La longue serie de victoires et de conquetes
(1) Dionys. 6, G9. Serv. JEa. % i66 ; 5, 70i.
(2) Macrob. Sat. 1. 16.
(3) Dionys. 9. 19.
(A) Liv. S, 6 et 3-2; 41, 13, etc.
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rarement interrompue par des def'aites, depuis le commencement de la Republique jusqu'ä la fin de la deuxieme guerre punique, eonserva et aflermit, pendant ces trois siecles, la foi et l'attacliement qu'on avait voues aiix dieux roniains; cette carriere victorieuse etait la preuve la plus frappante qii'ils etaient les plus puissants et que le culte romain etait le meilleur et le plus agreable aux dieux. C'etaient eux qui rendaicnt et qui devaient rendre la ville de Roma grande et le bras du Romain invincible ; les Romains, par leur zele et par leur exactitude dans les aruspicines, dans les sacrifices et dans les ceremonies, les avaient pour ainsi dire forces de leur accorder la victoire et l'empire sur les autres nations. Un echecdes armees ou des flottes romaines passait pour la punilion d'une laute, commise dans raccomplissement du culte, ou d'un sacrilege dont on s'etait rendu coupable envers les dieux ; c'est ainsi qu'ä Drepanum, la flotte romaine dut expier le sacrilege de Claudius qui avait fait jeter ä la mer les poules sacrees, qui ne voulaient pas manger : Flaminius, pour avoir brave et meprise les signes divins, perit avec toute son armee pres du lac Trasimene. Mais, en general, « fautil s'etonner que la faveur constante des dieux alt veille ä l'agrandissement et ä la conservation d'un empire qui voue les soins les plus scrupuleux ä l'examen des choses religieuses les plus insignifiantes? Car, Jamals notre bourgeoisie n'a perdu de vue l'observation la plus ponctuellc du service divin (i). » C'est ainsi que pensait et parlait le Romain.
33. — Le premier coup fatal fut porte au caractere exclusivement patricien du Systeme religieux exis-
(1) Val. Max. 1, 1,8. Comp. Mut Marceil. 4 •>.
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tant, parlaloi de Licinius en566avant J.-C. Jusqu'alors l'interpretation des livres sybillins avait etedu domaine de deux pretres de sang patricien ; maintenant on institua un College compose de dix hommes (et plus tard de quinze), dont la moitie fut choisie parmi les plebeens. Ils etaient « les interpretes des destinees du peuple romain (i) ; » les cultes ctrangers ne pouvaient etre introduits que sur leur avis conforme, et ils etaient charges particulierement du service d'Apollon et de la celebration des jeux de ce dieu. Ces solennites, qui d'abord n'etaient en faveur que dans quelq^i^es endroits, furent repötees tous les ans, depuis 210 avant J.-C, et Apollon fut compte parmi les dieux tulelaires de Rome, quoique ses sanctuaires fussentencore places hors de la ville. Ensuite, en 300 av. J.-C, la loi Ogulnia rendit les fonctions de pontife et d'augure accessibles aux plebeiens qui, en politique, etaient dejä places au meme rang que les patriciens ; l'ancien ordre des choses fut violemment ebranle. Pour la premiere fois en 253, un plebeien, T. Coruncanius, devint grand Pontife et un autre, en 210, fut nomme premier Gurion.
34, — Des Grecs, tels que Polybe, qui virent tout l'edifice de la religion d'Etat romaine dans la premiere epoque de sa decadence (vers 140 av. J.-C), l'admiraient encore comme un chef-d'ceuvre d'intelligence et de combinaisons politiques, prenant ainsi, selon les idees de leur temps, pour le fruit d'un Systeme, ce qui s'etait forme tout naturellement. « La Constitution romaine » dit l'ami et le consciller de Scipion « a, selon moi, son plus ferme appui dans l'interpretation des choses divines, et ce qu'on blame precisement chez les autres me semble conserver l'Etat de
(l)Liv. 10,8.
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Romc : la crainte superstitieuse (Deisidemonie) des dieux. Car cliez cux le Systeme religieux est tellement entoure de terreurs et entre si avant dans toutes les relatiüns de la vie civile et polltique, quo rien ne lui est superieur. II me parait cependant qu'ils ont fait cela pour les masses ; car comme celles-ci sont legeres, emportees par des desirs deregles, des coleres aveugles et des passions violentes, il ne reste qu'ä dompter la foule par ces farces qui efl'rayent (i). » Ce jugement prononce par un homme qui a vecu ä Rome pendant 17 ans et qui passe avec raison pour un Romain sense et politique plutot que pour un Grec, etait probablement alors deja l'opinion de beaucoup dr. Romains eux-memes.
3o. — En effet, le Systeme religieux romain et avant tout la large sphere des aruspicines et les autres moyens de scruter la volonte di\ine etaient parfaitement propres a servir d'instrument de domination dans les mains d'une classe de pretres aristocratiques. Tous les actes politiques etant intimement lies ci une foule de formalites religieuses et au consentement exterieurement manifeste des Dieux, les patriciens, qui avaient la possession exclusive des aruspicines publiques, etaient tentes d'entraver les decisions populaires qui leur deplaisaient. Cela se manifeste clairement dans la loi ^lia et dans la loi Fufia de l'an loG av. J.-C, par lesquelles on declara en general les aruspicines necessaires pour les assemblees populaires, et on decida en outre, que chaque fonctionnaire de I'Etat pouvait en toute liberte observer le ciel, s'il le voulait, et que pendant ce temps aucune assemblee populaire ne pouvait avoir lieu. Or, quelque magistrat dans ses observations pouvait apercevoir un phenomene
(1) T») Toiu !>Tv\ nw/u^ix, dit Polybe, 6, 56.