LA GUERRE EUROPÉENNE
La condamnation parTopinion américaine des diplomates autrichiens et allemands, est aisée à comprendre, nous disait récemment le professeur Kuno Francke. Aujourd'hui, le professeur Hugo Munsterberg" nous donne l'explication complète. Les Américains, dit-il, sont suggestibles, ils aiment l'uniformité dans les idées. Un journal anglophile se prononça en faveur de l'Angleterre; il fut suivi par les autres journaux et par le public américain, véritables moutons de Panurge. Triste éloge en vérité, de l'intelligence américaine, et peu fait pour gagner nos sympathies à la cause de l'Allemagne !
Les efforts des honnêtes Allemands pour la défense de leur pays sont réellement pathétiques ; on sent trop à lire entre les lignes combien ils se rendent compte de l'inutilité de leurs peines.
Personne, nous disent-ils, n'a encore su présenter le point de vue allemand avec une habileté suffisante pour entraîner la conviction. Mais la raison en saute aux yeux; la cause est trop mauvaise, le talent et le patriotisme n'y peuvent rien. Il faut dénaturer l'histoire, affirmer des extravag"ances et en venir finalement à de véritables mensonges.
Les divers arguments en faveur de TAllemagne peuvent être brièvement exposés et classés comme suit :
Première prétention. — Il n'y a pas eu d'agression de la part de l'Allemagne.
« C'est méconnaître la méthode historique que d'attribuer à l'Allemagne le rôle d'agresseur dans cette guerre », soutient le professeur Munsterberg, mais il n'apporte aucun argument plausible à l'appui de sa thèse. Bien au contraire des faits nombreux et probants, d'une certitude incontestable, désignent l'Allemagne comme l'agresseur, sans laisser aucun doute sur la position des responsabilités. L'examen des deux « livres blancs » anglais et allemand est absolument concluant. Ces deux documents officiels donnent la preuve matérielle des efforts de
l'Angleterre pour éviter une guerre entre T Autriche et la Serbie, plus tard pour localiser le conflit. Des le début, au contraire, l'Allemagne insista pour empêcher toute intervention diplomatique entre l'Autriche et la Serbie; elle refusa d'appuyer les efforts pacifiques de l'Angleterre et rendit ainsi inévitable une guerre européenne.
Voici des faits incontestables :
1° L'Autriche a présenté à la Serbie, avec l'assentiment de l'Allemagne, un ultimatum rédigé de manière à le rendre inacceptable à toute nation ayant gardé quelque sentiment de sa dignité.
2"^ Malgré l'acceptation de l'ultimatum par la Serbie, à la seule exception de la clause la plus offensante, qu'elle proposait cependant de soumettre à un arbitrage, l'Autriche, d'accord avec l'Allemagne, déclara cette satisfaction insuffisante et ouvrit immédiatement les hostilités.
3° La guerre avec la Serbie devait en entraîner une avec la Russie; l'Allemagne et l'Autriche le savaient bien, et cette guerre entraînerait à son tour une conflagration générale de toute l'Europe.
i° L'Allemagne déclara la guerre à la Russie, envahit la France sans déclaration de guerre et
viola la neutralité de la Belgique, au mépris de 8es engagements les plus solennels, jetant ainsi dans la lutte, la Belgique et l'Angleterre.
En présence d'un si flagrant mépris de tout sentiment pacifique, aucun sophisme ne saurait prévaloir; l'Allemagne gardera la honte d'avoir déchaîné sur le monde civilisé la plus grande calamité qu'il ait jamais subie.
Le professeur Munsterberg a beau dire : « Est-il une guerre plus naturelle et plus inévitable », il est pourtant forcé d'admettre la possibilité pour TAllemagne d'empêcher cette guerre. A cette question : « La guerre n'auraitelle pas été évitée, si l'Allemagne avait forcé l'Autriche à renoncer à ses représailles contre la Serbie », il répond : « Cela n'aurait pas empoché la guerre, cela l'aurait seulement retardée d'un an peut-être ; cela aurait donné à l'armée russe le temps de terminer ses prépara-^ tifs avec l'aide de l'argent français et enfin cela aurait augmenté les chances de succès des ennemis de l'Allemagne ».
