‹ Paganisme et JudaïsmeChapitre 13 sur 35 · Aucun Romain ne songea ä creer, ä produire · texte numérisé non relu

Aucun Romain ne songea ä creer, ä produire

(1) Oiat pro Cluent. c- Cl.

(-2) De uff. i, 2.

i3) Le.j. 5, 12.

(4) De Divin. 2,7-2.

ET JLDAIS.ME. 177

quelque chose de neuf o\i d'original dans le domaiiie de la Philosophie. Ceux qui s'occupaient d'etudes philosophiques s'affiliaient ä uneecoleexistante — ou procedaient en eclectiques et faisaient des elements pris Qä et \ä un Systeme personncl. — C'est ce qiie fit Quintus Sextius qui vit la republique se changer en empire. L'ecole qu'il fonda i\ laquelle se joignit Sotion, maitre de Senequene put sesoutenir. Elleproposait une morale toute pratique, en partie Stoicienne et en partie Pythagoricienne, et prescrivit, en vue de la metempsycose, l'abstinence de chair et de nourriture animale (i). Le sage est aussi puissant que Zeus, disait Sextius avec les Stoieiens (2).

10. — Si TEpicureisme gagnait des partisans, le succes du Stoicisme etaitcependant plus durable. Mais depuisla proclamation del'Empire, lesecoles philosophiques tombaient l'une apres l'autre, ä Rome, commc dans les provinces. Celles-lä seules pouvaient se maintenir, dont latendance etait avanttout pratique et morale. Du temps de Seneque, les deux academies avaient disparu : l'ecole de Pyrrhon etait muette (0). Ce sieclelä regardait les corps comme les seules realites, ne reconnaissait rien au-delä de lanature et reduisait toutes^ les Sciences ä la seule Physique. La metaphysique devint une image fantastique; car tous les etres incorporels, intelligibles etaient traites d'abstractions de la pensee: la Sensation etaitl'uniquesource de nosconnaissances. Aussi la philosophie, surtoutcelledesStoiciens, etait-elle excessivement simple et accommodante. Les idees de Piaton, « l'intelligence pure d'Aristote, etaient

(l)Sen. ep.o9. Qutest. nat. 7, 32. Sotion :ip. Stob. Senn. U, 10. 84, 6-8.

(2) Senec. ep. 73.

(3) Sen. qua-st, Nut. 7, 52.

mises de cote ; le dogmatisme sensualiste de la physique Sto'icienne, qui avait une reponse palpable ä toute question, souriait aux Romains. Dieu et le monde ne sont separes dans ce Systeme que par une distinetion logique; l'homme qui est comme la couronne, la partie la plus parfaite de la nature, est egal ä Dieu et meme au-dessus de Dieu : la nature divine regoit sa perfection dans Thomme. Cette doctrine ttattait l'orgueil romain ; en meme temps, eile etait, mieux que toute autre theorie liellenique, propre ä etayer le culte ofliciel si eher, si indispensable aux hommes d'Etat et laver du reproche d'inconsequence le philosphe qui, en depit de ses prineipes, voulait y adherer ostensiblement. Le pantheisme materialiste du Portique permettait de venerer dans chaque produit de la nature, ou dans chaque manifestation d'une force physique, la puissance divine qui penetre et meut tout: huit mille dieux ou personnifications de la matiere et de la force physique, avaient aux adorations de la foule le meme droit qu'une ou deux divinites. De plus, les meilleurs desRomains etaienteblouis par l'ideal du Sage que le Sto'icisme opposait brillant et radieux ä ä la depravation generale. Elle leur plut, la doctrine qui promettait a ses adeptes de les rendre invulnerables auxcoupsd'undestin enncmi. L'apathie Sto'icienne, la soumission calme aux arrets du sort, la froide resignation, le mepris de la vie, une disposition constante ä une mortvolontaire,devaientsourire au Romain de ce temps, courbe sous le sceptre de fer d'un usurpateur. 11, — L'ecole Sto'ico-Romaine reduisait cependant le Systeme du Portique a des proportions de plus en plus petites. La metaphysique etait, comme nous l'avons dit, assimilee ä la Physique, et Seneque accuse l'intemperance de l'homme du developpement exorbitant qu'avait pris la philosophie : eile devait etre sim-

