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On raconte l'immense et panique horreur de

QUATRE ANS DE CAPTIVITE A COCIIONS-SUR-MAUNE 361

Zola pour la mort II paraît que ce maudit était jeté, quelquefois, hors de son lit par la pensée de la mort, en proie à une épouvante indicible.

5. — Mot de Barbey d'Aurevilly sur Zola à propos de Pot-Douille et des dîners de Médan : — Ah ! qu'il a donc tort de manger ! Vous voyez le résultat.

Rappelé dans YEcho de Paris par Octave Uzanne, le jour même des funérailles du Crétin.

30. — Voici deux bourgeois, l'homme et la femme, ayant passé ensemble un demi-siècle, sans avoir jamais dit autre chose que des lieux communs, sans s'être jamais rien dit. Si Dieu voulait qu'ils s'aperçussent tout à coup dans la Lumière, ils ne se reconnaîtraient pas .

Novembre

2. — Les esprits n'ont pas de lieu. Cependant on peut dire que certaines âmes sont enfermées dans un certain lieu, le Purgatoire, par exemple. Mais il faut entendre cela au spirituel, à savoir que certaines choses indispensables leur sont cachées. Leur ignorance constitue leur captivité.

29. — A deux prêtres amis qui rêvèrent un instant d'intéresser à moi Paul Bourget :

Vous ignorez donc que, depuis vingt ans, je suis l'ennemi de ce personnage et qu'il a toujours et méthodiquement écopé dans mes livres ou mes articles, à propos de n'importe quoi. Le plus célèbre de mes livres, le Désespéré, est surtout contre Paul Bourget. J'ajoute que je ne le lâcherai jamais. Il communie maintenant, dites-vous. Cette horreur manquait. Aggravation effroyable qui me le ferait détester un peu plus, si c'était possible. «Un brave homme », avez-vous écrit. Ah! si vous saviez! Il y a rudement longtemps que je le connais, que je sais sa médiocrité infernale, sa vilenie de cœur, sa cupidité, son avarice, sa souplesse d'échiné à l'égard des puissants et sa dureté envers les faibles ou les inférieurs. Il devient aujour-

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d'hui, me dit-on., une colonne de l'Eglise, nue des dernières avec Coppée, Brunetière, Huysinans cl quelques antres. Ali! le dernier coup et le pius morlcl qui pouvait être porté à l'Eglise, c'est assurément la conversion des littérateurs...

/ Décembre

9. — Admirable corrélation des événements ou des incidents de cette vie, lesquels ne peuvent être vus que successivement, hélas ! et qui révéleraient tellement les desseins de Dieu, si on pouvait les fixer simultanément dans la Lumière! C'est comme les lettres de l'alphabet qui ne sont rien isolément, mais qui, rapprochées, par l'intelligence, ont le pouvoir de donner la vie ou la mort.

Voilà beaucoup d'années que Jésus me force, à coups de fouet, de marcher devant lui sur les eaux... La Vérité qui est Lui-même a besoin de Saints.de Martyrs, elle n'a pas du tout besoin d'écrivains. Je le confesse, j'ai souvent espéré, à cause d'une certaine puissance 3e parole, de traîner vers Dieu des multitudes. Que s'estiî réalisé de ce rêve ? Quelques âmes seulement, quelques pauvres et chères âmes conquises. Mais n'est-ce pas immense et qui peut dire combien c'est immense?...

Sois patient et doux envers toi-même. Il est infiniment probable que Dieu ne fera rien de ee que tu rêves. Il fera mieux.

18. — J'ai eu beaucoup d'amis qui ont passé dans ma vie comme on passe dans une rue obscure et dangereuse et qui se sont éloignés pour ne jamais revenir.

30. — J'avais porté la lampe dans un coin obscur. Tout à coup, à cette lumière, j'aperçois sur une tablette un petit tas de sous déposés là et complètement oubliés. Il y a 35 centimes. C'est comme si Jésus me disait: — C'est tout ce que je peux en ce moment. Patience et Courage! Ne te mets pas en colère contre moi. Je suis crucifié...

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31. — Jésus a dit : •« Mon joug est suave et mon fardeau loger. » On est bien forcé de supposer un secs mystérieux, car il est clair qu'au sens direct, rien n'est plus terrible que ce joug ni plus écrasant que ce fardeau.

