‹ Pages choisiesChapitre 100 sur 124 · A mon ami André R · texte numérisé non relu

A mon ami André R

Pour exaspérer les imbéciles

Vous me demandez « quelques mots » sur la récente catastrophe. J'y consens d'autaat plus volontiers que je souffre de ne pouvoir crier ce que je pense.

J'espère, mon cher André, ne pas vous scandaliser en vous disant qu'à la lecture des premières nouvelles de cet événement épouvantable, j'ai eu la sensation nette et délicieuse d'un poids immense dont on aurait délivré mon coeur. Le petit nombre des victimes, il est vrai, limitait ma joie.

Enfin, me disais-je tout de même, enfin! Enfin! voilà donc un commencement de justice.

Ce mot de Bazar accolé à celui de Charité! Le Nom terrible et brûlant de Dieu réduit à la condition de génitif de cet immonde vocable! ! !

Dans ce bazar donc, des enseignes empruntées à des caboulots, à des bordels, A la Truie qui file, par exemple ; des prêtres, des religieuses, circulant dans ce pince-cul aristocratique et y traînant de pauvres êtres innocents !

Et le Nonce du Pape venant bénir tout ça!

Ah! mon ami, quelle brochure à écrire! L'Incendiaire du Bazar de Charité.

Tant que le LNonce du Pape n'avait pas donné sa bénédiction aux belles toilettes, les délicates et voluptueuses carcasses que couvraient ces belles toilettes ne pouvaient pas prendre la forme noire et horrible de leurs âmes. Jusqu'à ce moment, il n'y avait aucun danger.

Mais la bénédiction, la Bénédiction, indiciblement sacrilège de celui qui représentait le Vicaire de Jésus-Christ et par conséquent Jésus-Christ lui-même, a été où elle va toujours c'est-à-dire au Feu, qui est l'habitacle rugissant et vagabond de l'Esprit-Saint.

Alors, immédiatement, le Feu a été déchaîné, et tout est

Page 1