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negatiou ou l'alteration de la personnalite libre de la divinite, conduit necessairement h la negation de la personnalite humaine apres la mort. Nous devonsdonc nous attendre ci retrouver, dans les notions des philosophes et des hommes instruits, depuis Sylla jusqu'aux Antonins, les incertitudes, les doutes, la confusion, la contradiction que nous avons remarques dans leurs idees religieuscs. L'ecole Sto'icienne exer^a incontestablement une influence tres-grande sur la disposition des esprits; nous devons donc voir maintenant si les Neo-Sto'iciens qui, dans des questions importantes s'ecarterent si souvent des theories du Portique de Zenon, le firent encore pour ce dogme, ou s'ils resterent fideles aux anciennes doctrines. D'apres l'aneien Portique, la substance des ämes etait comme une secretion du sang, penctrö du feu ethere de l'äme du monde ; elles pouvaient, ä la verite, continuer d'exister quelque temps apres la mort, surtout s'il s'agissait d'hommes sages et vertueux — mais aueune äme ne prolongeait son existence au-delci de la conflagration universelle, oü eile etait absorbee pour rentrer dans le feu primordial. Epictete semble avoir cru que cette absorption avait Heu immediatement apres la mort: ä ses ycux, la mort est pour l'homme un heureux retour, une union fraternelle d'elements amis: ce qui, dans son ensemble etait igne, rentre dans l'elementdu feu et ainsi de suite. Point d'Acheron, de Hades ou de Cocyte (i).
38. — Quelques Stoiciens, au dire de Numenius, enseignaient que l'äme du monde seule est eternelle et que les autres ämes sont absorbees par eile immediatement apres la mort (:2). Seneque, au contraire, admet, au moins pour lui-meme et pour ses semblables, une
(I) üiiict. Üiss. 5, lö, 1.
(-2) Ap. Eiis. Prap. ev. 10,20.
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existence prolongee jusqu'ä la contlagration periodique de l'Univers. « Lorsque la matiere, dit-il, sera en flammes et quc tout ce qiii brille maintenant dans un ordre parfait ne formera qu'un vaste embrasement, nous, esprits bienheureux, qui avons atteint ce qui est eternel, nous serons, si la divinite daigne reparer ces immenses ruines, transformes dans les anciens elements(i).,» Seneque doit cependant avoirvarie ethösite sur cette question. Le dernier jour de la vie presente semble etre pour lui le commencement d'une eternelle vie (2) : il parle frequemment d'une existence plus heureusc, oü l'esprit, debarrasse du fardeau du corps, sera adniis dans la region des morts. Mais le doute revient toujours: il n'admet cela que sur la parole d'hommes illustres qui promettent plus qu'ils ne prouvent (3). Dans d'autres passages, iln'a pour consoler ses amisque la perspective d'un etat d'insensibilite, oü n'ayant plus la conscience d'eux-memes, ils seront ä l'abri de tout desagrement. La mort, dit-il en termes expres, a precede notre existence actuelle : avant de naitre nous n'avons eprouve rien d'affligeant: il en seradememe apres cette vie (4). Ici il se rencontre on ne peut mieux avec l'Epicurien de Ciceron (.5). De pareilles hesitations se revelent encore chez Marc-Aurele : lui aussi ignore si l'absorption de l'äme humaine aura lieu immediatement apres la mort ou seulement lors de la plus prochaine combustion — il inclineverslapremiere opinion. Ce dont il ne doute pas, c'est que l'äme s'evaporera, se fondra un jour dans l'äme du monde qui con-
(1) Consol ad Marc. 2G.
(2)Ep. 102adLiicil.
(3) Cij;jsol. ad Polyb. 28. Consol. ad Marc. 25. Ep 76 ; 63.
(4) Ep. ob- Consol. ad Polyb. 27. ad Marc. 19.
(5) Cic. deFin. 1, la.
tient les germes des choses (i). Chaque partie de mon etre, dit-il, entrera au moment de la dissolution dans la partie correspondante de l'Univers ; celle-ci se transformera, de son cote, dans une autre partie du monde, et ainsi de suite, sans finir jamais.
