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DÉCRET

Affligé à la vue de la guerre qnï bpo-ye tant de jeu^nes. vies, qui jette dans la désolation les fanailles et tes cités, et qui entraîne dans son toarbilion des nations florissantes, considérant que le Seigneur, qui castigando sanat et ignoscendo conservât (1), se laisse toucher par les prières des cœurs contrits et humiliés; désireux de faire parler plus haut encore que le fracas des armes la voix de la foi, de l'espérance et de la charité, qui, seules, ont la force divine d'unir les hommes en un seul cœur et une seule âme. Sa Sainteté Benoît XV invite, Il exhorte le clergé et le

(1) Qui guérit en châtiant et conserve en pardonnant.

peuple à des œuvres de martificatioa po-ur expiei' les péchés qui provoquent ies justes cbâtimeats de I>ieu; et II a décidé^ en même temps^ que, dans tou>t le monde catholique^ d'humbles prières serortt ajdressées à Dieu pour obtenir de sa miséricorsle la paix tâjût désirée.

Dans ce but, Sa Sainteté ordoime que> le diisaoehe de la Sexagésime,. 7 lévrier prochain, p€Udr F Europe — et> pour tous les autres di€>€èses- dia m>©'n'de,, le dimanche de la Passion, 21 mars — mi célèbrey éanis toutes les églises métropolitaines, cathédrales^ paroissiales,, et dans toutes celles des religieux,, àes cérénM>nies spéciales, réglées de la m»anière suivante :

Le matin, après la messe conventuelle ou paroissiale, on exposera solennellement le Très Saint Sacreme-£kt.

L'encensement effectué,, on chantera le psaume 50, Miserere meiy Deus-^ suivi de ranstienae : Da pacera^ Domine^ in diehus nostris^, quia non e&t aUus cpti pug,net pro rt€^is nisi tu, Deus noster avec les j. Fiat p^kj^ im mriute tua, ^. Et abundantia in tuvribus tuis^^ et l'oraisoEL pro pisbee : De%ts a quo ^ancta de&ideria, etc.

Le Très Saint Sacrement restera ensuite exposé à l'adoration publique toute la journée, et il est désirable que les enfants y participent dans la mesure convenable.

Le soir, avatnt de terminer l'exposition du Très Sâji-nt SacremeEtt,. ©»> récitera te chapelet^ et ensuite la prière ci-jsointe qui a été composée spécialement

par le Souverain Pontife pour obtenir la paix. Suivra le chant des Litanies des Saints conformément à Tordre prescrit pour l'exposition des XL heures dans le Rituel liturgique romain de 1913.

Immédiatement après les Litanies, on chantera : Parc€j Domine, parce populo tuo;ne in œternum. irascaris yiobiSy et les versets avec les oraisons que l'on a coutume de réciter après la procession in quacumque tribulatione , comme dans le Rituel romain, en y ajoutant l'oraison pro pace : Deus a quo sancta desideria, etc.

On terminera la cérémonie par le chant du Tantum ergo et par la bénédiction du Très Saint Sacrement, more solito.

Afin d'ailleurs que le Seigneur répande ses grâces avec plus d'abondance, le Souverain Pontife exhorte les fidèles à s'approcher en cette occasion du Sacrement de Pénitence, et à recevoir la Très Sainte Eucharistie : Il accorde une indulgence plénière à tous ceux qui, s'étant confessés et ayant communié, assisteront aux cérémonies du matin ou à celles du soir, ou prieront durant un certain laps de temps devant le Très Saint Sacrement exposé.

Du Vatican, 10 janvier 1915.

Pierre Cardinal Gasparri, Secrétaire d'Etat.

Nous obéirons, N. T. C. F., avec empressement et ferveur, aux prescriptions qu'a dictées au Souverain Pontife son affectueuse sollicitude pour la grande

famille chrétienne dont II est le Père. Aussi bien les inspirations de sa charité sont d'accord avec les vœux de notre patriotisme, car la paix que le Saint-Père nous invite à implorer de Dieu, c'est la paix solide et durable, qui, selon la parole de nos Saints Livres, est V œuvre de la justice (1), la paix qui suppose le triomphe et le règne du droit.

Confiant dans la puissance des enfants sur le Cœur de Dieu, le Saint-Père exprime le désir qu'ils participent à nos supplications. Pour réaliser ce désir d'une manière plus complète, outre la part que pourront prendre nos chers enfants à l'adoration du 7 février. Nous les convoquons à une journée de prière qui leur sera spéciale.

