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APPENDICES

Le Manifeste des 93 et les catholiques allemands

On a vu quelle est l'attitude du clergé et des hommes politiques du centre allemand au cours de la guerre actuelle. Il convient pour être complet, de dire un mot des professeurs catholiques des Universités qui se montrent parmi les plus fougueux pangermanistes. On retrouve la signature d'un certain nombre d'entre eux au bas du fameux manifeste des intellectuels allemands. Nous n'avons pas à juger ici cette pièce étrange, qui est bien le document le moins scientifique et le plus dépourvu de sens critique qu'on puisse imaginer. Aussi lorsqu'en lisant les signatures on rencontre le nom d'un homme que grâce à ses travaux on était habitué à estimer comme

savant, éprouve-t-on une désillusion. Ce sentiment est particulièrement marqué lorsqu'il s'agit d'un homme que ses études ont amené à s'occuper de spéculations philosophiques, juridiques ou religieuses, car alors sa chute morale n^en paraît que plus profonde. Il semble que c'est la négation de tout son enseignement, de toutes ses doctrines et idées qu'il a contresigné là d'un cœur léger.

Tel est le cas pour les professeurs catholiques des Universités allemandes qui n'ont pas hésité à joindre leurs noms à côté de ceux de Lasson, d'Ostwald et de Lamprecht. Il v a quelque chose de pénible de voir à la suite de leurs noms la mention de professeur de morale (Joseph Mausbach — univ. de Munster), de dogme (Gérard Esser - univ. de Bonn), de théologie (Antoine Koch — univ. de Tubingen), etc. S'il y a parmi eux quelques savants de second ordre, il faut reconnaître que quelques-uns d'entre eux, comme Sébastien Merkle, le savant éditeur des Diaria du concile de Trente, ou Albert Ehrhard, un des maîtres de la littérature byzantine et de la patrologie, jouissent d'une réputation européenne.

Ce- n'est pas d'ailleurs leurs seuls travaux

qui ont fait parler d'eux et l'attitude qu'eurent la plupart de ces signataires au moment des affaires du modernisme, a montré qu'ils avaient plus d'indépendance vis-à-vis des instructions de Rome que vis-à-vis des ordres de Berlin.

Le cas du professeur Ehrhard est celui qui est pour nous le plus attristant. Alsacien d'origine, il a renié les traditions de sa famille et le culte de sa patrie. Professeur errant, il a été tour à tour dans un collège de France et dans les Universités de Fribourg-en-Brisgau, de Vienne, jusqu'à ce qu'il revienne se fixer à Strasbourg lorsque, pour introduire dans le clergé alsacien un état d'esprit essentielleinent allemand , TEmpereur y créa une faculté de théologie. Le Pape s'opposa longtemps à cette fondation dirigée contre les grands séminaires de Strasbourg et de Metz et son ?.cquiescement fut considéré comme un succès de la diplomatie allemande.

Lorsqu'en 1907 le décret Lamenlahili et l'encyclique Pascendi eurent condamné le modernisme, on croyait à Rome que cette doctrine n'était professée que dans les pays latins ou anglo-saxons. On dut reconnaître au contraire

qu'un grand nombre de professeurs allemands en étaient imbus. L'Encyclique reçut dans les milieux universitaires un accueil plutôt froid : on en retarda la publication. La Bavière, la catholique Bavière, lui opposa le Placet royal et la ligue de Munster contre l'Index, ayant à sa tète le baron de Hertling, le professeur von llompel et d'autres catholiques notoires obtint — après un blâme, il est vrai — qu'en ce qui concerne la surveillance et la censure, les institutions existantes soient reconnues comme suffisantes.

De toutes les protestations, celle du professeur Ehrhard se fit remarquer par la violence de ton et le manque de tact. Obligé de se rétracter pour éviter de plus sérieuses condamnations, il n'en fut pas moins rayé de la liste des prélats domestiques de Sa Sainteté et le titre de Monseigneur lui fut retiré « vu la gravité du cas et des erreurs commises » {Osseruatore romano, 18 février 1908).

Le cas de l'abbé Merkle est plus grave encore. Le procès qu'il intenta en février 1908 à VAugfihurger Postzèitung a dévoilé l'état d'esprit du jeune clergé (( se figurant avoir iivalé la vraie science )) et batailleur et insup-

portables troublant Tappétit des vicaires et des curés par des discussions à table )). (Déposition du doyen d'Aschaffenburg, Hergenrœther.) Au cours des débats, on a reproché à M. Merkle d'avoir, dans un discours à Berlin, fait une sortie contre les séminaires épiscopaux et préconisé le choix des professeurs des facultés catholiques par l'état seul, sans entente avec les évêques. « Enfin le curé Braun a déclaré que M. Merkle exerçait une influence funeste sur les étudiants en théologie qui fréquentent son cours et qu'il en faisait des prêtres livrés au doute, disposés à croire que l'Eglise est conduite de Rome par une bande d'intrigants (1) ».

