme une divinite, et personne ne se serait avise de prendre pour un dieu et de venerer comme tel, le membre decede d'une famille etrangere ä la sienne. En general, on voit predominer le desir de contenter les esprits des morts par des sacrifices et des mets, de les calmer ainsi et de les tenir eloignes. On ne savait pas aujuste si tel ou tel defunt etait devenu un bon lare protecteur, ou un lemur ou mauvais genie ; car on s'imaginait que ceux qui pendant la vie avaient ete mechants et criminels, se transformaient apres la mort en lutins nocturnes {-2). II parait cependant que celte idee n'a eu cours que dans quelques contrees, puisqu'on n'en rencontre que peu de temoignages. On purifiait les maisons avec du soufre, de la resine et des tlambeaux; le soufre passait pour particulierement efticace contre les esprits des morts (ö). Au mois de mai, on celebrait, pcndant trois nuits, les Lemuries, fete d'expiation et d'expulsion. A

(l)Corn. Nep. fragm.

(2) Apul. de Deo Socr. p. 132. f. Oiid.

(ö) Ovid. Fast. 2, 55, 29. Juveii. 2, 156. Plin. Hist. N. 33, 15.

ET JUDAISME. 133

minuit, le chef de la maison se pla^ait devant la porte de sa demeure, en repoussanl les esprits par un mouvcmeiit de la inain, puis, il se lavait les mains trois fois dans de l'eau courante, se retournait ensuite et mettait dans sa bouche des feves noires qu'il jetait aussitut derriere lui en disant : « Je vous donne ces feves, au nioyen desquelles je nie rachete, moi et les miens. » II devait repeter ces paroles neuf fois, puis il se lavait et apres avoir fait un grand vacarme avec des bassins de bronze, il criait neuf fois : « Sortez, mänes paternels(i) ! » Ce rachat au moyen de feves, lesquelles constituaient une oblation funebre et avaient, disait-on, certains rapports avec les morts, ressemble assez i\ cet autre sacrifice qu'on oifrait aux Lares Compitales et a Mania, leur mere, en leur abandonnant des poupees de lainea la place de membres de la famille.

157. — En considerant la veritable signification et le but des jeux de gladiateurs, on doit reconnaitre que lesRomainsoflraientdessacrificeshumainsauxmorts(2). Ce genre particulier d'immolation etait d'un tres-haut prix pour le defunt, parce qu'on ne pouvait savoir lequel des combattants allait succomber et que le vaincuavait l'air de s'offrir volontairement. En 217 av. J.-C, les trois fils d'/Emilius Lepidus, lors des jeux funebres consacres a leur pere, firent combattre, pendant trois jours, 22 couples de gladiateurs (ö). Un peu plus tard, Titus Flaminius, en l'honneur de son pere, donna, durant aulant de jours, des combats de 74 liommes (4).

158. — Depuis que les Romains, petit peuple d'agriculteurs, s'etaient transformes en une nation de guer-

(1) Ovid. Fast, o, 419 sq. Varr. ap. >'oiiiunip. 155. (2)Serv..f:ii 3,67.

(Z) Liv. 23, 50.

(4) Ibid. 41,55.

134 TAGAMSME

riers et de conquerants, et qiie le maniement des armes constituait leur principale occupaüon, les fetes de leurs dieux prirent un autre caractere. Des !ors, le travail, loin d'etre un devoir, fut indigne d'un citoyon romain. Celui-ci, dans rintorvalle de deux campagnes, voulait se livrer au repos ; ses victoires lui en avaient fourni le butin et des esclaves qui travaülaient pour lui. Les principales occupations de la vie des citadins etaient donc les assemblees populaires et les fetes ; environ ciriquante de ces solennites, dont cliacune comprenait en moyenne plusieurs jours, remplissaient le tiers de l'annec et formaient soncalendrier de fetes. Les anciennes solennites agraires et champetres furent maintenues, mais eurent une autre signification, ou enfin ne servirent plus qu'ä divertir la population oisive de la ville.

