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LE CANON, SON AFFUT ET SON CAISSON

Le canon français de campagne du modèle 1897 a un calibre de 70 millimètres et une longueur de 2 m. 47^, ce qui équivaut à 33 calibres. 11 est essentiellement constitué par un tube en acier, portant à l'intérieur des rayures cunéiformes qui impriment au projectile un mouvement de rotation sur lui-même et le font, en quelque sorte, « se visser » dans l'atmosphère au moment du départ du coup. Ce tube est extérieurement renforcé par une longue frette, le manchon, serré à froid (1) de façon à faire corps avec lui.

(1) Ce mode de serrage du manchon met le métal

Le canon.

L'âme, c'est-à-dire la partie arrière du tube du canon, par laquelle s'effectue le chargement et qui reçoit la gargousse, est munie d'une vis-culasse comportant un dispositif de fermeture qui appartient au système <( à vis excentrée » ; son axe est, en effet, placé un peu au-dessous de celui du canon. Dans l'une des positions qu'elle peut prendre, la culasse présente une échancrure circulaire qui est alors disposée dans le prolongement précis de l'ouverture de l'âme : l'introduction de la gargousse ayant été faite à travers cette échancrure, une rotation d'un demi-tour imprimée à la manivelle de culasse déplace l'échancrure et lui substitue une partie pleine, ce qui assure l'obturation. La fermeture et l'ou-

du tube à l'abri des modifications de structure moléculaire que produisait nécessairement l'ancien frettage à chaud, et qui avaient souvent pour conséquence de diminuer la résistance de la pièce, en abrégeant sa durée de service.

verture du canon s'effectuent donc en un seul mouvement, par suite avec une rapidité très grande.

La gargousse étant en place, le départ du coup est assuré par un mécanisme très simple : un marteau muni d'un ressort et actionné par le cordon tire-feu frappe sur \ç, percuteur^ qui est une tige d'acier traversant toute l'épaisseur delà vis-culasse: cette tige vient heurter la partie de la douille qui contient l'amorce, dont la déflagration enflamme la charge de poudre.

A la vis-culasse est adjoint un éjecteur qui extrait automatiquement la douille tirée et la rejette en arrière, quand on ouvre la pièce. Des organes de fixation et de sûreté maintiennent la culasse close et empêchent le percuteur de fonctionner d'une manière intempestive.

Les organes de visée.

Pour que le projectile atteigne le but, il faut que deux conditions essentielles soient

remplies : d'abord que la pièce soit convenablement pointée en direction, ensuite que son pointage en hauteur soit exact. La première condition est évidente ; la seconde ne l'est pas moins si on considère que, la trajectoire (i) de l'obus affectant la forme d'une ligne courbe, la pièce doit être plus ou moins inclinée sur l'horizontale, selon que la distance de tir (2) est plus ou moins considérable.

Pour que la pièce soit exactement pointée en direction, il faut et il suffît que le tireur aperçoive, sur une même ligne droite, X œilleton^ le guidon et le point visé pour amener ces trois points à être dans le prolongement exact l'un de l'autre; on modifie la position du canon en se fondant sur les mdications que donne V appareil de poin-

(1) La trajectoire est la ligne idéale que décrit le projectile dans l'air: elle prolonge l'axe du canon et aboutit au point de chute, c'est-à-dire au point où la trajectoire rencontre le sol.

(2) La distance de tir est la distance du canon au but sur lequel on tire ; en d'autres termes, elle est mesurée par la droite qui est la bouche du canon au point de chute du projectile.

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tage. Pour cela, le canon étant en batterie (i), et les roues reposant sur leurs patins afin de rendre la pièce immobile, on déplace la crosse de l'affût, de manière à ce que le pointeur aperçoive exactement le guidon d'abord, le but visé ensuite, à travers l'œilleton. On obtient ainsi ce qu'on pourrait appeler un pointage sommaire, qui est « perfectionné » et rendu tout à fait exact en faisant varier la position du canon sur l'affût rendu immobile. Le volant de pointage en direction permet d'obtenir sans peine ce déplacement, ce coulissement latéral du canon sur l'essieu.