ET JLÜAISME. 179

plifiee et reduitc a ce qui pout servil' immediatemeiit pour la conduite (i). Ce phiJosophe famcux, qui etait moins un observateur calme, qu'un rheteur friand d'antitheses et de phrases epigrammatiques, voulait se faire passer pour eclectique; mais au fond II resta infeode au Stoicisme et nc sortit nullcment de ses borues etroites. L'orgueil qui fait le fond de ce Systeme, se dresse sans voile dans les ecrits de Seneque. Le sage, dit-il. vit avec les dieux sur le pied d'une egalite parfaite(:2); il est a proprement parier dieu lui-meme et porte eil sei une partic de la divinite. Nous sommes et les compagnons et les mcmbres de dieu;rhommc juste ne differe de dieu que par la duree de l'existence: si de ce cöte-la, la divinite a sur lui l'avantage, il ne lui cede aucunement sous le rapport de la felicite (ö). Oui, le sage surpasse dieu, qui est sage de sa nature, tandis que l'homme s'est donne la sagesse a lui-meme (i). Qui craindrait donc les dieux? — Aucun de ceux qui ont rintelligence saine (o). — Les dieux ne peuvent ni ne veulent faire du mal ä qui que ce soit ((>) : incapables de faire une injure, ils ne peuvent non plus en recevoir: l'homme ne saurait donc les oüenser (7). La priere est inutile: pourquoi lever les mains au ciel? pourquoi importuner les dieux, quand on peut se donner ä soimeme le bonheur? Au lieu de paraitre en suppliant devant leur tröne, il depend de vous de vous elever jusqu'ä eux (8). L'enchainement du destin roule les evenements dans un ordre invariable, de la meme mall) Ep. 89. lOG.

("2) Ep. 59.

(3) De ProviU. I.

(i) Ep. 53.

(5) Debenef.4,19.

(ß) De ira 2, 27.

(7) Ep. 95.

(8) Ib. 41.

niere que dans le ruisseau du bois, la vague pousse la vague qui la precede: la premiere loi, c'est son immutabilite: expiations, sacrifices, prieres sont donc inutiles, et peuvent tont au plus soulager un esprit malade (1).

12. — Ell parlant, dit Seneque, des bienfaits de la nature, nous avons en vuc la divinite qui est dans le monde et dans toutes les parties du monde. Cette divinitö, nous pouvons la designer sous plusieurs denominations: nous l'appelons Jupiter ou destin; celui-ci n'est autre chose que la chaine des causes, et Dieu est le premier anneau, dont dependent tous les autres anneaux qui forment la chaine, Nous lui donnons aussi le nom de Pere Liber, d'Hercule ou de Mercure: noms varies d'une meme divinite qui exerce sa puissance tantüt d'une maniere et tantöt d'une autre (2).

15. — L'intime contradiction de l'anthropologie sto'icienne se revele surtout dans les ecrits de Seneque. Tout homme porte Dieu dans son coeur ; il est dieu par un Cüte de son etre; la vertu consiste, par consequent, ä suivre les penchants de la nature — chose des plus faciles (ö). Et cependant l'experience prouve que les hommes sont infectes de vices. IIs l'ont ete et le seront toujours ; si les crimes diminueront peut-etre, la perversite meme qui les produit, restera toujours vivace dans les coeurs (4) ; tous nous avons prevarique. D'oü vient cette lamentable universalite du peche? Seneque ne peut assigner d'autre cause qu'une aberration generale. II n'espere pas d'amelioration: le monde croulera, dit-il, et sera reconstruit; mais la race pure, qui

(1) Quaest nat -2,00.

(2) De benef. 4, 7. 8.

(5)Ep. 41.

(4) De benef 1, 10.

ET JLDAISME. AHl

peuplera la nouvelle terre, ne tardera pas ä perdre l'innocence (i). Ce quon n'explique pas, c'est cette aberration generale des dieux, caches sous la formf, humaine. — Au reste, Seneque dit et pouvait dire de helles choses sur la Providciice, puisque la puissance organisatrice de l'univers, Täme du monde ou Dieu est intelligent. Mais eile est limitee par la matierequi ne peutetre entierement domptee, et c'est ä cette immutabilite de la matiere qu'il faut attribuer le peu d'equite que Dieu montre dans la distribution des destinees, en condamnant le juste ci la pauvrete et ä la souffrance {-2).

14. — Bien ditferenl deces Sto'iciens quidu temps de Ciceron, prenaient la defense du Systeme des augures, Seneque lance les traits ac^res d'une impitoyable critique contre le culte d'alors. Dans son livre « contre les superstitions » il rejette les sacrifices : le spectacle de creatures egorgees ne saurait plaire a Dieu (5), le culte des idoles paiennes etait un delire. On transforme, disait-il, les dieux en hommes,en aniniaux, en poissons, et quelquefois en monstres : on appelle etre divin ce qui, rendu a la vie, nous paraitrait repoussant et hideux; les anciens Romains avaient divinise la Peur, la Päleur; se mutiler, se meurtrir en l'honneur des dieux, c'est de la frenesie, de la derniereferocite. Mais en lan^ant le sarcasme contre les mariages des dieux et « la canaille » que la superstition des äges a rassemblee sur l'Olympe, il finit par dire que cette canaille peut etre honoree, mais qu'en l'honorant on ne doit pas oublier que c'est lä une affaire de routine (4). ■

(i) Qusest. iiat. 5, 50.

(2) De Provid. d.

(5)Ap. Lact. 6, 23.

(4) Ap.Aug. Civ. D.G, 10.

