PERSONNAGES
François Ier, roi de France.
La Reine,
Philippe de Chabot, grand amiral de France.
Jacques Cartier, capitaine-découvreur, Donnacona, chef indien.
Taignoagny et Domagaya, interprètes.
Une jeune indienne,
Entrée de la Cour.
Danse des Faunes, Un courtisan s'approche de Philippe de Chabot et lui parle à l'oreille.
Philippe de Chabot, (à François ler), — J'aurais ur.e faveur, Sire, à vous demander,
François Ier. — Au Compagnon de mon enfance, je ne saurais rien refuser, Il s'agit ?..,
Philippe de Chabot. — D'une audience à accorder au capi-
taine Jacques Cartier qui désire rendre compte de son voyage à Votre Majesté.
[6] François ler, — Qu'on l’introduise, à l'instant même,
Entre Jacques Cartier accompagné de Donnacona, des deux interprètes et de dix autres Sauvages canadiens. Mouvements de curiosité dans l'assistance,
Jacques Cartier. — Sire...
François Ier. — Loyal et fidèle serviteur, je suis heureux d'apprendre votre retour, et de vous remercier d’avoir bravé, une fois de plus, les dangers de l'Océan, pour la plus grande gloire et les meilleurs intérêts de Notre couronne. Que me rapportezvous du Nouveau-Monde ?
Jacques Cartier, — Je vous ai découvert et conquis trois royaumes !
Toute l'assistance répète d’un seul cri : Trois royaumes ! .
Jacques Cartier. — Trois royaumes: celui de Saguenay, celui de Canada, dont voici le roi (montrant Donnacona) et celui d'Hochelaga. Leurs territoires réunis dépassent en superficie l'étendue de notre France. Je me suis même laissé dire que l’Europe y tiendrait !
François Ier. — Eh ! capitaine-découvreur, dites-moi, ne me faites-vous point la part trop large dans la succession d'Adam? Vous saviez que j'enviais et jalousais mes frères, les rois d’Espagne et du Portugal ; serait-il vrai que je fusse mieux nanti qu'eux ?
Jacques Cartier. — Sur une montagne du royaume d'Hochelaga il m'a été donné de voir un spectacle si magnifique, qu’en présence de ce tableau enchanteur la pensée m'est venue d’appeler cette montagne Mont-Royal, car je souhaitai d’y voir placé votre trône. De là, vous auriez vu courir des chaînes de montagnes entre lesquelles s’étendait, à perte du regard, une plaine immense. Et au milieu de ces profondes solitudes comme à travers leurs épaisses forêts reposait, dans une majesté incomparable, un fleuve quatre fois large comme la Seine et qui se prolongeait, À l’ouest, vers des terres inconnues. Ces Sauvages, que voici, m'ont expliqué, par signes, que l’on pouvait naviguer sur ce fleuve merveilleux pendant plus de trois lunes, c’est-à-dire pendant plus de trois mois, sans rencontrer aucun obstacle,
François ler— Mais alors, c’est le chemin de la Chine que vous avez découvert !
Jacques Cartier.— J'en ai pour vous l'espérance! Voyezvous d'ici s'ouvrir les portes de l'Occident? la France tenir avant tout autre, le commerce de l'Inde, du Cathay, du Zipangu ? car je crois tenir un passage plus court et plus avantageux que celui trouvé par Magellan aux îles fortunées du poivre et des épices,
L'assistance éclate en applaudissements,
François Ler— Ft maintenant, capitaine-découvreur, présentez-moi le roi de Canada.
Jacques Cartier fait un signe à Donnacona qui s’avance avec majesté, regarde le roi, la reine, tonte l'as tance, avec fierté,
Donnaeona.— Quatgathoma !
François Ier.— Que dit-il ?
Jacques Cartier.— Il dit : « Regardez-moi, »
François Ier: I] est superbe, ce Sauvage, il méritait d’être (Après un temps, à Donnacona) : Quel est votre nom, mon amis?
