DIEUX ROMAINS
5:2. — Le culte de Jamis, en Italic, etait probablement aussi ancien que generalement repandu; ce dieu etait venere des Etrusques et des Latins, et quoique, Selon un auteur, il füt originaire de la Perrhebie dans la Grece septentrionale, il etait de nature si particuliere et si differente des dieux grecs que ni Denis, ni Ovide ne purent le comparer ä un de ces derniers (4). II passait primitivement pour le dieu du soleil ou pour la force naturelle agissant par cet astre,
(1) August, de cons. evg. 1, 22, 4-1.
(2)Tert. Apoll U.
(3) Aug. C. D. 4, 51.
(4) Dion. 3, 22. Ovid. Fast. 1,38.
ce qu'on reconnait meme dans la vieille Jana, qui etait deesse de la lune ; on le representait avec deux tetes regardant l'Est et l'Ouest; ä Faleries il avait quatre tetes, repondant aux quatre poiiits cardinaux. C'etait, au fond, le dieu de la nature et des Clements dans l'acception la plus generale, c'est pourquoi Varron en fait le representant du monde, c'est-k-dire du ciel ; d'autres le prirent pour le fils du ciel et d'Hecate, (!a primitive mere-nuit), et l'on hesitait entre cette dcrniere interpretation et rautre,quile faisaitfilsdusoleil (i). Or, comme, dans le Systeme theologique romain, les divinites des Clements et des astres etaient peu ä peu repoussees sur l'arriere-plan, Ou changöes en etres personnifies et libres, le Janus des Romains n'a plus sa signification premiere. II continua ä passer pour un des plus grands dieux; les chants saliens exaltaient en lui le dieu des dieux, le roi des sacritices et dans la regia, on lui offrait toujours le sacrifice significatif d'un belier; mais Jupiter Capitolln l'avait supplante dans sa primitive place supreme. Ailleurs, la fable, parlant d'une epoque dont les Souvenirs se sont conserves dans les traditions populaires, represente les dieux comme des rois et des patriarches terrestres. C'est ainsi que Janus, d'apres la fable italienne, fut le plus ancien roi indigene de l'Italie; il enseigna aux habitants et leurs moeurs et la maniere de venerer les dieux; ce fut lui qui recut bospitalierement Saturne venu de l'etranger et en fit son coregent, lorsque celui-ci eut introduit l'agriculture.
oo. — Quant au culte, Janus gardait la porte du ciel, ouvrait et fermait l'entree du ciel, de la terre et de la mer ; il etait le « moteur des gonds de
(1) Aniob., 3, i9.
ET JÜDAISME. 55
l'univers, » possedait la clef symbolique et, lors du sacrifice, etait invoque par les pretres sous le nom de Clusius et de Patulicus ; dans les prieres relatives ä la propagation du genre humain, on l'appelait Consivius. Son pouvolr etait illimite, puisque, accordant et bönissant les commencements de toutes choses, il s'etendait sur toutes les situations et sur toutes les actions de la iiature et de la vie humaine ; il etait, comme dit Augustin, Jupiter Initiator, qui, des le commencement, benit et fait prosperer toute l'oiuvre (i). A chaque solennite, on lui adressait donc les premieres prieres et les Premiers sacrifices, afin d'avoir, comme dit Macrobe, acces aupres du dieu qu'on invoquait, comme si Janus, en laissant passer les prieres par ses portes, les expediait aux dieux {-i). La fable dit qu'avec Juturna il a engendre Fontus, dieu des sources et par consequent auteur des eaux, ce qui est une des traces de son ancienne signification de dieu des elements. Ce n'est que plus tard qu'on en fit le dieu du temps, quoique, plus tot dejä, on lui eüt consacre une des fetes principales, Celle du premier janvier, qu'on celebrait en lui offrant le Janual, sacrifice de gäteaux. Les doigts de cette Statue — qu'on n'executaitenpied qu'exceptionnellement — figuraient le nombre 365. Douze Saliens devaient chanter ses louanges, et douze autels lui etaient consacres ; ce nombre etait emprunte aux mois de l'annee. Mais, peut-etre ä cause de son attribut, la clef, il etait aussi dieu des passages, des portes deville,qui n'etaient a Rome que des allees voütees, et des portes de maison, et c'est ainsi que son pouvoir, ou son action, s'etendait sur ceux qui y entraient et qui en sortaient ; ses deux tetes ou visages signifiaient alors l'entree et la
(I) Civ. Dei, 4, II.
ß) Macrob. Sat. 1,9.
o6 PAGAMSME
sortie des habitants. Une porte de Rome etait appelee Janus Bifrons ou Geminus, et comme l'image du dieu ä double face y etait erigee, on donna äcette porte, par la suite, le nom de temple. Ce fut ce sanctuaire que, suivantune ordonnance remontant ä Numa, on fermait lors de la conclusion d'une paix, et qu'on rouvrait au commencement d'une guerre. Enfin, Janus avait aussi des rapports directs avec la bourgeoisie romaine : protecteur des Quirites, il etait appele Quirinus ; dieu tutelaire de l'assemblee des Curies, il portait le nom de Curiatius (i). Outre le sanctuaire de Janus Bifrons, il avait encore un autre temple restaure par Auguste et consacre par Tibere (;*).
S4. — il est plus facile de demander que de decider si Faunus est identique avec Silvanus, dieu lutin desbois, ou s'il en differe — quels sont ses rapports avec les Faunes, et s'il est dieu ou seulement demon, Son culte etait latin, c'est-a-dire antiromain. Les Romains, dit Denis, attribuent ä ce demon tout ce qui concerne Pan, les apparitions de spectres et tous les cris singuliers et eflfrayants (5). II ne faut donc pas s'etonner qu'on le confondit plus tard avec le Pan grec, avec lequel il a en eftet la plus grande ressemblance. Comme lui, il etait le dieu des bergers et des troupeaux, le lutin taquin des bois ; et comme Pan etait un dieu d'oracle, il y avait dans le bois de Tiburun oracle de Faunus, dieu fatidique sous le nom de Fatuus ; ceux qui le consultaient, se couchaient et dormaient sur les peaux de moutons tues par les pretres, afin de recevoir en songe, la reponse du dieu. Defenseur des troupeaux
(1) VaiT. 5, 165.6, 3i. 7, 80. Serv. JEn. 7, 608. Joh. Lyd. de mens. p.öG.
(2) Tac. Ann. 2, 49.
(5) Dion Haue. 3, 16.
ET JUDAISME. O/
contre les loups, il portait le nom de Lupercus ; anciennement on lui avait offfrt des sacrifices hiimains, ce qui explique la fable qu'il avait tue tous les etrangers venus dans le Latium. A Rome, lors de la fete des Lupereales, on tuait des chevres, mais on faisait aussi, avec le couteau sanglant, des incisions sur le front de deux adolescents qu'on avait amenes, puis on lavait les blessures avec du lait pour arreter le sang ; les jeunes gens devaient rire, c est-ä-dire exprimer leur joie de ce que des chevres avaient ete sacrifiees ä leur place. On decoupait les peaux des chevres (ou boucs) immolees en lambeaux et en lanieres ; les pretres Luperques, couverts de ces lambeaux, partaient du lieu du sacritice, parcouraient la ville, et, avec les lanieres qu'ils tenaient ä la main, frappaient au visage les filles et les femmes qui s'etaient placees sur leur chemin dans l'espoir d'etre ainsi purifiees et preservees de la sterilite (1).