Avant tout et surtout, Jésus est l'Abandonné. Ceux qui l'aiment doivent être des abandonnés, mais des abandonnés comme lui, des Dieux abandonnés ! Voilà le supplice qui n'a pas de nom.

Février

20. — Une àme que Dieu assiège avec toute sa puissance! Imaginez quelque chose de plus beau! '

24. — Mardi gras. Jeanne revenant de l'église : — Rappelante Jésus notre dénuement extrême, je lui disais : Donnez-moi ce qu'il y a dans votre Main, ouvrez votre Main. Alors il a ouvert Sa Main, eifai vu qn'Elle était percée!

Je n'ai rien trouvé de plus beau chez aucun écrivain mystique.

1814. Thiers et Houssaye. Cette histoire m'est décidément une agonie. D'un bout à l'autre, il n'y a que des fautes ou des crimes. Augereau, Marmont, Ney, Soult, Napoléon lui-même qui ne pense qu'à Paris, au lieu de marcher résolument sur ses places et de rappeler de là les garnisons formidables d'Anvers et de Hambourg, ce qui l'eût mis à la tête de 150.000 hommes de bonnes troupes ; tout le monde se trompe ou défaille d'une façon horrible et la misérable France est mangée. Napoléon, hélas ! qui aurait pu agir en poète casse-cou et qui eût ainsi tout sauvé, semble avoir été hébété par le désir bourgeois de régner à n'importe quel prix, de régner à Paris même au lieu de régner sur le monde, en se disant

que désormais, le quartier général de Napoléon serait la capitale de la France.

Mars

i«r. — Autrefois, il y a plus de vingt ans, lorsque je n'écrivais pas encore, ce premier jour de mars était attendu par moi avec une impatience amoureuse. Rien que d'y penser mon vieux cœur tressaille. Depuis, j'ai été si cruellement abandonné par Celui qu'on nomme le « Gardien du Trésor des cieux » et qui fut le premier^ le plus impitoyable de mes lâcheurs ; que toute cette gloire de mon passé tombe en ruines et que je sens une sorte d'égarement douloureux à voir venir, une fois de plus, le terrible mois de ce Patriarche effrayant à qui j'ai donné tou-L ce qu'un homme peut donner, sans recevoir autre chose que des tourments.

... Ah! les catholiques modernes et leurs exécrables œuvres !

14. — Voici mes pensées sur Fontainebleau. Lorsque Ney, Oudinot et les autres voulurent faire la loi à Napoléon, le forcer insolemment à abdiquer, malgré le bon vouloir et le dévouement absolu de l'armée ; quel spectacle inouï, quel coup prodigieux si le grand homme, appelant sa garde, avait fait arrêter et fusiller sur l'heure une demi-douzaine de ses maréchaux ! Quel ascendant terrible sur ses vieux soldats qui ne parlaient que de trahison ! Quelle inquiétude pour le tsar et ses médiocres alliés! Quel retour possible de la fortune!

18. — Thiers. Lu la première Restauration avec horreur. Tous ces maréchaux, généraux et fonctionnaires qui ont tout reçu de Napoléon et qui se traînent aux pieds du cochon mis en sa place !

21. — Je prie comme un blessé qui demande à boire à sa mère absente.

2B. — Annonciation. Voilà bientôt deux mille ans que

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vous saignez sur moi, ô Jésus! et je suis tout ruisselant de votre Sang. Regardez-moi et ayez pitié de vous-

même

Avril

17. — Waterloo. Quand j'écrirai sur Napoléon, je dirai mon étrange angoisse toutes les fois qu'il est parlé de Waterloo par n'importe qui, et l'impossibilité, pour moi éternelle, de consentir à ce désastre. Il y aies fautes ou les crimes de Napoléon, oui. Mais il y a bien autre chose et je sens, au plus profond lieu de mon âme, que jamais, en aucun jour, une aussi énorme injustice ne fût accomplie.

L'histoire de Napoléon c'est la Face de Dieu dans les ténèbres.

28. — Article pour Y Assiette au beurre publié, le 9 mai suivant, sous ce titre bête : Colonisons !

Jésus-Christ aux Colonies

... Est descendu aux enfers.

Symbole des Apôtres.