Cette pensée a été proposée à l'Episcopat par M^"" l'Archevêque de Bourges, sur la demande de l'archiconfrérie de Notre-Dame des Enfants, établie dans son diocèse. Les Cardinaux, Archevêques et Évêques de France ont accueilli avec faveur ce projet, et il sera mis à exécution dans tous les diocèses le jeudi 11 février, en la fête de Notre-Dame de Lourdes.

Ce jour-là donc, Nous ordonnons qu'il y ait dans toutes nos paroisses une messe à laquelle seront invités tous les enfants : ceux qui ont déjà été admis à la Sainte Table et ceux qui pourraient y être préparés pour ce jour seront exhortés à y faire la sainte communion pour la France.

(1; /«oïe, XXXVI, 27.

Dans l'après-midi, aura lieu une réunion soknnelie des enfants. Après un chant de cantique il y aura une instruction, une procession au chant des Litanies de la Très Sainte Vierge, la récitation du chapelet devant le Très Saint Sacrement exposé, et la BénédiC' tion.

Nous nous proposons de présider cette réunion de l'après-midi à Notre-Dame. Nous y invitons, outre les enfants de la paroisse, ceux et celles des Institutions de Paris qui, ayant une chapelle et un Aumônier, ne suivent pas d'ordinaire les exercices paroissiaux.

En l'anniversaire du jour où la Très Sainte Vierge daigna apparaître à une humble enfant dans la grotte de Lourdes et l'inviter à la prière. Nous avons la confiance que les supplications unanimes de tous les enfants de France toucheront le cœur de Marie et hâteront le salut de la patrie.

Prière prescrite par le Souverain Pontife^

Attristés par les horreurs d'une gUelrre qui entraîne dans son tourbillon les nations et les peuples, nous nous réfugions, ô Jésus, dans Voti^ Cœur aimantj comme dans un suprême asile ; de vous, Dieu des Miséricordes^ nos gémissements implorent la cessation de l'épouvantable fléau; de Vous, Roi pacifique, nos vœux sollicitent le retour si désiré de la paix.

De Votre Cœur divin, Vous fîtes rayonner dans le monde la charité, afin que, toute discorde cessant, l'amour régnât entre les hommes; durant Votre vie mortelle, ici-bas, Votre Cœur palpita d'une très tendre compassion pour les disgrâces humaines. Oh ! que ce cœur s'émeuve donc encore à cette heure-ci, chargée, pour nous, de haines si funestes et de si horribles carnages!

Prenez pitié de tant de mères, angoissées pour le sort de leurs fils; pitié de tant de familles, orphelines de leur chef; pitié de la malheureuse Europe que menace une si vaste ruine.

Inspirez vous-même aux gouvernants et aux peuples des conseils de douceur, résolvez les conflits qui déchirent les nations, faites que les hommes se donnent de nouveau le baiser de la paix. Vous qui, au prix de Votre sang, les avez rendus frères. Et comme,

un jour, au cri suppliant de l'apôtre Pierre : Sauvez- 710US, ô Seigneur, nous périssons, vous répondîtes avec pitié, en calmant la tempête de la mer; de même, aujourd'hui, à nos confiantes prières, répondez par le pardon, en rétablissant dans le monde bouleversé la tranquillité et la paix.

Vous aussi, ô Vierge Très Sainte, comme Vous le fîtes en d'autres temps de terribles épreuves, aideznous, protégez-nous, sauvez-nous.

Ainsi soit-il.

Allocution prononcée par Son Éminence le Cardinal Archevêque de Paris, au cours des prières pour la paix à Notre-Dame de Paris.

C'est avec une profonde émotion que je contemple cette grande basilique, avec ses cinq nefs toutes remplies d'une foule accourue à l'invitation du Pontife suprême, pour prier avec lui et comme lui. C'est un nouveau témoignage des sentiments catholiques et français qui vous animent. Qui donc disait que ces prières ne seraient pas populaires et que les fidèles de France ne les feraient qu'à regret? Vous donnez à ce jugement téméraire un éclatant démenti. Soyez-en félicités.

Chrétiens, vous avez compris que le Pape est le grand maître de la prière comme il est le grand maître de la doctrine. A la mission et à l'autorité qu'il a de dicter ce que nous devons croire, il joint celle de dire ce que nous devons demander et comment le demander... Chrétiens et Français, vous avez compris que, cette fois comme toujours, il est aisé d'accorder votre soumission au Vicaire de Jésus- Christ avec votre amour ardent pour la patrie.

Le Pape nous demande de prier pour le rétablissement de la paix, troublée par la guerre la plus formidable et la plus cruelle qui fut jamais. Qui s'étonnera que le Père de la chrétienté ne puisse, sans

sentir ses entrailles déchirées, contempler ce que nul homme ne peut voir sans frémir? Qui s'étonnera que le ministre du Prince de la paix nous invite à prier pour la paix ? et qui donc ne la souhaite œtte paix, terme espéré de tant de douleurs, de vSang et de ruines ?