o5. — Une des anciennes divinites latines etait Saturne qu'on mettait, de bonne heure dejä, sur la meme ligne que le Cronos des Grecs et celui des Phe-niciens, quoiqu'il en differät dans piusieurs points principaux. Lui, ainsi que Janus, dont le cuite a dos rapports si intimes avec le sien, etaient du nombre des plus anciens dieux Italiens; avant la guerre de Troie dejä, les Saturniens du Capitole, dit-on, sacrifiaient ä Saturne; Selon la fable, c'etait un tres-ancien souverain qui etait venu d'Orient en Italic et qui, par l'introduction de l'agriculture, avait civilise les habitants et en avait adouci les moeurs. Ses attributs etaient une faucille et un couteau dejardinier; il repandait l'abondance sur les moissons et etait dieu de
(l)Varro, o, GO. Ovid Fast. 2, 265. sq. Serv. .En 8, ö'«3. Justin- 43, I.
o8 PAGANISME
I'engrais sous le nom de Sterciitius (i). C'est ä lui que se rattachaient les souvenii's de Tage d'or et d'un Etat de paix; lors de sa fete, celebree avec des festins, les esclaves jouissaient d'une liberte passagere et d'un moment d'egalite avec leurs maitres ; on accordait l'impunite aux criminels. Sa statue creuse etait remplie d'huile, la tete en e^tait voilee et les pieds etaient entoures d'une bandclette de laine qu'on detachait ä sa fete; il fallait avoir la tete decouverte et porter des cierges allumes quand on lui sacrifiait {-2). Or, cette confusion des dieux, qui a souvent rendu le Systeme religieux des Romains si enigmatique et si incertain, se manifeste encore ici ; Saturne est en meme temps dieu des enfers et, d'apres une ancienne coutume, abolie dans la suite, on se le conciliait par des sacrifices humains (3), en sorte qu'on disait qu'il avait regnö avec beaucoup de cruaute sur l'Italie, sur la Sicile et sur la plus grande partie de la Lybie (4). Cette double existence du dieu semble aussi etre la cause qu'on lui attribua deux öpouses differentes : Lua, en l'honneur de laquelle on brülait, aprt^s la bataille, les armes conquises pour expier l'effusion du sang, et Ops, divlnite, comme lui, de la fecondite et protectrice de l'agriculture, d'oü eile etait appelee Consiva, la planteuse ; mais eile etait en meme temps une divinite infernale, voih\ pourquoi celui qui l'invoquait, devait toucher la terre de sa main (5).
56. — Jupiter, comme le Zeus grec, ^tait le dieu du ciel et de la tempt^rature ; comme maitre et dispensateur de la lumiere, il etait appele Lucetius; les
(IMucr Sat. 1, 7. Aug. C. D. i8, lo. Lact. 1,'20. ÖG.
(-2) Macr. Sat i, 7. Fast p. 2o3, v, Saturn Serv, .4i!i. 3, 407.
C5) Plut. Quaest. Rom II, 54.
(4) Lyd. de mens, i, 48. Macr. Sat. 1, 7 Aruob. 2, öS.
(o)VaiTO,ü, 21. Macr. Sat. 1, 10
ET JüDAISME. oU
Romains designaieiit son pouvoir sur les phenomcnes de l'air, sur la pluie et sur les orages, sur l'öclair et sur le tonnerre par lessurnoms de Pluvius, de Fulgurator, de Tonans, de Screnator. Son surnom d'Elicius, d'apres lequel on denommait le temple que ce dieu avait sur le mont Aventin, a quelque rapport avec la tradition des moyens secrets de faire descendre du ciel la foudre et meme le dieu, et de Numa, qui y ayant reussi avec l'assistance d'autres divinites, avait force le dieu, exigeant des sacrifices humains, de se contenter de symboles qui les representaient(i). Jupiter portait dans sa main, comme Symbole de l'eclair, un caillou dont on pouvait faire sortir des etincelles.
57. — Le cultc de Jupiter Latiaris, qui, commo dieu tutelaire de l'ancienne ligue des villes latines, avait sa fete annuelle, avec sacrifice de boeufs, sur le mont Albin, avait ete adopte par les Romains, qui le celebraient avec la plus grande solennlte en y joignant un sacriticc humain, dont on prenait la victime, dans les temps postörieurs, parmi les criminels (:2). Mais le veritable dieu de l'Etat romain et protecteur supreme de Rome etait Jupiter, « le meilleur et le plus haut, » dont le culte sur le Capitole avait dejä ete fonde par les Tarquins ; c'est la que se trouvait sa statue colossale faite avec l'airain des armures d'ennemis vaincus ; c'est la qu'on deposait tous les cadeaux que Rome ou ses allies destinaient ä Jupiter ; c'est \ä eniin que les nouveaux consuls faisaient leursvoeux pour la prosperitede l'Etat et que les generaux triomphants apportaient leurs pre-
(1) Ovid. Fast, ö, 283. Arnob. 5, 1.
(2) Miniic. Oclav. 30. Lact. 1, 21. Prudent. adv. Syrnmach. l, 597. Ce ne sont pas les jeiix de gladiateiirs qirou a en vue, corame le pretendent Hartling et Schwenck ; Minuciiis les contredittr6s-decid(5nient.
(3) Ovid Fast. 3,li9sqq. Gell. 3, 12-11. Serv. Aen 2,764.
sents de reconnaissance. Conformement ä la tendance de l'Etat, le caractere predominant de ce dieuetait celui de la guerre ; les surnoms sous lesquels il avait des sanctuaires ou des Images particulieres, indiquaient le combat et la victoire : on l'appelait Imperator, Stator (qui arrete la fuito,) Feretrius (qui met les ennemls en fuite, etc.
S8. — Les Romains ne connaissaient pas de fahles mythologiques sur leur Jupiter ; pour eux, qui ne se souciaient pas trop de la genealogie de leurs dieux, il n'avait ni parents ni fils. En eftet, il y avait en lui si peu de materiel et de personnel, que la plupart des autres divinites mäles s'identifiaient avec lui et se confondaient dans une meme signification. II y avait un vieux dieu latin Vejovis ou Vedius, dont l'image avait des fleches et des javelots de chasse ä la main (i) ; invoque par L. Furius dans la bataille de Cremone, il l'avait sauve et dans les fetes civiques, on l'adorait avec Dis et les mänes ; mais on ne savait pas si c'etait un Apollon, un Jupiter juvenil, ou un terrible dieu des enfers originaire de l'Etrurie. II y avait encore un dieu de la foudre, Summanus ; son image se trouvait sur le faite du temple de Jupiter du Capitole, mais depuis la guerre de Pyrrhus, on lui avait dedie un temple particulier situe au grand Cirque. Les freres Arvaliens, quand la foudre etait tombee sur des arbres, le reconciliaient en immolant des agneaux noirs; quelque fois aussi, on lui otiVait un sacriüce expiatoire de chiens qu'on crucifiait sur des sureaux {-2). Dans les inscriptions, il est aussi appele Pluton et on le met en rapport avec les autres dieux des enfers; mais, comme Ovide dejä ne savait pas dire quel etait
(1) Ovid. Fast. 5, 429. sqq. Gell, ö, 12, -il.'gcrv. .^n 2, 761. (-2) Min H. .N. 29, 4. .^Jarini, Fr. Arv. p. ö8ii, seqq.
ET JUDAISME. (U
ce Sunimanus, et comme la foudre etait exclusivement la proprietc' de Jupiter, il fallaitbien le prendre pour un Jupiter nocturne.
o9. — Du monient que la qualite de dieu du solei! attribuee a Janus perdait son importance ou tombait dans I'oubli, la divinite solaire du Systeme romain, en depit de son influence preponderante sur ragriculture, n'obtintplus que rarement la preference; les Romains la negligerent meme plus encore que les Grecs. Longtemps, Sol, quoique dieu sabin et, selon Augustin, un deus seleclus, n'avait point de temple ä Rome; on se contenta de lui eriger quelques autels en plein air. On en donna plus tard ce motif, qu'il ne fallait pas renfermer dans un edifice celui qui etait visible au ciel pour tout le monde, raison qui n'etait probablement ni la primitive, ni la veritable. Une seule famille Sabine, Celle des Aureliens, en pratiquait le culte. Dans les temps posterieurs, il y avait un sanctuaire de Sol pres du temple de Quirinus (i), et x\uguste lui eleva un obelisque sur le Ghamp-de-Mars. Plus tard, on fait mention de Sol comme d'un genie donnant la vie aux nouveau-nes, — car c'est par les atomes solaires que les genies entraient dans le corps de l'hommeet s'unissaient ä l'äme (2). — Luna, egalement une divinitö Sabine, avait sur le mont Aventin un temple consacre dejä par Servius Tullius et un autre sur le mont Palatin.