182 FAGANISME

lo. — Au reste, il parait que les Slo'iciens de son temps ne Tont guere suivi dans ses attaques virulentes contre la religion de l'Etat et du peuple. Deux de ses contemporains, aussi adeptes du Portique, Cornutus et Musonius suivirent une toute autre direction. Lepremier, dans un ecrit intitule: « De la nature desdieux, » explique par la physique et rallegorie les dieux des Grecs et des Romains. L'autrene voulait reconnaitre a la Philosophie d'autre domaine que la morale pratique, et en faisait une theorie des vertus, une introduction a une conduite convenable. C'est pour cela que lous, les femmes comprises, devaient, seien lui, s'occuper de Philosophie (i) ; car, ajoute-t-il avec une admirable candeur, la philosophie et surtout la mienne guerira la corruption qui ronge la societe humaine et remplit tout penseur de douleur et d'eifroi. Dans les problemes de Dieu et de l'äme humaine, il adherait, sans restriction aucune, h tous les enseignements de son ecole. Ainsi il parle sans arriere pensee de la nourriture que les dieux extraient des brouillards et des exhalaisons des eaux — l'äme humaine qui a tant de ressemblance avec la Divinite, est representee comme une substance formee de vapeurs chaudes et des secretions du sang, sensible aux intluences d'autres corps et pouvant etre souillee par la boueet niouillee parrhumidite(2). Apres tout cela, il aftirme hardimcnt que le Sage meprise l'exil, parce qu'il porte partout l'univers avec soi (3). Chez lui, comme chez tous les autres Sto'iciens, on trouve d'admirables phrasessur la dignite de l'homme et l'imitation de la Divinite; mais imiter Dieu n'est en definitive que suivre les penchants de la nature, pren-

(1) Ap. Stob. Serni. app. p.413; iio.

(2) Ap. Stob. Serni. IT, 45.

(3) T« ttSv, ap. Stob. i0,9.

ET JLDAISME. 183

dreconsoil de soi-meme, et laisscr faire la substance divine que cliacun porte dans soii coeur. Protee, voilä leparfait symbole dudieu des Sto'iciens, dela substance qui, informe en elle-meme, subit successivement dans le monde toutes les modifications possibles.

ii). — Le celebre moraliste du Portique, Epictete etait disciple de Musonius et connut mieux la vie intime de Tarne que ses devanciers. II exer^a dans le domaine de la morale une intluence qu'aucun philosophe de l'antiquite, Aristotepeut-etre excepte, n'a pu egaler. Le commencement de toute pbilosophie c'est la conscience de notre faiblesse, de notre impuissance: pour devenir bons, nous devons reconnaitre notre corruption (i), La pbilosophie doit avant tout, nous delivrer du prejuge qui croit n'avoir besoin de rien, et du desespoir qui se mefie de ses propres forces. Epictete renvoie donc les hommes a Dieu pour y trouver ce qui leur manque, le secours moral (2). Jamais raorale n'avait fait entendre des accents si forts et si chretiens, Alais — le Dieu vers lequel nous devons nous tourner reside en nous: Dieu nous a donne une partie de son etre (0). Ce demon qui est en nous (4), notre intelligence, notre volonte, emane originairement de Dieu et represente avec sa purete ideale, voilii l'auguste puissance dont nous devons implorer le secours avec confiance.

17. — Toute la doctrine d'Epictete porte la profonde empreinte de regoTsme. Libcrte de convoitises et d'affections, repos inalterable de l'esprit, impassibilite complete, voila le but qu'il faut atteindre ä tout prix. Nous ne nous inquieterons ni de choses

(l)Diss. 2, 11.

(-2) Ib 2, 18.

(3) Ib. 1, U,

(4) Ib. 1, 15

extörieures, ni de parents, ni d'enfants, ni de patrie: insensibles au malheur qui frappe nos freres, nous pourrons simuler la compassion, sans jamais l'eprouver. Le Sage renoncera aussi au mariage.

18. — - A la fin de cette serie de moralistes stoiciens, apparait la noble et belle figure de Marc-Aurele. Mais pressentant, pourainsi dire, la ruine de tout ce qui lui est eher, de l'ecole et du Systeme avec lequel il s'etait, pour ainsi dire, identitie, il revient constamment sur l'inconstanee et le neant des choses humaines, sur le courant rapide qui empörte la vie, les etres et leurs aspirations ä une existence ephemere, ün sentiment de tristesse et de decouragement, couvre d'un voile de deuil ses meditations, et meme chacune de ses reflexions. — « Renoncez ä l'esperance, vous qui franchissez ce seuil, » voiläla funebre inscription du sanctuaire du Portique.