A l'heure tragique, précédant immédiatement la déclaration de guerre, le Kaiser pouvait incontestablement maintenir la paix en Europe; il a délibérément choisi la guerre. Il ne s'attendait évidemment pas à voir l'Angleterre prendre
les armes, aux côtés de ]a France et de la Russie, ni à rencontrer une résistance sérieuse en Belgique; il comptait par contre sur l'aide de Fltalie, son alliée. S'il avait su prévoir de semblables difficultés, il eût choisi la paix et non la guerre. Mais il crut le moment venu de réaliser des projets préparés depuis si longtemps par l'Allemagne, avec une habileté et une énergie extraordinaires, au prix de sacrifices formidables. Le plan était merveilleusement simple : l'Allemagne jetait toute sa machine de guerre sur la France en passant par la Belgique, chemin d'accès le plus direct, et, avec Faide de FltaHe, écrasait ainsi rapidement son ennemie mal préparée; pendant ce temps, TAutriche devait tenir tête aux armées russes, lentes à se concentrer, et donner le temps aux troupes allemandes d'achever leur tâche en France, puis de revenir écraser les Russes. Gomme cela semblait facile! Et après la victoire, quelle ère glorieuse pour la civilisation occidentale! Voir les Teutons maîtres de l'Europe et bientôt du monde entier; la forte nourriture de la culture allemande, distribuée à toutes les nations de la chrétienté; la France trouble-fête et la civilisation française réduites une fois pour toutes à l'état de quantités négligeables; les colonies s'épanouissant
sous le gouvernement bienfaisant et bénévole de l'Allemagne; l'Angleterre devenue puissance de second ordre et pour toujours écartée des routes commerciales de la mère Patrie; la pauvre démocratie anéantie en Europe. Quelle gloire pour le militarisme allemand et pour la maison des HohenzoUern; quels transports d'orgueil et quels cliquetis de sabre pour l'officier allemand! Sûrement le jeu en valait bien la chandelle.
Mais, quel terrible réveil! Dès les premiers jours, ces plans si habilement prémédités, sont complètement désorganisés. Les Belges « indiscrets » résistent au passage de la machine allemande sur leur territoire; TAngleterre, pour une simple divergence d'opinion sur la valeur d'un « chiffon de papier », oublie ses liens de famille et sa dette envers la culture allemande; elle se dresse contre l'envahisseur; finalement la perfide Italie trahit ses obligations les plus sacrées.
Deuxième prétention. — L'agression française.
Le désir de rentrer en possession de l'Alsace et de la Lorraine, si souvent manifesté par la France, constitue, nous dit-on, un véritable acte d'agression; il a forcé, en partie du moins, l'Ai-
leinague à la guerre. Ce sentiment, pourtant bien naturel, était journellement dénoncé par les Allemands comme la « furie de la revanche )>. La France, cela est certain, n'a jamais cessé de pleurer ses provinces perdues et d'espérer leur retour. Ne doit-on pas respecter, plutôt que blâmer, le sentiment si légitime de l'amour de son pays? Malgré ce désir très réel, la France n'a jamais cherché la guerre, cela est évident pour tout observateur impartial. Elle a fait son possible pendant de longues années pour conserver la paix à l'Europe, elle a même accepté les humiliations de l'Allemagne pour éviter tout conflit avec elle. A la veille de la guerre actuelle, durant ces journées si fertiles en év^énements, la France a vigoureusement appuyé la diplomatie anglaise, dans ses tentatives pacifiques.
« Si l'Allemagne a déclaré la guerre à la France, nous dit encore le Professeur Munsterberg, c'est parce que la France commençait sa mobilisation et refusait de promettre sa neutralité au cours d'une guerre russo-allemande ». Mais l'Allemagne connaissait bien, n'est-ce pas, les engagements solennels de la France, sa promesse de prêter main-forte à la Russie au cas où celleci viendrait à être attaquée par l'Autriche et l'Allemagne. Ou bien pensait-elle que la France
regarderait son traité comme un autre « cliiiion de papier «. Elle savait bien cependant que pour la France, abandonner son alliée, c'était sacrifier son bonneur national et son rang de puissance mondiale. En déclarant la guerre à la Russie, l'Allemagne n'a pu mettre en doute qu'elle rendait du même coup une guerre avec la France inévitable. Gomment le professeur Munsterberg espère-t-il faire croire à ses lecteurs que, si l'empereur d'Allemagne avait empêclié l'Autricbe de déclarer la guerre à la Serbie (il admet bien que c'était en son pouvoir), la France et la Russie l'auraient attaquée à leur tour, « probablement dans un an »? Une telle prétention est absolument contredite par l'attitude de la République française et par celle aussi de la Triple-Entente; elle est manifestement imaginée pour les besoins de la cause allemande et ne mérite pas de retenir l'attention.
Le professeur Munsterberg continue : « la guerre fut matériellement commencée par la Russie et par la France. Les troupes russes el françaises francbirent la frontière et firent des prisonniers avant le moindre déplacement des troupes allemandes ». Mais il ne fait pas un effort pour supporter cette proposition; il se contente de sa simple déclaration. Or elle peut facilement
être convaincue d'inexactitude. La France a retardé sa mobilisation aussi longtemps que le lui permettait sa sécurité; elle a de plus maintenu son armée à 10 kilomètres en arrière de la frontière, dans le seul but d^éviter les incidents précisément contestés.