> Que pèsent après ces constatations les protestations de M. Erzberger {Matin, 29 décembre 1907), et du D'^ Mausbach, d'après lequel « l'Allemagne catholique n'est guère atteinte (par le modernisme) ». Le professeur de théologie de Munster a, on le voit, la négation facile même contre l'évidence, et il était tout

(1) Mgr Delmont. — Modernisme el modernisles, page 89, 1 volume, Paris, Lethielleux — ouvrage de polémique souvent violente, mais contenant des documentsintéressants.

désigné pour contresigner les « // n'est pas vrai » du manifeste des 93. Uami du Clergé terminait un de ses articles (23 janvier 1908), par les lignes suivantes qui peuvent nous servir de conclusion.

c( La situation en Allemagne est la plus grave qui se puisse imaginer. En aucun pays du monde pareille attitude d'un aussi grand nombre de représentants attitrés de l'enseignement théologique ne serait possible. Comment en sont-ils arrivés là ? Comment n'y pas voir le châtiment de cet orgueil allemand qui jette avec une insolence unique au monde la pierre aux malheurs d'autrui, à l'incapacité politique et sociale de la France, de l'Italie et de l'Espagne ».

L'opinion belge sur les catholiques allemands

On sait qu'une assez grande intimité a toujours régné entre catholiques belges et allemands. Cela se conçoit; aucun souvenir pénible ne venait jusqu'à présent troubler des relations basées sur l'identité des croyances. Aussi l'Université de Louvain était-elle fréquentée par de nombreux ecclésiastiques d'Allemagne, qui ne semblent guère en avoir conservé le souvenir, et d'autre part, surtout lorsque les congrès catholiques se tenaient dans la région du Rhin, les Belges ne manquaient pas d'y assister en assez grand nombre. N'oublions pas non plus que l'Allemagne comptait de nombreuses et d'activés S3^mpathies dans le pays flamand.

Il n'en est que plus intéressant de recueillir les appréciations de nos malheureux voisins, maintenant que la dure leçon des événements leur a ouvert les yeux. En voici une qui confirme pleinement ce que j'ai écrit plus haut et

dont les conclusions pour si sévères qu'elles soient, paraîtront cependant justes à tout lecteur impartial.

« Nous avons été dupes de l'extérieur trompeur du catholicisme allemand. La preuve en est dans le fait qu^aucuneprotestation, émanant des personnalités qui, aux nombreux Congrès, ne pouvaient assez nous admirer, ne s'est élevée lorsque les hordes teutones foulaient le sol de notre patrie.

« Nous, Belges, nous étions un peuple honnête et nous croyions que la morale catholique se confond avec Thonnôteté et la dignité. Nous pensions que l'estime réciproque entraîne tout naturellement le respect et partant l'amitié réciproque. Jamais on n'a pu nous soupçonner d'hypocrisie; tous nos actes étaient sincères.

« Dans ceci comme dans les autres faits connexes à cette guerre, nous avons été victimes de notre trop grande confiance. Nous aurions dû nous rappeller que l'honnêteté est la plus belle expression de toute conception désintéressée et doit nécessairement provoquer l'envie de ceux qui ne sentent et ne pensent pas comme nous.

<( Lorsque nous nous sommes aperçus que la morale catholique n'était pas le pivot des actes des catholiques allemands, qu'au contraire

leurs actes étaient inspirés par la morale matérialiste sur laquelle on avait étendu une couche de vernis chrétien ; lorsque nous avons pu nous rendre compte dans ces derniers temps que leur prétendu essor honnête, avec lequel ils étonneraient le monde, n'était en réalité qu'une manœuvre secrètement préparée pour réaliser le rêve de l'orgueil allemand, Deutschland uher alles^ nous aurions dû nous apercevoir que leur catholicisme ne pourrait en aucune façon s'accorder avec le nôtre.

« Ce n'est un secret pour personne que le catholicisme allemand a prêté son concours à la réalisation de ce rêve de grandeur. Il s'est écarté de son but, qui met l'honneur et le devoir au-dessus de la rapacité et de la félonie. Il est tombé au point d'admettre les théories modernes : (( La fin justifie les moyens. » Et cependant, la base de la morale catholique est la justice.

« Nous avons pu le constater dès le d'ébut de la guerre. Aucune protestation, émanant des catholiques allemands, ne s'est élevée pour flétrir ou désapprouver les agissements allemands vis-à-vis de la Belgique. Qui ne dit mot consent.

« L'Allemagne protestante a cherché et voulu la guerre. En violant la neutralité de la Belgique, elle a souffleté les principes chrétiens des

catholiques. Et néanmoins, elle a été pleinement approuvée par les catholiques allemands.

