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LA PAUVRETÉ SE PROMÈNE

« Vous aurez toujours des pauvres parmi vous. » Depuis le gouffre de cette Parole, aucun homme n'a jamais pu dire ce que c'est que la Pauvreté.

Les Saints qui Font épousée d'amour et qui lui ont fait beaucoup d'enfants assurent qu'elle est infiniment aimable. Ceux qui ne veulent pas de cette compagne meurent quelquefois d'épouvante ou de désespoir sous son baiser, et la multitude passe « de l'utérus au sépulcre » sans savoir ce qu'il faut penser de ce monstre

Quand on interroge Dieu, il répond que c'est Lui qui

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est le Pauvre : Ego sum pauper. Quand on ne l'interroge pas, Il étale sa magnificence.

La Création paraît être une fleur de la Pauvreté infinie; et le chef-d'œuvre suprême de Celui qu'on nomme le Tout-Puissant a été de se faire crucifier comme un voleur dans l'Ignominie absolue.

Les Anges se taisent et les Démons tremblants s'arrachent la langue pour ne pas parler. Les seuls idiots de ce dernier siècle ont entrepris d'élucider le mystère.

En attendant que l'abîme les engloutisse, la Pauvreté se promène tranquillement avec son masque et son crible

Clotilde se lève, jette son livre sur une table, regarde autour d'elle avec détresse. Elle aperçoit le grand vieux Christ en bois peint, relique du xive siècle que lui a donnée son mari. C'est là seulement qu'elle sera bien. Elle met son front sur les pieds durs de cette image et dit en pleurant :

— Seigneur Jésus, ayez pitié de moi ! Il est écrit dans votre Livre que vous avez eu peur en votre Agonie, lorsque votre âme était triste jusqu'à la mort, et que vous avez eu peur jusqu'à suer le sang. Vous ne pouviez pas descendre plus bas. Il fallait que les lâches eux-mêmes fussent rachetés, et vous vous êtes laissé tomber jusque-là. 0 Fils de Dieu, qui avez eu peur dans les ténèbres, je vous supplie de me pardonner ! Je ne suis pas une rebelle. Vous m'avez pris mon enfant, mon doux petit garçon aux yeux bleus, et je vous ai offert ma désolation, et j'ai dit, comme au sacrifice de la messe, que cela était « juste et raisonnable, équitable et salutaire »... Vous savez que je n'ai point d'estime pour moi-même, que je me regarde vraiment comme une petite chose faible et triste. Guérissez-moi, fortifiez-moi, éloignez de moi, si c'est votre volonté, le calice de cette

amertume... Celte eau, mon Sauveur, celte eau vivequa vous promîtes à la Samaritaine prostituée, donnez-lamoi, pour que je sois du nombre de ceux qui vivront toujours, pour que je la boive, pour que je m'y baigne, pour que je m'y lave, pour que je sois un peu moins indigne du noble époux que vous m'avez choisi et que ma tristesse décourage!...

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