60. — Apollon qui, jadis n'etait pas plus dieu du soleil chez les Romains que chez les Grecs, fut ä Rome un dieu etranger, mais hautement venere ä cause de l'oracle de Delphes si renomme. Du temps de la repu-
(1) Quiiitil. I, 7, 12 VaiT. o, bl. Tertull. de spectac. 8. (21 Orelli, inscr. ö'24. J9:8. Serv. JEn. H, o7. Jlacrob. Somii. Scip. 1,19, 12.
blique, il n'avait aucun sanctuaire public dans l'interieur de Rome, quoiqu'on le connCit depuis les Tarquins per l'influence de la Phoeide et de Cumes, et que les livres sibyllins dictes par lui en fissent un etre extremement important pour Rome. Aussi, ce fut une prescription de ces livres qui, pour la cessatioii d'une epidemie en 325, provoqua la construction du Premier temple d'Apollon dans la prairie Flaminienne (i) ; des lors, il fut admis dans le veritable culte national, particulierement ä titre de dieu de la guerison ; dans les epi demies on l'invoquait en lui oftrant des voeux et des dons. Vers la fin de la deuxieme guerre punique seulement, pour le remercier d'une victoire, on institua les jeux d'Apollon d'apres les ordres d'une prophetie (2) ; les sacrifices devaient y etre accomplis selon le rite grec. C'est Auguste qui construisit, en l'honneur de ce dieu, le magnifique temple de marbre situe sur le mont Palatin.
64. — Par contre, Mars ou en Sabin Mamers, etait un trös-vieux dieu des races latines, n'ayant rien de commun avec Ares, le dieu grec, puisqu'il etait plutöt un dieu de divination et qu'il possedait dans le pays des Sabins un tres-ancien oracle, qui prononcait ses arrets au moyen de l'oiseau sacre du dieu, un pic place sur une colonne de bois (3). C'etait en meme temps un dieu champetre, en sorte que, plus tard, on lui sacrifiait pour obtenir la prosperite des fruits de la terre et des troupeaux, et les freres Arvaliens celebraient, en l'honneur de ce dieu tutelaire des champs, un culte avec des ceremonies particulieres (4).
(1) Liv. 3, 65. Ascon. or. in tog. caiid. p. 90. (2)Liv. -25, 1-2.
(3) Dion.Halic. 1, U.
(4) IMarini, Fr. Arv. p. 600. Cato de R. U. 85, I'^l.
ET JUDAISME. 65
Mais depuis Numa, il etait deja dien de la giierre, et comme il passait aussi pour le pere du lieros, fondateur de Rome, aucun dieu apres Jupiter ne jouissait dans cette ville d'uiie aussi grande veneration que Mars. Sa personnalite semble egalement etre un compose de divinites de diverses races, car on rencontre ä Rome un triple Mars : un Mars Gradivus, veritable dieu de la guerre, un Mars agreste ou Silvanus, et un Mars Quirinus. Ce dernier nom designait primitivement une divinite particuliere (Sabine), qui de concert avec Jupiter et Mars, exergait le protectorat de Rome ; chacune d'elles avait son propre Flamine et son sacrifico special ; aussi, Servius oppose Gradivus, le dieu guerrier ti Quirinus, le dieu tranquille (i). 3Iais comme ce dernier devint bientot dieu de la guerre, il fut confondu avec Mars {-2).
6:2. — La lance et le bouclier etaient les symboles de Mars et les gages de sa presence. Le bouclier etait tombe du ciel, et afin qu'il ne put etre vole, on le mela ä onze autres qui en etaient la reproduction la plus exacte. Ces boucliers sacres (anciles) et les lances qu'on gardait dans la regia, constituaient le palladium de l'Etat. Avant d'entrer en campagne, le general les secouait en disant: « Veille Mars! » s'ils se remuaient tout seuls, on etait menace de malheur et I'on procedait ä des ceremonies expiatoires. Le champ de Mars, destine ä des exercices guerriers, ä des jeux publics et ä des assemblees, etait consacre k ce dieu; tous les ans on lui sacrifiait la le « cheval d'octobre, » dont la queue coupee etait portee dans la regia avec une teile vitesse que des^gouttes de sang pouvaient encore en tomber sur le foyer, apres quoi la cendro
(1) Ad .£n. 1,269.
(2)0vi(l .Met. 14, 82S; 15,862.
ainsi trempee et un veau tire du venire d'une vache sacrifiee, servaient aux Palilies pour la purification du territoire romain. La tele du cheval immole etait fixee ä un edifice public et entouree de pains (i).
63. — Vulcain ou Mulciber, c'est-a-dire le fondeur, correspondait entierement au dieu grec Hephestos; les volcans de ritalie etaient ses ateliers; il passait pour le dieu du feu de poele et de foyer, et son Image d'argile ornait la cheminee Interieure de la maison. Primitivement venere par les plebeiens seuls, et surtout par les ouvriers travaillant au feu, il parait avoir re^u, dans les temps anciens, des sacrifices humains ; car, lors de sa fete ou Voicanalies, on jetait au feu des polssons vivants destines i\ remplacer les ämes humaines qui lui etaient dues (2). Mercure et Neptune avaient ä Rome moins d'importance et d'autorite que Vulcain. On prenait Mercure pour Hermes, parce qu'il renfermait une des nombreuses significations de ce dieu, celle de protecteur du commerce et du lucre. Ce ne fut qu'en 493 av. J.-C, apres l'expulsion des rois qu'on lui construisit un temple en meme temps qu'on forma une corporation de marchands placee sous sa protection. A sa fete, les commerpants lui brülaient de l'encens en lui demandant des profus ; ils puisaient de l'eau dans une fontaine qui lui etait consacrec et en aspergeaient leurs cheveux et leurs marchandises; Ovide dit qu'ils le priaient de les assister dans leurs tromperies et de leur pardonner les faux serments et les allirmations mensongeres qu'ils appuyaient de son nom (3). Plus tard ce-
ll) riul. Quaest. Rom. 97. Fest p. 111 ; 186; ISO. Ovid. Fast. 4. (2) Varr. 0, 20. 57. Fest. p. i08.
(5) Ovid. Fast. 5, 665 sqq.
ET JUnAISJlE.
pendant, lorsque la litterature grecque avait acquis une plus grande intluence, on transporta sur Mercure d'autres attributs d'Hermes ; il passa des lors pour dieu des enfers, pour conducteur des ames et, par consequent, pour pere de deux lares. Le dieu de la mer, Neptune, est encore plus rarement cite ; cependant il avait un temple sur le champ de Mars, et Ton celebrait gaiment sa fete ou Neptunalies, dans des liuttes de feuillage construites ä cet effet (i).
64. — Quant aux deesses, les Romains, en dehors d'Ops que nous avons dejä nommee, venöraient d'abord comme divinites de la terre, Tellus, Ceres, Bona Dea, et Maja. Selon Ovide (;>), Tellus et Ceres etaient differentes : celle-lä representait ie sol, et celle-ci la force terrestre produisant les fruits; on les apaisait toutes les deux par un sacrifice de gäteaux et d'une truie pleine. Le sacrifice plus solennel des Hordicidies oü, dans chacune des trente curies, on immolait une vache pleine et brülait le veau tire du ventre de l'animal, s'adressait ä Tellus seule. Dans les supplications, on invoquait cette deesse comme puis^ance des enfers (3).