Donnacona. — Donnacona,
François Ier. — Et vous êtes ?
Donnacona. — Agouhanna !
François ler. — Agouhanna! (A Jacques Cartier): Cela veut dire ?
Jacques Cartier — Roi, chef, prince, commandant.
François Ier — Tenez-vous en au premier mot, capitaine, c’est le meilleur. Il traduit admirablement bien la majesté de cet Indien ! J'ai lieu de croire que vous n’avez pas traité cet homme comme un prisonnier ? Il méritait d'être mon hôte, Il le sera. Et je veux qu’on lui rende, au retour dans sa bourgade, ses pouvoirs et son titre de roi.
Agouhanna ! Ce mot est joli à prononcer comme à entendre. On dirait de l'italien. (Saluant la reine) Canada, Donnacona, ÆAgouhanna! C'est délicieux ! J'ai découvert une nouvelle lan-
gue pour parler aux femmes. (Aux courtisans) Il est heureux que la trouvaille soit de notre côté, Messieurs. (A Jacques Cartier, Ini désignant Donnacona): Demandez-lui de m'adresser la parole.
Donnacona (avec dignité). — Aiguaz !
François Ier (à Jacques Cartier), — C'est-à-dire ?.
Jacques Cartier. — Je vous salue !
François Ier (à Donnacona), — Aiguaz!
Donnacona. — Segada, tigneny, asche, honnacon, ouiscon,
indabhir, ayaga, addegue, madellon, assem (puis it répète, en présentant la jeune fille) : assem, agnyaquesta (1).
François Ier (souriant). — Très bien, mon ami, parfaitement. Je ne comprends absolument rien, Vous avez la voix très belle et ce sera délice que de vous entendre parler français. .. l'an prochain.
La jeune Indienne (s’approchant du roi). — Votre Majesté
François Ier (stupéfait).— Comment ! elle parle frarçais ? où donc l’a-t-elle appris ?
. La jeune Indienne. — A Stadaconé, dans ma bourgade, en soignant les malades du capitaine Cartier que le sel empoison-
nait. :
François Ier, — Que veux-tu pour ta récompense?
La jeune Indienne (amèrement). — Ma récompense ! je l'ai déjà reçue des Visages Pâles. Je les avais arrachés à la mort et ils m'ont arrachée à mon pays |
François Ier. — Et tu voudrais y retourner?
La jeune Indienne. — Pour le revoir seulement, je traverserais la mer à la nage!
François Ier.— Le capitaine Cartier te ramènera au Canada à son prochain voyage. Je t'en donne ma parole de roi!
(1) Traduction : Un, deux, trois, quatre, cing, six, ne huit, neuf, dix, Donnacona compte, en les présentant au roi, chacun des dix sauvages amenés avec lui en France, en commençant per lui-même : segada, un, c'est-à-dire : premier : je suis le premier. Au Cixième il ajoute au mot assem, (dix) celui de mes qui veut dire : jeune Sile.
Cf. Æelation du second voyage de Cartier, de D'Avezac, verso du feuillet 46 et recto du feuillet 47.
La reine (à la jeune Indienne). — Vous ne me parlez pas, mon enfant ?
La Jeune Indienne. — Tu es si belle qu’en te regardant j'oublie les mots de Ma propre langue !
La reine. — Ce compliment-là vaut un bijou. (Elle ni donne un collier de perles.) . Dites-moi votre nom, mignonne,
La jeune Indienne.— Mon nom? Stadacona!
La reine.— Et cela signifie ?
La jeune indienne. Aile d'oiseau, c’est-à-dire : légère et libre comme un oisean,
La reine.— Stadacona! ce nom gazouille en effet, je erois chanter quand je le Prononce: Stadacona ! Stadacona !
La jeune indienne. Et moi je pleure quand je t’écoute, La reine.— Pourquoi donc ?
La jeune indienne. — Stadacana ! Stadaconé! c’est le nom de la bourgade qui m'a vu naître et que j'ai perdue pour toujours !