59. — Ainsi Ciceron seul entreprit ä Rome d'appuyer sur des preuves philosophiques le dogme d'une existence personnelle apres la mort. II le fit en vrai disciple de Piaton ; mais depuis le temps de celui-ci, ce Probleme n'avait point fait un seul pas. Les Peripateticiens Dicearque et Aristoxene avaient tout bonnement nie l'existence des ämes : le Stoicien Panetius abandonna la theorie des conflagrations periodiques, et par consequent aussi l'existence temporaire des ämes au-delä du trepas, et malgre le respect qu'il professait pour Piaton, il regarda la doctrine de rimmortalite comme insoutenable (2). Or, dans ses Tusculanes, Ciceron s'attacha surtout k l'argumentation de Piaton. Quelle qui soit la nature de notrc ämc, c'est un etre qui pense, sent, agit et doit donc avoir une origine Celeste et divine et une duree eternelle. Dieu et l'ärae humaine doivent etre formes de la meme matiere spirituelle: apres la mort, nous serons ou dieux ou admis dans la societö des dieux (5).
40. — Ciceron qui avec l'immortalite crut devoir admettre aussi la preexistence des ämes, se servit ici de la preuve tiree de la spontaneite des mouvements de l'äme (4). Mais, comme il supposait dans cette argumentation que le principe de ce mouvement est dans l'äme meme, il regardait necessairement celle-ci comme etre autonome, existant de toute eternite,
(1) Antonin. Medit: -i, 21 : E/r rav rä» oaSv c-;r£p,t4o:ruöv Äoyov.
(2) Cic. Tusc. 1, 52.
(3)Tllsc. 1,27;31.
(4) Tusc. 1,25.
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subsistant par sa propre energic et ne pouvant par consequent etre sul)stantiellenienl distinct de la Divinit^. II dut donc prendre l'äme pour une emanation de l'Esprit divin (i); s'il ne l'appelle pas dieu, comme Euripide, au moins lui donne-t-il le nom d'etre divin; et dieu etant, comme il le pense, ou feu ou ether, l'esprit de l'homme est de la meme substance (2), C'est avec des accents eloquents qu'il parle de ce jour heureux qu'il attend, et qui lui ouvrira, apres le tourbillon et le bruit de cette terre, la societ^ des dieux et des ämes (5); « si, ajoute-t-il, la croyance k l'immortalite est une illusion, c'est une illusion que je cheris et qua je ne me laisserai jamais arracher ici-bas — si nous ne sommes pas immortels, au moins est-il desirable pour l'homme de s'eteindre ä son heure. » Dans ce dernier passage on voit percer un doute qui devient encore plus visible dans ses Lettres. Ici pour consoler ses amis ou relever son propre courage, il parle d'insensibilite et non d'immortalite (4): si dans la mort il n'y arien de bon, au moins n'y aura-t-il rien de mauvais (5). Lui-meme sentit et dit que ses preuves, tirees invariablement de la nature subtile, aerienne, ignee ou ethcrt^e de l'äme ne depassaient pas la probabilite. Les arguments moraux lui etaient totalement ötrangers. Ni la Providence, ni la justice de Dieu ne lui semblaient exiger l'immortalite de l'äme; la justice encore beaucoup moins que la Providence, parce qu'il rejetait absolument l'idee d'une divinite vengeresse : « Un point admis, dit-il, par tous les Philosophes — par
(l)Tusc.3. 13. Cfr. de Div. 1,49.
(-2) Tusc. 1, 26.
(5) De Senect. 23.
(4) Ad. L. Mescin. Epp. S, 21 ; ad Toran. 6, 21. Cfr. de amicit. c. i, Epp. 6, 2.
(5) De off. 3, 28.
ceux qui veulent que Dieu ne se fatigue lui-meme ni les autres — comme par ceux qui pretendent qu'il agit toujours — c'est qu'il ne s'irrite jamais et ne chätie personne. » Et cependant la theorie de la preexistence des ämes lui fait voir dans l'existence terrestre un etat d'expiation pour les fautes commises dans une vie anterieure. C'est ce qu'il exprime dans son Hortensius et dans l'ecrit compose pour se consoler de la mort de sa fiUeTullia; puis entrant dans les idees grecques, il ajoute : le plus grand bonheur, c'est de ne pas naitre, QU de mourir tres-jeune (i). Dans le meme ecrit, il professe rEvhemerisme: hommes et femmes ont ete, apres leur mort, eleves ä la dignite de dieux: il veut donc y placer sa fille qui le raerite plus que personne et lui dedier un temple (2). Et cependant, dans ces questions, il n'eut jamais que des pressentiments, de vagues aspirations et des doutes.