Dans le 75, les organes permettant d'effectuer le pointage en hauteur sont complètement indépendants du canon proprement dit et fixés directement sur l'affût ; il s'ensuit qu'ils peuvent être manœuvres par les servants sans que ceux-ci soient en rien gênés par le recul. On conçoit combien un semblable système de hausse indépen-

(1) Un canon est dit « en batterie », quand, sa crosse reposant à terre, il est dans la direction du but à battre.

dante contribue à accroître la précision et la rapidité du tir.

Pour atteindre un but donné, sur lequel elle est exactement braquée « en direction )),une pièce doit prendre une inclinaison telle que son axe fasse, avec le sol, un angle déterminé qui doit être pratiquement considéré comme la somme de deux angles (i), pour ainsi dire accolés l'un à l'autre : le premier, an^le de tir, est calculé une fois pour toutes, et donné, pour chaque distance de tir, par des tables spécialement établies pour chaque canon, tandis que r angle de site est indiqué, pour chaque pointage, par le commandant de batterie qui le détermine aisément à la suite d'une observation effectuée au moyen du sitogO' niomètre.

Le canon repose, par l'intermédiaire de son corps de frein, sur les tourillons en

(1) Vangle de tir est formé par l'intersection de deux droites, l'une prolongeant l'axe du canon, l'autre joignant le canon au but. Vangle de site est formé par l'intersection de l'horizontale avec la droite qui joint le canon au but.

avant et, en arrière, sur un bàli qui porte le nom de berceau, auquelil est relié par un mécanisme qu'actionne le volant de pointage en hauteur, disposé le long du flasque gauche de Taflfût. Sur le berceau, est monté un niveau à bulle d'air comportant une graduation qui permet d'en apprécier d'un coup d'œil Tinclinaison sur l'horizontale. Pour donner au berceau, et par suite au canon, un angle de site déterminé, il suffit de mouvoir le volant de pointage en hauteur, en se guidant sur les indications fournies par le niveau. Cet angle une fois donné, et le volant de pointage étant immobilisé, il reste à « ajouter » Tangle jde tir, ce qui se fait en imprimant à la pièce une inclinaison « supplémentaire » au moyen du volant de hausse qui, lui, est appliqué le long du flasque droit de Tafl'ùt. Grâce à cette ingénieuse disposition, le pointage en hauteur peut être fait en même temps par deux servants, et cela sans qu'aucun d'eux ait à se préoccuper du recul du canon : les deux organes qui l'assurent sont en eff*et fixés l'un au berceau,

l'autre à l'affût, c'est-à-dire à deux parties de la pièce qui restent immobiles pendant le tir.

L'affût.

L'affût sur lequel repose le 75 présente trois caractéristiques principales : il peut être rigoureusement immobilisé pendant le tir; il permet au canon de subir des déplacements latéraux sur l'affût; enfin, il est construit de telle sorte que le pointage peut être effectué pendant le recul même du canon.

Quand la pièce est amenée à l'emplacement où le commandement de batterie estime qu'un tir doit avoir lieu, les roues sont d'abord immobilisées ; pour cela, on les fait monter sur deux patins métalliques fixés à l'extrémité de montants reliés par une traverse : c'est l'opération de Vabatage. D'autre part, l'affût porte à son extrémité libre une pièce d'acier en forme de I soc de charrue, la bêche de crosse, que

le recul du premier coup enfonce solidement dans le sol. La pièce est alors assise et l'affût demeure parfaitement immobile pendant la durée du tir. Aucune remise en place n'est donc plus nécessaire, et le pointage en direction reste invariable, ce qui a pour conséquence logique d'éviter toute perte de temps.

D'autre part, ainsi qu'il a été dit à propos du dispositif permettant de pointer très exactement en direction la pièce une fois assise, l'essieu porte, dans sa partie médiane, un filetage auquel correspond un écrou solidaire de l'affût et actionné par le volant de pointage en direction. En faisant mouvoir ce volant, on déplace latéralement l'affût et le canon qui coulissent sur l'essieu resté immobile. On arrive aussi à disperser, à « étaler en largeur » les coups successivement tirés par une même pièce, de façon à réaliser le fauchage^ par lequel un but en largeur est rapidement battu dans toutes ses parties.