19. — Mais une nouvelle ecole, nee vers la lin du premier siecle, allait absorberle Stoicisme. Melant les doctrines de Piaton, celles de Pythagore a quelques theories d'Aristote et de Zenon, eile devait elle-meme preparer la voie ä la derniere ecole de la philosophie greco-pa'ienne. Le naturalisme Stoicien avec son fatalisme desesperant, les contradictions entre ses theories et ses aspirations moralco ne satisfaisaient plus les esprits. D'un autre cote, apres la critique d'Aristote, il etait devenu impossible de ressusciter le Platonisme dans sa forme primitive et avec ses idees. Cependant la notion d'une substance materielle, eternelle, independante de Dieu et agitee par le mouvement deregle de sa propre äme, continua ä predominer chez les modernes Platoniciens. Une division ne tarda pas ä eclater. Alcinoüs (vers l'an 150 ap. J.-C), soutenait que l'äme de cette matiere etait passive et impuissante et avait ete, de toute eternite, soumise ä la volonte et ä la

ET JUDAISME. 185

loi clivines(i). PIutarque(2), Atticus (ö), Numenius pret.endaient, au contraire, que cette äme doit etre regardee comme le principe vivant, actif du mal et oppose ä l'activite divine, ajoutant que Sans cela on ne saurait expliquer l'existence du mal. 11s avaient trouve dans Piaton la theorie d'un chaos primitif que Dieu a vaincu et faponne, sans pouvoir detruire ou transformer le mauvais principe qui y residait.

20. — Aristote ayant place l'une vis-ä-vis de l'autre sans les unir, l'intelligence divine et le monde qui renfermait l'äme humaine, l'unite semblait manquer ä l'univers. Le Sto'icisme, au contraire, avait amene cette unite en renfermant toute la nature dans Dieu ou dans l'äme universelle et en laissant ainsi Dieu (feu primordial et intelligent) se repandre dans la nature et se confondre avec eile. Les Platoniciens sentaient le besoin et le desir d'un Dieu vivant, vraiment au-dessus de la nature et en dehors du monde, mais en meme temps intelligent et doue de volonte. Tis voulaient ä la fois rendre la nature plus dependante de Dieu qu'elle ne r^tait dans le Systeme peripateticien, et degager l'äme de la matiere. Ils ne purent echapper ä l'inlluence des idees stoiciennes, et en voulant conserver l'äme universelle des disciples de Zenon sans la confondre avec Dieu, ils chercherentä la rattacher ä un principe, plus haut, ä un Dieu eleve au-dessus de la nature, mais ne parvinrent pas au-delä d'un second principe materiel, qui n'avait pas besoin de Dieu pour exister. Toujours sous l'intluence de la physique stoicienne, ils plagaientaussien Dieu meme les loisdu monde et des Corps, lemouvementeternel. C'est ainsi que Numenius

(1) Alcin Introd. in Plat. dogm. 1-2-14.

(2) Plut. de an. proer. 6, p. 1013.

(5^ Janibl. j-p. Stob. Eci. i, 894.

(vers le milieu du 2'' siecle ap. J.-C), admettait trois hypostases divines: l'Etre supreme ou le bien, pere de la secondehypostase oudu Üieu ordonnateur dumonde etenfin le monde lui-meme. Cependant, il decrivait le repos de la premiere d'entr'elles comme un mouvement communique de toute eternite par la nature (i). Le Demiurge qui fa^'onne l'uaivers deveiiait par lä Täme du monde et se confondait avec la troisieme hypostase: la premiere avait la meme essence que la seconde et en definitive la nature entiere etait de nouveau comme poussee dans l'essence divine !

21. — Chez le Syrien Numenius, on reconnait donc la trace des idees juives, chretiennes ou tout aumoins gnostiques. Le pythagoricien Apollonius, au contraire, qui vivait un peu avant lui, est encore sur le terrain de la pure speculation hellenique. Les lettres qui circulent sous son nom ne sont peut-elre pas de lui, mais expriment en tout cas les idees des Neo-Pythagoriciens (2). Ony pretend que ce personnage a enseigne que naitre et mourir, exister et perir sont des apparences, depourvues de toute realite. Sortir de la substance pour entrer dans la nature, c'est naitre; mourir, c'est sortir de la nature pour rentrer dans la substance. Ce qui se passe alors n'est que l'apparition et la disparition de la matiere, selon qu'elle se condense ou se rarefie, se vide ou s'emplit. Quand la matiere emplit l'Etre, on voit ce qui s'appelle naissance : la mort, ou ce qui porte ce nom a lieu, quand la matiere se retire de l'etre. La substance des clioses ne varie jamais: le mouvementalterneavecle repos et reciproquement.Les parents qui croient donner l'existence ä un enfant sont dans l'illusion: dans l'acte generateur ils ne sont que

(1) Ap. Euseb. Propp. ev. 11, 18.

(2) Apoll. Tyaii. Ep. 58, f. 25. -26.

ET JUDAISJIE.

des instruments purement passifs. Par la mort oü la forme et noii la nature de l'etre change, Thomme devient Dieu. C'est la metamorphose universelle, qui s'opere en vertu des moditications de la substance unique — theorie placce dejä par Ovide dans la bouche de Pythagore et reproduite maintc fois par les nouveaux disciplcs de ce philosophe (i).