60. — Ceres, deesse du ble et des champs cultives, quoiqu'elle füt une divinite elrangere, acquit bientöt, dans l'Etatromain, une autorite qui semble avoir efface le culte d'autres deesses analogues et plus anciennes. Son temple et son culte furent fondes en 258 par le consul Aur. Postumius, pour detourner une famine, suite d'une recolte manquee. Elle etait venue de la Basse-Italie habitee par des Grecs; c'etait donc Demeter, dont le celebre culte d'Enna en Sicile reagis-
(i)Liv. 28. II. Fesl.p. 161.
(2) Fast. 1,674.
(ö) Liv. !0, 2S,>, S, 9
sait sur la religion de Rome. Des le commencement, tout cela avait un caractere grec ; on faisait venir ä cet effet des pretresses helleniques, la plupart de Naples et de Yelia (i). Avant la moisson, on lui offrait un porc ; ä sa fete qui avait lieu le 12 avril, tout le monde s'habillait en blanc ; aussi on remit la fete apres la defaite de Cannes, parce que toutes les matrones portaient le deuil. Cette solennite, particulierement plebeienne, se composait de courses dans le Cirque, de distributions de noix et de tleurs au peuple, de sacritices de gäteaux, de sei, d'encens et de porcs; l'analogie qu'elle a avec les Thesmophories se manifeste dans I'abstinence et le jeüne imposes aux matrones, prescriptions qui, en 491 seulenient avant J.-C, par suite d'une consultation des livres sibyllins, furent transformees en un exercice de devotion, qui devait avoir lieu de cinq en cinq ans {-2). D'ailleurs. l'institution du jeüne etait etrangere aux idees et aux moeurs romaines. Le dernier jour de la fete, qui durait une semaine, on lächait des renards trainant ä la queue des flambeaux allumes (ö).
66. — Ceres n'avait pas de veritable culte secret ä Rome; rien, sous ce rapport, ne ressemblait aux Thesmophories ou aux Eleusinies. Les Bacchanales, quand on voulut les etablir, furent supprimees rapidement et d'une fa?on sanglante ; ce fut j'empereur Claude qui transplanta les Eleusinies de l'Attique ä Rome (4). Par contre, Rome possedait les mysteres d'une autre deesse, la Bona Dea. On l'appe-
(i) Cic pro liiilbu, c. 2'(, (-2) Liv. Ö6, 37.
(3)0vi(l. Fast ^,685.
(4) Suel.Claud. -25.
ET JUDAISMF.. 67
lait la bonne et aimahle deesse, parce que son nom, comme celui de la dcspoina grecque (i), ne pouvait etre prononce. Elle etait de nature si diverse, ou plutüt si peu concrete et par consequent susceptible de taut d'interpretations, qu'elle s'identifiait avec une foule de deesses grecques ou italiennes. Elle passait pour Ma'ia, divinite. de la terre; dans les livres pontificaux, eile etait designee sous les noms de Fauna, d'Ops, deFatua; tantot on la prenait pour Junon, tantot pour une divinite revetue de la puissance de cette deesse, et tenant, par cette raison, le sceptre de lamain gauche; eile etait Proserpine ä cause du sacrifice d'un porc qu'on lui offrait, et, comme eile etait deesse de la mort, on la confondait avec He^cate des enfers. Les Beotiens la prenaient pour Semele. Les Grecs la designaient generalement comme deesse des femmes; on voulut meme y reconnaitre Cybele. Un mythe disait que la deesse, ayant ete trouvee ivre par Faunus, son epoux, en avait ete tuee a coups de branches de myrte, et avait re^u ensuite du meurtrier repentant les honneurs divins(2). Son temple avait ete erige par Claudia, cette Vestale, dont la chastete suspectee avait ete rehabilitee parce que levaisseau, qui portait la mere divine de Pessinonte, s'etait laisse trainer par cette pretresse ; mais comme sa fete avait une importj^nce particuliere pour le bien de l'Etat, on la celebrait dans la maison du Consul ou du Preteur. Les femmes seules pouvaient participer a cette fete presidee par les Vestales; tout le sexe masculin, meme, les animaux mäles, en elaient excius et l'on voilait les statues representant des hommes; le myrte, plante favorite de la deesse de l'amour, etait prohibe, mais on
(l) Paus. 8, 37.
',!2)Varr ap. Lact 1,22,9.
PAGAMSME
faisait grand cas d'un vase de vin, qu'on appelait Mellarium, tandis qu'on en designait le vin par le nom de lait. On se servait de serpents apprivoises et Ton ornait de feuilles de vigne la maison et l'image de la deesse. Les femmes se preparaient en s'eloignant de leurs maris pendant plusieurs jours, puis, elles se livraient, d'une maniere effrenee, ä la pratique du culte nocturne; une musique seduisante et l'usage du vin produisaient une fureur fanatique et eveillaient des passions sauvages qui, sous i'Empire, degeneraient en la plus afl'reuse licence (i).
67. — Le culte de Vesta, fortancienä Rome, constituait une partie essentielle de la religion romaine. La deesse etait, tout comme l'Hestia grecque, le feu du foyer domestique qu'on prenait pour une divinite, en Sorte que chaque maison partieuliere etait, au fond, un temple de Vesta ; son sanctuaire public, oü les Vestales entretenaient le feu perpetuel, avait une communication avec la regia habitee par le premier pontife. Cette dignite passa ä Auguste, qui fit transporter le feu sacre dans sa demeure situee sur le mont Palatin,et le palais de l'empereur devint le centre religieux de l'Etat, La pretresse coupabie qui, par sa negligence, avait laisse le feu s'eteindre, etait punie de coups de baton, et l'on cherchait alors ä calmer la colere de la deesse en procedant ä une fete expiatoire accompagnee de grands sacrifices ; le premier pontife etait chargö de rallumer le feu au moyen d'une espece de miroir ardent, ou par le frottement de deux morceaux de bois (2). On le renouvelait regulierement le premier mars, oü commengait l'ancienne annee. II parait que Vesta a eu aussi des rapports avec l'eau ;
(!) Juven. Sat. 6, oii sqq.
("2) Plut. Niini. 9.
ET JIDAIS.MF. {59
dans soll temple qu'un aspergeait d'eau tous les jours, et pour les libations usitees ä I'occasion de sa fete, on ne pouvait employer qua l'eau d'une certaine source ou du ruisseau de Numicius (i). Pendant longtemps on venerait la deesse sans en faire d'images, et il est douteux qu'elle ait jamais eu une statue dans son sanctuaire. L'interieur de son temple, oü se trouvait le sei sacre, n'etait accessible ä aucun homme, pas meme au Premier pontife (2). Comme c'etait une deesse vierge, on lui sacrifiait des genisses d'un an ; on jetait dans son feu des herbes, las premices des fruits et plus tard de l'encens ; les libations etaient composees d'eau, d'huile et de vin.
68. — Minerve, divinite sabina plutöt que romaine, honoree dejä par les Aborigenes Italiens, faisait partie de la haute triade de dieux du Capitole; Varron crut reconnaitre en eile la personnifiation de ces idees platoniques ou images primitives et eternelles, suivant lesquelles Jupiter, comme createur du ciel, avait forme le monde de la matiere ou Junon (0). Semblable ä Pallas Athene des Grecs, eile etaitune deesse vierge, ^ laquelle on ne pouvait, par consequent, immoler qua des veaux sans tache. Ella representait principalement l'activite et l'encouragement, stimulait les enfants a l'etude, les hommes ä l'agrieulture, ä la chasse, ä la guerre ; c'est pourquoi le coq matinal lui etait consacre dans les villes des Aurunques, la trompette guerriere k Rome ; lors des Tubilustries, derniar jour de sa fete ou Quinquatries, qu'on celebrait tous les cinq ans avec des combats de gladiateurs, on purifiaitles trompettes sacröes par le sacrifice
(1) Liv. I, Il.Plut. ^umlö.Fac. Hist. 4, S3.