44 , — La plupart de ses contemporains et les Romains de Tage suivant ne connurent pas meme cette disposition oü se confondaient l'esperance et le doute. En plein senat, Cösar et Caton disaient de concert que tout finit h la mort et qu'au-dela il n'y a plus ni joie ni douleur (5). Dans ses catilinaires, Ciceron ne rapporte la doctrine des recompcnses et des chätiments de l'autre vie que comme une opinion des anciens. Virgile, Ovide, Horace combattaient la pensee desesperante « de l'horrible nuit du monde souterrain et du sommeil, » par lajouissance de l'heure presente, les plaisirs de la table, l'amour du vin et des femmes et la conversation avec de gais amis (4). Ils s'engagent mutuellement a
(1) Lact. 5, 18; 19. Aug. contr. Julien, i, lo. (-2) Lact. 1,J5.
(ö)Sall. Catil o.
(4) .En. 6, Ö90; 401 Hör. Od. I, 4, 15 sq. Od. "2, 5, i". Od. i,[), üS. Od i, 7. 7. • .
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jouir de riieure joyeuse mais fugilive, avant d'etre surpris par « la longue nuit et reternel cxil, » oü riiomnie retombe eii poussiere. «Vivons et aimons, dit Catulle k Leebie, apres l'heure si courte, nous atteiid tous deux le sommeil de reternelle nuit. » L'enfance elle-meme, dit Juvenal, ne croit plus aux Mänes ou au royaume Souterrain (i). « Apres la niort il n'y a rien; la mort elle-meme n'est rien ; tu seras alors la oü tu etais avant de naitre, » est-il dit dans une tragedie qui porte le nom de Seneque. Enfin, Pline declare tout court que Fidee d'une existence apres le trepas, est une chimere de la simplicite enfantine ou de l'insatiable desir de vivre qui tourmente les mortels (2). Pure vanite, dit-il, que de rever l'immortalite de l'äme. Tacite, son contemporain, esperait cependant que les ämes d'elite jouiront d'une autre existence (3).
42. — Ces erreurs, si repandues et si fatales etaient le resultat des idees qu'on se formait alors de la nature de l'äme. En general, les Philosophes ne comprenaient pas la vraie personnalite : enfermes dans le cercle etroit du materialisme, ils voyaient dans l'äme une secretion du sang, du cerveau ou du ca'ur, la confondaient avec la respiration (i), ou en faisaient une substance aerienne ou ignee et quelquefois meme une simple qualite disparaissant quand le corps se dissout, et assez semblable ä l'harmonie d'un Instrument de musique (5). On devait donc ou la laisser perir avec le corps, ou declarer qu'elle etait une parcelle, une emanation de l'äme divine du monde. Dans
[l] Juv.Sat 2, 149.
(5) Agric 46.
(4) Cic. Tiisc. 1,9 !0 11.
(o) Stob Ecl. [iliys hO. Sciie«. ep- S8. Pseiido-Plutarcli. de pl. phil. i, 25.
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cette derniere hypothese, on pouvait avec maint philosophe, celebrer la Celeste origine de Täme, descendue im moment du sein de la divinite dans cette vie terrestre, pour remonter apres la mort ä son premier sejour. Mais avec ces termes pompeux on ne disait rien de plus que ce que les Epicuriens,et Lucrece en particulier, avaient dit de la semence Celeste, dont nous sommes tous issus (i). Ce retour a la patrie n'etait que la rentree et l'absorption de la conscience individuelle, d'unc partie dans le tout, ^ont eile avait ete temporairement detachee. On se representait un grand nombre de bouteilles remplies d'eau et flottant sur l'Ocean : quand^ l'une d'elles vient ü se briscr, son contenu se mele avec les Hots dont il avait ete separe jusqu'alors (2).