22. — Au-dessus d'ApoIloiiius, dont il tut contemporain, et bien au-dessus des Grecs de ces derniers temps s'eleve Plutarque, ne vers le milieu du 1''' siecle de l'ere chretienne et mort sous le regne d'Adrien dans un äge tres-avance. Devoue avant tout ä la doctrine de Piaton, il etait cependant au fond un eclectique et fit plus d'un emprunt au Sto'icisme qu'il combattait d'ailleurs avec beaucoup de vigueur. Personne ne voua, que nous sachions, un amour aussi sincere au culte national. Pour prevenir la ruine complete des croyances populaires et la chute des dieux, il purifie les idees et les coutumes religieuses et pretend assigner le juste milieu entre la superstition et rincredulite.

23. — Les autorites qu'on doit suivre en fait de religion sont, d'apres Plutarque, les poetes, les anciens l^gislateurs et les pliilosophes. Mais rinlluence des poetes et des legislateurs est tellement bornee qu'endefinitive les philosophes seuls decideront des choses divines. Les Epicuriens et Sto'iciens sontexclus; en general, on suivra Piaton. La philosophie devait expliquer sainement les fetes, les ceremonies religieuses etablies par les lois (2), c'est-ä-dire, appuyer ces doctrines sur les idees prises generalement dans Piaton. Cette Interpretation philosophique etait et devait ne-

(1) Mctam. 15.

(-2, De Isid. 68.

cessairement etre arbitraire et violente, et Plutarque lui-meme nous en fournit plus d'une preuve. Voici la regle qu'il pose: si les pretres et les mythes attribuent aux (lieux quelque chose d'ignoble, il faudra se representer Ares comme la Guerre, Zeus comme le Fatum et Hephestos comme leFeu; si, au contraire, les recits sont favorables, c'est aux dieux reels qu'il faudra songer. L'adultere d'Ares etd'Aphrodite est ä ses yeux une fiction par laquelle Homere a voulu apprendre qu'une musique lascive et les sales propos corrompent les moeurs (i). Entr'autres idees philosophiques de Plutarque, on peut noter celle-ci : les divers peuples ont au fond adore les memes dieux, c'est-ä-dire le Dieu unique et les puissances subalternes qu'il a etablies sur les peuples (2). Isis et Osiris sont ä ses yeux de vraies divinites: quoiqu'etrangeres, elles ont droit aux hommages du Grec.

24. — Plutarque etaitunvrai monotheiste,c'est-ä-dire qu'il admettaitun Dieu supreme, personnel, Zeus, auquel il attribuait toute perfection morale et intellectuelle et dont la felicitö consiste dans Ja science. Ce dieu, trop eleve pour etre en contact avec le monde, conserve cependant l'univers par sa pensee et sa volonte. II y a des etres intermediaires qui, subordonnes au Dieu supreme, s'occupent directement du monde, de l'homme, de la nature, ou appartiennent meme a la nature: ce sont les dieux helleniques. Parmi eux Plutarque compte le solell et la lune, etres animes, dit-il, quetout dieu et tout homme honorent (5). Apollon est le dieu de la nature, en tant qu'il se change en feu; Dionysos est le meme, en tant qu'il se fait vent.

^1) Deaiul. poel. 4.

(2) De Isiil. 67.

(ö) Adv Col. -27. |). VM-i.

ET JUD.VISME. 1<S9

eau, terre, etoile, plante ou animal (i). II justifie le 'Polytheisme en disant que les attributs divins resteraient oisifs et Sans but, si h cote du Dien supreme il n'existait pas d'autres etres divins (2): c'est-ä-dire que la justice et l'amour de Dieu n'auraient pas d'objet, s'il n'y avait pas des divinites subalternes.

25. — Plutarque est dualiste, en tantqu'il admet un principe mauvais, existant de toute eternite en face du dieu parfait (Typhon, Ahriman, Hades, Ares.) Mais chez lui il y a au fond trois principes: dieu, la Hule et l'äme du monde, mauvaise, inintelligente ; meme apres l'organisation delamatiere,celle-ci en domine toujours les parties inferieures, et reste la source toujours feconde du mal et des choses qui se produisent dans le monde contre la volonte de Dieu, ainsi que des passions, des mouvements desordonnes qui agitent l'äme humaine (0) Ce n'est pas que la matiere soit pour Plutarque le siege du mal ; au contraire, par ses plus nobles parties, eile a beaucoup d'affmite avec la nature divine et en a]:);:)elle l'influence oraanisatrice; mais cette äme mauvaise a travaille avec Dieu ä la Formation du monde. Apres cela on pouvait s'attendre ä ce que Plutarque admit deux ämes du monde, l'une bonne, l'autre mauvaise: il ne parle cependant que d'une seule, qui se compose de deux Clements hostiles. L'un est I'intelligence divine qui s'est repandue dans la matiere, le divin principe de vie qui lors de la formation du monde a penetre la matiere et qui est une parcelle detachee de la divinite(4); l'autre est cette äme mauvaise, r^sidant originairement dans la matiere et qui> loin d'ötre enti^rement vaincue par le principe divin du

(1) De Eiap. Dclph. 9.