En réalité, il était de la plus grande importance pour la victoire des troupes allemandes, de frapper le premier coup sans permettre à la France d'achever sa mobilisation. L'intention était évidente et Texécution fut conforme. L'Allemagne n'eut jamais l'idée de laisser à la France le soin d'ouvrir effectivement les hostilités. Elle a, en effet, envahi la France, la Belgique et le Luxembourg avant toute déclaration de guerre, et elle le fit pour tout massacrer et détruire. On connaît maintenant d'une façon certaine l'importance capitale pour elle d'attaquer brusquement la France sans lui donner le temps de se préparer. Combien nous semblent évidentes à la lumière de ces faits, la perfidie et l'insanité de la prétention relative à l'ouverture des hostilités par la France et la Russie. Cette assertion vient se ranger à côté d'autres extravagances, en particulier de celle-ci : l'intention de la France de violer le territoire belge aurait été prouvée par un raid en automobile de quelques officiers fran-
çais, dans le sud de ce pays; cela suffisait aux yeux de l'Allemagne pour justifier l'invasion de la Belgique.
Depuis la guerre de 1870, l'attitude de TAUemagne envers la France aurait été amicale et bienveillante. Le professeur Francke écrit par exemple, « durant ces quarante-trois dernières années, la politique de l'Allemagne a été toute d'attentions et de ménagements, dictée par le seul désir de faire oublier à la France la perte de ses deux provinces ». Veut-il se moquer de nous ? Tous les incidents franco-allemands survenus depuis la guerre de 1870 réfutent complètement cette prétendue attitude amicale de l'Allemagne. Que celle-ci ait toujours au contraire été prête à blesser la France, s'arrêtant juste au point voulu, pour laisser à ce pays une certaine sécurité et ne pas soulever l'indignation des nations civilisées, c'est chose rendue évidente par la moindre étude de l'histoire. En fait, l'Allemagne n'a-t-elle pas joué simplement un rôle de matamore vis-à-vis de la France?
Les relations franco-allemandes depuis 1870 ont été esquissées avec beaucoup de justesse et de clarté dans le « Repubhcan » du 22 août dernier. Comme ce journal le fait remarquer, le
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premier souci de Bismarck après la guerre de 1870 fut de maintenir la France faible et isolée. En 1875, il projetait une nouvelle attaque contre elle, estimant qu'elle n'avait pas été suffisamment affaiblie par son premier échec et comptant bien cette fois, la « saig-ner à blanc )>, pour employer son expression brutale. L'intervention de la Russie sauva la France de cette effroyable calamité.
La Russie et l'Angleterre commencèrent alors à s'alarmer; elles préparèrent les voies, d'abord à l'alliance franco-russe et plus tard à une triple entente. Essentiellement défensifs, ces accords visaient une garantie mutuelle contre l'ambition grandissante de l'Allemagne.
L'incident marocain de 1905, le renvoi de Delcassé, ministre des Affaires étrangères, exigé par l'Allemagne, furent une humiliation pour la France. C'est là un exemple typique de la bienveillance allemande. De môme en 1911, quand l'Allemagne profitant d'une faiblesse apparente de la Triple-Entente, envoya un navire de guerre à Agadir, la fermeté de l'Angleterre permit seule d'éviter la guerre. Malgré les généreux sentiments prêtés par le professeur Francke à l'Allemagne dans ses quarante-trois dernières années de relations avec la France,
peut-on douter que celle-ci aurait depuis longtemps disparu comme puissance mondiale, si TAllemagne avait pu suivre le chemin qu'elle s'était tracé. La vérité est que TAllemap^ne n'a jamais voulu tolérer une France puissante, que le relèvement rapide de ce pays après la guerre de 1870 a été pour elle une source de dépit et d'alarme ; que la destruction totale et définitive de la France comme puissance mondiale, a toujours été le pivot central de sa politique.
L'attitude de TAllemagne, nous dit-on encore^ a toujours été bienveillante à l'égard des provinces conquises. Le professeur Francke nous le fait remarquer; mais doit-il être pris au sérieux? L'incident de Saverne cité par lui est un excellent exemple de la bienveillance allemande à l'égard de l'Alsace-Lorraine. Ces deux provinces, nous dit-on, furent allemandes jusqu'au xvii*^ siècle; n'est-il pas cependant infiniment plus important de savoir qu'au moment de l'annexion ces provinces étaient habitées par des Français, dont le patriotisme égalait celui des habitants de n'importe quelle région du territoire et dont le désir suprême, après quarantetrois ans de joug allemand, est encore de redevenir citoyens français?
