‹ Paganisme et JudaïsmeChapitre 23 sur 35 · C'est cette meme idolätrie, prise dans lestMis · texte numérisé non relu

C'est cette meme idolätrie, prise dans lestMis

(1) Jup. Confut. 8.

(2) De sacrif. 11.

(3)Delsid 11.

(i) Diog. Laert. 2, IIG.

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le plus strict, que Seneque reproche aux Romains. On adore, dit-il, les imagesdes dieux: oii imploreleur secours u genoux : on reste devant elles des journees entieres et on leur jettc une piece de monnaie ou leur immole des victimes. Et tandis qu'on leur rend ces honneurs supremes, on meprise les hommes qui les ont fagonnees (i). — « Moi-meme, dit un homme que ses connaissances placent a latete de son siecle — moimeme je venerais, il n'y a pas longtemps, des dieux, k peine sortis du four ou echappes ä I'enclume, l'ivoire, les tableaux et de vieux arbres entoures de bandelettes. Je rendais mes hommagcs ä la pierre, cnduite d'huile d'olive, que je rencontrais sur la route; j'adressais mes va'ux et mes prieres ä ce bloc insensible, outrageant les dieux memes dont j'admettais l'existence, parce que je les croyais de bois, de pierre ou renfermes dans ces matieres (-2). »

110. — Chose etonnante ! le culte des simples pierres, dont parle ici Arnobe, se maintint longtemps chez les Grecs aussi bien que chez les Romains. Dejä Theophraste Signale, comme superstitieux, l'usage dene passer devant les pierres saintes des carrefours sans y repandre de Thuilc, s'agenouiller devant elles et leur rendre les hommages. Lucien dit la meme chose de Rutilien, romain distingue (ö). Chacun, parait-il, avait soin de placer k sa villa ces pierres lä. Apulee fait ä un de ses adversaires un crime de n'avoir sur ses terres ni bosquet sacre, ni pierre ointe, ni rameau couronne (4).

111. — En scrutant les convictions religieuses de cet äge — ensedemandant pour quelsmotifs on s'asser-

(l)Ap. Lact. 2,2.

(2)Arnob.l,ö9.

(5) Pseudomant. 30.

(4) Apül. p. 349.

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vissait ä des cultes vexatoires et absorbant une grande partie de la vie — on sera force de reconnaitre que les nobles aspirations de I'äme, ni les besoins moraux des hommes n'y avaient pas oupresque pas de part. Ge qui manquait, c'est pourledire enimmotjaconscience de la saintete de Dieu et le besoin de la sanctification de l'homme. Celui qui priait n'exposait pas aux dieux l'etat de son äme : les pensees, les mouvements, la volonte ne regardaient nullement la divinite qui d'aiileurs ne s'en serait pas occupee. Les dieux, disait-on quelquefois, ne savent rien de tout cela. L'idee d'un dieu qui sait tout, aurait epouvantelegrand nombre: il leur repugnaitden'etre jamais seuls,de se trouver toujours sous les yeux d'un etre superieur qui sonde leurs afFections et leurs pensees. Un dieu, dit le paien Cecilius (t), qui veille soigneusement sur les demarches et meme sur les paroles et les pensees secretes de rhomme, est un etre importun, insolent et curieux, incapable de servir les individus, parce qu'il erre en tous lieux et s'occupe de tout — insuöisant pour le tout, parce qu'il s'occupe constamment des details. La Philosophie du temps en jugeait de meme. Le genre humain, dit Seneque, depend certes de la providence divine; mais ee n'est que par Intervalle que les dieux s'occupent d'un homme en particulier (2). Plutarque adopte les idees d'Euripide qui avait dit que la divinite laisse au hasard les vetilles, pour ne s'occuper que des evenements les plus importants(ö).Cottadonne celachez Ciceron pour la doctrine constante des Stoiciens (4) ; il ne convient pas ä la majeste des dieux du ciel, di-

(1) Minuc. Oct. 10.

(2)Ep.9o.

(ö) Pisecept. ger. reip. 15. p. 811.

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saient les Platoniciens, de s'interesser trop vivement aux petitefises de la terre (i), Cependant on croyait communement que tel ou tel dieu produisait dans le coeur des mouvements soudains, des passions irresistibles. Toujours on etait pret ä mettre sur le compte d'une divinite une action qui faisait roiigir. « Le dieu m'y a pousse, » dit chez Piaute un fils de famille qui a seduit une servante (2),