Elle s'éloigne de la reine, et rejoint les Sauvages.
Donnacona. — Quazahoa quea !
François Ier (à Cartier qui sourit). — Que dit-il ?
Jacques Cartier, — I] demande à boire !
Françols Ier (riant), — C’est plus long que dire : « J'ai soif, » Rafraîchissez ces braves gens.
On apporte à boire aux Sauvages.
Donnacona. — Quazahoa quascahoa !
François Ier (riant). — Ça veut-il dire « Encore »?
Jacques Cartier, — Non, Sire, mais tout simplement 3 « J'ai faim. »
François Ier, — Très juste, Le moins que puisse faire un mauvais roi est de bien nourrir ses nouveaux sujets,
On apporte des fruits aux Sauvages.
[ro]
Donnacona (montrant les épées des gentilshommes,)— Quazahoa agoheda !
François Ier. — Encore lui! Peste! l'appétit lui vient en mangeant.— Eh! ventre Saint-Georges! je crois qu'il demande un couteau !
Jacques Cartier. — Une épée, Sire, c’est différent.
François ler (badinant): — Comme longueur de lame, oui. Mes compliments capitaine-découvreur: votre protégé se civilise à vue d'œil. Je parierais qu’il vous a déà proposé l’échange de son arc contre une arquebuse, et le troc de ses flèches pour des balles. C’est encore différent... comme longueur de portée! Décidement ce Peau-Rouge vise au progrès... en nous prenant pour cible,
(11 fait distribuer des dagues aux Sauvages).
Françols Ier (à Cartier). — Je désire maintenant entendre les interprètes. Dites-leur de me raconter quelques merveilles de leur pays.
Jacques Cartier (aux interprètes). — Sa Majesté désire vous entendre, lequel de vous deux parlera ?
Taignoagny. — Domagaya a vécu plus longtemps que moi
sur la terre ; qu’il parle.
Domagaya.—Le Grand Sagamo des Visages Pâles demande quelles merveilles et quelles richesses possèdent les trois royaumes de Saguenay, de Canada et d'Hochelaga. Il croirait que je me vante si je lui disais toute la vérité. Le capitaine Jacques Cartier, ton serviteur, te parlera des bois et des fourrures, des poissons et des rivières de notre pays et de ses territoires interminables. Je te raconterai, moi, les prodiges et les choses extraordinaires qui se passent au Saguenay, prodiges et choses que Donnacona, mon maître, a vu de ses yeux et dont il te rendra témoignage quand il pourra, comme moi, parler la langue des Visages Pâles. Ainsi tu verrais de l’or dans les sables des rivières, des rubis dans les rochers des montagnes, des hommes blancs comme des Français et vêtus comme eux de drap de laine. Plus loin, vers le nord, tu verrais des peuplades d'hommes et de femmes qui n’ont qu’une jambe! Et plus loin encore, des gens qui vivent sans manger !
François Ier. — De mieux en mieux! Bravo, interprète, ton
[Cu]
récit m'intéresse vivement, mais il ne dépasse pas en merveilleux ce que notre fidèle et loyale sujet, Jean Alphonse le Sain. tongeois a vu en Angleterre, Pas n’est besoin d’aller aussi Join que Donnacona. Ecoutez bien ceci, vous, les interprètes :
Or ce que vit Jean Alphonse en Angleterre fut des arbres étranges, verdoyant, au printemps, comme les nôtres, mais qui, l’automne venu, opéraient miracles, car leurs feuilles se changeaient tout à Coup en poissons et tont À coup en oiseaux, suivant qu'elles tombaient à la surface de l’eau, dans les rivières, ou bien À la surface du sol, dans les terres labourées, au gré du vent. (Eclatant de rire). Cela s'est passé tout près d'ici, vous dis-je, Messieurs les courtisans, en Angleterre ! foi de Saintongeois!, 11 faudra maintenant retourner le proverbe, et dire : À beau mentir qui vient de Près. (A Jacques Cartier), Mais vous, capitaine-découvreur, qui venez de loin, dites-nous la vérité, d'aussi près que possible, … Pour un voyageur.