439. — Le temps consacre aux fetes portait le nom de jours feries (feriae), nom derive du sacrifice, acte le plus essentiel de la vie religieuse (i) ; le jour d'un sacrifice pour le peuple etait en meme temps un « festus dies, » c'est-ä-dire un jour oü le travail etait interdit et oü l'on n'accomplissait que des actes religieux. Les repas, les jeux et toute sorte de divertissements completaient l'idee d'un jour de fete romain. Cependant, il y avait aussi de feriae qui n'etaient pas jours de fete, c'est-i-dire qu'on n'y accomplissait que des sacrifices, comme ä l'occasion des Nundines, oü le roi des sacrifices executait les Nonalies dans la resia. Depuis que l'Etat etait devenu tres-riche, surtout par la chute de Carlhage, les corporations et les fonctionnaires publics rivaliserent de magnificence et de luxe pour procurcr au peuple lajouissance du culte divin;

(1) Fest V. Foriae : a feriendis viclimis.

ET JUDAISME. 155

les lectisternies furcnt multiplics, et on y ajouta des jeux qui eurent liou au theatre, a ramphitheätre et dans rhippodrome.

140. — Chcz les Romains, il se forma un droit special de jours feries, qui devint l'objet de toute une literature. Les jours etaient fasti ou nefasti; ceux-la seuls etaient consacres aux affaires judiciaires; il yavaitenoutre des jours citri, impropres aux actes publics. Un tel jour noir, on ne pouvait livrer bataille, ni accomplir un acte rcligieux, ni expedier les affaires d'Etat. L'inobservation de cette distinction fut la cause de grandsmalheurs publics; les armees romaines furent defaites sur l'Allia et sur la Cremera, parce qu'on avait sacrifie un jour nefaste, suivant l'opinion exprimeeparl'aruspicedevant le Senat (i). Le lendemain des Calendes, des Nones et des Idcs de chaque mois, ainsi que des fetes furent declares jours « noirs; » ils etaient au nombre d'environ 86.

141. — Se livrer, les jours feries, aux travaux habituels, etait, selon les pontifes, un delit religieux; le coupable etait frappe d'une amende et devait en meme temps oft'rir un porc en expiation. La meme defense etait en vigueur pour les jours feries extraordinaires fixes temporairement ä la suite d'un prodige ou d'un autre evenement. Les jours de fete on evitait aussi les cris de douleur et de plainte, les querelies et les remontrances (2). Un jour des jeux plebeiens, un Romain fouetta son esclave, avec lequel il passa le matin par l'hippodrome et Jupiter et par un songe, tit savoir ä un autre citoyen que le roi des danses lui avait deplu, et il fallut recommencer les jeux (3).

(l)Macrob Sat. 1, 16.

(:2) Ovid. Fast. 1,70.

(3) Plut. Fab Max. 18.

142. — Ell cxaminant les fetes principales suivant leur ordre chronologique, nous reiicontrons d'abord les Agonalies, fetes de Janus, qu'on celebrait le 9 janvier et pendant deux jours des mois de mai et de decembre; les Romains n'en connaissaient plus la signification. Ils ignoraient egalemcnt la nature des Carmentalies, fete de femnies, qui avait lieu le II janvier; on pensait cependant que cette solennitö avait ete instituee en souvenir d'une reconciliation des femmes romaines avec leurs maris, quand ces derniers avaient teilte d'interdire l'usage des voitures ä leurs epouses irritees. Le 13 janvier etait un jour ferie en l'honneur d'Octavc et en souvenir du surnom d' Auguste qu'on lui avait donne. Le 16 avait lieu la fete de la consecration d'un temple de Concorde construit ä Toccasion de la reconciliation des plebeiens et des patriciens ; on celebrait en meine temps les jeux palatins, institues par Auguste en l'honneur de Cesar et du temple de Venus, lequel venait d'etre aclieve. Les campagnards celebraient encore en janvier les Sementina et les Ambarvalia, fetes de l'ensemenccment et des champs. Auguste, en memoire de la fermeture du temple de Janus qui eut lieu sous son regne, institua une fete de paix particuliere, et le mois finissait par la fete des Penates, auxquels on offrait un bceuf.

