Gelte exaltation religieuse, ces possessions
(l)Firmic. Mathes 3, 7 Minuc. Oct. -21.
(2) Digest. 21, 1, 1, 9.
(3) De Vit. bcat. 27.
divines,vraies ou affectees etaient plus frequentes chez les hommes que chez les femmes;au moins n'envoit-on pour ces dernieres que de rares exemples. Cependant le joug des superstitions paiennes pesait doublement sur le sexe. Romains et Grecs, Caton et Plutarque avaient beau poser en principe que la femme ne devait avoir d'autres dieux que son epoux; si depuis longtemps, les hommes avaient brise les anciennes barrieres, les femmes se contentaient encore beaucoup moins des anciennes divinites et des cöremonies simples de la tradition. La crainte et l'esperance ont plus de prise sur la femme; le sentiment, l'imagination la maitrisent, les passions l'emportent; l'irritabilite de ses organes ne supporte ni le doute, ni l'incertitude ni examen calme, ni contrainte. Aussi eile se jetait avidement sur un culte, quelque nouveau, quelque bizarre qu'il füt, dont un esclave, un Jongleur, ou un pretrecupide venait lui vanter l'efficacite. Les femmes grecquesdece temps-lä honoraient, dit-on, des dieux que leurs maris ne connaissaient pasmeme de nom.Les Romaines, d'ap»resJuvenal,se seraient, sur l'ordre d'un pretre d'Isis, montrees nues sur les bords du Tibre, pour ramper ensuite du champ de Mars au temple de la Deesse de l'Egypte (i). Le culte mysterieux des Thesmophories et de la bonne Deesse, que les lois attribuaient exclusivement aux femmes, ne pouvaient que les faire soupirer plus ardemment — encore apres un culte qui aurait donne satisfaction ä leurs passions.
lOo. — Seneque nous decrit la maniere dont les Romains honoraient leurs dieux sur le Capitole, et nous pouvons en conclure quelles ont du etre les pratiques religieuses des femmes. « L'un, dit-il, place ä cote du dieu une divinite rivale: l'autre montre l'heure a Jupiter; un troisieme fait l'huissier ou imite les ges-
(1) Sat. 6, 522.
ET JUDAISME,
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tes du coiffeur. \ln troisieme s'occupe de la chevelure de Junon et de Minerve, et fait iion-seulement devant les statues, mais aussi devant les temples des moiivements de doigts, comme s'il frisaitles deesses. D'autres leur tiennent le miroir, les engagent ä se porter cautiou pour eux, leur adressent des suppliques ou les entretiennent de leurs proces. — Des artistes en tout genre y passent leurs temps et offrent leurs Services aux immortels. » Voilä ce que faisaient les hommes. « Des femmes, ajoute Seneque, s'accroupissent aussi lä, qui se croient aimees de Jupiter et ne se laissent pas intimider par Junon (i).»
106. — La Theopojie — l'art de renfermer les dieux dans leurs statues, de les forcer par des rits et des chants ä se fixer dans un nouveau jour — continuait ä s'exercer surtout par des pretres Grecs et Egyptiens et des Goetes. On en parlait comme de l'acte le plus efiicace, le plus saint de la religion (2) et des ecrits parurent, oü Hermes apprenait k son fils Asclepias qu'aa moyen d'une science secrete dont il avait la clef, on pourrait animer les statues et forcer les dieux ä s'unir ä elles comme l'äme est uni au corps (5). Entre temps, les dieux s'avisaient parfois, et cela ä l'eftroi du peuple, de quitter leurs statues et leurs temples, non pas en secret, mais apres avoir annonce leur depart d'avance. Les statues roulaient de leurs piedestaux ou, ce qui etait plus frequent, les portes du temple s'ouvraient d'elles-memes durant la nuit. Les historiens de Rome attestent que dans les grandes catastrophes, on trouva plus d'une fois sur le Capitole ou sur le Forum, lestraces des dieux disparus (4).
<1) Aug C. D. 6, 2. — {'2) Orig. c. Gels. 7. (3^ Ap. Aug. CD. 8, 1.2.
(4)Voyez les pass. recueillis par Anealdi: Lc riis Romain evocafis, Brix. 17'<3,p. 19.
256 PAGAXISME
107. — Selon Lucien qui peint d'apres nalure la religion de son temps et expose avec impartialite les croyances populaires — la foule adrcssait directement des hommages aux idoles de bois, de pierre, de metal — et voyait dans ces Images les demeures terrestres, et pour ainsi dire, l'enveloppe corporelle de la divinite. « Pliisieurs d'entre vous, dit son Cynique i\ Zeus, etaient d'or ou d'argent et ont du se laisser fondre, quand le destin l'a voulu (i). » Voici comment il parle du celebre Jupiter de Phidias: ceux qui entraient dans le temple, ne songeaient pas ä l'or ou ä l'ivoire, mais croyaient contempler le fils de Chronos et deRhee, transporte sur la terre par Phidias (2). Dans une seene divertissante de Zeus tragique, Hermes est Charge d'indiquer aux dieux leur place d'apres leur valeur respective ; et il s'ensuit que Bendis et Anubis, Attis, Mithras et Lunus, tous dieux barbares mais faits d'or, ont la preseance sur les divinites helleniques, faites tout au plus d'ivoire et ordinairement de pierre ou d'airain.
108. — Si Lucien est un railleur impitoyable, Plutarque fait serieusement la meme reflexion et se plaint amerementdece que les Grecs entretenaient ceprejuge, en appelant Dieu les images de pierre ou de bronze qui les represenlaient. Et puis, continue-t-il, ils disent que Lacheres a deshabille Athene, que Dionysius a coupe les boucles dorees d'Apollon, que le Jupiter Capitolin a ete brüle durant la guerre civile (3). — Stilpon fut banni d'Athenes, pour avoir dit que la statue de Minerve par Phidias n'etalt pas une divinite (i).