(2) Seiv. Georg, i, 498. Macrob. 5, 9.
(3) Ap. Aug. de Civ. Dei, 7, i>8.
d'un agneau (i). En meme temps, les travaux en laine, executes par les femmes de la famille, etaient places sous sa protection speciale.
69, — Quoique Minerve passät k Rome pour la protectrice de la ville, on avait pourtant plus de confiance dans le Palladium, conserve dans le sanctuaire de Vesta et regarde comnie un gage divin de la prosperite de l'Etat. On le cachait si bien que longtemps le peuple ne savait pas meme que l'edifice renfermät une image de Minerve ; beaucoup de personnes croyaient qu'il n'y avait lä de sacre que le feu de Vesta ; d'autres, qu'on y gardait des symboles samothraces, apportes par Enee. L'image s'y trouvaitreellement, mais, comme c'etait probablement une nudite, eile ne pouvait etre exposee ä la vue des hommes ; le pontife Metellus, qui la sauva d'un incendie, fut frappe de cecite ; mais lors d'un danger analogue, sous Commode, on put la voir sans vetement (2). Une autre statue de cette deesse etait conservee dansla famille des Nautiens avec un culte secret qui n'etait connu que d'elle ; on disait que c'etait le Palladium, enleve ä Troie et remis par Diomede au chef de cette race, Nautes (3).
70. — Le culte de Fortuna ä Rome etait plus recherche et convenait mieux a la vie individuelle que celui de Minerve. Cette deesse, pour le Romain, n'etait pas la simple personnification d'une idee, mais unedivinite pleine de vie, dirigeant et dominant le sort de chacun, donnant l'espoir ä tous et obligeant tout le monde ; l'Etait romain lui-meme, si petit dans l'origine et parvenu ci la domination du monde, jouissait des faveurs de la deesse, dont le culte avait ete introduit par Servius Tullius, son favori, ce üls d'esclavc, qu'elle avait
(1) Fest. p. 2(i9. VaiT. 6, li. Ovid. Fast. 5, 849.
(2) Cic Scaur. 2, 48- Plin. H. N. 7, 45, 45.' Herodian. 1, U {ö) Serv. ALn. 2, t6{> ; 5, 407. Diuiiys. 6, 69.
ET JinAisMP:. i\
eleve ä la dignitc supreme. II y a, dit Plutarque, dans toutes les parties et dans tous les eiidroits de la ville plusieurs temples de Fortuna tantanciensquenouveaux, tous fameux par les honneurs qu'on lui y rendait (i). Une autre Fortuna jouissait d'uneautorite particuliere : c'est Celle qui etait venue de Preneste et qui sous le nom de Fortuna Primigenia etait veneree dans cette ville comme la decsse du sort, nourrice de Jupiter ; c'est ä eile que le consul Sempronius, dans sa lutte contre Annibal, promit un temple qui fut inaugure en 214 avant J.-C. Les Plebeiens celebraient, en l'honneur de Fors Fortuna, une fete joyeuse, oü l'on faisait des courses dans des canots pares, et oü l'on mangeait et buvait abondamment. Une femme qui convolait en secondes noces ne pouvait plus toucher la statue de Fortuna Muliebris (2). La Fortuna Virilis etait invoquee par les femmcs nues aupres d'une source chaude ; elles lui offraient de l'eneens et la suppliaient de cacher ä leurs epoux leurs d^fauts physiques et de leur conserver l'affection de leurs maris (5). II y avait en outre des temples, des chapelles, des Images et des autels dela deesse favorite des Romains sous les surnoms les plus varies ; plusieurs durent leur existence ä un voeu suivi devictoire : on avait meme consacre un autel sur le mont Esquilin ä Fortuna Mala, la mauvaise fortune (4). Le culte g^neral de Fortuna, divinit^qu'on invoquaitet celebrait partout et ä touteheure,cilaquelleon attribuaittout etä laquelle onadressait les plus grandesdemandes,semblait ä Pline l'Ancien, un des plusforts symptomes del'irröligiosite et de lasuperstitionquiregnaient ensemble(o).
(1) Plut. Fort. Rom. 10.
(2)Serv. .'Eii.4,19.
(3) Ovid. Fast. 4, 143.
(4) Cic N. D. ö, 25.
(5)Pliii. H. i\.2,o, 7.
71. — Dans Junon nous rencontrons une deesse dont le culte etait ä la verite repandu dans tout le centre de l'Italie et passa des Latins, des Sabins et des Etrusques k la ville de Rome, mais en meine temps etait si peu determinö et concret qu'il prenait des formes innombrables et que dans chacune d'elles il semblait se fondre. C'est en eile surtout qu'on reconnait la nature vague et obscure des divinites italiennes qui, ä cause de Timagination peu creatrice de ces peuples, ne purent prendre la forme d'une personnification mythologique et qui resterent pour ainsi dire des spectres, jusqu'a ce que, par l'influence des dieux et des mythes grecs, ils purent recevoir des contours plus marques. Junon etait primitivement la divinite feminine de la nature dans le sens le plus large, la divinisation de l'etre femelle, la femme dans la sphere des choses divines, c'est pourquoi le nom de Junon etait la denomination appellative d'un genie ou d'un esprit tutelaire feminin. Chaque femme avait sa Junon, les esclaves femelies de Rome juraient sur la Junon de leurs maitresses, et on se conciliait la Junon d'une femme comme le genie tutelaire d'un homme. Tous les moments de la vie de la femme, depuisleberceau jusqu'a latombe etaientplaces sous la direction et sous la protection de cette divinite, et avant tout, les deux principales destinations de la femme, le mariage et la maternite. C'est ainsi que les dames romaines, lors de l'anniversaire de leur naissance, sacriliaient ü Junon JSatalis; dans le temple de Junon Lucina on celöbrait les Matronalies avec des sacrifices, en memoire de l'institution du mariage par Romulus et de la fidelite des femmes Sabines enlevees. Conjointement avec Mena, la deesse, sous le nom de Fiuonia, presidait a la menstruation des femmes. On l'invoquait sous les denominations de Juga, Curitis,
KT JUDAISME. iO
Domiduca, IJnxia, Pronuba, Cinxia selon les differentes ceremonies auxquelles se soumettait la fiancee lors fle la condusion d'un mariage. Comme Assipaga, eile t'oimait les os de l'enfant dans le corps de la mere; comme Ossigi-ua, eile assistait les femmes en travail, comme Lucina, eile mettait l'enfant au jour. A l'approche de I'accouchement on invoquait donc Lucina et Diane, et l'on presentait ä la premiere une table chargee de mets (i). Appelee Conciliatrix ou Viriplaca, eile calmait le mari qui grondait sa femme, et sous le nom de Sororia enfin, eile maintenait la paix entre freres et sueurs.
7:2. — Cependant les Romains connaissaient aussi Junon comme deesse du ciel, Junon Regina; k ce titre eile avait son siege non-seulement sur leCapitoIe, mais encore — puisqu'elle etait venue de la ville conquise de Ve'ies — sur le mont Aventin. Junon Covella, — ce nom se rapporte ä la voüte du ciel — etait invoquee })ar le pontife quand celui-ci calculait et proclamait les jours du mois. C'est eile qui presidait ä l'augmenlation de la population, et sous le nom de Populonia, eile avait des rapports avec toute la nation. On l'appe- Wit Moneia, comme protectrice de la monnaie; dans son temple on avait frappe la premiere monnaie d'argent romaine {'■2). En outre, on avait introduit ä Rorne le culte de Junon Sospita et Caprotina, originaire de Lanuvium, oü on l'invoquait comme une deesse portant des armes et couverte d'une peau de chevre ; on celebraiten l'honneur de cette derniere, les Poplifugies, joyeuse fete de femmes ä laquelle les esclaves
(1) TeiUill. deanim. 39.