Les professeurs Munsterberg et Francke font
tous deux allusion à la récente loi niilitaire exigeant de tout Français le service de trois ails. (( La France s'est armée, nous dit le professeur Munsterberg, comme aucun pays civilisé ne Ta jamais fait, l'élite même de la population doit trois ans de service à l'armée, tandis qu'en Allemagne elle n'en doit qu'une. Depuis trop longtemps la France n'a pas laissé un instant rAllemagne quitter son armure. » Selon le professeur Munsterherg, cette nouvelle loi française valait une mobilisation et donnait l'indication très nette des préparatifs de la France en vue d'une lutte contre l'Allemagne. Ces déclarations sont passablement extraordinaires et apportent des éclaircissements instructifs sur l'attitude de l'Allemagne vis-à-vis de la France. L'entretien d'une armée puissante était un crime de lëse- Allemagne. Reconnaissons toutefois que, même après les tormidables sacrifices consentis par la France, son armée restait encore numériquement inférieure à celle de l'Allemagne. Ces sacrifices lui étaient d'ailleurs imposés par Taugmentation continue de l'armée allemande due à l'accroissement de la population, tandis qu'en France la population restait presque stationnaire. Le professeur Francke pourrait aussi bien soutenir que l'entretien d'une armée quelconque en
France prouvait de mauvaises intentions contre
l'AUemag'ne.
Troisième prétention. — L'agression anglaise.
Aucune expression n'est trop sévère pour flétrir la conduite de TAngleterre, assez oublieuse de ses liens de famille pour oser prendre les armes contre TAllemagne. Le professeur Munsterberg- nous expose par le détail, tous les griefs de ses compatriotes. Voyant les atouts se tourner contre l'Allemagne, l'Angleterre se précipite sur cette occasion inespérée de ruiner le commerce de ses concurrents, elle renie d'anciennes amitiés et pour tout dire déclare la guerre à ses cousins du continent. On ne se bat pourtant pas pour des « chiffons de papier », on doit plus d'indulgence à ses parents, on ferme les yeux sur leurs escapades. Sans l'intervention de l'Angleterre et sans l'indiscrétion de la Belgique, FAUemagne avait la certitude d'écraser facilement la France et la Russie, puis de sortir de la lutte avec une puissance encore accrue. Ne saurait-on pas se réjouir de la prospérité de ses cousins, accueillir avec plaisir, leur voisinage?
La guerre, nous dit-on encore, fut imposée
par la jalousie de l'Angleterre, contre le commerce prospère et tous les jours grandissant de l'Allemagne. On ne peut certainement nier la rivalité commerciale des deux nations: mais on ne peut non plus y trouver à redire. L'Angleterre aimerait à avoir une plus grande part du commerce mondial, même aux dépens de l'Allemagne, on raccordera volontiers ; mais elle ne songeait pas pour cela à plonger l'Europe dans une terrible guerre, avec Tunique but de donner satisfaction à l'activité insatiable de son commerce. Sa conduite, en effet, dès le début de la Triple-Entente, l'a clairement montrée, aussi désireuse que la France de conserver la paix.
Un des plus remarquables parmi les efforts diplomatiques antérieurs au déchaînement de la guerre, est certainement l'action énergique de l'Angleterre en faveur du maintien de la paix. La violation par l'Allemagne de la neutralité belge la contraignit seule à la guerre. Les faits d'ailleurs parlent assez hauts pour rendre inutile toute défense justificative.
Selon l'opinion du professeur Munsterberg, l'Angleterre aurait commis une grande maladresse historique; il accompagne cette déclaration d'une menace à peine déguisée : « Si un
miracle survient et que rAllemagne l'emporte sur le monde, la faute de l'Angleterre éclatera aux yeux de tous ». Que l'Angleterre ait fait ou non une maladresse c'est là une question do point de vue, et cela dépend de la façon dont on envisage le droit des gens.
Quatrième prétention. — L'agression russe.
Une agression russe, nous assure-t-on, provoquée par la haine traditionnelle de la race slave contre la race germanique, a contraint l'Allemagne à la guerre. Mais on ne nous donne aucune preuve du désir attribué à la Russie de faire la guerre ; elle s'est au contraire jointe, sans hésiter, aux démarches diplomatiques de l'Angleterre et de la France, avant l'ouverture des hostilités;. elle a ainsi prouvé son désir de maintenir la paix, une paix toutefois respect tueuse de son prestige et de son honneur national.
D'après le professeur Munsterberg, la Russie aurait dépensé des billions afin a de se mettre en mesure de lancer sur la frontière aile mande, le rouleau à vapeur de sa gigantesque population ». Est-ce là une preuve de l'agression russe, est-ce encore une autre offense do lèse-
AJlemap^ne ? L'Allemagne n'a-t-elle pas aussi dépensé des billions dans la construction d'un rouleau à vapeur destiné à être lancé suivant les besoins contre la frontière française ou contre la frontière russe? L'argument est à double tranchant, il n'apporte aucune lumière sur les responsabilités respectives de l'Allemag'ne et de la Russie ; il doit donc être écarté.
En l'absence de toute preuve, cela ne sig-nifle rien de dire, comme le fait le professeur Munsterberg, que si FAUemagne s'était abstenue cette fois de déclarer la guerre, la Russie et la France l'auraient attaquée, tôt ou tard, « peut-être dans un an ».
Cinquième prétention. — L'Allemagne se bat pour préserver l'Europe d'une domination slave.