143. — Le premier fevrier etait consacre ä Junon Sospita, la Salutaire, vieille divinite de Lanuvium, oü les Consuls devaient lui oftVir une chevre. Nous avons dejti raconte que les femmes romaines, lors des Lupercalies, pour devenir fecondes, se faisaient frapper par les Luperques courant tout nus par la ville. La fete suivante, les Fornacalies, avait un caractere agraire; eile etait consacree aFornax, deesse desfours,

(I) Ovid. Fast. 2, o-2'6 sq.

ET JLDAISME. 157

ä laquelle on demandait de faire reussir la torrefaction des grains et d'empecher que le bic ne fut brüle (i). On celebrait ensuite du 18 au :28 Fevrier la Februation, fete generale de purificalion et d'expiation, qui donna son nom au mois de Fevrier; on y ajoutait aussi les Feralies, fete des morts (2) et toutes deux se rattachaient i\ Febrius, ancien dieu etrusque des enfers.Entre temps on fetait la Charistia, solennite de famille, destinee ä arranger les diti'erends entre parents, au moyen d'un repas commun. Les Terminalies qui avaient Heu le 23 Fevrier, dernier jour de l'annee, selon l'ancien style, etaient comptees parmi les fetes principales. De meme que les Grecs avaient place leurs limites sous la protection de Jupiter Horios, de meme en Italic, la saintete et l'inviolabilite des bornes etaient garanties par le culte du dieu Terminus, qui residait sur le Capitole, sous forme d'une pierre carree. Lors des Terminalies on signait et on couronnait les bornes qu'on regardait comme les genies tutelaires des lieux et des chemins et on offrait aux dieux des sacrifices de lait, de gäteaux et de fruits, qu'on jetait trois fois dans un feu, allume dans la maison et transporte ensuite sur un autel de gazon ; plus tard on y joignit aussi des sacrifices sanglants de porcs et d'agneaux (3).

144. — Au mois de 3Iars, pendant la fete des Liberalies, que les campagnards celebraient au milieu de farces, on accordait solennellement la Toga libera ou virilis aux adolescents de Rome ; on faisait deriver ce nom de la ressemblance du mot (Liber et Toga libera) (4). Venaient ensuite, cinq jours apres, les Quinquatries, fete de Minerve. Le premier

(1) Ovid. Fast. 2, 523 sq.

(2) Lyd. de mens. p. 68. Isidor. Origg. 5, 35. (5) Dioiiys. 5, G'J.

(4) Ovid. Fast. 5,771.

jour etait consacre ä l'anniversaire de la deesse, laquelle, en sa qualite de deesse de la sagesse, des arts et de l'industrie, recevait des sacrifices nonsanglants; tous ceux qui exercaient une profession exigeant de l'adresse, ou de la culture d'esprit, des astronomes, des cordonniers, des poötes, des teinturiers, des statuaires, des tourneurs, des medecins, etc., se pressaient dans le temple pour invoquer la deesse, en compagnie des jeunes ecoliers. Les jours suivants, on s'adressait au caractere guerrier de la deesse, en instituant, en son nom, des combats de gladiateurs. La fete (itait terminee par les Tubilustries, oü l'on purifiait, par Timmolation d'un agneau, les flütes et les trompettes dont on se servait dansle culte et qui etaient ainsi consacrees u l'usage religieux (i).

44ö. — Le mois d'Avril commen^ait par des fetes Megalesiennes et par des jeux consacres ä la mere des dieuxet a son Attys. Elles seprolongeaient pendant six jours ; la plantation d'un pin dans le temple, la recherche,lamutilation,ladecouverteetlaresurrectiond'Attys, ainsi que le lavage solennel de la pierre sainte, representant la deesse, auquel on procedait le dernier jour dans le fleuve meme, constituaient les principaux actes de la solennite.LesGalles chatres et habilles en blanc, parcouraicnt les ruesde la ville en mcndiants et en por~ tant le couteaurecourbe, Instrument de la castration (2). Los Quindecemvirs, conservateurs des livres sibyllins, ne dedaignaient pas de s'adjoindre au cortcge (."5). Le 12Avril avaientlieu lesCeröalies, illustreespar des jeux et par une grande procession dans le cirque.On oflfrait a la deesse des rcnards, qu'on accouplait par deux en

fl)Ovid Fast. 5, 813 sq.

C2) Lucr. 2, G-21.

(3)Lucan. 1,600.