Un des hommes les plus sots de notre temps, et peut-êlrede tous les temps, mon vieux camarade Hanotaux, admirateur d'Abdul-Hamid et de Paul Bourget, serviteur indégoûtable de tous les puissanls — souteneurs ou empereurs — dont on peut ramasser les crottes ; académicien d'autre part et homme d'Etat disponible, a publié récemment une assez joyeuse rigolade sous ce titre : le Choix d'une carrière. Dieu me préserve d'une analyse de ce biberon! Je n'ambitionne pas assez l'Institut pour embêter mes contemporains de cette manière. J'en ai une autre qui est autrement récompensée.

Mais, ayant à écrire je ne sais quoi sur les colonies et le génie colonisateur de notre affable patrie, il m'eût été difficile de ne pas penser immédiatement à Gabriel, qui en a si souvent parlé depuis qu'il a vu crever dans la gloire son ancien patron de la Tunisie et du Tonkin, celui qui avait une si belle gueule

de maître d'hôtel ou de rinceur de lupanar. Rappelez-vous son enthousiasme pour l'Algérie, où son voyage précéda de si peu de mois celui de Loubet. Ce furent quelques jours agréables. Deux fois par semaine, le Journal s'incendiait de la prose de ce voyageur. Par lui, nous apprîmes enfin que le temps passé ne revient plus, qu'il ne faut pas mettre tous ses œufs dans un même panier, ni attacher ses chiens avec des saucisses; que le comble de l'aveuglement est de prendre des vessies pour des lanternes; qu'il n'y a pas de fumée sans feu, que l'oisiveté est la mère de tous les vices, qu'il faut savoir ménager la chèvre et le chou et qu'il est bon d'avoir à son arc plusieurs cordes de pendu. Enfin, cet homme politique, cet écrivain si original, ne nous chuchota-t-il pas son intime secret, à savoir qu'on ne prend pas les mouches avec, du vinaigre et que les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés.

De ce pinacle intellectuel, que de vues inespérées, que d'enseignements, que de conseils! Par lui seul, encore une fois, tout le monde a pu savoir l'irrépréhensible beauté de nos institutions coloniales, la -candeur liliale de nos fonctionnaires et leur probité de patriarches avant le Déluge, la joie sans mélange des indigènes de toute couleur soumis à la tutélaire domination de la République et l'avenir paradisiaque de leurs patelins.

Mais laissons ce domestique dont je n'ai parlé qu'en songeant à la dérision atroce et imperturbablement renouvelée de la plus homicide réclame. C'est avec le même télescope que le Paradis terrestre avait déjà été découvert au Soudan par feu Zola, un peu avant qu'il exhalât son âme généreuse dans les excréments de ses chiens. Le sujet est grave au delà de ce qui peut être exprimé.

« Grande Dame, dit Christophe Colomb à Isabelle, dans Y Atlantide de Verdaguer, donnez-moi des navires et, l'heure venue, je vous les rendrai avec un monde à la remorque.;) Il les obtint, ces petits navires dont on aurait pu garder les débris comme d'impayables trésors, leur bois étant le plus précieux qu'il y eût sur terre, après celui de la Croix du Christ et pour la môme raison. Il les obtint, comme on sait, après dix-huit années de supplication dans toutes les contrées de l'Europe, et

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ce fut la mort qu'il apporta au monde indien, dans ses mains ineflablement paternelles.

On lui changea son œuvre dès le premier jour. On fit des ténèbres avec sa lumière et quelles ténèbres! On se soûla du sang de ses innombrables fils, et ce qui restait de ce saog, ce dont les chacals du pillage et les chiens du vomissement ne voulaient plus, on le recueillit dans le creux des mains, dans des pelles de mineurs, dans des écopes de bateliers, dans les coupes de la débauebe, dans les deux plateaux de la justice prostituée, dans les calices mêmes des saints autels et on l'en éclaboussa de la tête aux pieds! On contraignit cette Colombe amoureuse à piétiner, ainsi qu'un corbeau, dans le pourrissoir des assassinés. L'orgie des avares et des sanguinaires enveloppa la montagne de son sourcilleux esprit comme d'un tourbillon de tempêtes, et ce fut la solitude la plus inouïe sur cet amoncellement de douleurs !

Christophe Colomb avait demandé qu'aucun Espagnol ne pût aborder aux terres nouvelles, à moins qu'il ne fût certainement chrétien, alléguant lehut véritable de cette entreprise, qui était «l'accroissement et la gloire delà religion chrélienne ». On vida pour lui les prisons et les galères. Ce furent des escrocs, des parjures, des faussaires, des voleurs, des proxénètes et des assassins qu'on chargea de porter aux Lattes l'exemple des vertus chrétiennes. Lui-même fut accusé de tous les crimes, et la hideuse crapule qu'on lui envoyait, fut admise à témoigner contre cet angéliqae Pasteur qui voulait défendre sou troupeau et dont le principal forfait avait été d'attenter à la liberté du pillage ev de regorgement.