Au dire répété des amis de TAUemagne, celles ci se battrait pour détourner de l'Europe occidentale le joug slave; voici l'exposé du profes-' seur Munsterberg : « L'Allemand sait bien, ce qu'une défaite de son pays serait pour la civilisation idéale du monde ; la culture allemande serait foulée aux pieds par les Tartares demi-sauvages... L'Angleterre et la France ne peyvent écraser l'AUemagne, sans contribuer à
rétablissement d'une puissance russe formidable, capable de subjuguer finalement toute la civilisation occidentale... Si la France l'emporte aujourd'bui et que l'Allemagne soit détruite, l'Asie l'emportera tôt ou tard; et dans ce cas, les instilulions et les chefs-d'œuvres du monde occidental disparaîtront plus vite de notre globe que n'a disparu l'antique civilisation assyrienne ».
L'Allemagne cherche à se gagner la sympathie américaine en renchérissant vainement sur la guerre sainte qu'elle livre pour garantir ses peuples et le reste de l'Europe contre la domination moscovite. Les esprits américains sont trop clairvoyants pour s'y laisser prendre.
Ce serait certainement une calamité pour le monde entier si l'Europe venait à tomber entre les mains des Slaves ; mais ce n'en serait pas une moindre si les Teutons l'emportaient. Le danger présent n'est pas la férule des Romanof mais celle des Hohenzollern.
La guerre actuelle n'est pas, comme voudrait le faire croire le chancelier allemand, une lutte de vie ou de mort entre l'Allemagne et les races slaves de la Russie ; mais bien une lutte de vie et de mort entre la démocratie représentée par
l'Angleterre et la France, et le niilitarisme allemand. Aussi la sympathie de la majorité des Américains, doit-elle nécessairement aller aux adversaires de FAUemagne. La coalition actuelle n'est pas dirigée contre le peuple allemand, ni contre la civilisation allemande, pas plus que la coalition qui mit fin à la puissance de Napoléon l^\ ne fut dirigée contre le peuple français ni contre la civilisation française ; elle est dirigée contre le règne de la force représenté par le militarisme allemand.
Le chancelier allemand déplore de voir un pays raffiné comme la France conclure une alliance avec un peuple à moitié asiatique comme la Russie ; il stigmatise cette alliance contre nature. Depuis la guerre franco-allemande de 1870, r Allemagne n'a cessé, le monde le sait bien, de conspirer contre la France, prête à lui porter le coup final, avant même là guérison de ses blessures et, plus tard, pendant sa convalescence, toujours disposée à la poignarder sur la plus légère provocation. Dans ces conditions, l'alliance avec la Russie n'étaitelle pas des plus naturelles? A défaut de cette alliance et plus tard de son entente avec l'Angleterre, la France aurait depuis longtemps cessé d'exister. Qui supposerait un instant l'Ai-
lemagne capable de refuser une alliance avec la Russie, si elle y voyait le moindre avantage?
Cette alliance avec la Russie, n'indique d'ailleurs aucunement Tintention de la Franco, de se soumettre à une domination russe. Si on voulait la lui imposer, elle lutterait certainement contre le Russe, avec la même énergie qu'elle le fait contre le Prussien. Si jamais le péril slave se dessine d'une façon aussi grave et aussi sinistre, que le fait aujourd'hui le péril allemand, les nations de TEurope occidentale s'élèveront contre lui et TAUemagne, peut-être la république allemande, sera de leur nombre. De même aussi contre le péril asiatique, déjà si menaçant, à en croire le professeur Munsterberg.
L'Angleterre, la France et les autres nations nous étonnent par leur indifférence à l'égard du danger moscovite. On se demande comment toutes ces nations peuvent avoir la vue si faible, quand l'Allemagne Ta si nette. L'explication satisfaisante de ce phénomène n'est pas difficile adonner; mais telle est apparemment la cécité de l'Angleterre et de la France, que l'Allemagne nous dit le professeur Munsterberg, lutte seule aujourd'hui pour le triomphe de la civilisation occidentale ; elle se bat en fin de compte, pour la France et l'Angleterre, pendant que sa vie
esl menacée par les baïonnettes françaises et les torpilles ang-laises. Désintéressement vraiment sublime !