ET JUn.USME. 159

leur attachaiit un (lambeau brülant et auxquels on donnait la chasse dans le cirque (i). Le 15 Avril etait consacre ci la feto des Forticidies, oü l'on sacrifiait trente vaches pleines, ä rintention des trente curies du peuple, et le 21 ä la fete champetre des Palilies, oü les campagnards sautaient k travers un feu de paille (2); les Romains fetaient alors l'anniversaire de la fondation de la ville et allaient chercher sur l'autel du temple de Vesta, les moyens de purification : du sang de cheval, de la paille de feverolles et la cendre des veaux brüles lors de la fete des Forticidies ; on repandait ces objets sur des charbons ardents et on arrosait d'eau lustrale les personnes qui devaient etre purifiees. Ensuite le 23 on celebrait les prcmieres Vinalies, oü Ton offrait ä Jupiter une libation de vin nouveau, en mettant un tonneau en perce ; puis les Robigalies, oü l'on demandait ä Robigus, dcmon de la nielle, d'epargner les champs de ble romains. Le sacrifice se composait de chiens roux et de porcs dont la couleur avait quelque rapport avec Sirius, apparaissant le 2o Avril et faisant tant de mal au ble (3). On finissait le mois par les jeux Floraux, commengant le 28 et fameux par le devergondage qui y regnait; ils sont remarquables, en outre, en ce qu'on n'offrait pas de sacrifices ä Flore, et qu'on ne lui consacrait que des amusements.

146. — Le mysterieux sacrifice que les femmes offraientä BonaDea, avait lieu au mois de Mai ; on procedait aux jeux de l'bippodrome, institues par Auguste en l'honneur de Mars, et que suivait un deuxieme Tubilustrium, pour consacrer et puritier les trompettes des sacrifices et les flütes mortuaires. Au mois de

(1) Ovid. Fast. 4, 682.

(2) Ibid. 4, 12i. sq. •

(3) Aug. C D. i, 2i Fest s. v. Catuluria.

Juin, on commencait par offrir un sacrifice de lard et de farine de feves ä la deesse Garna, qu'on croyait etre la protectrice des entrailles du corps humain. Les sept jours suivants, du 7 au 15 Juin, etaient consacres ä Vesta ; on procedait ä la purification de tout le sanctuaire de cette deesse, et la Flaminica, epouse du FlamineDialis, en signe de deuil, ne pouvait ni peigner ses cheveux, ni couper ses ongles, ni recevoir un mari. La veritable fete des Yestalies secelebrait le 9 Juin et etait un souvenir de lapreparation dupain, qui eut Heu jadis dans le temple de Vesta; c'etait en meme temps une fete particuliere des boulangers et des meuniers, qui parcouraient la ville avec des änes portant des colliers, formes de petits pains cnfdes ä un cordon (i). On disait qu'un äne ayant trouve Vesta ivre et endormie dans l'herbe, l'avait eveillöe et sauvee des poursuites de Priape {'-i). Ce jour-li\, les fcmmes romaines allaient, ä pieds nus, en pelerinage jusqu'au sanctuaire de la deesse. Les Matralies etaient fetees par les femmes seules, le 10 Juin, en l'honneur de Matuta. 147. — Le 7 juillet, une fete qu'on appelait Populifugium, en memoire d'un evenement, oublie plus tard, oü le peuple avait pris la fuite, coincidait avec les Nonae Caprotinae, joyeuse fete de femmes et de servantes esclaves; au lieu de lait, on offrait ä Junon le jus du figuier sauvagc (ö). A la suite des prophcties d'un Marcius, on celebrait, depuis 214 av. J.-C. le 5 juillet, les fetes d'ApolIon, composees de representations dramatiques et gymnastiques et de chasses ä courre. Une fete de Lucaria, qui avait lieu 19 et le 21, et qui se composait aussi de jeux, se rapportait, disait-on, au souvenir

(I) Ovid. Fast. 6, 31100. Lyd. de mens. 4, 59.

(2; Ibid. Ü. 519-546 ; 5, 507-547.-

(5; Macrob. Sut. 1, 11. Varr. G, 18. Plut. Roniiil 29.