112. — La priere pa'ienne ne comprenait pas I'examen de l'etat de l'äme, l'epreuve de soi-meme ; concilier les deux choses eüt paru trop difficile, voire nieme absurde ä ce siecle. On ne soupconnait pas meme que ce put etre un devoir de rentrer en lui-meme et de lä, malgre les conseils reiteres des Sto'iciens, cette crasse ignorance des mysteres du coeur. « Pas un seul, non pas un seul d'entre nous, qui approfondisse son coeur; tandis que nous remarquons bien vife le fardeau qui accable celui qui marche devant nous (3). »

llo. — On demandait donc aux dieux les richesses, les commodites, le bonheur de la vie; le succes d'une entreprise ; mais personne ne songeait ä demander les biensmoraux. Que Jupiter me donnevie et richesse,dit Horace ; le calmedel'äme, je saurai me le procurermoimeme(4).Si Epictete et Marc-Aurele fönt ici exception, Seneque enseigne formellement que — rhomme doit se rendre lui-meme heureux — il esthonteuxd'importuner pour cela les dieux — il faut parla vertu qu'on se donne soi-meme, devenir l'egal dela divinite, au Heu de ramper ä ses pieds {5). Maxime ecrivit une dissertation

(l)Apul. de Deosocr. p. 669. sq. Neque enim pro majestate Deiim Coelestiimi fuerithfec curare.

(2)Aulul.4, 10, 7.

(3) Pers. Sat. 5, 23 sq.

(4) Sern). I, 17.

io) Epist. 51, 44. En clisant a un ami : Roga bonam mcntem, bonam

pour prouverqu'il faut abandonner entierementrusage delapriere; les choses de ce monde dependent, selon lui, d'une providence divine, dont les arrcts sont imniuables — determines par un destin qui ne change pas ou enfin par le hasard : dans tous les cas, la priere est inutile et absurde (i).

114. — En se pla^ant au point de vue d'une autre religion, on s'attendrait k voir, dans la corruption de ce temps, l'usage de la priere entierement abandonne. II n'en fut ccpendant pas ainsi dans le Paganisme, et ce n'esl pas de la diminution des sacrifices ou des prieres que se plaignent ceux qui nous ont depeint les moeurs de ce siecle; ils nous eftVaient en exposant ce qu'on demandait aux dieux. On leur demandait la mort d'un oncle riebe, la decouverte d'un tresor perdu, le succes d'une alteration de testament, l'occasion d'assouvir des passions infames {2). Les meres de famille offraient des sacrifices pour le bonheur de baladins et d'acteurs, avec lesquels elles vivaient en adultere (5) et, pour rendre ces prieres plus efficaces, on vient le matin, dit Perse, plonger trois foisla tete dansle Tibre. Au reste, les dieux ne donnaient rien pour rien : le succes d'une affaire importante ne s'obtenait que par la promesse d'une grosse somme d'argent. Le Senat donnait l'exemple et avait coutume de promettre, dans les cas importants, mille livres d'or au temple de Jupiter Capitolin (i). Heureusement pour ceux qui etaient moins riches, on pou-

valetudinem aiiimi (Ep. 41) Socrate parlait d'une Situation physique. qui n'estpas au pouvoir de Thomme, l'opposö parconsequcnt duü^lire et de Texaltation.

(1)Diss.. H, p.lSj. sq.

(2) Ters. Sat. 2, 3sq. Petron. 88. 7. sqq 85, 5.

(3)Juven. 6, 566-378.

(4) Petron 1. c.

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vait aussi assurer le succes de la priere en i'accompagnant de certaines forniiiles, ceremonies, cxorcismes ou offrandcs ; seulcmcnt, il ctait alors aussi dangcreiix que facile, de mal prononccr uii nom ou d'omettrc un petit detail. Le courroux du dieu s'enflammait, et pouvait se decharger d'une maniere epouvantaljle sur l'imprudent qui lui avait donne un nom peu convenable (1).

ilo. — Les details de la vie des Grecs de res temps nous etant tres-peu connus, nous ne saurions affirmer qu'ils suivissent les aberrations des Romains. Nous savons cependant, par Ärtemidore, que chez eux aussi on renoneait pour toujours au culte des dieux, quand on ötait frappe d'un grand malheur (ü). Dans les lettrcs d'Aristenete, une femme adultere supplie les dieux de lui fournir les moyens de voir son complice (ö). Les epigrammes de l'Anthologie invoquent les dieux pour qu'ils favorisent la perpetration du mefait inseparable du nom Grec (i).Theocrite represente unjeune homme frappe de la foudre devant la statue d'Eros, pour avoir repoussö d'infämes propositions (o).

HG. — Ceux dont les prieres ou les voeux n'etaient pas exauces, se tournaient naturellement contre les dieux, se repandaient souvent en blasphemes et outrageaient parfois Ics statues.Germanicus, Tite et Servien, qui fut livre au supplice sous Adrien, ont au momeni de la mort, aceuse les dieux d'injustice et vomi contre eux des maledictions. Cette irritation perce meme dans les inscriptions, placees sur la tombe d'un parent ou d'un ami, empörte par une mort prematuree.On dif,

(1) Arnob. 3, 43.

(2) Oneirocr. 2, 133. p. 199.

(3) Ep. 2, 15.