Enfin, c'est à l'affût et non au canon que sont reliés les organes de pointage.

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Sur deux sellettes attachées Tune au flasque droit, l'autre au flasque gauche, sont assis deux servants, le tireur et le pointeur; le premier donne la hausse, ouvre la culasse, la ferme et met le feu, tandis que de l'autre côté, à droite, son camarade exécute les diverses manœuvres du pointage proprement dit. Entre eux, le canon porté par son berceau, recule à chaque coup tiré pour être immédiatement ramené en position par l'efl^et du frein dont il est muni. Ce formidable mouvement de va-et-vient ne nuit, par conséquent, en rien aux opérations préparatoires du tir.

Le tireur et le pointeur restent donc, pendant toute la durée du tir, assis sur Tafl'ût et le recul ne les oblige pas à s'écarter de la pièce qui n'a pas besoin d'être remise en batterie après le départ du coup : il en résulte qu'il est possible de les abriter contre le feu de Tennemi au moyen d'un bouclier-protecteur. Celui-ci est en acier chromé, à l'épreuve du projectile d'infanterie, et à plus forte raison de la

balle de shrapnell : il abrite de façon très efficace contre les éclats d'obus, à la seule condition que ceux-ci n'aient pas un volume trop considérable.

Le frein.

Le frein, qui est à coup sûr l'organe le plus mystérieux de notre 75 et dont le mécanisme a été pendant de longues années tenu rigoureusement secret, pourrait très probablement être décrit sans inconvénient pratique, puisque les hasards des combats ont fait tomber entre les mains des Allemands un certain nombre de nos pièces de campagne. Mais, si les ingénieurs de l'armée ennemie ont pu, tout à loisir, examiner et étudier le frein de notre 70, il n'est pas bien sûr qu'ils aient pu le remonter et le régler de façon parfaite : un certain nombre de tours de mains spéciaux leur seront toujours inconnus.

42 îsOTRE « 75 »

Aussi convient-il, par prudence, de ne pas pécher par excès de précision, et de se borner à donner une description pour ainsi dire schématique.

Ce frein, qui assure à notre canon une très grande supériorité sur le canon similaire des Allemands, remplit une double fonction ; il limite le recul en le ralentissant de façon progressive, puis il assure la remise automatique en batterie.

La pièce étant complètement immobilisée par ses patins de roue et par sa bêche de crosse enfoncée dans le sol, il faut de toute nécessité, qu'au moment du départ du coup, le canon puisse reculer seul. La solution simple du problème consiste évidemment à le munir de glissières fixées à l'affût et sur lesquelles il peut se déplacer d'avant en arrière, tandis que son mouvement est freiné par un intermédiaire à la fois puissant et élastique.

Mais pour que l'affût reste immobile et ne se « cabre » pas en se soulevant autour de sa bêche de crosse, il faut que

l'effort de traction exercé par lui sur son ressort n'ait, à aucun moment, une puissance supérieure à la résistance du terrain dans lequel est enfoncée la bêche de crosse, à l'effort vertical correspondant à l'action de la pesanteur. On y parvient par l'emploi de trois artifices : en donnant à la bêche une surface verticale suffisamment étendue, en employant un affût relativement très bas et comportant une flèche suffisamment longue, enfin en laissant le recul se prolonger sur une course suffisamment étendue. Celte course est de 1 m. 20 dans notre 75, qui possède un affût dont la longueur de flasques — la flèche — n'a rien d'exagéré et rien qui nuise à sa facilité d'évolution dans les courbes à faible rayon.