{i) De orac. def. M, p. 43.

(5) De Isid. Hi-id. De an. proer. (i, 0.

(4) Qucest. Plat.2, J. 2.

bien, place toujours le mal k cote du bien et produit dans l'äme humaine les agitations des passions sensuelles (i). Plutarque combat, par consequent, les ecoles qui posent une matiere primitive saus proprietes; alors, dit-il, l'existence du mal dans le monde serait inexplicable; puisque Dieu n'eüt pas rencontre de resistance et en eüt forme un etre bon et parfait. Pour ne pas paraitre intldele au Platonisme, Plutarque essaie de rattacher a quelques passages de son maitre, cette theorie des deux ämes du monde, l'une devenue bonne, I'autre eternellement mauvaise (2).

26. — Sa theorie cosmique et en particulier ses idees sur la religion nationale qui avait, selon lui, besoin d'etre epurec, le portaient ä attaclier une haute importance ä une espece d'etres intermediaires entre les dleux et les hommes, aux demons ou genies. Ces etres, ämes revetues d'un corps aerien, sont de leur nature changeants, faibles et defectueux et meme soumis ä la mort (0). Parfois on a identifie le demonique avec le divin, et de la une grande confusion (4). Nier Fexistence des demons, c'est detruire toute communication entre les dieux et les hommes, et mettre de cote les natures qui forment ce lien et tont connaitre ä la terre lavolontedcs habitants du ciel (5). Ces genies servent d'intermediaires dans les difierentes especes de divination: spectateurs invisibles, ils assistent aux ceremonies du culte, aux initiations secretes et sont, pour ainsi dire, les serviteurs et les secretaires des dieux. Plusieurs d'entr'eux parcourent la terre pour chätier les forfaits qui s'y commettcnt. La Theodicee

(1) Delsid. -49. De an. proc. 2-i.

ii) De an. proc. 8; 9. De Isitl. 48. ' (ö) De (lef. orac. 12.

(4)DeEiap. Delp. 21.

(5) De (lef. orac. 13.

de Plutarque avait besoin d'etres inferieurs qu'elle put charger de tous les vices attribues ordinairement aux dieux memes. Aussi räme mauvaise du monde agit en eux, mais a des degres diftcrents. Entre les hommes, les dieux et les genies, il n'y a pas de Separation infranchissable: les ämes humaines peuvent devenir des heros et des genies : ceux-ci parviennent quelquefois ä la nature divine, mais en petit nonibre et apres s'etre purifie par de longs actes de vertus. D'autres, entraines par le mal qui les travaille, ont ete precipites dans des Corps mortels, pour y mener une triste et tenebreuse existence (i). C'est ä res derniers que Plutarque attribue la coutume sanglante des sacrifices humains. Les fetes, dit-il, et les sacrifices oü l'on mange des viandes crues, oü l'on se meurtrit, oü retentissent les lamentations et les discours lubriques servent ä conjurer ces mauvais genies {-2).

27. — Les dieux faisaient, d'apres lui, des revelations etontdonne aux hommesla connaissance deschosesdivines. Mais ces revelations qui ordinairement ont trait ä l'avenir, se fönt par Forgane des demons et quelquefois aussi, comme par ex. ä Delphes, par les vapeurs qui s'elevent du sein de la terre. Le caractere du demon qui devait transmettre ces Communications Celestes n'est pas nettement defmi. L'homme pouvait facilement se tromper et prendre un mauvais genie pour un bon: l'authenticite de ces rc^velations restait donc fort problematique aux yeux de Plutarque lui-meme. Chacun peut d'ailleurs honorer les dieux et les demons de sa nation (0). Apres cela, Plutarque avait des ressources infinies pour otcr aux mythes et avec ceremonies ce qu'ils pouvaient avoir de choquant. Dans chaque

(1) De (lef. orac. 10, 12.

(2) Ibid. U (.3) Ibid. 12.

mythe, dans toute ceremonie il trouvait ou une idee religieuse, un rapportphysique, un precepte, une regle de vie, exprimee symboliquement, ou enfinun souvenir de riiistoire des demons — son livre sur Isis, montre surtout avec quelle dexterite il se tire d'embarras, meme par des interpretations tres-foreees. Plutarque n'en est pas moins le dernier des Grecs sincerement religieux et attaches au culte national. Aucun ne mit, apres lui, des connaissances philosophiques aussi etendueset un devouement aussi profonds au Service de la religion hellenique, Lezele religieux et les sentiments conservateurs du Neo-Platonisme, dont Plutarque fut en quelque Sorte le pröcurseur, prirent une toute autre direction.

LITTERATURE: DIODORE, STRARON. — POETES DU SIEGLE d'aUGUSTE, — PLINE, TACITE.