43. — Les idees d'aneantissement ou d'existcnce apres la mort, dependent cependant aussi des diverses notions sur l'origine de l'humanite. Ceux qui ne voulaient pas se contenter des mythes de Promethee et de Deucalion avaient choix entre deux theories. L'une, defendue par les Peripateticiens et les disciples de Pythagore,enseignait que ni le monde ni l'humanite n'avaicnt eu de commencement, et que celle-ci existe de toute eternite, par une foule innombrable de generations successives. L'autre admettait un commencement, qui n'etait cependant pas la creation : les hommes sont produits par la terre et, semblables auxautres animaux, ils sortirent en rampant et par couples de la vase feconde d'elle-meme ou fecondee par les rayons du soleil. On pouvait se demander quelle tcrre avait porte ce fruit nouvcau: l'Egypte, l'Arcadie, l'Afrique eleverent tour ä tour des pretentions (5). Ces deux theories
(Ij Luc. 2, 99Ü.
(2) Comp. Gassendi, Animadv. in Diog. Laert, 1. 10, p. 550.
(3) Censarin. de die nat. c, 4. Theodoret. Ther. ap. S.
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aboutissaient a la ruine totale de l'iiKlividualite : dans la premiere,rhistoire del'humanite etaitunvaste cercle de naissances et de deces, se suivant eternellement et en dehorsdetoute personnalite constante : ladeuxieme, forcce d'admettre unc äme formee d'elements corporels tres-subtils, devait encore l'abandonner a la destinee qui empörte tout cequi est sortidu sein de la terre ou de lavase primitive.
44. — Plutarque nous donne la theorie des Grecs des derniers tcmps sur le sort des ämes apres le trepas. L'idee de Taneantissemeiit etait, comme il le dit, insupportable aux Grecs: laisses libres dans leur choix, ils se seraient declares pour une existence desagreable dans le Hades, plutot que d'cmbrasser le neant. Presque tous, hommes ou femmes se seraient, pour y echapper, laisses dechirer par Cerbere, ou condamner au supplice des Dana'ides. Bien peu cependant croyaient encore aux tourments du Hades, etce qu'on en disait etait traite de contes absurdes. Ceux qui les redoutaient recouraient aux initiations et aux purifications, et s'attendaient ensuite ä mener dans le TaiHare une vie de plaisirs (i). Rechereber si des cbätiments ou des recompenses attendent les ämes au sortir du corps, c'est, dit-il, un soin parfaitement inutile. Mais le dogme meme de l'immortalite trouva en Plutarque un apologiste zele: providence divine et immortalite de l'äme sont deuxverites connexes qui restent debout ou tombent ensemble. H est absurde de croire que les amcs soient formees pour fleurir un seul jour dans un corps delicat, et s'e5teindre ensuite ä la premiere occasion. Les mysteres Dionysiaques sont ä ses yeux les plus fermes appuis de cette croyance {-2). Sans doute il traite
(1) Plut. iion posse snav. viv. sec Epic. p. 1!0?. HOo. {•2) Consol. ad uxor. p. 611.
de superstition les apprehensions pour ce qui suit la mort et parle quelque part de l'espoir de rimmortalite comme fonde sur des idees mythiques (i); mais en rejetant les mythes duTartare; en pensant avec d'autres pliilosophes que rien n'est ä craindre apres la mort (2), il maintient et defend energiquement le dogme de rimmortalite en lui-meme et donne, dans le recit de Thespesius, un aperg^u sur l'etat des morts : les ämes des defunts, qui s'elevent dans les airs et arrivent en partie au ciel supreme sont ou lumineuses et diaphanes, ou opaques et souillöes k cause de leurs crimes: d'autres portent des cicatrices. La Psyche de l'homme, dit-il ailleurs, vient de la lune et le Nus du soleil: la Separation de ces deux Clements ne se fait que longtemps apres la mort. La Psuche erre quelque temps entre la lune et la terre, pour y etre chätiee ou purifiee si eile est bonne et s'eleve jusqu'ä la lune oü le Nus se separe d'elle pour rentrer dans sa patrie ou dans le soleil. La Psuche est enterree dans la lune (3).