Jacques Cartier.—V deau que voici. (I lu ) et dont je vais, s’il se peut, lui en es de Saguenay, de Canada, d'Hoc merveilleuse, j'i d’une oreille
François Je serais Curieux, et usage,
(Ox fait fumer les Sauvages en présence de la Cour.)
Francois Ier (à l'évêque de Saint-Malo, François Bohier). — Monsieur de Saint-Malo, je désire vous hororer publiquement en vous adressant ici la parole,
L'an dernier, dans votre cathédrale, vous avez, par vos prières, attiré le regard de Dieu sur mon serviteur, le capitaine Jacques Cartier, et appelé sur ce dernier la bénédiction du Maître de la Mer et du Vent. Votre voix a été entendue, car
[ra]
jamais expédition, depuis Christophe Colomb, ne fut plus heureuse que celle-ci.
Nous sommes aujourd’hui confirmés dans la nouvelle qu’il existe et que nous possédons en Amérique Septentrionale trois royaumes dont les superficies réunies forment un territoire si vaste que le manteau bleu de l.\tlantique ne les couvrirait pas de sa largeur.
La générosité de la Providence à mon égard a dépassé ce que l'ambition du monarque le plus insatiable aurait pu rêver. Il faut en remercier Dieu, notre Maître À tous, et lui offrir les prémices de la terre même qu'il me donne en héritage, des prémices qui soient à la fois dignes et de sa magnificence infinie, et de notre reconnaissance éternelle. A Lui les Âmes de ces Sauvages ici présents : qu'elles soient les pierres vivantes, les pierres d'assise du temple que nous élèverons à sa gloire. Je les confie, Monsieur de Saint-Malo, à votre sollicitude pastorale.
Que ces Cauadiens soint enfants de Dieu avant d’être Fran. çais ! Que la lumière de la Vérité les éclaire au lien de les aveugler. Apprenez-leur qu’il existe dans une antre vie et dans un autre monde, encore plus ancien et plus durable que celuici, un royaume plus beau que le mien : qu'auprès delui le faste de ma Cour et l'éclat de mon diadème ne sont que des pâleurs d’aube comparées au soleil, Qu'ils ne passent point des ténèbres du Paganisme à l'éblouissement du siècle, et que l'orgueil légitime de mon trône ne soit pas pour eux une cause de scandale ou de perditinn. Qu'ils sachent enfin, par vous, que le Christ seul est roi, l’«agouhanna» véritable, et que Jes princes de la terre, inême les plus magnifiques, n’en sont que les représentants indignes et les humbles vassaux.
C'est là, Monsieur de Saint-Malo, ce que je voulais sous dire et ce que vous ferez.
Les Sauvages se retirent accompagnés de Jacques Cartier et de l'évêque de Saint-Malo.
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[13] DEUXIEME PAGEANT
Sième TABLEAU. 1608 : — Champlain recevant ses d'Henri IV
instructions
Lettres patentes expédiées en faveur de Monsieur DE Monts.
