APPEL
en faveur des prisonniers de guerre français et belges.
Personne n'ignore combien douloureuse est la condition des prisonniers de guerre, détenus en pays ennemi, isolés de leurs familles et de leur patrie, condamnés souvent à toutes sortes de privations et de souffrances physiques et morales.
Leur sort a ému le cœur du Souverain Pontife, et Sa Sainteté Benoît XV vient de témoigner sa sollicitude paternelle à leur égard en recommandant à tous les Evêques de leur procurer, par le ministère de prêtres parlant leur langue, secours et consolation.
La Suisse s'est préoccupée aussi d'assister ces victimes de la guerre. Non contente de leur faciliter la correspondance avec leurs familles, elle vient d'obtenir des puissances belligérantes l'envoi de délégués, chargés de visiter les prisonniers, tant Français qu'Allemands. A la demande du Président de la Confédération helvétique, la France a autorisé un Pasteur protestant suisse à visiter les camps où sont retenus dans notre pays les prisonniers Allemands. De même l'Allemagne permet qu'un prêtre catholique suisse, de langue française, remplisse le même office
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auprès de nos compatriotes prisonniers en Allemagne.
M^^'' l'Évêque de Lausanne et Genève nous fait savoir qu'il a choisi pour cette mission M. l'abbé Dévaud, professeur à l'Université catholique de Fribourg.
Cet ecclésiastique laissera à l'Agence de la Croix- Rouge de Genève, à l'Office postal de Berne et aux autres agences déjà constituées, le soin de la correspondance entre les prisonniers et leurs familles. Son rôle consistera à visiter les camps de prisonniers et d'otages, de langue française ; à s'assurer, d'accord avec les autorités ecclésiastiques locales, qu'il est suffisamment pourvu à leurs besoins moraux et religieux ; et aussi à soulager leurs misères matérielles dans la mesure ou le permettront les ressources qui seront mises à sa disposition.
Il appartient à notre pays de fournir ces ressources et de rendre possible et profitable cette mission bienfaisante.
Nous faisons à cet effet un pressant appel à la charité publique. L'Allemagne a déjà, dit-on, mis aux mains de son représentant des subsides considérables. Nous avons l'assurance que la France ne se montrera pas moins généreuse et voudra procurer à nos chers et infortunés prisonniers, le réconfort moral et les adoucissements matériels dont ils ont tant besoin.
A la demande de M^"" l'Évêque de Lausanne et Genève, Nous nous sommes chargé de centraliser pour cette œuvre les offrandes des diocèses du Nord
et du Centre de la France, pendant que Son Éminence le Cardinal Archevêque de Lyon fait de même pour les diocèses du Midi .
Une autre forme d'assistance, non moins nécessaire à nos prisonniers, serait de leur procurer de bonnes lectures, capables d'éclairer, de consoler et de fortifier leurs âmes dans l'épreuve. Déjà, à l'appel de M'"^ la baronne de Montenach, 25.000 paroissiens leur ont été envoyés. Il leur faudrait aussi d'autres bons livres, brochures ou collections de Revues saines. On demande, en particulier, des éditions populaires des quatre Évangiles, fondus ensemble. M'*'' l'Évêque de Lausanne et Genève se charge pareillement de les leur faire parvenir. Nous réclamons encore ce secours des œuvres et des librairies catholiques et des fidèles.
LETTRE
de Son Émitience le Cardinal Archevêque de Paris à MM. les Curés de son diocèse, ordonnant des prières publiques pour le premier dimanche de Tannée 1915.
Paris, le 21 décembre 1914.
Monsieur le Curé,
Par une lettre datée du 27 novembre dernier, Son Éminence le cardinal Bourne, archevêque de Westminster, a bien voulu m'informer qu'en Angleterre, sur la demande du Roi, « le premier dimanche de la nouvelle année, le 3 janvier 1915, sera consacré à une prière solennelle pour obtenir la bénédiction de Dieu sur les armées alliées ». Son Éminence m'exprimait le désir que « toutes les nations alliées s'unissent ce jour-là dans une même attitude de supplication ».
Ainsi que Ta fait le vénéré cardinal de Reims, j'ai donné à l'Eminentissime Primat d'Angleterre l'assurance que nous serions heureux de nous associer à nos alliés dans cette « journée d'humble prière et intercession ». Ce sera pour nous la fête de Sainte- Geneviève : nous demanderons avec ferveur à cette glorieuse « Patronne de la Cité et de la France » d'appuyer nos supplications en faveur de notre patrie et des nations qui combattent avec elle pour le triomphe
du droit. Nous continuerons d'invoquer la chère Sainte pendant toute la neuvaine qui suivra : plus que jamais, Elle verra se presser en foule près de son tombeau son peuple de Paris, toujours rempli de confiance en son intercession.
En conséquence, des prières publiques pour la France et pour ses alliés auront lieu dans notre diocèse le premier dimanche de janvier.
Pour nous conformer à ce qui a été proposé par S. É. le cardinal Luçon, on fera, après les vêpres, une procession où l'on chantera les Litanies des Saints. Au salut, après les prières ordinaires pour le temps de la guerre, on lira la consécration du genre humain au Sacré-Cœur.
C'est sous les auspices du Cœur de Jésus que va s'ouvrir l'année nouvelle, puisque son premier jour sera un premier vendredi du mois. Puissent les hommages que nous rendrons à ce Divin Cœur, le l®"" et le 3 janvier, nous obtenir, au cours de cette année, ses grâces en abondance ! Qu'il nous accorde bientôt les victoires nécessaires, condition d'une paix durable! Qu'en attendant, Il soutienne les vaillants qui combattent, qu'il console les mères et les épouses qui pleurent, et soulage tous ceux qui souffrent l
LETTRE
de Son Éminence le Cardinal Archevêque de Paris aux prêtres et aux séminaristes de son diocèse, soldats, brancardiers, infirmiers, aumôniers, en service aux armées.