Dans le cas d'une défaite allemande, le professeur Munsterberg" prévoit clairement le sort de FAngleterre. « La Russie sera le gagnant principal et par sa puissance nouvellement accrue, deviendra un véritable danger pour l'Himpire Brilannique, affaibli de toute façon par une guerre épuisante. La Russie s'avancera hardiment en Asie et l'Inde sera délivrée; et Flnde libre, c'est la perte du Canada et de l'Australie. Si le barrage allemand devant le flot serbo-russe est brisé, dans vingt ans l'Empire Biitanniijue sera réiluit à des dimensions microscopiques. ))
Malgré les protestations du professeur Munsterberg et d'autres féaux allemands, le désir suprême de l'Allemagne dans la lutte actuelle, n'est pas, cela est évident, de repousser la domination slave (c'est seulement un détail accessoire) mais bien d'amener l'Europe sous son propre joug. D'où cette fédération des puissances contre elbî. Son impatience d'anéantir la France n'est nullement provoquée par le désir de la sauver du joug moscovite, mais seulement paf son ambition d'augmenter sa propre puis-
sance aux dépens de ses voisins. L'intention manifeste d'annexer la Belgique en cas de victoire, n'est pas dirigée contre les Slaves, mais vise uniquement un agrandissement personnel. L'Allemagne a voulu jouer, le monde le sait bien, le rôle de matamore parmi les nations européennes ; c'est là un rôle toujours impopulaire et assez périlleux, car Theure des comptes arrive généralement et trouve alors le fanfaron sans amis.
Dans la lutte actuelle, la victoire allemande se traduirait d'abord par un formidable recul des idées démocratiques et par le triomphe du militarisme : cela comporte Fanéantissement de la France et de la civilisation française, l'affaiblissement de l'Angleterre et peut-être son refoulement au rang des nations de second ordre. En cas de victoire des Alliés au contraire, le militarisme recevrait sans doute un coup mortel et disparaîtrait avec tous les maux qu'il entraîne à sa suite. Ce serait l'aurore de cette ère de paix et de bonté parmi les nations, depuis si longtemps attendue dans le monde et vers laquelle l'humanité souffrante tend ses bras suppliants.
Sixième prétenlion. — L'Allemagne se bat pour la civilisation.
L'Allemagne, prétend-on, se bat pour la civilisation, elle s'en considère sans doute, comme le représentant le plus autorisé, et pour la soutenir, tente désespérément d'anéantir l'Angleterre et la France, porte-étendards de la démocratie en Europe. Mais, bien entendu, elle agit dans leur intérêt et sans aucun remords, comme un père aimant, cliâlie ses enfants. Dans sa lutte pour la civilisation, elle emploie les procédés les plus barbares. On ne voit pas bien la Russie, cette nation semi-asiatique et peu cultivée, au dire du chancelier allemand, commettant sur les Belges, les atrocités imputées aux Allemands, eût-elle conquis le pays dans des circonstances semblables.
Les expressions de culture allemande et de civilisation allemande, représentent pour les Allemands, une culture et une civilisation supérieure. Ils se croient chargés de l'entretien du feu sacré. Un peu de modestie leur siérait pourtant bien mieux et les aiderait à se gagner quelques partisans. Au temps où l'Angleterre, la France et l'Italie avaient déjà derrière elles des siècles d'une civilisation très développée.
ce qui constitue l'euipire allemand d'aujourcrimi n'était encore qu'une ag-glomération de petits Etats semi-barbares. Comment concilier d'ailleurs la culture et la civilisation avec les méthodes sauvages employées dans la guerre actuelle par les Allemands? Comment concilier avec la culture cette brutalité dans les pensées et dans Faction ? Le savoir-vivre, le respect des droits moraux et matériels du prochain, ne sont-ils pas la base de toute civilisation raffinée ? N'est-ce pas un anachronisme de prendre l'officier allemand comme un modèle de civilisation? La culture se réduit-elle à l'érudition ; un grand savant ou un profond philosophe se laissant guider par des instincts barbares, dans leurs rapports avec les autres nations sontils plus civilisés qu'un bomme possédant seulement un petit bagage scientifique, mais sachant s'inspirer de sentiments réellement humains dans ses rapports avec ses semblables ? Quelques-uns des hommes de lettres et de science, les plus réputés d'Allemagne, appartenant à l'élite intellectuelle de leur pays, ont publiquement défendu le militarisme allemand et toutes ses conséquences, sans même en exclure les actes de vandalisme de l'armée. Oi^i devronsnous chercher alors, la culture, dans la plus
noble acception de ce terme / Une culture qui n'adoucit pas l'âme ne mérite certainement pas d'être offerte en exemple ; cette guerre a montré qu'en Allemagne, on peut être à la fois un savant remarquable et avoir un cœur de barbare.
Mais vous qui êtes disposé à contester la beauté de la culture allemande, regardez-donc ce qu'elle a produit en quarante années de prospérité. Une machine de guerre, mi-partie métallique, mi-partie humaine, avec un peu de fer ici, un peu de chair là, l'un apportant la force, et l'autre la souplesse, le tout parfaitement incapable de penser d'ailleurs et de sentir. Cette machine a le grand mérite de répondre comme un mouvement d'horlogerie, à la main de l'opérateur; elle peut tuer en un temps donné, sans distinction d'âge ni de sexe, plus de détracteurs de la civilisation allemande, détruire un plus grand nombre de leurs cités et de leurs œuvres d'art, qu'on ne l'eût jamais rêvé pour une machine de guerre !
