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RÉPONSE DE TRACY AU CONSEIL SOUVERAIN

Monsieur le Procureur Général, Messieurs les membres du Conseil Souverain,

Je vous remercie de toutes les civilités que je reçois de votre compagnie, et ne sais trop comment vous témoigner la joie que je ressens de votre accueil.

C’est par la justice que les Etats les mieux établis se conservent et se consolident et ceux, comme la présente colonie, qui ne font que de naître, ont encore plus besoin qu’on la rende avec exactitude et célérité.

Je suis, en effet, comme vous le dites, le Justicier attendu et promis: un justicier qui ne vient pas seulement demarder compte aux Iroquois de tout le sang français qu'ils ont versé depuis Brébeuf jusqu'à Dollard, mais un justicier qui va les

(1) « Nous avons vu, écrit Marie de l'Incarnation, l'imprimé des pouvoirs que le Roi lui donne ; ils nous étonnent, ces pouvoirs, parce qu'ils ne peuvent être plus grands, ni plus étendus, à moins d'être roi lui-même et absolu, »

frapper d’un châtiment tel que le souvenir en suffira pour terroriser tous les Peaux-Rouges de l'Amérique,

Ce châtiment exemplaire que je vous annonce, je veux également qu’il soit Connu de ceux-là même qui vont le subir. Qu'ils soient assez lâches pour s’y dérober ou assez téméraires pour l’attendre, la chose importe peu, et la conséquence en est indifférente, Mais ce qui ne l'est pas est Ja déclaration de guerre que je veux être officiellement signifiée À ces Barbares Comme si leurs cinq Cantons constituaient une nation d'Eude ia magistrature en ce pays, comprendrez, n'est-ce Pas, combien grande sera la leçon de civilisation donnée à ces fourbes et à ces traîtres. Et j'ose croire

L'expédition militaire sera très longue à préparer. Il faudra, par exemple, construire des forts à partir de l'embouchure

” de la rivière Richelieu jusqu'à l'entrée du lac Champlain, et

alors seulement l’armée Pourra se mettre en marche, Mais Dieu, qui a donné à nos ennemis le temps de commettre tous leurs forfaits, — meurtres, Pillages, rapts et assassinats, —nous donnera bien celui de méditer et de compléter leur ruine. Cette Providence, en qui je repose tout mon espoir, m'a permis d'atteindre à la vieillesse ; elle consentira bien à me laisser vivre assez pour accomplir cette mission rigoureuse mais nécessaire dont m'a

ALLOCUTION DES HUROXS À TRACy

Grand Ononthio,

Tu vois à tes pieds les débris d’une grande terre et les restes pitoyables d'un monde entier, autrefois peuplé d’une infinité d'habitants. Ce ne sont maintenant que des cadavres qui te parlent, à qui l'Iroquois n'a laissé que les os, après en avoir dévoré la chair, grillée sur des charbons. 11 ne nous restait plus qu'un petit filet de vie, et nos membres, dont la plupart ont passé par les chaudières bouillantes de l'ennemi, n’avaient plus de vigueur, quand, avec bien de Ja peine, ayant levé les yeux,

nons avons aperçu sur la rivière, les vaisseaux qui te à et, avec toi, tant de soldats qui nous sont par ton grand Onomio et le nôtre.

Ce fut alors que le Soleil nous parut éclater de ses plus beaux rayons et éclairer notre ancienne terre qui, depuis tant d'années, était devenue couverte.de nuages et de ténèbres ; alors que nos lacs et nos rivières parurent calmes, sans tempêtes ni brisants. Pour te dire le vrai, il me sembla entendre une voix sortie de ton navire et qui nous disait, d'aussi loin que nous pouvions te découvrir :

« Courage, peuple désolé, tes os vont être reliés de nerfs et de muscles, ta chair va renaître, tes forces vont t'être rendues, tu vas vivre comme autrefois, »

Tout d’abord, je me défiais de cetté voix que je croyais être celle d’un doux songe flattant nos misères ; mais le bruit de tant de tambours et l’arrivée de tant de soldats m'ont éveillé.

Après tout, bien que je te voie de mes yeux et que j’embrasse tes pieds, la joie que tu m'apportes est si inattendue que j'aurais peur encore d’être trompé par un beau rêve, si je me sentais déjà tout réconforté par ta seule présence.

Je te vois, 6 généreux Ononthio, je t’entends, je te parle} Sois le bienvenu, et reçois ce petit présent, (une peau d'orignal façon. née et peinte À la mode indienne, que le chef dépose aux pieds de M. de Tracy) du crû de notre terre, pour marque de la joie que nous ressentons de ton heureuse arrivée, et de l'hommage que nous rendons au plus grand de tous les Ononthios (:) de la terre, qui a eu eompassion de nos misères et t'envoie pour nous en délivrer (2).

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