Cette theorie du mal fut vivement attaquee par
(l)Medit. y,l; iO, 50;8, 1-i; 5, 28.
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les Platoniciens et surtout par Plutarque. Le mal n'est pas dans lacreation un episode agreable ä la divinite: il remplit toutes les choses, l'existence humaine tout entiere, qui souillee depuis le premier instant jusqu'au dernier est pleine d'erreurs et d'actions repreliensibles (i). Personne, dit-il plus loin, n'est dispose ä la vertu: au contraire, nous sommes empörtes par un malheureux delire. Cette notion si austere du mal, de son universalite et des profondes racines qu'il a jetees dans la natura de l'homme, est le signe caracteristique de cet äge. Seneque dit en plus d'un endroit, que tout homme peche, a peche et pechera jusqu'a la derniere vieillesse (2). Galien, qui fut medecin et en meme temps philosophe tres-sagace, va encore plus loin et reconnait que l'enfance est portee au mal — que le bien ne prevaut dans leur coeur que lorsque Täme intelligente — Galien divisait avec Piaton l'äme en trois parties — prend le dessus sur les deux autres elements (0). 60. — La Solution du probleme du mal n'en devint que plus difticile. Tous ne s'accommodaient pas de la reponse de Gelse ou de Plutarque, ne croyaient pas avec le premier que le mal tire son origine de la matiere existant de toute eternite — n'admettaient pas avec le second, une äme du monde eternellement mauvaise et dans l'äme humaine un (Clement inintelligent et essentiellement mauvais. Alexandre, disait Maxime de Tyr, aurait du consulter l'oracle d'Ammon sur cette question si importante pour l'humanite, au lieu de s'enquerir des sources du Nil. Le Philosophe begaie ensuite une explication, qui aboutit ä placer, comme
(1) Adv. Stoic. 14.
(2)DeClem. 1,6.
(3) Comp. Daremberg : Fragm. du corameut. de Galien sur le Tim^e. Pariü, 18il.p. 18, 19.
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les autres, le siege et la source du mal dans la matiere (i).
o. — DUREE ET INFLUENCE DES ECOLES PHILOSOPHIQUES. — EXTINCTION.
61. — La force creatrice, la fecondite de la Philosophie Grecque etaient depuis longtemps epuisees, que le nom de Philosophe etait encore honorable. Les adeptes de l'une ou de l'autre des ecoles existantes, avaient devant eux le riche heritage d'idees et d'honneurs que leur avait legue Tage d'or des penseurs grecs. ün reflet des grands noms de Pythagore, de Socrate, de Piaton, d'Aristoteretombait sur leursdisciples, quel- (juepeuqu'ils s'entendissentä gerer le patrimoineintellectuel qui leur etait echu. Faire partie du troupeau d'Epicure, ne donnait, ä la verite, ni gloire ni credit: le seul merite que cette ecole put revendiquer c'est la bonne entente qui y regnait et son invariable fidelite aux preceptes du maitre. Sto'iciens, Platoniciens, Peripateticiens jouissaient de plus de consideration. Ceux-ci avaient cependant le moins de credit et s'eteignirent apres s'etre longtemps bornes ä commenter les ecrits d'Aristote. La plupart des cyniques etaient, dans la litterature comme dans la societe, meprisös ä cause d'une imprudence et d'impiete hautement affichees: grossiers, süperbes, cachant des vices honteux sous le manteau philosophique, ils couraient avidement k la table des riches, tour ä tour vils adulateurs et critiques acerbes. Ce sont eux, dit Lucien, qui ont discredite la philosophie aux yeux de la foule. Au temps de Neron, ils avaient cependant dans le celebre
(J) Diss 41, p. -WT sq.
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Demetrius le modele d'un vrai Philosophe. Les Platoiiicicns joiiissaient d'un plus grand credit, auquol la diffusion des ecrits de Plalon n'etait pas etrangere: pour ce qui regarde la profondeur et relevation des pensees, ils etaient bien au-dessous de leur maitre que parfois ils ne comprenaient plus. Les Sto'iciens surent capter l'estime et la bienveillance par le rigorisme de leurs principes moraux, qui cependant se reduisait bien souvent a une intolerable presomption, a une vaine Aretologie. Aucun d'eux ne parvint ä retracer dans sa vie l'ideal du sage de leur ecole. Marc- Aurele fut le dernier Stoicien, tandis que les Pythagoriciens formaient une secte intluente et destinee ä grand ir.
62. — Dans toutes les parties de l'empire le clerge etaitmuet: les pretres, depourvus de traditions, de doctrines ne s'occupaient que de ceremonies exterieures et les Philosophcs exercaient sur le peuple une puissante influence. Seuls ils possedaient un corps de doctrine; seuls ils pouvaient, en quittant la sphere de l'ideal, se meler aux agitations dela vie pratique et sociale par leurs conseils, leurs avis, leurs interpretations. Si un pretre, s'autorisant de sa dignite, se füt avise de faire rien de semblable, il eüt succombe sous le ridicule, tellement la notion de docteur, de guide etait-elle differente de celle de pontife. Toute cette sphere, si importante dans la vie des peuples civilis^s etait donc abandonnee aux Philosophes. Ceux qu'un malheur, la mort d'un etre cheri venaient de frapper, appelaient, dit-on, aupres d'eux les consolations d'un sage (i).
63. — Ces conjonctures ötaient extremement favorables au credit des philosophes, et cependant on le
(1) !)io. Chrys. Or. 27, p. 259 Cf. I'lut desiiperst.T,
voit constamment baisser a partir du 1" si^^cle de l'ere chretienne. Un grand nombre d'eux portait la barbe, lemanteau, le bäton caracteristiques ; mais il n'en fut que plus choquant de voir parmi eux des homnies sans valeur et meme des coquins. Depuis que Marc-Aurele leur avait accorde des subsides, on crut remarquer que plusieurs ne faisaient pour meriter la pension que cultiver leur barbe avec un soin extreme (i). Sans traditions, commesansmöthode, ils prenaient presqu'au hasard dans les ecrits de leurs illustres maitres, une these isolee ou paradoxale — et palliaient de l'exemple de ces grands hommes une temerite, un orgueil insupportables. A partir du 2'' et jusque dans le S*" siecle de l'ere chretienne, on entend un cri de reprobation universelle contre les exces des philosophes. Le tableau que Lucien nous trace de leur hypoerisie, de leur vanite, de leur avarice, de leur immoralite n'est efface que par le portrait qu'Aristide nous fait de ces hommes. Leur cupidite, dit-il, est insatiable; prendre ce qui appartient ä autrui, c'est communaute des biens : leur Jalousie s'appelle Philosophie, comme leur avidite est devenu mepris de l'or. Pleins de süperbes dedains k l'egard du grand nombre, ils rampent devant les riches, devant les boulangers et les cuisiniers des riches. Le secret de leur force git dans l'impudence et dans la cahomnie (2). Quintilien n'est pasmoins severe: a denos jours, dit-il, lesvices les pluscriants se cachent sous le nom des anciens Philosophes: on volle des moeurs affreuses et une conduite ditferente de cclle des autres hommes (0). »