{■!) Liv. G, 20. Ciccron au contraire (de Diviri. 1, 4S) faisant d^river le iiüm de monerc, ditqu'ou avait ötö averti miraculeusement de lui offrir IUI sacrifice de porc.
elles-memes purent prendre part en se pla^ant au meme rang que leurs maitresses (i).
75. — Diane etait une divinite commune aux races latines; Servius Tullius, pour aflfermir l'alliance des peuples latins, avait attache le culte de cette divinite au mont Aventin ; son nom (Dia Jana) appartenait ä la vieille langue latine. Les esciaves, dont eile etait la protectrice, celebraient sa fete au mois d'Aoüt. Si reellement, comme le pense Tite-Live, eile a ete identifiee avec Arthemis d'Ephese, son Image doit avoir ete semblable a celle de cette derniere, et il est possible, qu'elle fut connue ä Rome par Tlntermediaire des Phoceens de Marseille {'■2). Elle avait dans la rue patricienne un temple oü aucun homme ne pouvait mettre le pied. Son culte etait ä Rome generalement moins important que celui des autres deesses, mais dans la ville d'Aricie, l'une des plus anciennes du pays latin, il etait plus recherche et plus significatif; on la prenait ]ä pour Arthemis Taurique, et l'on disaitqu'Oreste avait enlevesonimage en Tauride etl'avait apportee ä Ariele ; c'est donc lä que les femmes romaines se rendaient couronnees de fleurs et portant des flambeaux allumes pour suspendre leurs ex-voto dans le bois sacre de la deesse. La maniere dont on y acquerait le sacerdoce indique certainement qu'il y avait lä jadis des sacritices humains; le pretre ou roi du bois, rexnemoretisis, comme on l'appelait, etait toujours unesclave fugitif qui avait conquis cette dignite ä lapointe de son epee, mais qui, ä son tour, devait s'attendre tous les jours ä vaincre un assaillant desirant possöder la place ou ä mourir de sa main. On raconte que sous l'Empire, le pretre etait en possession de sa
(1) l'liit Caniill. ö3. Macrob.Sat. 1, II.
(2) Dioiiys. Hai. 4, -2G. Liv. 1, 45. Strab. i, p. 180.
F.T .UDAISMR. /Ö
place depuis longtomps et quo Calligula suborna un homme plus fort qui dut aller l'attaquer (i). Du raste Diane ne fut nullcment deesse de la lune ; il y avait, au contraire, un divinite lunaire speciale, Luna, qui avait un templc sur le mont Aventin et un autre sur le Palatin, maisplus tard, Tinfluence grecque se fitaussi sentir au point qu'Horace, dans son poeme seculaire, invoqua le soleil et la lune, Apollon et Diane, dont les rapports comme frere et soeur n'etaient point connus des Romains.
74. — Le culte de Venus etait venu ä Rome avec la famille Julienne, originaire d'Albe, et, dans le premier temps de l'Etat romain, il etait pratique en partie par cette famille, en partie par les Plebeiens. Dans les chants des Saliens il n'en est point question (2). G'etait une vieille divinite latine des jardins, en sorte que Naevius disait « Venus » au Heu de fruit des jardins, et qu'on la confondait avec Flore. Or, k Rome, et Ton ne sait guere pourquoi, on prenait Venus pour Aphrodite, et comme les Romains pretendaient descendre d'Ascanius, fils d'Enee, eile devintmeredu peuple romain. Dans le Systeme theologique des Romains, on rencontre frequemment de pctites divinites anciennes, perdant leur independance, se fusionnant avec de plus grandes et en devenant de simples attributs ; c'est. ainsi que Cloacina, Murcia, Calva, Libentia furent reunies avec Venus. II faut y ajouter que, dans la deuxieme guerre punique, la Venus Erycinienne qui n'etait au fond qu'une Astarte de Phenicie, honoree par un culte infame, obtint un temple k Rome sur le Gapitole en 215 et qu'elle y fut naturalisee (0).
(l)Ovid. Fast 3, 271 sq.
(2) Varro 1. 1. Pliii. H. N. 19, 4, 19.
(.3) Cic. Verr. 2, 8. Hör. Od. 1,2, 53.
En 183, 011 Uli en construisit unautre k la porte Colline, par suite d'un voeu qu'on avait fait en temps de guerre. Ce futici que les courtisanes celebraient unefete deleur metier en offrant ä la deesse de l'encens, du cresson, des branches de myrte et des couronnes de rose, afin d'obtenir par sa faveur de bons benefices. Cependant vers l'an 297, Fabius Gurges construisit un temple de Venus avec le produit des amendes imposees ä des femmes impudiques (i). Un autre fut erige a Venus Verticondia, en l'an id4, lorsque trois vestales ä la fois avaient ete convaincues d'impudicite (2). Plus tard on y ajouta des templesä Venus Genitrix, (c'est-ä-dire mere des Romains) et ä Venus Victrix. Mais en general, le culte de cette deesse etait plutöt une affaire privee qu'une affaire d'Etat ; eile n'avait ni fetes ni sacritices publics et göneraux.
75. — II n'est point facile de dire ce qu'etaient Liber et Libera. On sait qu'un vieux dieu champetre des Romains portait le nom de Liber, et Ton pensait que ce nom etait une allusion ä la liberte de langage, qu'on se permettait h sa fete ; mais lorsque on l'identifia ä Rome avec le Bacchus grec, on pretendit que comme le dieu du vin, il delivrait l'äme des soucis (3). Mais il resulle des ceremonies usitees ä sa fete qu'il n'etait pas specialement dieu du vin, mais de l'abondance champetre. Dans les campagnes, on promenait un grand phallus sur un chariot : on l'exposait dans les carrefours et plus tard aussi dans la ville. A Lavinium on consacrait un mois entier k la fete de ce dieu et ä chaque jour, pendant la promenade du phallus on n'entendait que des propos graveleux;
(1) Liv. 10, 51.
(2) Val. Max. 8, lö, 12. Jiil. Obseqiieiis97. (3)Sen. de tranq. anira. 13, 13.
ET JLDAISME, 77
la longue fete se terminait par le couronnement du Phallus par la plus honorable matrone (i). A Rome, lors des Liberalies, on olirait des gäteaux chauds et trempes dans le miel a Liber, qui i)assait pour I'inventeur du miel ; des femmes couroimees de lierre et assises dans les rues, les vendaient et les brülaient aussitot, en guise de sacrifice oifert par l'aeheteur, sur un petit four dont elles etaient munies a cet eftet (-2). L'usagededonnerauxadülescentSjäroccasion decette fete, la toge virile indique probablement que la force generative et la virilite etaient des attributs de ce dieu. Libera, donton ne sait que fürt peu de chose, parait avoir passe pour la femme de Liber, c'est pourquoi Ovide la nomme Ariane (ö). On l'identifiait aussi avec Proserpine Cora, et avec la Libitina romaine.
76. — Les Romains avaient un dieu des enfers, Dis (c'est-ä-dire le riebe par rapport aux richesses renfermees dans l'interieur de la terre), qu'ils placaient sur le meme rang que Pluton, mais dont on ne connait point de details. Le dieu Consus, qu'on invoquait lors des grands jeux du Cirque devant un autel souterrain, etait probablement le meme personnage que Dis. Pres de l'autel de Saturne, il y avait un sanctuaire de Dis oü Ton otlrait des poupees d'argile en sacrifice expiatoire pour soi et pour les siens; car Hercule, disait-on, avait appris aux Pelasges ä oftrir de telles figurines, ä la place de sacrifices humains (4). Mais Dis avait encore, comme Consus, avec Proserpine, un autel souterrain sur le Terentum, partie du Champ de 3Iars, qu'on decouvrait a l'occasion des fetes et qu'on recouvrait ensuite de terre. A de longs intervalles et
(1) Varr. ap. Aug. C. D. 7,21.