Il fut enfin dépossédé, exproprié de sa mission et, pendant plusieurs années, put assister, lié et impuissant, à la destruction de son oeuvre. Ses illégitimes et cupides successeurs remplacèrent aussitôt la Paternité par l'Ergastule et l'évangélisation pacifique par le cruel système des repartimientos, qo'* fut l'arrêt de mort de ces peuples infortunés.

Telle fut l'aurore des colonisations européennes dans le3 temps modernes. Rien de changé depuis quatre siècles. L'unique différence — fort appréciable, il est vrai — c'est qu'à 'lépoque précise de la découverte du Nouveau Monde, il y eut un homme, grand comme les Anges, immolé par la multitude des canailles et qu'aussitôt après lui, il n'y a plus tu que des canailles.

Ah! l'évangélisation des sauvages, la dilalalion et l'accroissement en eux de l'Eglise, choses voulues si passionnément par le Christophore, que nous en sommes loin! Pas même un semblant d'équité rudimentaire, pas un tressaillement de pitié seulement humaine pour ces malheureux. C'est à trembler de la tête aux pieds de se dire que les belles races américaines, du Chili au nord du Mexique, représentées par plusieurs vingtaines de millions d'Indiens, ont été entièrement exterminées, en moins d'un siècle, par leurs conquérants d'Espagne. Ça, c'est l'Idéal qui ne pourra jamais être imité, même par l'Angleterre, si colonisatrice, pourtant.

Il y a des moments où cejqui se passe est à faire vomir les volcans. On l'a vu, à la Martinique, l'année dernière. Seulement le progrès de la science empêche de comprendre et les horreurs ne s'arrêtent pas une seule minute. Pour ne parler que des colonies françaises, quelle clameur si les victimes pouvaient crier! Quels rugissements, venus d'Algérie et de Tunisie, favorisées, à cette heure, de la carcasse du Président de notre aimable République! Quels sanglots de Madagascar et de la Nouvelle-Calédonie, de la Cochinchine et du Tonkin i

Pour si peu qu'on soit dans la tradition apostolique de Christophe Colomb, où est le moyen d'offrir aulre chose qu'une volée de mitraille aux équarrisseurs d'indigènes, incapables, en France, de saigner le moindre cochon, mais qui, devenus magistrats ou sergents-majors dans des districts fort lointains, écartèlent tranquillement des hommes, les dépècent, les grillent vivants, les donnent en pâture aux fourmis rouges, leur infligent des tourments qui n'ont pas de nom, pour les punir d'avoir hésité à livrer leurs femmes ou leurs derniers sous!

Et cela, c'est archi-banal, connu de tout le monde, et les démons qui font cela sont de fort honnêtes gens qu'on décore de la Légion d'honneur et qui n'ont (pas même besoin d'hypocrisie. Reveuus avec d'aimables profits, quelquefois avec une grosse fortune, accompagnés d'une longue rigole de sang noir qui coule derrière eux ou à côté d'eux, dans l'Invisible — éternellement— ; ils ont écrasé tout au plus quelques punaises dans de mauvais gîtes, comme il est arrivé à tout conquérant, et les belles mamans, éblouies, leur mijoteront des vierges.

J'ai devant moi des documents, c'est-à-dire tels ou tels cas.

On pourrait en réunir des millions. L'histoire de nos colonies, surtout dans l'Extrême-Orient, n'est que douleur, férocité sans mesure et indicible turpitude. J'ai su des histoires à faire sangloter les pierres. Mais l'exemple suffit d-j ce pauvre brave homme qui avait entrepris la défense de quelques villages Moïs, effroyablement opprimés par les administrateurs. Son compte fut bientôt réglé. Le voyant sans appui, sans patronage d'aucune sorte, on lui tendit les simples pièges où se prennent infailliblement les généreux. On l'amena comme par la main à des violences taxées de rébellion, et voilà vingt ans qu'il agonise dans un bagne si toutefois il vit encore. Je parlerai un jour, avec plus de force et de précision, de ce naïf qui croyait aux lois.

