‹ Paganisme et JudaïsmeChapitre 7 sur 35 · L'Hercule des Romains jouissait ä Rome d'une · texte numérisé non relu

L'Hercule des Romains jouissait ä Rome d'une

(I)Varr. ap. Gell. 3, 16.

(-2) Caesell. Vmdex ap. Gell, ö, 16.

(3) Plin. H. N. 29,4. Plut. Quaest. Rom. o-l.

(•i) 0\id. Fast. 1. 499 sq. Gell. 16, i6. Serv .En. 8, 359.

ob PAGANISME

plus haute signification qu'en Grece; il y etait dieu plutöt que heros, et cela provenait en partie de cette circonstance qu'Heracles immigre de la Sicile et de ritalie inferieure s'etait fusionne avec le dieu Sabin Sancus-Fidius. Ce Sancus, qui conservait neanmoins son propre culte dans l'ile du Tibre et dans un temple du mont Quirinal, etait le dieu pere du peuple Sabin, et passait aussi pour son premier roi. C'est sur son nom qu'on pretait serment et c'est dans son temple qu'on deposait les actes d'alliance (i). C'etait au fait le Jupiter Sabin et son nom de Dius-Fidius est rendu aussi par Jupiter-Pistios. Dans Hercule on reconnait le meme dieu ; on jurait par son nom qui faisait partie de la formule ordinaire d'affirmation ; et de meme que celui qui jurait par Sancus-Fidius, devait sortir de la maison et se rendre en plein air, de meme les gar^ons, quand ils voulaient jurer par Hercule, etaient tenus de sortir de la chambre et de se placer hors de la maison (2). Son culte etait particulierement celebre au pied du mont Aventin, devant la celebre Ara-Maxima, qu'il avait, disait-on, construite lui-meme en memoire de la lutte qu'il avait soutenue contre le geant Cacus pour les boeufs enleves ä Jupiter. Ici oji lui offrait la dime du butin ou du profit qu'on avait fait, sacrifice que, bien plus tard encore, lui presentaient de riches romains, tels que Lucullus, Sylla, Crassus (3). II est vrai que du temps de Tertullien ce n'etait souvent plus meme le tiers de la dime qu'on deposait sur l'autel d'Hercule (4). Au moment de se mettre en voyage on sacrifiait a Hercule ou i\ Sancus. En general, on oftrait ä Hercule, « le grand protecteur, le vainqueur » —

(!) Dionys.-i, 58. Hör. Ep. 2, 1,25.

(2) Varr- 5, 66. Plut. Quaest. Rom. 28. (5) Diod. 4, 2!.

(4)Apül. lö.

ET JL'D.VISME. 87

comme tels il avait deux teniples a Romc — de nombreux sacrifices accompagnes de festins populaires, dont cependant les femmes, les esclaves etles affranchis restaient exclus (i) ; en meme temps cette disposition que dans les prieres dites ä cette occasion, on ne poiivait nommer d'autre dieu que lui est iine preuve qu'eii etfet, nialgre le souvenir des fahles grecques d'Heracles et malgre certaines ceremonies grecques usitees dans son culte, le vieux dieu Sancus-Fidius predominait dans sa sigification. Lorsqu'en 310 av. J.-C, les Potitiens, charges du culte du dieu de temps immemorial, vendirent leur charge ä des esclaves publics, d'apres les conseils du censeur Appius Claudius, toute la familie s'eteignit en peu d'annees et Appius devint aveugle (2), evenement qui raliermit chez les Romains l'idee qu'ilsavaient deTautorite et de la puissance de ce dieu.

87. — Chaque familie romaine avait ses divinites tutelaires particulieres agissant dans l'intörieur de la maison, les dieux et les gardiens du Penus, c'est-ä-dire du menage et des provisions domestiques. On n'en connaissait ni les noms, ni le sexe, et on les invoquait sous la denomination commune de Penates. Leurs images etaient placees ä proximite du foyer de l'Atrium, espace interieur, en partie decouvert, de la maison oü se passait la vie commune de la familie ; c'est lä qu'on leur sacrifiait et qu'on entretenait constamment pour eux la flamme toujours vive du foyer (5), c'est pour eux aussi qu'on laissait toujours sur la table la sauere et quelques mets. La cuisine surtout leur etait consacree. Sous la protection des Penates, se transmettant de race en race, le üls entrait en possession du menage

(1) Plut. Q. R. 60; 90.

(2) Liv. 9, '-^y ; 34. Fest. p. 207. Val. Max. 1,7, 17. (5) VirgiEii 1, 709. Serv. .En. 2, -469.

({ue le pere lui avait laisse; c'etaient eux qui veillaient au salut et h l'honneur de la famille, h la proteclion des domestiques et a Tobservation de Thospitalite; celui qui parvenait k embrasser leurs Images se trouvait en sürete.