« Il y a même plus : dans un des derniers numéros du Tijd, le correspondant allemand de ce journal écrivait :

« On sait aussi à l'étranger que les catho- « liques allemands ne peuvent être rendus res- « ponsables de la guerre et de tout ce qui s'y « rattache. Confiants dans le chancelier de <( l'Empire et dans les hautes autorités, qui en « savent plus long que le simple citoyen, ils <( admettent que, lors de l'invasion de la Bel- « gique, le cas de légitime défense était bien « établi, cas admis par les principes juridiques <( catholiques pour justifier « pareille inva- <( sion ».

« Cette tardive déclaration rendrait tout commentaire superflu si elle ne nous donnait l'occasion de faire deux constatations qui pourraient bien avoir quelque valeur.

« Elle contient un double aveu et cherche à cacher et à escamoter une soumission, une servilité à l'élément protestant.

« Ils ont approuvé le chancelier de l'Empire, sans rechercher le moins du monde s'il disait la vérité. Le fait que le chancelier prétendait en savoir plus long que d'autres n'est pas un motif suffisant pour lui accorder une confiance illimitée.

<( Les plus grands et les plus malins peuvent se tromper, surtout là où l'égoïsme et la rapacité sont à l'ordre du jour.

<( Les catholiques avaient pour devoir de rechercher si la violation de la Belgique était justifiée ou n'était pas en opposition avec les principes catholiques.

(c Le cas de légitime défense n'existe pas, vu que c'est l'Allemagne qui a voulu la guerre. Invoquer ce cas constitue une amère ironie et sert uniquement à cacher un acte malhonnête.

« La violation de la justice est et reste la violation de l'honnêteté, et celui qui agit de la sorte est un malhonnête.

« Von Bethmann l'a reconnu d'ailleurs.

« Les catholiques allemands ont donc admis cette manière de voir, puisqu'ils ont approuvé von Bethmann même lorsque le Pape, leur Chef spirituel, défendait le droit du petit contre l'injustice du puissant.

« Tout cela nous prouve que le catholicisme allemand est serviteur de l'élément protestant, et lorsqu'on nous parlera d'autonomie catholique allemande, nous répondrons par un sourire amer et un haussement d'épaules. Leur duplicité ne mérite que cela. »

Extrait du journal flamand « De Belgische

Standart, — 21 22 Mars 1915. »

Cfr. La Croix du 2 Avril 1915.

TABLE DES MATIERES

Les catholiques allemands jadis et aujourd'hui 7

Quelques précédents au cas du cardinal Mercier. ... 27

Appendices :

Le manifeste des 93 et les catholiques allemands ... 37

L'opinion belge sur les catholiques allemands 43

Table des matières 48

Toulouse - iiiip. St. Cyix'ien

= Le Comité Catholique =

DE Propagande Française a l^Étranger

Directeur : Mgr BAUDRILLART, Recteur de l'I. C. de Paris

Présidents r S. E. le Cardinal LUÇON, Archevêque de Reims. d'iiouiienr ( S. E. le Cardinal AMETTE, Archevêque de Paris.

VIENT DE PUBLIER

La Guerre Allemande et le Catholicisme

VOLUME

ALBUM

Lettre de S. Ém.le Cardinal AMETTE, Archevêque de Paris.

Les Lois Chrétiennes de la Guerre, par le chanoine GALDEAU.

La Cullure Germanique et le Catholicisme, par Georges GOYAU.

Le Rôle Catholique de la France dans le Monde, par un Missionnaire.

La Guerre aux l'iiîlise.s et aux l^rétres, par J'rancois VELILLOT,

La Ueligion dans l'Armcc Irançuise, piir le chanoine COL'GET, le chanoine ARDANT et Mgr RAUDHILLART.

Documents Pontificaux et Episcopaux relutiis a lu Guerre.

Réponse de l'institut Catholique au Maniteste des représentants de la Science et de l'Art Allemands.

Liste des Ecclésiastiques et des Religieux tues à l'ennemi.

2fr. 40 }Ht.

Documents photographiques illustrant la conduite respective des Armées Allemande et Française, à l'égard de rÉglise Catholique. —

Ces deux ouvrages sont publiés en six langues

chacun :

Français , Espagnol , Anglais, Italien, Portugais, Allemand

Prix de i'Album .

fr. 20

net.

BLOC/© et G A Y, Editeurs

7, place Saint-Sulpice, PARIS-Ô'

J.Mersch,imp. ,17, villa d'Alésia.- Paris-14'. — lii.uio

N° 35 u Pages actuelles

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Notre 75

PAR

Francis MARRE

BLOUD ET GAY, Editeurs

y, PLACE SAliNT-SULPICE, PARIS

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