C'est un article de foi que Jésus, après son dernier soupir, est descendu aux enfers pour en ramener les âmes douloureuses qui ne pouvaient être délivrées que par lui. Toute chose divine étant perpétuelle, c'est donc toujours la même espérance unique pour la même désolation infinie. Mais elle est vraiment unique et c'est là, surtout, je veux dire aux colonies, qu'il n'y a rien à espérer des hommes.

Les rapports officiels ou les discours de banquets sont des masques sur des mufles d'épouvante et on peut dire avec certitude et sans documents que la condition des autochtones incivilisés dans tous les pays conquis est le dernier degré de la misère humaine pouvant être vue sur terre. C'est l'image stricte de l'Enfer, autant qu'il est possible d'imaginer cet Empire du Désespoir.

Tout chrétien partant pour les colonies emporte nécessairement avec lui l'empreinte chrétienne. Qu'il le veuille ou non, qu'il le sache ou qu'il l'ignore, il a sur lui le Christ Rédempteur, le Christ qui saigne pour les misérables, le Christ Jésus qui meurt, qui descend aux enfers, qui ressucite et qui juge vivants et morts. Il est, ce chrétien, lui aussi, et quoi qu'il fasse, un Christophore, comme Colomb, mais un Christophore à tête de Méduse, un Christophore d'horreur, de hurlements, de bras tordus, et son Christ a été, à moitié chemin, annexé par les démons.

Le bon jeune homme élevé par les bons Pères, et rempli de saintes intentions, embrasse pieusement sa mère et ses jeunes

sœurs, avant d'aller aux contrées lointaines, où il lui sera permis de souiller et de torturer les plus pauvres images de Dieu...

C'est ainsi que «e continue l'œuvre de la douce Colombe du xve siècle, et c'est comme cela que le Sauveur du monde est porté aux colonies.

Mai

25. — Folie furieuse de l'automobilisnie. On avait organisé une course de Paris à Madrid et c'était un délire depuis plusieurs jours. De Paris donc à l'extrémité du territoire français, la route de l'Espagne était gardée par des régiments. La vie nationale était interrompue pour l'amusement des millionnaires. On leur avait fabriqué des machines allant à des vitesses inouïes, trèssupérieures à celles des trains les plus rapides. Le résultat facile à prévoir a été l'écrasement, l'assassinat pur et simple d'une dizaine de personnes. Quelques-uns des malfaiteurs eux-mêmes ont été blessés, en trop petit nombre, hélas 1

Cette chose moderne paraît démoniaque, de plus en plus. Se représente-t-on l'horreur de ces deux ou trois cents voitures hideuses lancées comme des boulets et triturant, chacune à son tour, d'un bout de l'horizon à l'autre, les mêmes lambeaux sanglants ! 11 y a des consolations. Une de ces voitures a pris feu et le chauffeur a été heureusement carbonisé.

Juin

25. — 1815. Waterloo. Même impression pénible. 'Toujours les combinaisons du Dieu de la guerre avortant par l'infirmité ou la perfidie de ses lieutenants. Ayani à écrire sur Napoléon, je voudrais pouvoir montrer parfaitement cette misère des contemporains du plus grand des hommes, qui eussent dû, à défaut de coinprt:

si ou supérieure, être des héros de dévouement et d'obéissance, des héros cl 'admiration , — ce qu'étaient les pauvres soldats et ce que ne furent pas les chefs. 11 me semble qu'il y aurait là des choses à écrire, d'une beauté à percer le cœur de Dieu, comme la lance.

27. — Je voudrais en finir, c'est trop douloureux. Quelle incertitude "bizarre au cœur de l'homme, quel besoin plus étrange encore d^mcertitude ou plutôt quel •pressentiment admirable que rien n'est définitif en ce monde ! J'ai beau savoir cette cruelle série de désastres, il m'est impossible de ne pas espérer, à chaque instant, qu'ils n'arriveront pas. Je veux ine persuader qu'à Ligny, d'Krlon obéira à son empereur, que Ney lui obéira aux Quatre-Bras, retrouvant sa résolution d'autrefois, que Grouchy enfin daignera écouter, à Wavre, ses officiers et ses soldats. Quoi que je fasse, les malheurs affreux et si injustes, en apparence, de cette guerre, me surprennent toujours... Si tout le monde s'était trompé, cependant! Si la bataille de Waterloo durait encore !...

Octobre

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