Votre sens chrétien n'a pas besoin que je lui explique la pensée da Chef de l'Église. La paix dont il s'agit n'est pas «ne paix quelconque, une paix fausse, précaire, mais une paix vraie, Solide et durable. Or, qu'est-ce donc que la paixt « C'est, dit saint Augustin, la tranquillité de l'oï-dre. » Il n'est pas de tranquillité dans le monde et dans les âmes si tout n'y est pas dans Tordre. Et l'ordre pour les peuples et les particuliers s'appelle la justice, par laquelle tout et chacun est à Sa place : chacun occupant sa place et respectant celle d'autrui. La seule paix que le Pape désire ne peut donc être, selon la parole d'un Prophète, que l'œuvre de la justice : elle suppose, elle exige le triomphe et le règne du droit.

Qui, d'ailleurs, de bonne foi, pourrait douter de la pensée du Pontife suprême? Ne l'a-t-il pas exprimée dans cette allocution consistoriale, dont on n'a pas su, ou dont on n'a pas voulu, comprendre la portée et le sens dans toute sa plénitude? Interprète et vengeur de la loi éternelle, le Pape n'a44i pas affirmé qu'à personne, et pour quelque cause que ce soit, fût-ce pour écraser plus Vite un ennemi, il n'eât permis de violer la justice? N'est-ce pas lui encore qui ajoute que toutes les injustices commises « il les réprouve hautement » ?

Le Pape réprouve l'injustice. Et dans sa première exhortation à la prière, au lendemain de sou. élection, n'avait-il pas déjà dit que la réparation des droits violés est une des conditions de la paix? Qui maintenant serait tenté de croire que le Pape voudrait un simulacre de paix qui ne serait pets précédé du rétablissement de l'ordre et de la réparation des droits violés?

Et qui donc les a violés ces droits? Qui a accumulé les injustices que le Souverain Pontife a dénoncées? Qui a envahi la pacifique Belgique? Qui s'est jeté sur la France, la France qui n'avait pas provoqué, qui n'a pas attaqué, n'a pas voulu la gueiTC et a tout fait pour l'éviter? Qui a multiplié les dévastations que ne nécessitait nullement l'occupation militaire? Qui a massacré des innocents, des femmes, des vieillards, des enfants, des prêtres? Qui a bombardé des cathédrales, qui a porté atteinte à la religion dans ses églises et vSes ministres? Le Pape le sait, et ses reproches pour avoir été adressés sous une forme voilée, — le* Sauveur commande des ménagements pour le roseau à demi brisé, — ses reproches ont été compris : les coupables l'ont bien prouvé, puisqu'aussitôt après ils sont allés lui porter leurs plaintes. Dieu le sait aussi et tous ces forfaits crient réparation devant sa face. La paix ne sera possible que lorsque les injustices seront réparées, les droits violés reconnus et assurés pour l'avenir. Voilà la paix que le Pape désire et que nous allons demander g« soir.

Or, disons-le clairement, ces injustices ne peuvent être réparées, et ces droits méconnus, vengés, que par la victoire de nos armes : c'est nous qui luttons pour le droit et la civilisation chrétienne. En priant pour la paix, nous prions donc pour la victoire de la France et de ses alliés.

Prions avec confiance ! La confiance ne nous est- elle pas prêchée dans V Introït de ce dimanche : (( Levez -vous, Seigneur. Pourquoi paraissezvous sommeiller? Pourquoi détourner votre visage et oublier notre tribulation ? » N'est - ce pas un écho anticipé de la touchante prière que le Pape a insérée dans la sienne, de ce cri des apôtres à Jésus endormi dans la barque en péril pendant la tempête : Salva iios, periinus. « Sauvez-nous, nous périssons! » Oui, Seigneur, hâtez notre victoire pour hâter le triomphe de la justice, hâtez par là le retour de la paix.

Demandons-la, cette paix, avec le Pape, au Cœur miséricordieux de Jésus et à la bonté maternelle de Marie. Et, pour finir par la parole même du Souverain Pontife qui termine son allocution consistoriale : « Fasse Dieu que bientôt le respect de la justice soit rétabli dans les esprits et parmi les peuples, et qu'ainsi la paix du Christ, la vraie paix, revienne dans le monde et demeure constamment avec les hommes. » Animis ad cultum justitiee revocatis, pax Chrisii révisât orhem terrarum, atque constanter posthac cum hominibus permaneat!

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