ET JUnAlSME. 141

de Romains battus par les Gaulois et caches dans une foret (i). Quant aux fetes du mois d'Aoüt, nous manquonspour laplupart dedetails; nousn'cn connaissons que les Portunalies, et les Consualies, fetes des esclaves, oü les femmes se lavaient la tete; une deuxieme fete des Vinalies, celehree en l'honneur de Jupiter, pour en obtenir une vendage abondante ; ensuite les Volcanalia, qui avaient lieu le 25, oü l'on jetait des animaux au feu, tirait des feux d'artitices et faisait des courses aux flambeaux, et enfin la fete des Opeconsivies, qu'on celebrait dans un appartementsecret de la Regia, en la seule presence des Yestales et du roi des sacrilices — etaient les fetes religieuses du mois d'Aoüt. Le mois de Septembreetaitpauvre en fetes; il n'y avait que les Ludi Romani, composes de jeux sccniques et dedies ä Jupiter, ä Junon et ä Minerve.

148. — Le mois d'Octobre commencait par les Meditrinalia, fete vinicole, oü l'on degustait le vin nouveau. Les Augustalies, nouvellement instituees pour fetcr le retour d'Auguste victorieux, dans la Capitale, etaient fettes le 12 avec une pompe et un luxe de jeux, qui eclipsaient la plupart des solennites anciennes. Le io, on otiVait a Mars le cheval d'Octobre, dont on clouait la tete, et le 19 avait lieu l'Armilustrium, fete guerriere, accompagnee de consccrations d'armes et de sons de trompette {'■2). Aucune fete n'avait lieu en No-vembre; le mois de Decembre commencait par les Saturnales, qui ne durant d'abord qu'un seul jour, se prolongeaient sous Auguste pendant trois, et sous Caligula pendant cinq jours. On eclairait les sanctuaires de Saturne au moyen de bougies, et on utait les echarpes de laine, qui enveloppaient un pied de la sta-

(l)Fast. s. V.

(-2) l'ert. s. V. Yarr. G, •2-2.

tue. Le caracttjre piimitif de cette fcte constituait des remerciements pour la moisson et la memoire de cet ancien temps de Saturne, oü il n'y avait ni maitres ni valets. A Rome, on passait les jours de fete, en se livrant k des plaisirs effrenes, k des repas et k des libations joyeuses, on jouait aux des et on s'ofl'rait mutuellemcnt des presents. Les riches tenaicnt constamment table ouverte, et les esciaves jouissaient d'une Interruption dans leur misere, pour ainsi dirc d'une treve, dans la guerre eternelle avec leurs maitres (i); decharges de tous les travaux, ils portaient la toga et le chapeau, insignes de la liberte, ils pouvaientse permettre des plaisanteries et diner avec leurs maitres, qui les servaient meme quelquefois ä table (:2). Les Opalies, fcte d'Ops, deesse de la terre, et les Sigillaries se rattachaient aux Saturnales; ces dernieres, fete d'images de poupees, tenaient leurs noms des petites figurcs d'argile, que Numa, disait-on, avait Offertes ä Saturne en remplacement d'enfants vivants; plus tard c'etaient de petites Images divines, donton faisait prescnt aux enfants (5). Enfin on celebrait encore dans le temps des Saturnales, les Compitalies et les Larenlalies, fetes des lares et des divinites des carrefours.

EFFOUTS POUR CONNAlTRE LA VOLONTE DES DIEUX.

449. — La nalure et la divinite etant inseparablement liees et presque identiques dansle Systeme de re-

(1) Arrian. Epict. 4, 1, c,H.

(2) Macrob. Sat. 1, 7. Dio Cass. 60, 19. Hör. Sat. 2, 7, 4.

(3) Ariiai). Epict. 1,29. Marl. 14, 70.