Le frein affecte la forme d'un prisme qui est fixé à l'affût par le moyen de tourillons (T) ; une ingénieuse combinaison de glissières et de galets de roulement (G) permet au canon de cheminer facilement sur lui pendant le recul : ces galets sont

disposés en trois parties de la longueur, notamment à l'extrémité de la volée, près

Canon

FiG. 3. — Le canon de 75 et son frein.

de la bouche, en sorte que le canon reste toujours (( en prise )) même quand, à la fin de sa course, le recul l'a porté suffisamment

Piston fi^e

Cylindre fixe

FiG. 4. — Coupe schématique du frein hydropneumatique du canon de 75.

en arrière pour qu'il se trouve en porte-àfaux.

Deux parties, l'une mobile, l'autre fixe, constituent essentiellement le frein : un cylindre (Cm) contenant un liquide incom-

NOTRE a 75 » +•"

prcssible rattaché au canon, etfaisant pour ainsi dire corps avec lui; il contient un piston muni d'une tige creuse solidaire d'un second cylindre rattaché à l'afYût, et par conséquent immobile. Quand le coup part, le canon rejeté en arrière, entraîne le cylindre (Cm) et le liquide que celui-ci contient se trouve comprimé: il s'échappe par des orifices ménagés à l'intérieur de la tige creuse du piston, puis soulève une soupape, par l'orifice de laquelle il se répand à l'intérieur du cylindre fixe ; il y refoule une paroi élastique qui comprime l'air contenu, en arrière, dans un espace clos. Cet air tend à reprendre son volume primitif, par conséquent à repousser le liquide et, par lui, à agir sur le fond du cylindre mobile dont il limite la course. Bien entendu, un dispositif avertisseur indique le moment où, le liquide du frein venant à diminuer de quantité par suite du fonctionnement même de l'appareil et des inévitables déperditions qui l'accompagnent, il devient nécessaire de « recharger » le frein, ce qui se fait très aisé-

ment au moyen de la pompe spéciale de batterie.

En somme, dans le frein ainsi combiné, le liquide joue le rôle d'un amortisseur incompressible, et l'air que le recul comprime, celui d'un ressort à la fois très puissant et très doux.

Le caisson.

Ce qu'on appelle, en terme d'artillerie, une pièce ^ se compose d'un canon, d'un caisson et du personnel de service nécessaire, soit six servants (i), et un sous-officier chef de service. La pièce se complète dans la batterie, par les avant-trains et les caissons de réserve qui ne restent pas sur la ligne de feu.

(1) Deux pourvoyeurs^ un déboucheur, un pointeur, un chargeur, un tireur : les trois premiers servants sont les servants du caisson, les trois derniers sont les servants du canon.

Le caisson est formé de Tassemblage de deux compartiments dans lesquels sont rangées les cartouches et qui sont situés de part et d'autre du coffre à avoine et du débouchoir. La flèche qui permet d'atteler le caisson à son avant-train est munie, à sa partie arrière, d'une articulation grâce à laquelle elle peut être repliée en avant, tandis que le caisson bascule en arrière pour se présenter sous l'aspect d'une sorte d'armoire à deux battants dont les portes en tôle jouent le rôle de bouclier. Les servants se placent à genoux derrière ces boucliers et n'ont plus qu'à retirer une à une les cartouches de leurs alvéoles.

Le débouchoir.

Le débouchoir, qui est un des organes les plus caractéristiques de notre 75, est un appareil qui sert à déboucher Tévent de la fusée du projectile, c'est-à-dire à percer cette fusée en un point convenable-

NOTRE a /i^ »

ment choisi pour que le projectile éclate dans l'air exactement au point voulu.

Il se compose de deux ogives qui, reproduisent en creux la surface extérieure de

'31 Couvercle

Décapsuleurs

■^BôLiclier^- Debouchoir

FiG. 5. — Le caisson à renversement du 75, dans sa position au moment du tir. On remarquera en bas la position du debouchoir, prêt à servir.

la pointe de l'obus, et d'une manivelle qui a mi double rôle : commander un cadran dont la graduation passe devant un trait de repère, et amener la rotation des deux ogives. Deux poinçons que fait agir un levier percent les fusées au point exact qui

permet d'obtenir l'éclatement à la distance indiquée par le cadran.

Grâce au débouchoir, l'ouverture des évents de la fusée qui arme Pobus est faite avec une rapidité extrême et en même temps avec une précision absolue.

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