HENRY, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre : s aimés et féaux conseillers les officiers de Notre Amirauté de Normandie, Bretagne, Picardie et Guyenne, et à chacun des dits endroits et en l'étendue de leur juridiction et destroits. Salut, Nous avons pour beaucoup d'importantes occasions accordé, commis et établi le Sieur de Monts, gentilhomme ordinaire de Notre Chambre, notre lieutenant-général Pour peupler et habiter les terres, côtes et pays d’Acadie et autres circonvoisins en l'étendue du qua jusqu'au quarante-sixième : et là établir Notre d ement s’y loger et assurer, en y être reçus, habiter,
ts lieux et y résider
éclaré par Nos lettres
Pour cet effet au dit Sieur de
T, et suivant les conditions et
s’est chargé de la conduite et
pour faciliter laquelle, et ceux
lui et leur do
ports, rivières et ave
voulons avoir lieu, Pour ces causes et autres considérations, Ord iacun de vou:
ts, de quelque qui sont entrés dite entreprise
selon les articles et conventions d'icelles par Nous arrêtés ainsi que dit ici, d’équipper aucuns vaisseaux et en iceux aller ou envoyer faire trafiquer ou troc de pelleteries ni autres choses avec les Sauvages, fréquenter négocier et cominuniquer durant le temps de dix ans, depuis le Cap de Raze jusques au quarantième degré, comprenant toute la côte de l’Acadie, terres du Cap Breton, baie de Saint Clair et des Chaleurs, îles Percé, Gaspé, Mettan, Tadoussac et la Rivière de Canada, tant d'un côté que d'autre, et toutes les baies et rivières qui sont le long de la côte, à peine de désobéissance, de confiscation entière de leurs vaisseaux, vivres, hardes et marchandises au profit du Sieur de Monts et de ses associés et de trois mille livres d'amende pour l'assurance et l'acquit de laquelle et de la puuition de leur désobéissance vous permettiez comme Nous avons aussi permis et permettons au dit Sieur de Monts et ses associés de suivre et arrêter tous les contrevenants à notre présente défense et ordonnanc*, comme aussi leurs vaisseaux, marchandises, armes et victuailles pour les amener et mettre ès main de la justice et être procédé tant contre leurs personnes que biens, ainsi qu’il appartiendra ; Ceque Nous voulons, vous Mandons et Ordonnons faire incontinent publier de vos dits pouvoirs et juridictions où vous juger*z besoin être, afin qu’aucuns de nos dits sujets n’en
puissent prétendre cause d’ignorance, ainsi que chacun obéisse et se conforme sur ce, à Notre volonté, de ce faire vous dor ons pouvoir, commission et mandement spécial, Car te! est Notre plaisir.
Donné à Paris le 18ième jour de décembre l'an de grâce 1603, et de Notre Règne le 15ième (1).
Henri IV (à DeMonts): — Maintenant que vous êtes mon lieutenant-général en la Nouvelle-France, que ferez-vous ? Avezvous arrêté le plan de votre nouvelle expédition ?
DeMonts.— J'ai délibéré, Sire, de me fortifier dans un endroit de la rivière de Canada que les Sauvages nomment
(1) Cf: Collection de Manuscrits, etc. relatifs à la Nuvelle Frauce, vol, 1er, page 46 et 47.
es lettres patentes furent renoivelées en faveur de DeMonts en 1607 ; avec, toutefois, cetce différence qu’elles ne lu: accordaient que pour une année le privilège exclusif de la traite des pelleteries, à commencer du mois de janvier 1608, Cf: Ferland, Cours d'histoire du Canada, tôme 1,p.89. +
Kébec, à quarante lieues au-dessus de Saguenay, pour le désir de pénétrer plus avant dans les terres occidentales, et dans l’espérance de parvenir un jour à la Chine.
Henri IV.—Fort bien, Monsieur.
Monts. — J'aurais cependant une dernière grâce à solliciter
Henri IV. — Dites sans crainte, mon cher De Monts. Mes faveurs n’égalent pas encore les services que vous m'avez autrefois rendus pendant les troubles de la Ligue,
De Monts. —J'ai choisi pour mon lieutenant particulier dans la présente expédition aimuel de Champlain, capitaine ordinaire en la marine royale, et je désirerais faire confirmer ce choix, s’il agrée à Votre Majesté.
Henri IV. — Très volontiers ! (souriant à DeMonts) : Vous et moi savons bien choisir nos lieutenants !
(à Champlain) : Approchez, M, de Champlain. Votre personne et vos mérites nous sont connus. Déjà le Commandeur Aymar de Chastes m'avait fait cet éloge que M. de Monts répète aujourd’hui et que cinq années de nouveaux et inestimables services justifient davantage. La France vous doit sa bonne renommée en Amérique.