45. — Par contre, nous voyons Lucien dont les ecrits sont un miroir assez fidele des opinions de son temps, plaider pour les anciennes traditio ns. Les justes entrent aux Champs-Elysees ; les grands criminels deviennent la proie des Furies et sont confines dans un lieu de tourments, oü les vautours les dechirent et le supplice de la roue les brise. Ceux qui ne se signalerent ni par leurs crimes ni par leurs vertus, errent comme des ombres sans corps sur les prairies, et senourrissent des libations et des offrandes qu'on depose sur leur
(J) 'H 77ict To uv^äiei? T^ii die toT'-iToi sA^fij. Noii pos- stuiv . vlv. p.llOi. ' (2) De sera iiuni. viiid. j). o63-i;67. (5) De fac. iiiorb. hm. p. 942-9-4o.
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tombeau. A chaque niort oii mettait cik oi'c uiie obole a la bouche (i).
46. — La litterature grecque de ce temi)s-lä, parle aussi peil que celle de Uome d'une csperance ferme et inebranlable. Dans les epigrammes de l'Anthologie, le inort jTrie ordinairement le passant de jeter des tleurs sur sa tombe, et pleure sa mort prematuree. L'inconstance de tout ce qui est terrestre est souvent rappelee, mais seulement pour qu'on utilise la fugitive existence et lui fasse rendre tout le bonheur, toutes les jouissances possibles. « Soyons gais — buvons — dans le royaiime de Persephone cessent la danse et les amours — bientüt viendra le sommeil sans reveil » — voilä ä peu pres le resume des poesies et des discours (:>). Avec cette opinion dominante s'aecorde la coutume (dejä mentionnee dans le Phedon de Piaton), qui permettait au condamne ä mort de passer dans l'intemperance et la debauche, le dernier jour de sa criminelle existence (5).
47. — Dans plusieurs inscriptions funeraires de Ptome regnait alors le meme esprit. « J'ai mange: j'ai bu; voilü ce qu'il y a de sür : le reste m'a echappe (4) ; toi qui lis ceci, jouis de la vie : apres il n'y a plus ni jeux, ni ris, ni plaisir (5). Amis, je vous le conseille: preparez unecoupe devin et la tete couronneede fleurs, videz-la : le reste devient ä la mort la proie de la terre etdu feu(6). » Un autre aflirme, dans son epitaphe, avoir trouve quo tout dans la mort etait comme il l'avait cru
(1) Luc. ileluct. 7-9.
(2)Asclep. Kpigr. 9, Anthol. i, Üb. Cfr. |». 1 i8. Alex. ap. AUiCii. 11,9.
(ö) Pha'd p. 401-40-2.
(4) .\p. Mui'at. Tlies Iiiscr. p. 1677, n. 2.
(5) Novelle Fiorenliiie, t. xxvii, p. 3ß2.
(6) P'abretti, inscr. aiit. cxplic c 5, 11, 38".
durant la vie : « Passant, arrete, ecoute et apprends : dans le Hades, il n'y a ni barque, ni Caron, ni Eaque, ni Cerbcre: une fois morts, nous sommcs tous parfaitement egaux (i). » Un troisieme dit tout bonnement: j'ai vecu sans croire a autre chose qu'a lavie. Ou bieii: regarde tout comme une chimere. Lecteur, rien'n'est ä nous (2).
48, — Cornelius Fronto, rheteur et senateur, precepteur et ami de 3Iarc-Aurele, est un exeniple saisissant de l'incertitude, de l'irresolution des hommes de ce siecle, quand un malheur venait soudain les frapper ou que la mort d'un etre cheri jetait comme un coup de foudre, une sinistre clarte sur leur existence vide de foi et d'esperance. Avec quelle ardeur, Fronto chcrche-t-il de toutes parts une consolation quelconque! avec quel acharnement il s'attache ä la plus faible lueur de l'esperance! Mais en vain; tout se brise entre ses mains! Sont-ce les dieux qui m'ont frappe? Est-ce le destin qui m'accable, et y a-t-il une justice, une Providence divine? Mourir vaut-il donc mieux que vivre? Une mort prematuröe est-ce le bonheur? Plutot l'admettre que de croire le monde livre au hasard ou aux mains d'une injuste Providence (0)!