ET JUnAlSME. 145

ligion romaine, riiomme s'imaginait devoir considerer aussitöt, comme une revelatlon de la divinite, ce que la nature somhlait lui diro ou ce qu'il croyait y decouvrir. Les dieux, qui remplissent la iialure dans toutes ses parties, raniment et la fönt mouvoir, manifestent a riiommc leur volonte et lui revelent I'avenir, par certains signes, par des plienomenes et des evenements qui se produisent en partie dans le monde animal, en partie dans d'autres splieres dela crealion. II ne s'agissait que d'observer exactement et d'interpreter justement ce langage de signes: voilä l'idee qui predominait chez les Romains. Rien ne se faisait, ni dans FEtat, ni dans la vie privtte, sans Auspices prealables (i). «. S'il y a des dieux » teile fut la conclusion des Stoi'ciens « ils doivent avoir soin des hommes et leur manifester leur volonte et I'avenir (2). » Mais un choix etait nöcessaire et ce ne pouvaient etre les evenements naturels ordinaires, entierement reguliers qu'on consultait sans distinction sur la volonte des puissances supremcs: tous les animaux ne pouvaient passer pour organes de revelations divincs. On se servait de certaines autres especes d'animaux et de phcnom^nes extraordinaires, inexplicables par les raisons connues;la conformation physique du pays et l'ancienne tradition etaient decisives. Dans les temps recules on ne songeait ä des tromperies premeditees, ni k des combinaisons politiques, destinees ä transformer la credulite de la foule en un instrument de politique, quoique plus lard, beaucoup de Romains et de Grecs aient ete d'avis que de semblables calculs avaient, des le principe, forme la base de tout le Systeme. Les

(I) Val. Max. 2, ), 1. Liv. G, iO.

(2)Cic. (leDiv. 1,Ö8;2, 49.

peuples orientaux cherchaient ä lire dans les etoiles les decisions de Ja divinite et la destinee des hommes, mais c'etait lä un art suspect et etranger aux PiOmains ; pendant longtemps, ils ne voulurent tolerer, ni les Chaldeens, ni les Astrologues, et provoquerent des decrets de j)annissement contre eux et contre d'autres devins etrangers. II n'y avait point d'oracles Romains, cependant on consultait quelquefois celui de Delphes, par ordre de l'Etat. Dans les nialheurs et les grands dangers, on faisait attention aux devins et aux prophetes, et on acceptait les predictions, comme Celles d'un certain Marcius, et Celles de Cornelius Culleotus, pendant la guerre d'Octave (i).

loO. — Les Romains naturaliserent, chez eux, l'institution etrusque des Aruspices avec ses deux branches, la divination au moyen des entrailles des victimes et l'interpretation et l'examen des eclairs et des prodiges. Gependant, ils faisaient toujours venir leurs Aruspices d'Etrurie et se trouvaient ainsi dans une on^reu' e dependance de ce pays, jusqu'au nioment oi^i ils s'en emparerent. L'action de ces devins indispensables ä l'Etat, s'etendait surtout sur la vaste sphere des prodiges. L'ignorance de la nature, le penchant et le desir de reconnaitre des merveilles dans les choses les plus insignifiantes, une credulite Sans bornes multiplierent ces signes d'avertissement, au point que nous devons admirer la sollicitude infatigable du Senat ü tenir compte de toutes ces choses. On comptait au nombre des prodiges, nonseulement des eclipses de sokil et de lune, ou tout autre phenomene dans ces deux astres; des arcs-enciel d'une couleur extraordinaire, des etoiles filantes,

{l)Cic deDiv 1,2; I, 40.

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niais cncorc des monstres d'hommes et d'animaux. II pleuvait lä des pierres, de la terre, de la craie üu des cendres; des Images divines versaient des larmes Oll suaient du sang, des ba'iifs parlaient, des hommes se changeaient en femmes, des coqs en poules ; du sang ou du lait coulait dans des lacs ou dans des ruisseaux, dessourisrongeaient les vases d'or des temples, un essaim d'abeilles s'etablit dans un temple ou sur une place publique, ou — ce qui etait partieuiierement epouvantable — la foudre tombait sur un temple ou sur un autre edifice public. Pour tous ces prodiges qui eft'rayaient le peuple et le Senat, il fallait une procuration, c'est-a-dire, qu'il fallait les detourner au moyen des prieres et d'expiations et reconquerir la faveur de la divinite mena^;ante ou en colere. Sous le roi Tullus, une pluie de pierres donna lieu ä une fete publique de sacrifices de neuf jours, et, depuis cette epoque, on institua, ä la suite de semblables evenements, des supplications coüteuses, ayant la meme duree. C'etaient ordinairement des sacrifices d'animaux qui composaient la procuration organisee d'apres les livres sibyllins, qu'on consultait a cet etlet, ou d'apres les sentences des Aruspices et des Augures,