Paris, le 6 janvier 1915.
Messieurs et Chers Fils en Notre Seigneur,
Cinq mois déjà se sont écoulés depuis que la guerre vous a arrachés à la paix de votre vie sacerdotale ou de votre préparation cléricale et jetés au milieu des camps.
A l'appel de la patrie, vous avez généreusement répondu. Pour sa défense, pour son salut, vous avez accepté vaillamment les fatigues, les périls, les souffrances de toute sorte qui sont désormais votre partage. Partout où le devoir vous a conduits, sur les champs de bataille, dans les tranchées, aux ambulances, dans les trains qui transportent nos chers blessés et dans les hôpitaux où ils sont soignés, vous vous êtes montrés à la hauteur de ce que la France et l'Eglise attendaient de vous. Tous ceux qui vous ont vus à l'œuvre rendent hommage à votre courage, à votre dévouement, à votre esprit de discipline et de sacrifice. Plusieurs de vos frères sont tombés sous
les coups de l'ennemi : notre martyrologe diocésain compte six prêtres et autant de séminaristes parisiens morts au champ d'honneur, sans parler de huit autres n'appartenant pas à notre diocèse, mais élèves de notre séminaire d'Issy. Un bon nombre ont été blessés, quelques-uns sont prisonniers.
Pendant toutes ces douloureuses semaines, votre Archevêque n'a cessé de vous suivre, chers Messieurs, par la pensée, par le cœur, par la prière. Chaque matin à la sainte Messe, et bien souvent dans le cours du jour, je vous ai recommandés à Dieu, Le suppliant de vous soutenir, de vous garder, de vous protéger contre tous les dangers. Toutes les fois que j'ai pu avoir de vos nouvelles, je les ai accueillies avec tout l'intérêt d'un père, anxieux du sort de ses enfants, heureux quand il les sait sains et saufs. J'ai pleuré la perte de ceux que la mort a frappés, tout eri me sentant fier de leur fm glorieuse, consolé par la pensée de la couronne éternelle méritée par eux et par l'espérance de la fécondité de leur sang répandu.
Au début de l'année nouvelle, j'éprouve le besoin de vous envoyer à tous l'expression de mon affection paternelle et des vœux ardents que j'adresse pour vous à Dieu.
Du plus profond de mon cœur, je vous redis la parole de l'apôtre saint Paul à ses disciples de Philippes : Itaque^ fratres mei carissimi et desideratissimi, gaudium meum et corona meay sic state in Doynino, carissimi. « Oui, mes fils très chers, et que
je désire tant revoir, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, ô mes bien-aimés. »
L'épreuve se prolonge et elle menace de durer encore : que votre courage, soutenu par la grâce, demeure ferme jusqu'au bout. Continuez de donner à vos frères d'armes l'exemple d'une constance que rien n'ébranle ni ne lasse. La cause que vous servez est juste et sainte : c'est celle du droit et de la civilisation chrétienne ; pour la faire triompher, aucune souffrance, aucun sacrifice n'est de trop.
Vous savez bien, d'ailleurs, qu'en vous y dévouant, vous servez aussi, et très efficacement, les grandes causes auxquelles vous avez plus spécialement voué votre vie, la gloire de Dieu et le salut des âmes. Les vertus que pratiquent nos prêtres-soldats et l'influence qu'elles exercent ne concourent pas moins que le ministère de nos aumôniers à l'admirable mouvement religieux qui se produit dans les rangs de notre chère armée. Par là, des milliers d'âmes sont ramenées à Dieu et se sauvent pour l'éternité, et ainsi se prépare, nous l'espérons, la régénération chrétienne de notre pays.
Ne perdez pas de vue, mes chers fils, cette fin suprême de votre vocation. Pour l'atteindre, montrezvous toujours dignes de cette vocation sainte. Gardez pour règle ces autres paroles de saint Paul : Quœcumque sunt vera, quœcumque pudica, quœcumque justa, quœcumque sanctay quœcumque amahilia, quœcumque honœ fam>œi si qua virtuSy si qua laus disciplinœf hœc cogitate. <i Que la vérité, la pudeur, la
justice, la sainteté, la bonté aimable, la discipline qui mérite la louange, toutes les vertus qui font la bonne renommée, restent la loi de votre vie. »
Afin d'avoir la force de les pratiquer, recourez aux sources où se puise cette force : la prière et les sacrements. Si l'oraison régulière ne vous est pas possible, suppléez-y par de fréquentes élévations vers Dieu; remplacez le bréviaire par le chapelet; soyez fidèles à la confession fréquente ; saisissez toutes les occasions de célébrer la sainte messe ou du moins de faire la sainte communion. En un mot, soyez prêtres, soyez clercs, au milieu des camps non moins que dans nos paroisses et qu'au séminaire.
A ce prix Dieu sera avec vous, et, après la victoire. Il vous ramènera, je l'espère, au milieu de nous, avec des vertus fortifiées et une ample provision de mérites qui assureront pour l'avenir la fécondité de votre ministère sacerdotal.
Telles sont les grâces que j'implore pour vous, mes très chers fils, en vous bénissant de tout mon cœur.
LETTRE
de Son Éminence le Cardinal Archevêque de Parts publiant le Décret pontifical qui prescrft ées prières pour la paix et ordonnant une journée de prière des enfants.
Paris» le 25 janvier 1915.
Nos Trks Che.rs Frères:,
Les Actes officiels du Saint-Siège nous apportent le Décret suivant, publié par ordre de N. T. S. P. le Pape :