Votre constance à suivre une entreprise, votre fermeté dans les plus grands périls, votre sagacité toujours en éveil et toujours prompte à saisir un parti dans les affaires les plus épineuses, la droiture de vos vues, l'honneur et la probité de votre conduite, tout cela Monsieur, me confirme dans la résolution que j'ai préseutement de vous faire reprendre et poursuivre l’héroïque expédition de Jacques Cartier ! Je vous crois digne de lui succéder, d'exercer comme lui un sacerdoce politique, de lire comme lui l'Evangile en gnise de proclamations royales, et d’arborer les armes de France sur la croix du Christ, aussi loin que vous Pourrez marcher à l'Ouest du Nouveau Monde. Dites-moi, M. de Champlain, acceptez-vous ?
Champlain. — Vous ne songez, Sire, à étendre votre domination dans les pays infidèles que pour y faire régner Jésus- Christ, et vous estimez, comme nos rois, vos prédécesseurs, que le salut d’une âme vaut mieux, lui seul, que la conquête d’un grand empire! (1)
(1) Cette pensée que je fais prêter par Champlain À Henri IV, appartient à Champlain, La Fur est textuellement reproduite de ses Œuvres, Elle seule aussi, suffirait à immortaliser le grand homme qui l’a écrite,
Que Dieu vuus entende, Sire, et qu’il fasse prospérer cette entreprise À son honneur et à sa gloire. () Sire, j'accepte !
Danse de la Puvane, d'Arbeau.
« live Henri LV », chanté par la Cour,
6ième TABLEAU: 1620, Champlain à Québec.
Commission de commandant en la Nouvelle-France par Henri IT, duc de Montmorency vice-roi, au dit pays, de Sa Majesté Très Chrétienne, on faveur du Sieur de Champlain, en date d'avril 1620.
Henri II, duc de Montmorency, amiral de France, et vice
roi en la Nouvelle-France à tous ceux qui ces présentes verront SALUT.
Savoir faisons à tous qu’il appartiendra que pour la bonne et entière confiance que nous avons de la personne du Sieur Samuel de Champlain, capitaine ordinaire pour le Roi en la marine, et de ses sens, suffisance, pratique et expérience en fait de la marine, et bonne diligence et connaissance qu'il a au dit pays pour les diverses navigations, voyages et fréquentations qu'il y a faits et en autres lieux circonvoisins d’icelui, icelui Sieur de Champlain, pour ces causes et en vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté, avons commis, ordonné et député commettons, ordonnons et députons par ces présentes notre lieutenant pour représenter notre personne au dit pays de la Nouvelle-France: et, pour cet effet, lui avons ordonné d'aller se loger, avec tous ses gens, au lieu appelé Québec étant dedans le fleuve Saint-Laurent autrement appelé la Grande Rivière du Canada, au dit pays de la Nouvelle-France et au dit lieu et autres endroits que le dit Sieur de Champlain avisera bon être, y faire construire et bâtir tels autres forts et forteresses qu’il lui sera besoin et nécessaires pour sa conservation et celle de ses dits gens, lesquels fort ou forts nous gardera à son pouvoir, pour au dit lieu de Québec et autres endroits en l'étendue de notre pouvoir, et, tant et si ayant que faire se pourra, établir, étendre, et faire connaître le nom, puissance et autorité de Sa Majesté, et à
(2) Autie phrase, textuellement reproduite des Œuvres de Champlain. Elle est gravée sur le hronze de son monument à Québec,
sr)
icelle assujettir, soumettre et faire obéir tous les peuples de la dite terre et les circonvoisins d'icelle et par le moyen de ce et de toutes autres voies licites les appeler, faire instruire, provoquer et émouvoir à la connaissance et service de Dieu et à la lumière de la foi et religion catholique, apostolique et romaine, là y établir, et en l'exercice et profession d'icelle Maintenir, garder et conserver les dits lieux sous l'obéissance et autorité de Sa dite Majesté, A Paris, ce 30 avril 1620.
(SIGNÉ) HENRI II, duc de MONTMORENCY (1).