ioi. — L'examen des entruilles, (extispicina), etait un art tusque et plus tard meme, sous l'empire, c'etaient des Etrusques qui s'y connaissaient le mieux. Des Aruspices Tiisqucs accompagnaient en consequence les armees et des Romains puissants, comme plus tard les Empereurs, entretenaient des inspecteurs particuliers. La langue, les poumons, lecceur, lefoie, lefiel, la rate, les rognons et le diaphragme etaient les parties qu'ils examinaientaveclaplus grandeminutie,enseservant d'un petitcouteau ou d'uneaiguille.Ilyavaitdes sacrifices d'animaux et des sacrifices de consuliation et

l'acte principal de ces derniers etait rexamen des entrailles afin d'y lire l'avenir et la volonte des dieux. Or, les parties soumises ä rinspcction etaient propices ou hostiles quand iine de ces dernieres etait tres-forte, qu eile avait, par exemple, des veines epaisses, on etait menace de malheurs ; des fentes ou des incisions qu'on y rencontrait, annoncaient tantot des dangers, tantut des avantages; quelquefois il en manquait, quelquefois il y en avait beaueoup trop. L'absence de la tele du foie, c'est-a-dire d'une protuberance de l'aile gauche de cet organe, etait un signe particulierement funeste (i). Un autre indice, tout aussi defavorable, etait la diminution du foie, quand il avait ete bouilli dans un pot, avec d'autres entrailles de l'animal (:2). Cependant les Romains etaient bien loin de renoncer ä une entreprise, ä cause de mauvais signes decouverts dans les entrailles ; ils employaient alors des Litamina, c'est-ä-dire, ils voulaient amener de force des indices heureux. En eifet, ils y reussissaient presque toujours; car on offrait des sacrifices k plusieurs dieux ä la fois, et k cette occasion , il arrivait souvent qu'un dieu oii'rait des indices fächeux, tandis qu'un autre en revelait de tres-favorables on repetait aussi les sacrifices jusqu'a ce qu'on eüt trouve ce qu'on voulait avoir. II n'est pas rare, dit Ciceron, en parlant de cette derniere maniere de proceder, que la premiere victime n'a point de tele dans les entrailles, ce qui passe pour un epouvantable presage, et que la suivante donne les indices les plus favorables {:>).

lo2. — Dans certains cas, la verite des Aruspices

(1) Cic. de Div. 2, 12, IS. Liican. 1, 617; 6'iS Senec. OEdip. 56-2 sq.

(2) Liv. 41, 15. Fest. s. v. Monstrum.

(3) Cic. de Div. 2, 15.

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se manifesta par un succes eclatant. Lorsquc Cesar, peu de temps avant sa mort, offrit un sacrifice le jour oü pour la premiere fois il s'assit dans le fauteuil dore et sortit couvert de pourpre, on ne trouva point de coeur dans Ic bueuf imniolc et le lendemain, une nouvelle victime manquait de tele de foie. Des lors TAruspice Spurinna avertit le Dictateur que sa vie etait menacee d'un danger. Dans la matinee du jour fatal les sacrifices, quoiqu'on ne cessät de les repeter, donnerent des signes defavorables (i). Ceux qui voulaient croire, combattaient leurs doutes au moyen de tels exemples ; d'autres, moins credules, se demandaient comment il fallait expliquer la versatilite des dieux qui menacaient de malheur k la premiere inspection et promettaient du bonheur a la deuxieme ; comment il se faisait qu'un sacrifice consacre ä Apollon, donnait des signes favorables tandis qu'un autre offert ä Diane, n'en montrait que des defavorables ; pourquoi les Aruspices d'Etrurie, d'Elide, d'Egypte, de Carthage interpretent-ils les entraillesd'unemaniere toute difterente? On demandait quel rapport il y avait entre une fente dans le foie d'un agneau et un petit benefice d'un homme, un heritage futur et autres avantages (2) — si, quand quelqu'un avait l'intention de sacrifier, il se produisait dans les entrailles de l'animal un cbangement resultant de la Situation dans laqueile se trouvait le' sacrifiant, en sorte que ce foie se serait trouve dans un autre etat si une autre personne avait immolelavictime. xXeanmoins pendant que les Augures, Institution reellement romaine, tombaient en decadence et etaient traites avec mepris, les extispicines conservaient une certaine autorite, et dans les derniers temps de la

(!) Cic. de Div. 1 32. Plut. Caes. 63. .\pp. 2, oOO. Flor. A, 2. (2) Ibid. 2, 12. 14, 18.