La culture allemande serait-elle simplement du plaqué, le monde a-t-il été victime d'une gigantesque falsification ?
Si les défenseurs de l'Allemagne veulent se faire écouter ils feraient bien de renoncer à pré-
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seiiLer l'Allemagne comme le champion de la civilisation contre le joug moscovite ; sinon leurs auditeurs se formaliseront de voir faire si peu de cas de leur intelligence et seront conduits à écouter des arguments plus sérieux.
La civilisation du monde et Fhumanité en général sont trop intéressés dans la lutte actuelle pour que des mensonges puissent en dissimuler les conséquences. Que ceux dont le désir est de se former une opinion raisonnée et impartial»' sur les responsabilités des diverses nations, commencent par oublier toutes leurs sympathies ou antipathies personnelles et se contentent d'étudier les livres blancs publiés par les gouvernements anglais et allemand \
Septiè7iie prétention. — L invasion de la Belgique par r Allemagne était motivée.
L'invasion de la Belgique, a-t-on prétendu, était nécessaire au point de vue militaire, donc légitime ; le professeur Munsterberg en parle comme d'un simple emploi des chemins de fei* belges, et la justification qu'il en donne mérite d'être rappelée : « Chacun sait que dans unemai-
' Ce paiiiplilcL a paru avanl la publiciilioii du Livre Jaune français.
son où io feu a pris, l'étiquette n'a plus cours ; les bonnes manières doivent être mises de côté, même par les personnes les plus distinguées, si leur vie est en danger ». On ne saurait affirmer que l'intention du professeur Munsterberg soit de présenter les Allemands comme des gens très distingués, mais en tout cas, il voudrait bien convaincre ses lecteurs que violer la neutralité d'un pays, est seulement une faute d'étiquette et qu'invoquer une semblable bagatelle comme un prétexte de guerre était une absurdité de la part de l'Angleterre. En outre, le professeur Munsterberg cliercbe à justifier l'acte criminel de l'Allemagne en rappelant des antécédents étrangers; il cite la conduite de l'Angleterre en Egypte, au Tliibet, dans le Sud- Africain. Cela n'a pas grand intérêt. Que la violation de la neutralité belge par l'Allemagne, soit le crime international le plus flagrant et le plus brutal dont le monde civilisé ait jamais été témoin, c'est un fait dorénavant acquis. C'est d'autre part la manifestation du grand principe allemand que la force crée le droit. Et au moment où elle violait ainsi sa parole qui garantissait la neutralité de la Belgique, l'Allemagne parjure, précisément en train de se parjurer, demandait à l'Angleterre d'en croire sa parole qu'elle rétabli-
rait après la guerre la neutralité de ce pays. Il n'est pas étonnant que cette déclaration ait semblé dérisoire au Parlement anglais.
Au dire de Sir William Goschen, ambassadeur d'Angleterre à Berlin, le cliancelier de l'Empire allemand aurait traité de simple « chiffon de papier » rengagement solennellement pris par son pays, de protéger la neutralité de la Belgique et aurait invité l'Angleterre à faire de même. Au prix d'une telle honte, l'Angleterre eût pu rester en dehors du conflit. Qui la blâmera d'avoir refusé d'acheter la paix et la tranquillité aux dépens de son honneur national?
L'acte de brigandage commis par l'Allemagne en envahissant la Belgique a été fortement aggravé par la cruauté avec laquelle elle a traité ce pays. Si beaucoup de ses partisans l'avaient déjà abandonnée lors de l'envahissement de la Belgique, les derniers durent la renier quand ils connurent les atrocités commises dans le seul but de terroriser les habitants de cet infortuné pays.
Huitième prétention. — Les méthodes de faire la guerre employées par les Allemands sont légitimes.
Sans nier les exagérations, ni céder au parti pris, il est bien difficile, en présence des documents officiels, de mettre en doute les actes d'iniquité et de cruauté commis en Belgique par l'armée allemande. Ils ont justement soulevé rindig-nation du monde civilisé; leur horreur paraît plus saisissante encore pour avoir frappé un pays qui n'a aucunement cherché à offenser TAllemag-ne et désirait seulement sauvegarder sa tranquillité... On ne peut cependant lui faire un crime de s'être opposé à la violation de son territoire, dont la neutralité lui avait été garantie par son envahisseur lui même.
En demandant à la Belgique le paiement d'une contribution de guerre de 500 millions, les Allemands peuvent avoir agi légalement, c'est-à-dire conformément à la lettre, sinon à l'esprit de la convention de la Haye. Mais en voyant l'attitude de la Belgique dans cette guerre, le monde condamnera certainement cette exaction, il la jugera inexcusable et digne de voleurs de grand chemin.