(2) Varro L. L. 6, 1-4.
(5) Ovid. Fast. 3, 512.
(i) Maci-üb. Sat. 1, 11.
PAGAMS.ME, ETC. T. 111. 4
78 I'AGANISME
plustard desiecle en siecle, on celebrait ici des fetes seculaires qui etaient reellement des solennites funebres, maisqui avaientdejä perduleursignification quand Auguste les fit renouveler, l'an 14 av. J.-C. II y avait surle Comitium une fosse appeleeMundus, c'est-ä-dire Orcus, qui etait consacree ä Dis et ä Proserpine ; on pretendait que sur un ordre de Romulus eile avait ete creusee par des hommes etrusques. qu'on y jetait alors les premices de tous les besoins de la vie et des mottes de terre tirees des differentes contrees d'oü etaient venus les hommes composant la suite de ceroi ; cette fosse etait fermee avec la pierre des mänes (Lapis Manalis),et on ladecouvrait tous les ans enAoüt,Octobre et Novembre pendant un jour ; par cet acte on ouvrait pour ainsi dire les portes du royaume des ombres et Ton n'entreprenait rien d'important pendant ces trois jours nefastes (i).
77. — Proserpine, nom que les Romains ont pris du niot grec « Persephone », ne fut pas reellement reine des enfers, n'avait point de culte independant et passait plutot pour Libitina dont les savants romains, mus par des raisons etymologiques, firent une Aphrodite, c'est pourquoi Plutarque la compare h l'Aplirodite des tombeaux de Delphes {-2). Dans son temple on deposait tout ce qui etait necessaire aux funerailles des morts; en vertu d'une loi de Servius Tullius, on devait y payer une piece d'argent pour chaque personne decedee. Meme le lit mortuaire sur lequel on brülait le cadavre, s'appelait Libitina (5), et les poetes se servaient de ce terme pour designer la mort. Sous la royaute, on avait sacrifie des garcons ä
(I) Maci'ob. Sat. J, 16. Variu. ih.
[±) IMut. Quaest. Roin ^5- (5) Plin.H. N. 57. ö, 11.
ET JLDAISME. 79
Mania, deesse des morts, pour assurer le salut des familles, parce que, selon un oracle d'Apollon, « les tetes devaient etre otfertes pour des tetes; » sous laRepublique on se contentait d'offrir des tetes de pavots et d'ail, et, pour detourner un danger menagant la famille, on suspendait des Images de 3Iania aux portes des maisons (i). II faut encore compter dans le cycle de ces divinites, Naenia, la plainte funebre personnifiee, et Viduus, le dieu qui enlevait Tarne du corps.
78. — Les Romains doues d'un esprit sec raais pratique allaient bien plus loin, dans la fabrication des dieux, que lesGrecs, si riches d'imagination ; peu ä peu ils inventaient des dieux pour chaque Situation et pour chaque occupation de lavie; ils adjoignirent aux dieux principaux auxquels ils avaient assigne une sphere determinee teile que la naissance, le mariage, l'agrieulture, une foule de divinites speciales et subordonnees, qui ne representaient pas meme un acte particulier, mais seulement une circonstance accessoire, insignifiante de cet acte ou un fait amene par le hasard. II est possible que beaucoup d'entre elles doivent leur existence aux surnoms qu'on donnait aux dieux independants. II faut y ajouter encore une grande quantite d'etres allegoriques auxquels on avait consacre des temples et des chapelles.
79. — Terminus, le dieu des limites, avait sa pierre dans le temple de Jupiter du Capitole, et la fete des Terminalies accompagnee de sacrifices non sanglants, etait dediöe ä la paix avec les voisins. Sylvanus, dieu des forets,etaiten meme tempsle gardien desfrontieres; il chassait les loups, mais il etait aussi un lutin, mena?ant les accouchees; une femme, qui venait de met-
(t) M aerob. Sal. 1,7.
80 PAGAXISME
tre im enfant au monde, n'avait pas moins de trois dieux tutelaires particuliers contre les malheurs suscites par Sylvanus : Intercidona, Pilumnus et Deverra ; Oll leur preparait im lit dans rAtrium, oü reposait l'acrouchee (i). Vaticanus, avait soin du premier cri du nouveau-ne. Si, d'apres l'usage romain on posait l'ent'ant sur le sol, le pere le ramassait; s'il ne le faisait pas, il repudiait l'enfant qui etait alors tue ou expose. 11 y avait donc une deesse, Levana, qui presidait ä l'ac- «■eptation de l'enfant (2). Cunina, deesse du berceau, Statilinus, Edusa, Potina, Paventia, Fabilinus, Catius s'occupaient des premieres periodes de la vie de l'eniant, de sa nourriture, de son langage. Un temple etait consacre a Juventas, deesse de la jeunesse et en cas de niauvais signe on lui arrangeait un Lectisternium. Aussi Orbona, deesse des orphelins, avait son sanctuaire. On invoquait la deesse des fievres, qui possedait deuxtemples, afin qu'elle detournät cette maladie. JMetas, Pax, Bonus, Eventus, Spes, Quies, Pudicitia, Honor, Virtus, Fides avaient des temples ou des chapelles; Goncordia surtout etait richement dotee de saiictuaires.
SO. — Enoutre, Romeetait abondamment pourvue de divinites, dont la signification primitive etait obscureie ou detiguree par le temps, ou qui, malgre l'importance du culte,manquaient de developpements plastiques et mythologiques, ou bien qui, peu importantes par ellesmemes, etaient rarement mentionnees.C'est ainsi qu'on (•elebraitlel5Mars,surles bordsduTibre, la feted'Anna Perenna, qui avait aussi un bois sacre. Sous des tentes ou dans des berceaux de feuillage places en plein air, Oll se livrait ä une gaite effrenec et ä de riches fes-
(1) Varr. ap. Aug. C. D. 6, 9.
(2) Gell. ]6, 17. Aug. C D. i, 8.
ET JUn.VISME. 81
tins, assaisonnes par des chansons et des plaisanterics obscenes; on lui sacrifiait pour obtcnir une heiireuse annee (i); niais on savait si pcu qui eile etait, qu'üii en faisait meme la saair de Didon de Carthage. La fable de Leucothee etait attribuee k Mater Matuta, deesse latine de l'aube et de la navigation. Les femmes romaines celebraient en son honneur, la fete des Matralies (c'est-ä-dire la fete de la niere) ; l'entree du temple etait interdite aux esclaves femelles et on n'en introduisait qu'une seule (par rapport a la fable d'Ino), qu'on en expulsait ensuite ä coup de verges. La piinition des servantes, parait-il, etait placee sous sa surveillance (2). A l'epoque d'Ovide dejä, personne, ä ce ({u'on croit, ne connaissait de details sur Stata Mater, dont l'image etait placee sur le Forum et pour laquelle on allumait des feux la nuit et en plein air (0), 11 en etait de meme quant h la deesse Vacuna, particulierement honoree chez les Sabins; Ovide dit seulement, qu'on etait assis ou debout devant le foyer sacre de cette deesse quand on celebrait sa fete (4). Par contre, la deesse Laverna, qui avait un autel et un bois k Rome, etait tres-connue des voleurs et des trompeurs, qui rinvoquaient comme protectrice de leurs entreprises. « Belle Laverna » c'est ainsi qu'Horace fait prier un d'entre eux, « accorde-moi le don de tromper, de paraitre juste et pur; enveloppe mes forfaits de tenebres et mes tromperies de nuages (5). »
81. — La religion romaine etait surabondamment pourvuc de divinites de jardins et de bergers. C'est ä Dea Dia, peu connue du reste, qui avait un bois et un
(!) Ovid Fast.3,ü2ö sq.Macrob. Sat. 1, 12.
(2) Pliit. Quaest. Rom. IT.Caniill. 3. Ovid. Fast. 6, 469 sqq.
