L'IDOLE DES MOUCHES
ThéophileGautier!... Une huître dans une perle.
Œuvres inédites de Gaïn
MARCHENOIh.
Béelzébub, Idole des mouthes! Pourquoi suis-je obsédé de ce Dieu, au moment même où j'ai résolu d'écrire une dernière fois sur M. Edmond de Goncourt adoré de tant de potaches littéraires ?
Relisant La Faustin, je me suis souvenu de cette Idole des mouches, Dieu stérile d'Accaron, qu'on ne pouvait pas consulter sans en mourir, disent les Ecritures, et qui commande souverainement aux démons des possédés.
M. Edmond de Goncourt est, parmi les écrivains modernes, celui, peut-être, qui a eu le plus la puissance d'attirer à lui les cantharides et les bourdons de la phrase dont la mort, suivant Salomon, est capable de faire puer les parfums. Les parfums, hélas! les onguents
même que ce romancier olfactif a si laborieusement combinés, pour en saturer le plus insalubre autel où les maringoins idolâtres aient jamais pu s'asphyxier !
Ce que veut et propose M. de Goncourt, c'est
V Idolâtrie littéraire, l'idolâtrie des formes et des vocables, telle que Gautier l'avait annoncée à Flaubert qui s'en alla méditer aux lieux solitaires pendant que M. de Goncourt, en hauts talons cramoisis, paissait les fidèles dans le nouveau temple dont il allait être le grand pontife.
A sa parole, on évacua l'âme humaine comme on ne l'avait jamais évacuée, et les- candélabres d'une esthétique de néant s'allumèrent autour du Lama puissant qui supplantait les anciens Dieux.
L'Idole même s'incarnait en lui, la ténébreuse Idole des mouches qui domine sur les Chérubins des abîmes et dont la face est obnubilée par le nuage bourdonnant des adorateurs du Vide.
La Fauslin, je pense, doit être considérée comme la plus haute expression liturgique de ce fétichisme. Je défie qu'on nomme un livre contemporain plus épouvantable.
Tous les démons peuvent s'atteler aux brancards des lettres, ils ne pourront jamais camionner une œuvre de profanation plus œcuménique, de corruption plus précise et plus circonspecte, de vacuité plus éloquente, plus autoritaire, et de plus altissime dédain pour la folle Croix du Seigneur Jésus. Mais tout cela n'est rien en comparaison du délire glacial de l'idolâtrie esthétique.
L'auteur — le plus auteur qui soit de tous les auteurs, — se manifeste à chaque page, ainsi qu'un peseur fabuleux qui tient la balance. D'un côté, toute la Joie et toute la Douleur de l'homme et cela ne pèse absolument pas, aussitôt qu'une phrase écrite est déposée dans
l'autre plateau. L'appareil chavire avec force, lançant vers le ciel tous les lys coupés dont le genre humain s'enorgueillissait depuis les siècles — en même temps que le ramage syllabique est soutiré vers la terre par les désirs pieux d'une soupirante aristocratie de troubadours.
Le Messie ne s'appellera plus le Verbe, il se nomme désormais la Phrase. C'est la caricature de l'Infini, c'est l'infécondité même déclarant son antagonisme à la Parole Initiale qui fit éclater les douves de l'ancien chaos.
C'est la sénile et dindonnière suffisance d'un empirique superbe jetant à la Vie profonde l'invective de son démenti et promulguant la force divine d'un balbutiement capable d'aggraver l'immobilité des morts!
Il semble vraiment que les adorateurs de M. de Goncourt « connaissent » assez peu leur maître. Ils parlent volontiers de son effrayante pénétration d'observateur, de la péremptoire sérénité de ses analyses ot de la surfine qualité de ses intuitions, — sans s'apercevoir qu'ils sont aux pieds d'un simulacre pronominal tellement inhabité qu'en tamisant la poussière, on n'y trouverait pas même un parasite vivant d'un de ces rongeurs qui pullulaient dans la colossale figure du dieu Sérapis, quand Théodose la fit éventrer à coups de haches consulaires, il y a juste quinze cent deux ans !
Une chose qui est à ravir, c'est l'émulation victorieuse, le délire grandissant des écoliers du prophète, dont quelques-uns ont dépassé leur initiateur en accomplissant de plus grands miracles, et qui, néanmoins, lui continuent leurs prostrations caudataires.
Evidemment la prose corsetée, odoriférante et vertugadine du père de Chérie et de La Fauslin doit paraître déjà quelque peu caduque aux Annibals du décadentisme qui escaladent, chaque matin, les Alpes de la plus inaccessible grammaire. Mais il leur plaît de toujours vénérer en lui le premier élu de l'introuvable Divinité
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dont ils sont, à leur tour, les emphatiques et tâtonnants vaticinateurs.
Cela jusqu'à l'heure plus ou moins prochaine, où les murs de Byzance venant à crouler enfin, de célestes et resplendissants Janissaires, dont la main ne sera pas du tout respectueuse, iront abîmer prêtres et fidèles dans les gouffres les plus inviolables de la Propontide.