28. — Si la litterature reflete les opinions d'un siede, il est incontestable qu'aux derniers jours de la Republique romaine, et au commencement de l'Empire, les classes elevees de la societe ä Rome et partout oü la langue grecque etait en usage, etaient ou incredules ou hostiles aux dieux du vulgaire. A la fin du i'''" et au commencement du '2° sieele de l'ere chretienne, la Situation se modifia et la religiosite paienne fit un nouvel et dernier eftbrt.

29. — Polybc et Denis jugent la religion de Rome avec un dedain mal deguise, et se placent au point de vue politique, parce que le terrain religieux se derobait sous leurs pieds. Diodore ne ä Agyre en Sicile, contemporain de Cesar et d'Octave, donne dans les six premiers livres de son ouvrage, l'histoire primitive mythique des Grecs et des Asiatiques;mais envainychercherait-on une seule trace de croyance religieuse. Si quel-

ET JLDAiSME. 195

quefüis, il parle comme si la l'oi aux mythes existait encore, il ne fait jamais la moindre allusion ä une intelligence divine, fagonnant le monde, L'origine des choses est expliquce par des causes purement physiques, par le rapport des divers elements qui s'unissent eil vertu de leur pesanteur specifique ou se repoussent d'apresleursqualitesopposees. Les dieux sontdes astres ou deshommes divinises. Dans sa preface il dit un mot de la Providence divine qui a harmonise les astres et les natures des hommes,et a assigne ätous les äges leur mouvement et leur destinee particuliers. Cette providence a, Selon lui, entrelace le cours des corps Celestes et les evenements de la vie humaine, de teile maniere que par rapport aux hommes eile n'a plus d'autre role que d'executer les arrets du Fatum astrologique.

30. — Strabon, qui vivait trente ans apres Diodore, a dans ce qu'il dit des mythes et de l'interet politique qui s'y rattache, une grande affinite avec Polybe et Denis d'Halicarnasse (i). II faut, dit-il, conduire les femmes non par l'intelligence, mais par la crainte des dieux, et celle-ci n'existe point sans les mythes et les merveilleuses legendes. Les fondateurs d'Etats parlerent de la vengeance et des armes des dieux pour epouvanter les simples. II mentionne cependant une fois la Providence « qui a decide de produire des dieux et des hommes, comme les plus nobles creatures (2). » Est-ce Zeus qui se cachait derriere cette Providence? quelle distance y avait-il entre ces deux especes de creatures, entre les dieux et les hommes? Nous ne le deciderons pas.

31. — Dans un poemeastronomique, ecrit vers la fin de l'administration d'Äuguste, Manilius preche un Pantheisme fataliste, tire probablement d'ouvrages

(l)Polyb. 6, 3i. Dinnys. 2, 15 Strab. l,p. l'J. (2) Strab. 17, p. 810.

stoiciens. Pour lui le monde lui-meme estDieu: « l'esprit repandu dans l'univers, » Täme du monde est le dicu qui a choisi l'homme de preförence aux autres creatures, pour y descendreet y acquerir la conscience de son etre (i). Pourrait-on se representer Dieu, sans etre une partie de la divinite? Ainsi rintelligence ne trompe ni n'erre jamais (2); la destinee, la vie de riiomme dependent des astres (3), afin que rien ne puisse se soustraire ä I'empire de rintelligence supreme. Contre la corruption toujours croissante, contre les frayeurs qul nous accablent, les soucis qui nous dövorent, il n'y a, dit-il, d'autre remede, d'autre consolation que de penser « que le destin regle la marche du monde et que chacun doit porter son fardeau, »

52. — Virgile et Ovide, contemporains deManilius, se servent de la theologie et de la mythologie greco-romaine; mais ce n'est evidemment que dans un interet theätral ou pour ne pas trop froisser les erreurs populaires. Plus d'un passage est lä pour le prouver. Au centre de l'univers, dit Virgile, reside une äme qui remplit et meut ce vaste corps. Le ciel, laterre, les mers, la lune, le soleil, les animaux, l'homme en sont penetres. G'est läle feu divin qui donne et entretient la vie universelle. Quand la parcelle de cette vaste äme qui a ete distribuöe ä chacun de nous, ^chappe ä ses liens terrestres, eile descend dans le monde souterrain pour y etre jugee. Un nouveau corps lui est assigne pour quelle l'anime ; et apres avoir dans de iongues migrations, expi^ ses fautes, eile retourne comme l'öther purifie, k sa premiere source (i).

(l)Manil. Astroii. 2, 104—107: seque ipsereqiiirit.

C2)Ib. 2, l!i8— 151.

(3)Ibid. ö. 61.

(4) OEn. 6,727-751.