(i) Meleag. epigr. 22 ; 5 Automed. epigr. 2. (3) Idyll. £5.

par exemple, sur l'epitaphe d'un enfant de cinq ans: « aux dieux injustes qui m'ont ravi l'existence, » et dans Celle d'une jeune fille de vingt ans, nommee Procope: « Je leve les mains contre le dieu qui m'a fait mourir, malgre mon innocence (i). »

117. — Un traitdigne d'etre signale, c'est qu'on ne promettait ou ne demandait pas souvent ä autrui le concours de sa priere. Par contre on offrait frequemment des sacrifices pour les autresetpour autant qu'on y ajoutait une priere, on peut dire que l'intercession ou le suffrage etait loin d'etre inconnu au Paganisme. On n'en redoutait, comme Pline le constate, que plus vivement les maledictions (2); caron attribuait un plus grand pouvoir ä la haine qua I'amour des hommes, et l'on croyait que les puissances divines exaucaient plus facilement le cri de la vengeance que la benediction de l'affection.

3. — ATTACHEMENT AUX ANClENiNES RELIGIONS. — CULTE d'aPHRODITE — MYTHES — LEUR INFLUENCE — LEURS REPRESENTATIONS MIMIQUES — IMPUDIClTß DANS LES TEM- PLES — JONGLERIES RELIGIEÜSES OU GOETIE.

118. — Ce serait une erreur de croire que dans l'epoque qui va d'Auguste aux Antonius, l'incredulite füt universelle. En dehors des villes, les masses etaient inviolablement attachees aux cultes qu'elles avaient recus de leurs ancetres. — Du temps de Pausanias, les populations rivales de la Grece croyaient fermement les legendes des dieux et des heros et conservaient les

(1) Mabill. it. It. 77.

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Souvenirs d'un äge oü les « dieux venaient s'asseoir sous le toit et ä la table des mortels. » La fable de Chronos et de sa dächeance trouve, dit Sextus Empiricus, beaucoup de croyants (i). On montrait encore les cendres du bücher des enfants de Niobe, les pierres d'Amphion, les cypres d'Alcmeon (2) ; en Phocide on croyait que les alouettes ne pondaient pas d'ceufs ä cause de Teree: Delphes conservait la pierre que Rhee avait donnee au vorace Saturne. « Ils croient, dit Plutarque des sculpteurs de son temps et des ouvriers en bronze et en cire, ils croient que les dieux ont une forme humaine et les fa^onnent ainsi, pour adorer ensuite l'ceuvre de leurs mains; mais ils meprisent les hommes d'Etat, les philosophes qui leur prouvent que la majeste des dieux est unie ä la bonte, ä la magnanimite, ä la bienveillance (0). » Les sarcasmes de Lucien contre les croyances et les cultes de son temps prouvent que la foule et meme les classes eclairees ne les avaient pas abandonnes; car une chose, tombee dans l'oubli ou dans le mepris universel, n'aurait pas ete le point de mire, des traits aceres d'un critique aussi spirituel. Meme au 2'^ slecle on pouvait constater, comme Denis l'avait fait auparavant, que la foule aceeptait les mythes des dieux dans leur sens le plus materiel, et traitait parconsequent les dieux avec mepris, ou s'autorisait de leur exemple pour commettre les memes infamies.

119. — Certes, il y avait des dieux et des sanctuaires negliges et oublies et des temples tombant en ruines (4); mais les autres n'en etaient que plus frequentes; on construisait des temples nouveaux et les

(l)Pyrrh. Hyp. 1, 147.

(2) Paus. 9, 17, 1.

(3) De Superst. 6.

(4) Joseph C. Apion. 2, 35, p. 1287. Oberth.

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villes admettaient dans leurs murs dos divinites jusqu'alors inconnues. Nulle part on ne vit surgir une velleite de reforme, aucun essai pour epurer les cultes, en retrancher ce qui choquait le sens moral et remplacer par des ceromonies decentes des coutumes vieillies Oll infames. Les statues de Mercure Dolios (trompeur) se trouvait encore siir la route de Pellenc au temps de Pausanias et le dieu etait, disait-on, toujours pret ä exaucer les prieres de ses adorateurs (i). Les habitants de l'ile de Chios honoraient leur heros, parce qu'il leur faisait connaitre les Iromperies et les Industries de leurs esclaves, qui de leur cöte lui ott'raient les premices de leurs filouteries (2). A Attis on voyait la Statue de Ganymede a cote de celle de Zeus (0). Les jeunes filles de Trezene offraient leur ceintureä Athene Apaturia, la trompeuse qui avait habilement livre OEthra aux mains de Poseidon et l'ile oü la chose s'etait passee etait appelee sainte (i). Aux fetes de Bacchus on donnait encore des prix aux huveurs les plus intrepides. Les solennites etaient marquees par des exces de plus en plus criants. Des empires dont l'ambition ne trouvait plus un aliment dans l'activite politique, cherchaient ä gagner le peuple, en multipliant les jeux solenneis celebres avec un luxe inou'i. On y ajoutait les combats des gladiateurs; on abattait force hecatombes, et Ton defrayait, plusieurs jours durant, les populationsde villes entieres, qui nemanquaientd'eterniser leur reconnaissance dans des inscriptions(ö).

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