Des chairs torturées seront enfouies et on en
niera rexistence; des civils seront enterrés et on en fera des assassins; des femmes et des enfants seront massacrés et on affirmera qu'ils se sont mis eux-mêmes sur le chemin des halles et des obus. Les commissions d'enquêtes retiendront certaines des atrocités commises et en rejetteront d'autres pour insuffisance de preuve. Mais les ruines des villages, des cités, des monuments artistiques, ne peuvent être enterrés, ni leur existence mise en doute; elles parleront d'elles-mêmes. Le monde ne sera pas disposé à excuser ces dévastations, sous le vain prétexte que c'étaient là des mesures de guerre indispensahles.
Les violations sacrilèges des traités internationaux et des règles du droit des gens seront dans l'histoire de l'Allemagne des taches que, ni les mensonges, ni rien au monde ne saurpnt effacer. L'histoire condamnera ces actes infâmes; leur horreur s'augmentera avec le temps, d'autant plus qu'ils ont été commis par un peuple prétendant être le plus civilisé et le plus cultivé.
L'Allemagne est dès à présent traduite devant le grand jury des nations civilisées et son acte d'accusation est inscrit- au frontispice de l'histoire. Elle est accusée d'avoir délibérément pré-
cipité l'Europe dans une guerre terrible pour augmenter sa puissance, assurer son expansion territoriale et celle de son commerce; d'avoir violé les garanties sacrées des nations en envahissant la Belgique; d'avoir employé pour faire la guerre des méthodes barbares, tuant et torturant les habitants inoffensifs, hommes, femmes et enfants; de s'être complue à détruire les villages, les cités et les œuvres d'art; d'avoir semé des mines sur les routes des vaisseaux non combattants des vaisseaux appartenant aux nations neutres; d'avoir levé d'énormes contributions de guerre sur une nation dont elle avait juré de protéger l'intégrité.
Que cette accusation doive être portée contre l'empereur d'Allemagne seul, ou contre le parti militaire allemand, comprenant ou ne comprenant pas l'empereur, ou encore contre la nation allemande tout entière, c'est ce qu'il reste à déterminer.
Post-scriptum.
Depuis l'envoi de ces pages à l'impression^, l'Allemagne a donné des signes manifestes d'in-
l" novembre 1914.
quiétude ; elle commence à redouter une issue fatale pour ses rêves de conquête; sa machine de guerre, merveilleux produit de son amour pour la paix, n'arrive pas à tuer en assez grand nombre les adversaires de la culture germanique, c'est-à-dire les adversaires de sa domination sur toute TEurope. Ses orateurs commencent à nous parler d'une Allemagne désintéressée, demandant seulement une place modeste au soleil et la permission de respirer. Sa préparation militaire n'avait jamais visé une guerre offensive, elle tendait au contraire à la prévenir. Devant de telles prétentions, il est bon de rappeler les paroles que l'empereur adressait à ses soldats lors de leur départ au front; elles peignent certainement avec une grande exactitude ses sentiments personnels et ceux du parti militaire, sinon ceux de toute la nation. Voici comment le Kaiser comprenait la mission pacifique et divine de l'Allemagne : « Rappelez-vous que les Allemands sont les élus de Dieu. Moi-même comme empereur d'Allemagne, j'ai reçu l'esprit de Dieu. Je suis son bouclier, son casque et son épée, malheur aux désobéissants î Mort aux lâches et aux incrédules ! »
Aucun mensonge ne fera jamais croire aux intentions pacifiques de l'Allemagne; nous
l'avons vue de longue date travailler à se mettre sur le pied de guerre et même construire en temps de paix chez ses voisins des fondations capables de supporter ses canons monstres. Ses apprêts militaires, dont le monde s'étonnait k bon droit, révèlent clairement les odieux desseins qu'elle nourrissait insolemment depuis tant «l'années. N'aurions-nous pas d'autres preuves do sa culpabilité, cela nous suffirait.
Les avocats de l'Allemagne lui ont découvert une véritable affection pour la doctrine de Monroe. Si elle est victorieuse, les Etats-Unis n'ont pas à s'inquiéter, elle respectera la doctrine, elle leur en donne même sa parole. Mais, véritablement croient-ils que l'on puisse accorder quelque confiance aux serments d'un parjure? L'Allemagne a révolté le monde par la plus cynique violation de ses engagements qu'ait jamais commis une nation civilisée et elle demanderait maintenant aux Etats-Unis d'avoir confiance en elle? Son affection pour la doctrine de Monroe est sans doute du même goût que son amour pour la Belgique, c'est-à-dire destinée à être foulée aux pieds, dès qu'elle se sentira de nouveau assez forte pour défier le monde. Comment rx\llemagne peut-elle se figurer qu'aucun document portant sa signature puisse être regardé
comme autre chose qu'un simple chiffon de papier?
Une x\llemagne régénérée par de longues années d'expiation pourra sans doute être admise à nouveau dans la société des peuples civilisés, mais l'Allemagne à jamais flétrie des Kaiser et , des Krupp restera, aussi longtemps qu'elle vivra, hors la loi parmi les nations.