(ö)Hor.Ep. 2, 2, 180. Coluru. 2, 2, p. 57.
(4) Fast. 6, 505.
(5)Eiip. 1, 16,60.
autel aux environs de Rome, que les freres Arvaliens celebraient un culte qui la fait reconnaitre commc protectrice des fruits de la terre. La divinite pastorale Pales, ainsi nommee du mot paille etait si peu connue des Romains, qu'ilsne connaissaientmemepas sonsexe; le 21 Avril on celebrait en son honneur la fameuse fete des Palibies (i). On demandait ä la divinite la protection et la prosperite pour les troupeaux et pour les animaux domestiques. Les sacrifices devaient donc etre non sanglants; car il y aurait eu contradiction a tuer des animaux tout en priant pour leur conservation. En meme temps on procedait ä de grandes ceremonies de purification : les pasteurs et le betail sautaient au-dessus de foin et de paille allumee, et on se faisait asperger d'eau; dans la ville meme, le sang du cheval d'Octobre et les cendres du veau qu'on avait tire du ventre de la vache sacrifiee etbrülee lors de la fete des Forcidies etaient employes ä la purification du peuple.
82. — Le culte de Flore etait tres-ancien ä Rome; Tatius deja, disait-on, lui dedia un autel et Numa installa pour eile un Flamine ; en 239 av. J.-C. on lui bätit un temple avec le produit des amendes et des jeux annuels furent institues par suite d'une mauvaise recolte. Cette fete etait au plus haut degre licencieuse et choquante ; ordinairement les courlisanes qui y jouaient le role d'actrices deposaient leurs vetements, continuaient leurs jeux toutes nues et tantot couraient apres des lievres et des chevreuils, tantot combattaient comme des gladiateurs (2). C'est lä probablement l'origine de la fable que Flore a ete une courtisane qui,
(i) Ovid.Fast. 4,721 sq .En. ;2, 3-23. Georg- 3. J. (2) Ovid. Fast.o, 18ö-ö7o Plin. H.N. 18, 20 :o9, ö. Juvenal. 6, 24y, avecla scolie.
ET JUDAISME. 85
apres avoir amasse une grande fortune institua le peuple poLir son heritier et assigna la somme necessaire pour la celebration des jeux appeles, d'apres eile, jeux floraux, mais que le Senat, pour donner im belairä une chose honteuse inventa le conte que Flore etait la deesse des fleurs (i). Une tradition toute semblable se rattachait ti Acca Larentia; les uns expliquaient la fete funebre qui avait lieu tous les ans sur son tombeau en disant quelle avait ete la nourrice de Romulus, tandis que d'autres soutenaient quelle avait ete une riebe courtisane qui, ä sa mort, avait donne le Champ-de- Mars au peuple romain et que celui-ci en retour lui avait aecorde le culte qu'on lui rendait (2).
85. — Vertumnus, vieux dieu latin, representant primitivement le changement des saisons, devint peu ä peu un dieu des semailles, des champs et desvergers; il recevait des jardiniersles premices des fruits et avait, ä Rome, un temple, une statue et une fete, les Vertumnalies, qu'on celebrait au mois d'Octobre. La significa»tion feminine, Pomone, dont le mytheafait son epouse, possedait un Flamine particulier, le moins important parmi le quinze pretres de ce nom (0). Dans tous les champs, jardins et vignobles, on rencontrait, comme dieu tutelaire, Priape le rouge, peint en vermillon et muni d'un puissant phallus ; on lui ofi'rait du lait, du miel, des gäleaux et meme des boucs et des änes (4). Les Romains l'avaient recu de la Grece, mais il y avait un vieux dieu ithyphallique romain qui lui etait entierement semblable, Mutinus-Tutunus ou Fascinus, et comme la foi en la force protectrice et defensive du
(1) Lact. 1, 20. Arnob. 3,23 oü au licu de (jenetrix il laut lireevidcniment meretrix. Minuc. Fei. 23.
(2) Varr.6, 25. IVIacrob.Sat. 1, 10. Ovid,Fast.o,o7. Gell.G, T.
(3) Ovid.:Met.i4,641 Propers. 4,2, 61. Varr 3,46,74.
(4) Ovid. Fast. l,59i ; ilO.Serv. Georg 2,8i.
84 PAf.AMSME
membre viril avait jete de profondes racines chez les Romains, son image ou du moins le simple membre, (Fascinum) etait place partout et son culte pratique avec soin. On le croyait assez fort pour mettre en fuite des armees entieres, par une terreur subite et panique; on disait, par exemple, qu'il avait chasse de Rome l'armee d'Annibal (i). II passait pour particulierement etficace contre les mauvais sorts et l'effet magique de l'envie et de la Jalousie. C'est pourquoi on avait place dans la cour et meme sur le foyer des habitations, le membre colossal de Tutunus, et les nouveaux maries, ä leur entree dans la maison de l'epoux, devaient s'y asseoir (2). Meme lesVestales etaient obligees de venerer ce dieu, puisqu'il etait compte au nombre des protecteurs de Rome ; son membre viril etait attache au char du triomphateur ; on en avait besoin pour la protection des petits enfants, et les matrones voilees avaient l'habitude de lui oftVir des sacrifices dans son temple de Rome {ö).
84. — On connaissait aussi ä Rome les divinites fatales, qui disposaient de la naissance et de la mort ; cependant dans les äges religieux, les Piomains n'etaient generalement pas fatalistes, et le culte des astres, qui conduit le plus souvent au fatalisme, ^tait exclu de leur religion. Neanmoins, le septieme jour de la naissance d'un enfant, on invoquait Fata Scribunda, c'est-ä-dire, les divinites sans nom, qui determinaient d'avance la destinee future de l'enfant. La Parque — dans les temps anciens les Romains n'en connaissaient probablement qu'une — a, selon Varron, son nom de
(1) VaiT. ap. Noiiiura p. -47.
(2) Aug. C. D. 6, 9. Arnob. 417. Lact. 1, 20. Comp. Pülure d'Ercolano, III, sav. 26. p. 178 sq- Aiiliq. Hercul. (Bronzi) 11, p 372, Sav. 9i l'anofka, Terracott. p. 67; 106.
(3J Plin. H. N. 28, 4. 7. Fest. p. 103; 172. ■
ET JUn.USME. ^5
la naissance (i) et etait primitivement une accoucheuse ; mais on lui opposait aussi une 31orta. Pour reunir trois Parques, comme les Grecs, on comptait d'abord comme tellesNona, Döcima, cleux deesses de la naissance, nommees ainsi d'apres lo nombre des mois de la grossesse, et Morta,la Parque dela mort, ou bien, on se servait des noms grecs des Parques, Clotho, Lachesis et Atropos {->). La place des divinites fatales etait reellement remplie chez les Romains par Fortuna, deesse mobile et capricieuse, mais facile ä attendrir et devouee h la ville eternelle, avec une fidelite inouie.
80. — II y avait encore une Mana-Gemeta, c'est-adire une bcnne deesse de la naissance, ä laquelle on sacrifiait de jeunes chiens (5) en lui demandant que personne ne devint mane dans la maison. Carmenta parait avoir eu une signification semblable, qui n'etait cependant pas particulierement determinee; aucun objet de cuir ne pouvait etre introduit dans son sanctuaire ; lors d'une dissension du Senat et des femmes, on institua pour eile deux sacrifices dont un pour les gargons et l'autre pour les filles. 3Iais on avait aussi 6rige, pour prevenir les naissances malheureuses, des autels pour deux Carmenta, qui, par rapport ä la Position de l'enfant dans le sein de la mere ^taient ap{jel^es Antevorta ou Prorsa et Postvorta (4). Les femmes enceintes appelaient aussi ä leur secours pour l'accouchement, Egerie, la nymphe conseillere de Numa, adoree a Rome sur le mont Aventin.