88. — Mais il y avait aussi des Penates publics ä Home qui avaient leur temple sur la Velia, place du mont Palatin. Personne ne pouvait dire avec certitude ce qu'etaient ces Penates ; les vrais et veritables Penates de l'Etat romain etaient, selon les Romains, ceux qu'on venerait ä Lavinium, vieille metropole latine; les Consuls romains, les Prcteurs, et les Dictateurs en entrant en fonctions s'y rendaient pour sacrifier ä eux et ä Vesta (i). Dans les deux temples, celui de Rome et celui de Lavinium, les dieux Penates n'etaient visibles que pour les pretres (2) ; Timees, l'historien, a sculement entendu dire que dans le sanctuaire Interieur de Lavinium il y avait des bätons de herauts, en fer et en cuivre et des vases d'argile apportes de Troie (0). Les opinions romaines sur la nature des Penates sont tres-contradictoires; cependant Celles de Varron appuyccs par les livres des pontifescst la plus vraisemblablc. II pretend que les dieux Penates sont les « grands dieux » qui avaient leurs Sieges dans les regions accessibles du ciel et qu'il designe, d'une maniere abstraite, comme « ciel et terre»,ces deux principes de toute la creation. (Dans les livres ils etaient appeles Saturne et Ops). II ajoute que leurs symboles, pour la foi populaire, etaient deux petites images d'liommes apporte^es par Dardanus en Samothrace, puis ä Troie et ensuite, par Enee en La-

(1) Varr. 3, Ui. Macrob. Sat. 2, 4.

(2) Serv. JEn.^,^dß; 3. 12.

{ö) Ap.Dionys 1, 67.

ET JüDAISME,

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tiuni oü ils avaient etc honores comme de puissants dieux tutelaircs. Dans le temple de la Velia, c'etaient deux adolescents assis, ayant des lances dansles mains, qu'on prenait aussi pour les Dioscurcs Castor et Pollux.

89. — C'est de I'Etrurie que les Romains avaient recu le culte et le nom des Lares « Seigneurs » ; ils n'etaient point comptes au nombre des « grands dieux, » comme les Penates, avec lesquels on les confondait cependant frequemment, mais c'etaient des ämes humaines elevees k la dignite divine ou heroique. Dans les maisons oü leurs Images etaient placees , comme Celles des Penates, dans i'Atrium (ou meme dans un Lacarium particulier) et oü ils avaient leur culte sur lo foyer, ils passaient pour les esprits tutelaires de la famille dont ils maintenaient l'existence. Ils constituaient doric une specialite de la famille collective des « Mänes, » qu'on ne venerait pas, tandis qu'on invoquait les Lares. Parmi ceux de la maison un seul,le Lare Familiaris etait nomme le plus fröquemment et distingue meme dans le culte. C'^tait lemaitre de la famille, son chef divin; on ne designait cependantpas precisement par ce nom unindividur^el determine, compte au nombre des ancetres, comme, par exemple, le premier fondateur de la famille. « Depuis nombre d'annees dejil jepossede cette maison » dit le Lare Familiaris dans une piece de Piaute (i). Ce Lare parait avoir ete plutot une personnification de la force vitale et generative qui empeche l'extinction de la famille; attache ä celle-ci, il change de demeure avec eile. Avant les lois des Douze-Tables les Romains deposaient dans leur propre domicile les restes brüles des membres decedes de leur famille. II etait donc

(1) Prolog. Aulular.

naturel qu'on venerait les morts comme des dieux de lafamllle et des esprits tutelaires, puisqu'on vivait sous le] meme toit avec leurs cendres ou leurs restes. II est probable qu'on ne se rendait guere compte des principes d'apres lesquels tel membre decede faisait partie des Lares, tandis que tel autre etait exclu de cette faveur, et ron ne savait s'ii fallait co.mpter les femmes et les filles parmi ces divinites; on dit seulement que les enfants morts avant Tage de 40 jours etalent deposes sous le toit et appeles Lares domestiques. A l'occasion de repas on offrait aux Lares des presents et la premiere part des mets. Quand la famille celebrait une fete, on les couronnait, et lafiancee, ä son entree dans la maison, leur sacrifiait avant tous les autres dieux.

90. — Mais en dehors des Lares de famille, il y avait aussi des Lares publics, auxquels on rendait un culte ofticiel. On compte au nombre de ces derniers les Praestites, esprits tutelaires de la ville, et les Lares Compitalaires, en l'honneur desquels Servius Tullius avait fait construire des chapelles, dans les carrefours de la ville. Dans le veritable temple des Lares, qu'Auguste tit restaurer, en retablissant ce culte public tombe en decadence, se trouvaient deux figures, representant probablement Romulus et Remus, accompagnees d'un chien, victime ordinaire des Lares ; car, dit Ovide, « les chiens et les Lares aiment les carrefours » (i).