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Republique, on s'en servait ä la place des Auspices (i). Caton, qiii n'etait point favorable ä l'examen des entrailles, parce que cet etablissement etait d'une nature etrangere, anti-romaine, disait qu'il etait etonnö qu'iin Aruspice ne riait pas en en rencontrant un autre; dans les guerres civiles, leurs reponses et leurs promesses furent le plus souvent des illusions et tromperent surtout Pompee, qui en faisait cepeiidant beaucoup de cas (^2).Gepcndant cetartse maintint, un seul exemple oü la prediction futaccomplie, comme celui dont on parla ä la mort de Cesar, pouvait faire oublier des vingtaines d'illusions, pour lesquellesd'ailleurs trouvait plus tard des explications et des excuses.

153. — Pendant longtempson nese servait pas a Rome des Aruspices en qualite de Fulgurateurs ou d'observateurs des eclairs ; la foudre etait comptee parmi les prodiges ; comme teile, eile devait etre suivie, en certains cas , d'une procuration , d'une expiation , par exemple, quand on voyait un eclair en temps serein, ce qui etait regarde comme un phenomene extremement epouvantable et alors on se servait des Aruspices. Les Romains, qui attribuaient tous les Eclairs du jour ä Jupiter, et tous ceux de la nuit a Sumanus, ne se souciaient pas de la question si importante pour les Etrusques, a savoir lequel des neuf dieux foudroyants avait lance le feu du ciel (5). Mais du temps de Diodore les Fulgurateurs etaient dejä repandus surtout leglobe et meme plus tard encore on les aper^oit dans les armees romaines et ä cote des empereurs, entrant en campagne (4). Du reste les

(1) Cic.de Div. 1,12.

(2) Plin. H. N. 2, 55.

(5) Diod. 5, 40.

(4)Suet. Dom. 10 Aiiim. Marc. 25, 2; 22, 12;32, o.

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Aruspices jouirent de la protection toute particuliere de l'empereur Claude, tres-savant en fait de choses Etrusques, et il parait que c'est sous son regne, qu'on forma un veritablc College d' Aruspices qui avaient le menic rang que Ics autres corporations de pretres (i), et qui comptaient jusqu ä soixantemembres. Cependant sous Tempire ils avaient de dangereux rivaux dans les Chaldeens, qui savaient fort adroitement se concilier la confiance et la faveur du peuple.

154. — Les Romains eux-memesn'etaientpasd'accord sur la question de savoir si, dans l'antiquite, on avait introduit les Augures dans la conviction de pouvoir decouvrir la volonte des dieux, ou si cette Institution n'etait que le rösultat d'une combinaison politique,une ingenieuse machine d'Etat. Suivant Ciceron, deux savants Augures, Marcellus et Appius ont soutenu, Tun la premiere opinion, l'autrela seconde(2).Maisailleurs, Ciceron lui-meme etablitlefaitqu'anciennementl'usage des Auspices etait general, meme dans la vie privee (3), et qu'on ne procedait presque ä aucun acte important, sans les avoir prealablement consultes; preuve qu'il ne s'agissait point d'une invention politique mais bien du resultat de la croyance dominante. Le Systeme des Augures, tel qu'il ötait pratique k Rome, s'etait forme de theories Etrusques, sabines et latines.

loo. — Les especes d'oiseaux propres ä la divination etaient divis(5s en Oscines, parce que leur voix decidait, et en Alites, dont le vol, tantöt rapide, tantot lent, ainsi que le battement d'ailes,(itaientprispour regle. Si les oiseaux volaient de la gauche de l'Augure vers la

(1) Suet. Claud. 2-2, 2ö. Tac. Ann. lü, 13. (•Z) De Legg. 2, 13.

(3) De. Div. 1, 16.

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