ET JUDAiSME. ido

öö. — Cet Ether — Dieu est, avec une psycliologie plus ou moins pythagoricienne, la theorie favorite d'Ovide. La formation du monde du sein du chaos, est l'üeuvre de la nature mcme (i). « Le feu ethere, ditil encore, ou l'Ether sacre, la force ignee du ciel a fixe son si^^jour sur les cimes de l'Olympe. L'Ether est ainsi Jupiter qui lance la foudre ; une etincelle de cet etre divin descendit dans le sein de la terre nouvcllement formee et donna l'existence ä riiomme {-2). » Plus loin, Ovide place dans la bouche de Pythagore une doctrine reyue des dieux (0) et qui n'est autre que Teternelle et universelle metamorphose d'Apollonius. Quant aux dieux, il dit franchement: « qu'ils sont tres-utiles et que, par consequent, nous admettrons leur existence (4). » Virgile cependant celebre celui qui a pu connaitre l'origine des choses, et foule aux pieds la crainte et finexorable destin, en meprisant le gouffre devorant de l'Acheron (.';).

54. — Horace imitait dans sa conduite les Epicuriens qu'il ridiculisait dans ses vers.Chez lui les nuances les plus diverses se succedent — se confondent, — et il est iinpossible de trouver une idee oü il se soit arrete. Fidele a sa maxime cherie: jouissons d'unevie qui nous echappe (e), il semble avoir ecarte toute pensee serieuse. Ici il avoue son incredulite, sa negligence dans le culte des dieux (7), et iraite les mänes de chimöres (8) ; lä, au contraire, il semble dispose ä dire

(1) Deuset melior natura. Metam. 1,21.

(2) Metam 1, 26. 27 ; 254, etc.

(3) Met. lö, t5ä-17o" (i) De arte am. 1, ö9T.

(o) Georg. 2, 490.

(G) Carm. 1,9.

(7) Carm. i. 54, 1, (8)Cai"ni. 1,4, IG.

adieu i l'humaine sagesse qui l'a egare et voudrait revenir aux dieux antiques. II avertit les Romains de retablir les temples qui menacent ruine, et voit dans rimpiete la cause des calamites publiques et de l'immoralite(i).

5o. — C'est chez Pline et Tacite qu'il faut chercher les opinions des Romains graves et serieux. Celui-lä declare avec un empressement tout pantheistique, que l'univers est un etre divin — que le soleil qui anime l'univers est la divinite principale de la nature {-2). L'homme faible et borne, a morcele ce tout si complet, et chacun a voulu en adorer ce qui servait ses interets. Admettre des dieux innombrables et diviniser les vertus et les vices des hommes, tient du delire. Neanmoins, le nombre des habitants du ciel depasse celui des humains: chacun en forge ä volonte, en admettant de nouvelles Junons et de nouveaux genies. Les mortels divinisent ce qui leur est utile et l'interet conduil ä l'immortalite ; c'est, continue-t-il, en vertu de l'antique usage de diviniser ceux ä qui on devait de la reconnaissance, que les noms des dieux ont ete forges. L'Etre supreme, (qui n'est pas nettement defini), ne s'occupe guere des choses humaines. II serait fort difiicile de decider s'il vaut mieux de ne pas honorer du tout cette divinite lä,ou de lui rendre, comme on le fait maintenant, un cultehonteux. C'est bien \ä le pantheisme hylozoistique. La foule des dieux, dit Pline, doit son origine ä la deiiication de certaines parties de la nature, ou k l'apotheose decernee ä de simples mortels. Le naturaliste conclut : ce qui doit nous consoler de l'imperfection de la nature humaine, c'est de penser que la divinite n'est pas toute-puissante, parce qu'en

(i) Carni. 5, 6, 1 sq, (2)Plin. H. N.2,6

ET JUDAISME. 497

definitive eile n'est elle-memeque la force de la nature. Celle-ci est-elle intelligente, dans le sens des Sto'iciens? Voilä ce qu'il ne decide pas.

56. — Tacite le plus grand des historiens de Rome est plus reservö et ne se prononce pas sur la nature de la Divinite. L'idee d'une justice remuneratrice dans le cours des choses humaines (i) est l'objet de ses sarcasmes, et k la fin de sa « Germania» il dit: «les Fenni sont defendus contreles dieux par leur pauvrete et leur barbarie. » Si les dieux ne sont pas directement hostiles ä rhumanite,au moins sont-ils, ä ses yeux, les ennemis des Romains. Le courroux du ciel pese sur Rome, depuis Marius et Sylla (2) et y seme constamment de nouveaux erimes et de nouveaux forfaits (3). II rejetait la Providence qui regle le cours des evenenients; seulement il doutait « si c'est le destin, uns necessite invariable, ou le hasard qui donne l'impulsion aux choses humaines (4). » « Au reste, ajoute-t-il, les hommes ne croient plus que la destinöe de chacun est fixee au moment de la naissance. Rien des choses arrivent autrement que ne l'avaient predit des imposteurs. Ces dementis discreditent un art que les evenements du passe et du present semblaientavoir justifie.» Celui qui a öcrit ces lignes, partage evidemment la croyance fataliste de la multitude.

Page 1