91. — Quelle etait la diff^rence entre le Genie et le Lare? Question difticile a resoudrepour les Romains, qui le plus souvent semblent s'etre contentes d'idees assez vagues. Le mot « Genie, » comprenait des idees Etrusques, Grecques et Romaines. Dans certains docu-

(1) Tac. Ann. 12,24. üviti. Fast. 5, 129 sq. Propert. 2, 5= 55. Arnob. 3, 4l.Serv. Mii. 5, ü4.

ET JLItAlSME.

ments le Genie paraitetre l'esprit tutelaire que l'homme recoit aumoment de sanaissance(i), qui estinseparable de lui mais en meme temps d'une iiature essentiellement differente ; selon d'autres passages le Genie d'un homme ne dilfere point de celui-ci. Le Genie ne parait etre que le penchant habituel ou la tendance de la volonte consideree objeetivement ; et la oü , comme chez Varron, s'y mele un Systeme philosophique, le Genie est l'essence spirituelle et divine qui reside dans chaque homme, cette partie de l'äme divine du monde, qui, agissant dans chaque homme par la pensee et par la volonte, retourne, apres la mort, au tout dont eile a ete detachee, et comme l'ame du monde s'appelle Dieu, le Genie est egalement Dieu. Mais d'un autre cote, on se representait aussi le Genie comme un etre capable d'engendrer et determinant, des la naissance, les dispositions et les qualites particulieres de l'homme (2). On rencontre plus rarement cette idee, que l'homme possede deux Genies : un bon qui le conduit vers le bien, et un mauvais (0) ; on sait cependant que Brutus, peu de temps avant sa mort reput la visite de son mauvais Genie (4). En regle generale on ne parle que d'un seul Genie, appele Junon chez les femmes ; Pline en se basant sur l'opinion que -ce Genie ou Junon representait l'essence spirituelle de l'individu, ne voulut voir dans toute cette religion et dans tout ce culte qu'une veritable deification de soimeme(o). Dans la vie ordinaire on agissait conformement ä cette opinion. Ce que le Romain faisait pour sa propre jouissance proütait ä son Genie; les abstinences

(l)Censorin. de die iial. c. 5; 5. Amin. Marc. 21, 1-i.

(2) Paul. Diac. p. 71. Hör. Ep. 2, 2, 185 sq

(ö)Serv .-Ell. 6, 763.

(4) Val. Max. 1, 7, 7. Plut. Brut. 56.

(5)Pliii. H.?<. 2,.j, 7.

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qu'il s'imposait constituaient un dommage pour soii Genie. La fete annuelle de celui-ci etait ranniversaire de la naissance de l'homme qu'il protegeait; on l'honorait alors en lui oflrant du vin et des fleurs, desgäteaux, du miel et de l'encens, objets dont le sacrifiant seul pouvait goüter.

9:2. — Mais les Genies n'etaient point attribues aux hommes seuls ; il y en avait au contraire pour chaque Heu etlenombre de ceux-cietait immense. « Pourquoi» dit Prudentius « supposez-vous un Genie de Rome, 'puisque vous avez l'liabitude d'en attribuer aux portes, aux maisons, aux bains, aux ecuries et que vous en supposez des milliers dans toutes les parties de la ville et dans tous les autres endroits, afm qu'aucun recoin ne soitdepourvu d'une ombre qui lui appartienne(i)?» Aucune place, dit Servius, n'est sans un Gönie, qui le plus souvent se manifeste par un serpent. Le peuple, la Curie, la Centurie, le Senat, l'armee, les differentes corporationsbourgeoises; tous possödaient leurs Genies particuliers; il y en avait meme pour les diverses divinites. Parmi les vingt dieux que Varron designe sous le nom de dieux d'elite, se trouve aussi (ä cote de Jupiter) « le Genie » tout court (2) ; on compte parmi les Penatcs publics de Rome, un Genius Jovialis (5), et Tages l'Etrusque fut fils du Genie et petit-fils de Jupiter. Le Genius Jovialis fut donc une emanation de Jupiter, le procreateur engendrö par celui-ci ; seulement, dans une religion comme laromaine, il ne faut point s'attendre ä la stabilite ou au d(5veloppement d'une semblable idee: aussi, le Gtinius Jovialis n'est plus mentionnö ailleurs.

(l)Prud adv. Syniiuach. 2,444.

(2)Ap.Alis. CD. 7,2.

(5) Caesius ap Arnob 3, 40.

ET JUDAISMK. 9ö

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